MillenniuM (saison 3)

En discutant aujourd’hui de la troisième et dernière saison de MillenniuM, c’est une page bien sombre qui se ferme. Effectivement, il paraît assez clair qu’il faudra attendre encore un petit bout de temps avant de retrouver une série à la tonalité aussi oppressante et désabusée, et en plus en mesure d’éveiller les consciences. Constituée de 22 épisodes, cette saison fut diffusée aux États-Unis sur Fox entre octobre 1998 et mai 1999. En raison de ses audiences en chute libre, la fiction a été annulée par la chaîne et ne dispose malheureusement pas d’une fin en bonne et due forme. Notons tout de même que Frank Black se rend dans l’épisode 7×04 sobrement intitulé Millennium de The X-Files lui servant vraisemblablement de conclusion ; l’ayant regardé lors de sa première diffusion française et ne connaissant pas à l’époque MillenniuM, je serais incapable de préciser s’il répond réellement aux interrogations soulevées – de quoi précipiter mon revisionnage de l’intégrale des aventures de Mulder et Scully ! Quoi qu’il en soit, les fans de l’univers sont encore nombreux et semblent toujours espérer un retour de Frank Black à l’antenne, chose que son interprète, Lance Henriksen, ne refuserait apparemment pas. Aucun spoiler.

Intense et magnifique, la seconde saison de MillenniuM changeait radicalement de tonalité par rapport à la précédente en injectant une forte dimension mystique et ésotérique à ses épisodes au lieu d’une traque incessante de tueurs en série. À travers des thématiques religieuses, elle transformait la fameuse Apocalypse redoutée, qui n’était jusque-là qu’une figure imagée, en véritable couperet fatidique. En outre, le groupe Millennium gagnait en ambivalence et s’apparentait à une entité tentaculaire dont il fallait définitivement se méfier, comme Frank l’apprenait bien trop tard. Le season finale, outre une réalisation quasi surréaliste, se terminait sur une note terrible où Catherine décédait suite à une sorte de virus mystérieux ayant fait d’autres victimes à Seattle. Quand la saison trois démarre, de longs mois se sont écoulés. Frank a quitté sa jolie maison jaune et est de retour à Washington avec sa fille, Jordan. Malgré le tragique décès de celle qu’ils aimaient, ils se serrent les coudes et plusieurs épisodes mettent d’ailleurs parfaitement en avant leur superbe relation. Contre toute attente, le héros décide de reprendre le chemin du FBI et intègre une section où il se retrouve affublé d’une équipière assez sceptique sur ses méthodes et sa manière de penser, Emma Hollis (Klea Scott). Tandis que Frank cherche à dévoiler les manigances du groupe dont il faisait autrefois partie intégrante, il travaille sur de multiples affaires criminelles violentes. En d’autres termes, cette ultime saison opte encore une fois pour une autre approche et renie celle qu’elle suit. Quand bien même on m’ait prévenue de cette orientation différente, j’avoue avoir eu du mal à m’y faire tant j’ai justement adoré la seconde saison et son aspect fantastico-esotérique teinté d’une poésie fataliste. Rappelons que Chris Carter avait à l’époque laissé carte blanche à Glen Morgan et James Wong pour mener la série comme ils l’entendaient mais, visiblement, il ne fut pas du tout satisfait par cette touche surnaturelle. C’est pourquoi il reprit les rênes de sa création et lui redonna une approche plus similaire à celle de ses débuts. Ces 22 épisodes ne disposent guère d’un fil rouge consistant et se bornent pour la plupart à des histoires indépendantes. Si le résultat est parfois enthousiasmant, il faut avouer que pour la majorité, le constat est bien moins probant.

     

