Métal Hurlant Chronicles (saison 2)

L’obstination et la naïveté faisant partie de mon vocabulaire, il était évident que je ne laisserais pas tomber Métal Hurlant Chronicles malgré des débuts peu engageants. C’est donc sans surprise que j’ai donné sa chance à la deuxième saison de cette production française. Composée de six épisodes de vingt minutes, elle fut diffusée aux États-Unis et en France sur SyFy en avril et mai 2014. Aucun spoiler.

Le Métal Hurlant, ce dernier fragment d’une planète réduite en poussière par la folie de ses habitants traverse inlassablement l’Univers et plonge ceux croisant son chemin dans le désespoir et la souffrance. Cette transposition à l’écran de bandes dessinées publiées dans feu le magazine Métal Hurlant reprend la même structure qu’auparavant en proposant une anthologie. Pour rappel, les histoires sont indépendantes les unes des autres bien qu’il leur arrive de partager plusieurs similarités et un cadre quelque peu semblable. La cohérence entre ces vignettes est dorénavant plus soignée, ce qui est un excellent point. Les styles sont encore une fois marqués et naviguent entre le space opera, l’anticipation, le contexte médiéval et le western. À partir de l’instant où l’on a un faible pour ces genres trop absents de la télévision, il est logique d’être content de les retrouver. La production continuer de tenter d’instaurer une atmosphère palpable, notamment grâce aux décors, à la photographie souvent très sombre et à la musique. Avouons que pour y adhérer un minimum, il convient de se montrer très indulgent tant les effets numériques de médiocre qualité pullulent et que l’ensemble en devient plus que kitsch. Quelques scènes de nudité sont floutées, d’ailleurs, ce qui accentue la bizarrerie de cette fiction. Avec un budget probablement anémique, Métal Hurlant Chronicles sent l’amateurisme et peine à visuellement convaincre. Pourtant, le côté désabusé et glauque des scénarios réussit sporadiquement à faire mouche et laisse imaginer qu’avec une écriture moins approximative, le résultat pourrait s’avérer prometteur. Les dialogues artificiels, les discours inutiles, l’interprétation souvent atone des acteurs, le rythme monocorde et la multitude de clichés et de stéréotypes ne viennent clairement pas arranger quoi que ce soit, surtout que la saison souffre de nouveau d’une inégalité parfois irritante. En effet, les épisodes ne sont pas homogènes quand bien même ils se veulent tous peu enthousiasmants.

The Endomorphe s’attarde sur un monde post-apocalyptique où des robots prennent le contrôle et s’apprêtent à totalement éradiquer les humains. L’unique solution pour ces derniers réside en un être particulier à même de se transformer en une créature capable de terrasser les ennemis mécaniques. Tristement, le premier épisode de cette nouvelle saison donne le ton puisqu’il n’est guère divertissant en dépit d’un retournement de situation certes prévisible, mais plutôt sympathique. L’acteur Michael Jai White campe un homme tentant de mener jusqu’au bout sa mission, quitte à braver moult dangers. L’ambiance se veut radicalement différente avec Whisky in the Jar où James Marsters (Buffy the Vampire Slayer) est de retour dans la série pour un rôle opposé à celui de Shelter Me. Il y joue un médecin ne supportant plus de voir ses patients mourir les uns après les autres, la survie au Far West se révélant compliquée. Suite au passage du Métal Hurlant, il est doté d’une mystérieuse capacité fort pratique. Avec son humour noir assez décalé et son épilogue correct, cet épisode est probablement le meilleur de la fournée. En revanche, Second Chance est beaucoup trop exagéré pour ne pas en devenir grand-guignolesque. Son héros cabotin (Scott Adkins, de retour) se lance dans une partie de poker qu’il ne peut que perdre et tente de fuir pour préserver sa vie et, accessoirement, mettre le grappin sur un fabuleux trésor. La conclusion sortie de nulle part est rigolote, mais ce n’est normalement pas cela que l’on attend de Métal Hurlant Chronicles. L’ennui prend ses aises dans Loyal Khondor réutilisant l’ambiance de l’épisode précédent et faisant croiser quelques-uns des personnages déjà entraperçus. Le dernier d’une race extraterrestre cherche par tous les moyens à sauver la princesse sur qui il veille depuis longtemps. Retenons uniquement que cela fait plaisir d’y voir John Rhys-Davies (Sliders). Sinon, The Second Son se démarque par l’apparition inattendue de Frédérique Bel (Fais pas ci, fais pas ça), ce qui n’est pas le cas de son histoire mêlant Moyen-Âge et technologies futuristes. Deux frères se détestent et désirent coûte que coûte s’entretuer ; petit problème, ils habitent dans un château où personne ne peut mourir. Enfin, Back to Reality délivre un univers atypique où des individus utilisent un simulateur leur permettant de s’évader du quotidien. Le principe est excellent parce qu’il dégage un liant concernant l’intégralité de la série, voire une sorte de vase communicant ; le traitement est en revanche bien moins satisfaisant. Quoi qu’il en soit, c’est l’occasion d’y rencontrer de nouveau Dominique Pinon.

