Merlin -BBC- (saison 5)

L’équipe créative l’ayant annoncé depuis un petit moment, ce fut presque normal d’apprendre l’année passée que la cinquième saison de Merlin serait la dernière. On pourrait même ajouter que ce fut rassurant car cela signifiait que les scénaristes n’allaient pas diluer ce qu’ils avaient à dire afin de profiter au maximum de la poule aux œufs d’or. Bien sûr, cet au revoir en bonne et due forme n’est pas forcément gage de qualité. Les treize ultimes épisodes du jeune sorcier furent diffusés sur BBC One entre octobre et décembre 2012. Aucun spoiler.

Faible, mécanique et n’apportant rien de franchement palpitant, la saison quatre de Merlin fut une vraie déception. Où étaient passés l’identité de la série, sa verve d’antan et son juste-milieu – certes parfois bancal – entre humour et drames ? Ce n’est donc pas étonnant d’être quelque peu inquiet en débutant cette dernière salve d’épisodes. Malheureusement, la poussive première moitié de la saison ne rassure en rien quant aux qualités de la production. Trois ans se sont écoulés depuis le couronnement d’Arthur. Le roi s’est entouré de nouveaux chevaliers, siège à la Table ronde et continue de veiller sur son royaume de la façon la plus juste qui lui soit possible. Fidèle aux légendes, il est sans aucun doute le souverain légitime de Camelot et la paix relative est un argument de poids. Tout du moins, il donne l’impression de l’être bien que visiblement, il traite toujours de la même manière son fidèle serviteur, Merlin. C’est quand même extrêmement consternant et agaçant de voir que le sorcier et la relation avec son maître n’ont pas évolué d’un iota au cours de cette ellipse. Merlin se fait encore critiquer, moquer, railler et il doit sempiternellement ramasser les affaires d’Arthur, le vêtir, porter ses armes et subir les blagues parfois lourdes des chevaliers. Nous savons tous que derrière les remarques parfois peu amènes du roi se cachent en réalité un profond respect, une grande amitié et une certaine reconnaissance mais il est malgré tout dommage qu’il faille attendre le series finale pour y goûter ne serait-ce qu’un minimum. La saison passée donnait déjà l’impression de faire du surplace et celle-ci souffre exactement des mêmes défauts. En d’autres termes, Arthur, Merlin et les autres paradent tandis qu’un ennemi cherche à s’approprier, voire à détruire, Camelot. Comme par hasard, cet adversaire porte les traits de Morgana. Le personnage n’a jamais été finement exploré mais cette fois-ci, il plonge réellement dans la caricature. C’est usant et ridicule d’entendre systématiquement la même rengaine et de ne pas tenter de la dessiner sous un nouvel angle. Entre sa haine viscérale envers son demi-frère et son envie impérieuse de découvrir l’identité d’Emrys, elle ne paraît avoir aucune autre motivation. Petite nuance, cette fois Merlin ne doit pas que s’occuper de la vile sorcière puisqu’il est confronté au retour de Mordred qui a bien grandi et qui, contre toute attente, semble vouloir faire partie des proches d’Arthur. Toutefois, pour diverses raisons le fidèle serviteur est persuadé que le druide sera à l’origine de la perte de son roi en dépit de l’absence d’une preuve tangible. Mordred a beau être interprété avec solidité par Alexander Vlahos, il n’a guère l’opportunité de rayonner comme il le mériterait. L’arc principal de la saison se résume par conséquent à la tentative d’arrêt du destin déjà mis en branle. Mais comme il s’agit du supposé feu d’artifice de la fin de la série, il faut bien trouver quelque chose pour meubler en patientant. D’autres intrigues parsèment alors les épisodes et aucune ne réussit à se révéler passionnante.