Oubliant son caractère métaphysique, cette nouvelle saison préfère favoriser une mythologie conspirationniste bien qu’elle fasse toujours la part belle à la crainte du millénaire et à cette fameuse lutte du Bien contre le Mal. À ce sujet, la très grande réussite est le terrible 7×13, Antipas – scénarisé par Chris Carter et Frank Spotnitz –, marquant le retour de la troublante et machiavélique Lucy Butler, bien décidée à faire parler le Mal en elle et broyer de l’intérieur Frank. Bref, MillenniuM utilise cette fois le sujet presque éculé des secrets fomentés. Le gouvernement ne dit pas tout, manipule la masse et le groupe Millennium ressemble à une arme pointue parfaitement millimétrée a priori impossible à abattre. Entre complots, expériences scientifiques, liens industrio-militaires inextricables ou encore orchestrations de pièges, la série perd malheureusement de sa saveur et se limite à une sorte de mélange entre ce qu’elle a pu être dans le passé et un médiocre The X-Files. La regarder distille alors un arrière-goût assez amer tant elle donne l’impression d’avoir perdu son identité. Pourtant, quel est en définitive son vrai caractère ? Il est indubitable que son absence d’unité est sa faiblesse car, compte tenu de ses différents showrunners, elle n’aura eu de cesse de changer d’optique tout au long de sa diffusion. N’est-ce donc pas le point de vue de Chris Carter, le créateur, qui prévaut ? Dans ce cas, je dois avouer que ce n’est pas sa série que j’ai pu adorer, mais celle très complexe et dense de Glen Morgan et James Wong. À vrai dire, cette troisième saison est bien trop convenue pour satisfaire, notamment en raison d’un aspect préformaté, d’un manque d’originalité évident et d’épisodes franchement peu engageants. Pire, la mythologie de MillenniuM, à force d’être tourneboulée, est sans queue ni tête et il est confus d’en retirer grand-chose de concret. Ajoutons le fait que la série ne se conclut pas comme elle l’aurait mérité et il y a tout pour être frustré. En ayant une vision d’ensemble des trois saisons, le résultat est très peu convaincant du fait de sa désorganisation. La série rappelle presque un puzzle que le téléspectateur peut s’amuser à tenter de décoder mais qui ne réussira très probablement par ne jamais pouvoir le terminer tant les pièces mélangent deux, voire trois images différentes. Le groupe Millennium finit par user au sein de ces nouveaux épisodes, surtout qu’aucune réponse n’est divulguée. De surcroît, Peter Watts qui, jusque-là, gardait une dimension sympathique en dépit de son attitude ambiguë, perd totalement de sa cote attachante parce qu’il manipule honteusement quiconque se situant sur son chemin. Par rapport à ce que l’on connaissait de lui, la finesse et la logique font défaut à sa caractérisation. En prime, au-delà de cette mythologie conspirationniste, ces 22 épisodes se focalisent de retour sur les tueurs en série et Frank s’échine à résoudre des affaires toujours très glauques mais sans l’énergie et l’intensité de la première saison.

En rejoignant les bancs du FBI, Frank y rencontre d’anciennes connaissances, dont Andy McClaren (Stephen E. Miller) qui devient son supérieur. Convaincu que son vieil ami souffre de paranoïa suite au deuil de sa femme, il ne tient guère cas de son discours contre le groupe Millennium. C’est lui qui oblige Frank à faire équipe avec la jeune recrue Emma Hollis. Avec la disparition de Catherine mais aussi de Lara – dont nous n’avons d’ailleurs absolument aucune nouvelle –, la série se sépare ainsi de deux figures féminines fortes. Il semble naturel qu’elle cherche à en injecter au moins une nouvelle. Emma est en partie là pour ça. Le problème majeur est que ce personnage ne dégage absolument rien. Qui plus est, sa dynamique avec Frank comporte bien trop de similarités avec celle liant Fox Mulder à Dana Scully dans The X-Files. Il y a d’un côté celui qui croit et, de l’autre, celui qui doute. Si le duo fonctionne aux affaires non classées, ici, c’est l’ennui qui prime. Il faut avouer qu’Emma a beau posséder quelques épisodes cherchant à densifier son personnage, – à travers son père joué par John Beasley (Everwood), par exemple –, elle manque singulièrement de charisme et de prestance. Avec Barry Baldwin, un autre agent du FBI porté par Peter Outerbridge (ReGenesis), MillenniuM prouve tristement qu’elle ne se donne pas les moyens de sortir du passage clouté. À part être détestable et prétentieux, il ne ressort rien de cet individu à la limite de la caricature. Il a toujours tort et n’apprend pas de ses erreurs. En fait, c’est bien simple, la saison apporte des éléments inédits mais ne les exploite pas et les restreint à une unidimensionalité irritante. Frank et Emma se serrent rapidement les coudes et luttent tous deux contre le groupe Millennium alors que tout le monde cherche visiblement à les empêcher de mener à bien leurs investigations. L’Apocalypse est maintenant due à ceux détenant le pouvoir ou ceux cherchant envers et contre tout à l’obtenir, tout en n’hésitant pas à conspirer dans l’ombre. Oui, tout ceci laisse une désagréable sensation de déjà-vu. Heureusement, l’atmosphère désabusée permet de ne pas trop tiquer parce qu’il est indiscutable que si la saison oublie sa dimension fantastique, c’est pour mieux replonger dans la brutalité de ses premiers pas. Les tueurs en série retrouvent le devant de la scène, l’angoisse létale réussit sporadiquement à aller crescendo et la plongée dans les tourments humains s’accentue. Ne nions pas que la qualité des crimes, aussi variés qu’ils puissent malgré tout être, n’imite que trop rarement celle de la saison une. Les thématiques sont dans tous les cas toujours diverses et concernent le passage à l’an 2000, la montée en puissance de l’informatique, le clonage humain, la violence dans les écoles, la bombe atomique, etc. En passant, le 7×08, Omerta, se déroulant à Noël dans des forêts montagneuses est plutôt solide. Finalement, les idées sont là, c’est certain, l’exploitation, non.