Finalement, la deuxième saison de Métal Hurlant Chronicles s’avère identique à la précédente et ne réussit jamais à se départir de ses anciens défauts. Assez inégale, cumulant les clichés, moyennement jouée, souffrant de longueurs et disposant d’un style flirtant avec le ridicule, elle ne contente que rarement. Bien sûr, les moyens de la production sont limités et se doivent d’être pris en considération, mais cela n’excuse pas tout. C’est d’autant plus dommage, car les idées sont présentes, l’atmosphère morose montre parfois son potentiel et les chutes des épisodes savent surprendre. Qu’une série française aborde sérieusement la science-fiction fait plaisir si ce n’est qu’il arrive un stade où les scénarios caricaturaux et poussifs finissent même par contrarier le plus compréhensif.

Par |2017-05-01T13:58:42+02:00janvier 27th, 2015|Métal Hurlant Chronicles, Séries françaises|0 commentaire

Métal Hurlant Chronicles (saison 1)

Quand on apprécie la science-fiction et que l’on voit une production française se lancer dans ce genre, on ne peut qu’être curieux de regarder le résultat. Métal Hurlant Chronicles est une série adaptant quelques histoires publiées dans le magazine français Métal Hurlant, à travers la maison d’édition Les Humanoïdes Associés. Cette revue de bande dessinée fut créée sous la direction de Jean-Pierre Dionnet et a hébergé des nouvelles de plusieurs auteurs connus comme Enki Bilal, Hugo Pratt, Gotlib, Jacques Tardi, etc. Elle est surtout sortie au cours des années 1970 et 1980 et comportait également des commentaires de romans de science-fiction, de disques et d’autres médias. Le succès étant au rendez-vous, plusieurs pays ont acheté les droits et ont mis au point leur propre version ; aux États-Unis, le magazine s’appelle d’ailleurs Heavy Metal et existe encore à l’heure à laquelle ce billet est publié. L’univers des revues françaises et américaines a été transposé en film d’animation canadien, en 1981, sous le titre Heavy Metal ; il fut suivi en 2000 par Heavy Metal 2000, sorte de suite du premier mais pouvant être regardé indépendamment. Quant à ce qui nous concerne aujourd’hui, autrement dit Métal Hurlant Chronicles, il s’agit d’une anthologie de courts-métrages compilant des récits parus dans le magazine français. La première saison, composée de six épisodes d’une petite vingtaine de minutes, fut diffusée sur France 4 en octobre 2012. Une saison deux a déjà été commandée. Contre toute attente, cette série de Guillaume Lubrano est bel et bien française quand bien même elle dispose d’une distribution internationale. La production ne fut clairement pas de tout repos et a dû employer de l’huile de coude. Vendue dans plusieurs pays avant son passage à l’antenne, elle n’a trouvé qu’à la dernière minute un acheteur en France, France 4. Aucun spoiler.

C’est le dernier fragment de ce qui fut un jour une planète vivante. Mené à la destruction par la folie de ses habitants, ce qu’il en reste est condamné à errer à jamais au travers de l’espace et du temps. Hurlant sa peine et son désespoir. Dans la légende et dans les faits, on l’appelle le Métal Hurlant.