Le season premiereArthur’s Bane, s’étale comme le veut la tradition sur deux épisodes et se montre surtout maladroit et ennuyant. Ne parlons même pas de la créature sortie d’on ne sait où offrant de véritables crises de fou rire. Ce diptyque a tout simplement pour mission de lancer les enjeux de la suite, avec Morgana et Mordred, donc. La suite s’engage dans un format répétitif où Arthur cherche à réparer des erreurs passées, s’assurer du soutien d’anciens ennemis tout en étant aidé en catimini par Merlin. Les chevaliers ne sont pas du tout exploités, ce qui n’étonne plus arrivé à ce stade, et ils ne servent qu’à lancer quelques blagues. La saison parvient même à rendre leurs derniers instants à l’écran insipides et sans aucune ampleur émotionnelle. Sans dévoiler ce qui lui arrive, Gwaine est la déception la plus amère parce que son ultime rebondissement ne touche pas quand bien même on puisse grandement apprécier le personnage. La saison est cruellement expéditive et superficielle, ne s’arrêtant jamais lorsqu’il est nécessaire alors qu’elle passe la majorité de son temps à ralentir la cadence et reculer l’avancement de l’intrigue principale. Les épisodes utilisent tous les ingrédients déjà employés par le passé tels que le fameux espion contrôlé par la sorcellerie, les évanouissements bien opportuns, les maladies inopinées sauvées grâce aux fabuleux talents de Gaius, etc. À vrai dire, de nombreuses idées sont lancées mais cela de manière totalement désordonnée et confuse. L’intrigue occupant le milieu de saison, avec Gwen, se laisse aisément regarder car elle est divertissante mais elle manque d’ampleur. D’ailleurs, la reine s’est définitivement transformée en potiche ; elle n’existe pas en-dehors de son époux et ne sert strictement à rien. Finalement, Merlin prouve encore une fois qu’elle a beau vouloir jouer dans la cour des grands en dramatisant et en assombrissant sa teneur scénaristique, elle n’ose pourtant jamais dépasser une certaine limite probablement liée à son aspect familial. Pour cette raison, la saison souffle le chaud et le froid et représente parfaitement le côté bancal de l’ensemble. Si les épisodes de la seconde moitié ne sont pas foncièrement mauvais, ils sont rapidement oubliés une fois terminés ; tout de même, exception faite du 5×09, With All My Heart, pour son aventure, sa cocasserie et son avancée mythologique. Justement, ce n’est pas la réécriture des légendes arthuriennes qui dérange étant donné que depuis le temps, la production n’a plus grand-chose à voir avec le canon ; d’ailleurs, au cours de cette année elle se rapproche peut-être davantage qu’autrefois de ce que l’on connaît. Pour l’anecdote, la saison rappellera quelques souvenirs à ceux regardant Game of Thrones puisque l’on y voit Liam Cunningham et John Bradley ; sinon, il est possible d’y reconnaître Lindsay Duncan (Rome) de retour pour une apparition inutile.

Quid de la fin ? Contre toute attente, elle ne cherche pas l’esbroufe ou à en mettre plein la vue. À la place, elle s’attarde enfin sur la relation entre Arthur et Merlin et délivre ce que l’on attendait tous depuis le début. C’est cette dynamique qui représente la véritable âme de la série et il est par conséquent plus que logique que tout finisse avec eux. Si la finalité en tant que telle semble avoir déçu un certain nombre de téléspectateurs, elle est surtout très naturelle et presque nécessaire pour que Camelot parvienne à renaître véritablement et aller vers l’avant. Cet épisode est parfaitement sublimé par la photographie, le jeu de lumière et le sens de la mise en scène de la série. La musique composée par Rob Lane démontre en outre encore une fois qu’elle aura su accompagner les périples de ces deux compères liés à la vie comme à la mort. En d’autres termes, à travers ce dernier voyage, l’amitié entre les deux jeunes hommes est joliment retranscrite et amène des moments globalement touchants, notamment parce que leurs interprètes, Colin Morgan et Bradley James, sont bons et possèdent une vraie alchimie. Bien que l’on aurait pu espérer un impact émotionnel légèrement plus prépondérant, le cœur ressort assez gros et est malmené par cette atmosphère douce-amère. Dans tous les cas, cette fin est on ne peut plus cohérente avec le reste mais cela ne l’empêche nullement d’être douloureuse.

En conclusion, la saison cinq de Merlin n’est pas une réussite et peine à convaincre dans son intégralité. Ne parvenant jamais à tirer profit de son matériel, elle semble tout simplement attendre le dernier épisode de manière à résoudre ses intrigues. En-dehors de son duo principal ayant heureusement le droit à un sensible développement en fin de parcours, toutes les autres figures sont mises de côté et ne servent que de faire-valoir. Ajoutons-y des rebondissements répétitifs, un format tout aussi mécanique que précédemment, une narration décousue et une tonalité empêtrée par son absence de véritables risques, et elle a de quoi se révéler décevante. Pour autant, le visionnage n’est pas foncièrement pénible puisque l’univers est familier et possède encore la capacité de brièvement satisfaire. Ce sont donc plus les sympathiques souvenirs qui permettent de ne pas être trop critique. Et puis après tout, la série n’a jamais eu la prétention d’être parfaite, elle a juste souhaité proposer une fresque attachante relatant les aventures d’un jeune sorcier. Mission réussie.