Respectant l’esprit du magazine, Métal Hurlant Chronicles propose pour ses débuts six épisodes totalement indépendants. Il est donc tout à fait possible de les regarder dans n’importe quel ordre. Ce concept n’est malheureusement pas dénué de défauts. Les histoires sont effectivement différentes les unes des autres et, si ce n’est leur lien avec la météorite traversant l’espace pour y changer l’existence des personnages, elles peuvent aucunement se ressembler. Le ton désolé et amer revient en revanche assez régulièrement et chaque chronique se conclut sur une chute normalement surprenante. Quoi qu’il en soit, le fil conducteur est bien mince et il aurait été appréciable qu’un protagoniste ou un élément plus prépondérant vienne davantage marquer l’ensemble. Cela dit, cette contrainte est déjà présente dans le magazine donc à la rigueur, elle ne peut être réellement imputée à la fiction qui semble effectuer un travail d’adaptation plutôt fidèle – je n’ai jamais lu la revue. Après tout, d’autres séries conceptuelles de ce type telles que Tales from the Crypt fonctionnaient comme il faut. Ici, chaque épisode dispose ainsi de thématiques et d’une ambiance parfois totalement opposées. La bonne nouvelle est que si une histoire ne séduit pas, la suivante pourra se montrer plus enthousiasmante. Malheureusement, sur les six de cette saison, aucune ne parvient à être une franche réussite. Les épisodes souffrent d’écueils identiques et si certains sont moins déplaisants que d’autres, demeurent de nombreux problèmes. Pour autant, malgré un budget vraiment famélique, la forme se tient en fait assez bien. La série fait preuve d’une direction artistique plutôt sympathique, à condition d’apprécier le genre évidemment et de ne pas être ennuyé par l’aspect kitsch ; plusieurs décors sont relativement jolis. Bien sûr, les effets spéciaux sont assez risibles, mais on ne peut pas dire que ce soit ça si dérangeant que ça. Autrement, la musique composée par Jesper Kyd, grand habitué des jeux vidéo, n’est pas non plus désagréable. Non, si la saison est plus que mitigée, c’est uniquement en raison de son écriture très hétérogène et maladroite. Les BD publiées dans Métal Hurlant étaient à l’époque lapidaires, ce qui fait qu’il est légitime d’opter pour un format raccourci dans Métal Hurlant Chronicles. Néanmoins, en à peine vingt minutes compte tenu du long générique, le scénario ne permet aucun développement digne de ce nom et peine à impliquer le téléspectateur qui se fiche royalement de ces personnages caricaturaux et sans finesse. La conclusion devrait normalement être le point culminant si ce n’est que les rebondissements sont quasiment à chaque fois attendus. Il faut en plus avouer que les situations convenues, les transitions brutales, les dialogues écrits à la truelle et l’interprétation à la qualité très fluctuante ne sont d’aucun secours. À part quelques exceptions comme le 1×06, Master of Destiny, le rythme est plat et la saison manque de souffle, ce qui est franchement rédhibitoire pour une production de cet acabit. Ne le nions pas, quelques bonnes idées subsistent, le ton kitsch et décalé fait parfois mouche, et on y sent une réelle ambition, mais ce n’est pas pour cette raison que tout est acceptable.

Le premier épisode, King’s Crown, met en avant le combat entre plusieurs hommes pour la succession au trône d’un royaume médiéval contrôlé par des robots futuristes. Les deux acteurs Scott Adkins et Michael Jai White maîtrisant les arts martiaux se partagent l’affiche dans ce qui ressemble à une lutte insipide moyennement inspirée. Dans Shelter Me, l’atmosphère est au huis clos anxiogène avec l’histoire d’une femme kidnappée et enfermée dans un abri antinucléaire par son voisin, car la fin du monde aurait eu lieu. En raison d’une certaine torpeur, de réactions peu crédibles et d’une conclusion prévisible, le récit n’est jamais vraisemblable. Il faut quand même avouer que voir James Marsters (Buffy the Vampire Slayer, Angel) fait plaisir et il sait se montrer suffisamment ambigu face à Michelle Ryan (Bionic Woman, Jekyll). L’épisode trois, Three on a Match, s’ouvre sur une séquence de sexe gratuite hautement discutable et verse par la suite dans du space opera non dénué d’ironie. On y voit notamment Dominique Pinon, Eriq Ebouaney et Craig Fairbrass. La quatrième histoire est quant à elle divisée en deux parties bien distinctes : Red Light et Cold Hard Facts. La première est plutôt correcte tandis que la seconde ne laisse aucun souvenir impérissable par son manichéisme. Pledge of Anya met en avant un guerrier (Greg Basso ; oui, Greg le millionnaire) parti assassiner un démon venant de s’échapper et ayant pris place dans le corps d’un humain. Il est conseillé par un ancien supposément sage (Rutger Hauer – Merlin). Difficile de le nier, la distribution est décidément plus qu’hétéroclite dans cette saison ! Enfin, retour au space opera avec Master of Destiny qui montre Joe Flanigan (Stargate Atlantis) et Kelly Brook se dirigeant vers une planète où résident des Tortues Sapiens capables de donner la date et l’heure de la mort de tout être vivant. Sur une note technique, plusieurs acteurs ont été doublés, ce qui accentue parfois le côté ridicule de la chose. Je n’ai aucune idée de ce que vaut la VF par contre puisque j’ai regardé la VO.

En définitive, cette première saison de Métal Hurlant Chronicles essaye de transposer le monde singulier des nouvelles du magazine Métal Hurlant et met dès lors en avant des histoires autonomes où la science-fiction est reine. Avec ses chroniques poussives, mal jouées, ses dialogues ineptes et l’ennui que les épisodes inspirent, le tout ne parvient jamais à convaincre. C’est d’autant plus dommage que la série est audacieuse et fait preuve d’une certaine passion, mais elle ne peut se dépêtrer de son aspect amateur et de son absence totale de substance. Espérons que la prochaine saison réussira à rebondir et proposer un ensemble bien moins risible.

Par |2018-07-06T18:03:41+02:00janvier 9th, 2013|Métal Hurlant Chronicles, Séries françaises|6 Commentaires