Par |2017-05-01T13:59:30+02:00avril 3rd, 2013|Merlin (BBC), Séries britanniques|4 Commentaires

Merlin -BBC- (saison 4)

C’est un petit peu plus tardivement que d’habitude que nous allons reprendre le chemin de Pierrefonds sur Luminophore mais il est évident qu’il ne fut pas oublié. Il est donc question de Merlin, la série en partie tournée dans le fameux château de l’Oise. Sa quatrième saison fut diffusée sur BBC One entre octobre et décembre 2011 et comporte encore une fois treize épisodes. Une saison cinq est d’ores et déjà prévue et serait peut-être la dernière. Aucun spoiler.

Pour la première fois depuis les débuts de la série, la saison trois donna l’impression d’être homogène et sortant presque du cadre pourtant balisé du divertissement familial. C’est donc sous de très bons auspices que les nouveaux épisodes arrivèrent sur mon écran. Malheureusement, l’enthousiasme est vite retombé et la flamme n’a jamais réussi à être rallumée. La saison quatre est d’une banalité et d’une platitude à faire peur. Fondamentalement, elle n’est pas désagréable car on ne souffre généralement pas trop devant les épisodes. On est plutôt désolé de voir la série redevenir aussi insipide alors qu’elle a le potentiel pour être bien meilleure que cela. Un de ses problèmes est de faire du surplace. La saison trois s’était terminée sur la mise à sac de Camelot par Morgana, elle qui révélait en plus sa véritable nature. Cette nouvelle saison débute un an plus tard. Uther n’est plus que l’ombre de lui-même suite à la trahison de celle qu’il considérait comme sa propre fille, tandis qu’Arthur tente d’assurer l’organisation du royaume avec son oncle maternel, Agravain. Morgana, elle, s’enferme dans sa tanière parmi les bois, adopte un maquillage plus charbonneux et a oublié sa brosse à cheveux dans sa chambre. (Ou alors, elle n’avait jamais appris à l’utiliser jusque-là.) Ce nouveau look va à ravir à Katie McGrath, d’ailleurs. Du côté de Merlin, il cache encore son secret, sauve la vie d’Arthur à de très nombreuses reprises et se sent souvent lésé parce que personne ne sait qui il est. Point. Arrivé en fin de saison, le résultat est exactement le même qu’un an plus tard et pire, le scénario est quasi identique. D’aucuns diront qu’il y a tout de même un changement de taille – ou plutôt de tête royalement faite – en début de saison mais il n’apporte au final rien de neuf. Pour faire simple, on pourrait quasiment ne pas regarder les treize épisodes de 2011 et passer immédiatement à ceux de la future prochaine saison sans être trop dépaysé. Un comble. Il est de plus grandement temps que le secret de Merlin soit découvert par Arthur et/ou Morgana. C’est beaucoup trop facile de tomber dans les pommes toutes les cinq secondes.

Outre cette absence d’avancée significative dans la mythologie de Merlin, la saison ne travaille pas ses personnages. Bien sûr, Merlin est toujours aussi attachant, l’interprétation de Colin Morgan autant subtile, sa relation avec Arthur sympathique bien que peu évolutive (encore…) sauf que cela ne fait pas tout. Diable, où sont donc passés les chevaliers de la future Table ronde ? Dire qu’ils sont supposés être la force du royaume… Nous savons qu’ils sont là, ils ont le droit à quelques dialogues sans grand intérêt, on les voit sauter sur leur cheval et parcourir Camelot du côté d’Arthur et Merlin, mais ils ne servent à rien. Même certains comme Gwaine ont à peine la possibilité d’échanger une réplique avec le jeune sorcier. Dire qu’en saison trois ils était copains comme cochons. Percival qui avait à peine été effleuré précédemment ne nous est pas davantage familier. Enfin sauf si on ne le considère que comme un géant musclé n’ayant rien d’autre à apporter. Quelle amère déception. Quelques autres nouvelles figures apparaissent telles qu’Agravain, l’oncle d’Arthur extrêmement mal joué par Nathaniel Parker, ou encore vers la fin les fameux tristement légendaires Tristan (Ben Daniels) et Isolde (Miranda Raison).
Ne parlons pas non plus de Gwen qui n’est pas exploitée une seule seconde. Elle ressemble à une potiche ayant oublié d’utiliser son cerveau. Il existe autour d’elle beaucoup trop d’incohérences et d’approximations. Lorsque son propre frère se trouve dans la garde rapprochée d’Arthur, que l’on aime le futur roi, que l’on a été la servante d’une grande amie devenue sorcière et paria, on ne se conduit pas comme si de rien n’était. C’est aussi plus ou moins le cas d’Arthur qui semble ne jamais apprendre de ses leçons et qui se laisse berner par tout le monde. Heureusement pour lui qu’il est entouré de Merlin car autrement, on peut douter que l’on aurait eu connaissance de sa grâce royale. Tout cela n’est donc clairement pas en faveur de cette nouvelle saison de Merlin tant elle est cousue de platitude ne faisant pas réellement avancer l’histoire principale.

Si l’on regarde dans le détail, à part quelques très rares exceptions, les épisodes ne sont pas non plus trépidants, passionnants, voire même plus simplement réellement agréables. Le premier d’entre eux, en deux parties, The Darkest Hour, est ennuyant car dénué de tout enjeu. Il s’agit en réalité d’un souci récurrent dans cette saison. Les personnages sont très fréquemment confrontés à de multiples dangers. Évidemment, c’est un bon moyen d’augmenter la tension et le suspense sauf qu’ici, ça ne fonctionne pas. Nous savons tous qu’Arthur et Merlin ne vont pas mourir donc il est difficile de se sentir concerné lorsque l’on connaît la finalité de l’arc en cours. Les intrigues finissent par devenir mécaniques et simplistes. Avec cette saison, la série a tenté d’assombrir ses thématiques et d’être plus grave. Encore une fois, les épisodes n’évitent pas de nombreux écueils, avec un certain manichéisme par exemple, et sont rarement totalement convaincants. Pourtant, la série pourrait demeurer quelque peu drôle et mêler des évènements plus sombres. Il faut tout simplement qu’elle trouve une juste mesure, chose qu’elle semble avoir plus ou moins adoptée dans les deux derniers épisodes qui ne forment qu’une entité, The Sword in the Stone. La première partie est ainsi dramatique tout en étant par moments hilarante. Là, oui, c’est du bon Merlin. Quant au reste, difficile de citer des épisodes donnant envie de s’y attarder plus que de raison. Le 4×06, A Servant of Two Masters, avec un Merlin transformé en assassin obnubilé par Arthur, est sympathique malgré une certaine prévisibilité et permet à la série de retrouver sa fraîcheur et son ton humoristique. Il est dommage sinon que la magie vienne jouer un rôle aussi important dans le 4×09, Lancelot du Lac, qui aurait gagné à approfondir le lien entre Gwen et Lancelot sans user d’un artifice aussi grossier. La découverte de la fameuse Excalibur plus tard dans la saison est certes attendue bien que là encore, on pourrait chipoter sur l’utilisation de la magie et non pas de la véritable destinée d’Arthur. Notons sinon la présence de quelques sympathiques invités comme Lindsay Duncan (Rome) en reine charismatique ou James Callis (Battlestar Galactica) en ancien élève de Gaius assez retors.

Sur la forme, la saison est en revanche toujours aussi maîtrisée avec cette mise en scène travaillée et une très bonne utilisation de jolies couleurs presque fantasmagoriques. La musique de Rob Lane sait également se faire épique, intimiste ou aventureuse. Les effets spéciaux ne sont pas excellents mais cela n’est pas problématique. Par contre, ce n’est pas le cas pour l’unique cascade apparemment en vogue au cours de ces treize épisodes. Oui, le vol plané. Une fois, ça va ; deux fois, on commence à se poser des questions ; trois fois et plus, on en a marre. Voir Morgana lancer les personnages dans les airs avec un ralenti qui va bien finit par irriter. Il y a d’autres moyens pour être mis hors course.

En définitive, la quatrième saison de Merlin est faible et donne l’impression d’avoir rangé son identité au placard. En voulant aborder de manière plus sombre son histoire, elle se perd quelque peu au passage et finit par en devenir ronflante. Par ailleurs, l’absence de réels enjeux, le non-développement des personnages et le surplace de l’intrigue générale sont monnaie courante au fil des épisodes. Le principal reproche serait qu’en fait, en plus de manquer de rythme, la saison est routinière et ne sort que rarement des sentiers battus. Sans être mauvaise ou insupportable, elle déçoit lorsque l’on a en tête la précédente qui était bien plus maîtrisée. Heureusement pour elle, elle se termine sur une bonne note et fait espérer que la prochaine saison réparera ces erreurs et afficher un visage sachant gérer une tonalité plus adulte saupoudrée d’une certaine légèreté et d’une grande fraîcheur.

Par |2017-05-01T14:00:05+02:00mai 26th, 2012|Merlin (BBC), Séries britanniques|7 Commentaires