L’atmosphère de MillenniuM se charge en douleur en raison de la tristesse, voire de la dépression de Frank. Ne pouvant se permettre de craquer tant il est gouverné par sa rage indicible envers ceux qu’il  juge responsables de la mort de sa femme, il se doit également de veiller sur Jordan dont les capacités prennent une toute autre ampleur. La petite fille avait déjà démontré par le passé qu’elle était bien du même acabit que son père et la saison continue sur cette lancée en approfondissant ses habiletés. Malgré son jeune âge à l’époque, Brittany Tiplady y est fantastique et son alchimie avec Lance Henriksen palpable. L’amour gouvernant leur personnage est un des atouts de la fiction et il est d’autant plus apprécié au sein d’épisodes qualitativement discutables. Jordan détient donc une place de choix au sein des intrigues, ce qui est un excellent atout. Des épisodes comme le 7×16, Saturn Dreaming of Mercury, permettent d’oublier parfois les lacunes sous-jacentes. Ce qu’il y a de dommage est qu’en définitive, Frank soit assez transparent et peu exploré. Alors que la saison précédente avait cherché à densifier le personnage et lui apporter une richesse assez inouïe, celle-ci se contente de peu et le laisse surtout interagir avec les autres. Bien sûr, Lance Henriksen abat encore une fois un travail formidable mais il aurait justement mérité de pouvoir davantage exprimer son talent. Avec son héros taciturne portant encore plus qu’auparavant le poids du monde sur ses épaules parmi ces crimes atroces, c’est sans surprise que l’on constate que l’humour disséminé dans la saison deux fait défaut. D’aucuns répliqueraient qu’il existe tout de même via le 7×05, …Thirteen Years Later, sorte de parodie de films d’horreur, mais bien qu’il soit divertissant, il se montre tellement médiocre qu’il est préférable de l’oublier. Proposer quelques instants de légèreté ne nuit généralement pas à une histoire lourde, c’est tout le contraire car cela permet d’appuyer davantage son propos avec ce contraste bienvenu. Dans un registre plus ou moins similaire, la poésie latente a presque disparu. Les citations de début d’épisodes ont été mises de côté et la forme témoigne d’un soin moins précis, même si la réduction du budget est peut-être la principale fautive à ce niveau. En dépit d’une musique toujours envoûtante composée par Mark Snow et d’un nouveau magnifique générique, la réalisation fait datée ; et alors que la saison est la plus récente, elle accuse davantage son âge que les précédentes – un comble !

Enfin, pour l’anecdote, documentons la présence dans des rôles plus ou moins secondaires de nombreux acteurs parfois plutôt connus du petit écran. Il est entre autres possible d’y repérer James Marsters et Juliet Landau (Buffy the Vampire Slayer), Eric Mabius (Ugly Betty), Garret Dillahunt (Terminator : The Sarah Connor Chronicles), Jorge Vargas (Higher Ground), Hiro Kanagawa (Caprica), Ryan Robbins (Riese : Kingdom Falling), Donnelly Rhodes (Battlestar Galactica), Amanda Tapping (Stargate SG-1, Sanctuary), Dean Norris (Breaking Bad) et plein d’autres encore. Fait amusant pour être noté, Brendan Fehr (Roswell) et Dean Winters (Oz) reviennent dans la série, mais sous un autre rôle ! Notons aussi la présence du groupe KISS.

En définitive, cette dernière saison illustrant la vaine tentative de son héros de démanteler le groupe Millennium s’avère décevante pour plusieurs raisons. De qualité peu homogène, elle délivre des épisodes indépendants et mythologiques majoritairement fades et ennuyants lorsqu’ils ne s’empêtrent pas dans un discours confus, voire incohérent. À la rigueur, que Chris Carter ait souhaité écarter la tonalité métaphysique de l’année passée puisse être accepté. En revanche, constater que le scénario nie toutes les caractéristiques précédentes pour s’apparenter à un récit conspirationniste dans la veine d’un The X-Files peu éclairé brise le cœur. Demeurent quelques rares éclats rappelant le fatalisme et le discours désabusé ayant fait autrefois mouche, la prise de conscience sur l’humanité et le mal la rongeant, l’attachement pour Frank et Jordan, ou encore une bande-originale toujours aussi fascinante. Cependant, ce sont au final peu de choses comparativement à tout ce qui peut chagriner. En fait, ce n’est pas tant que cette saison de MillenniuM soit mauvaise, c’est juste qu’elle change encore d’identité et ne répond pas aux attentes que l’on pouvait espérer lorsque l’on a autant apprécié l’orientation fantastico-ésotérique. De quoi laisser songeur sur ce que la fiction aurait pu devenir si ses soucis de direction artistique n’avaient pas existé…

By |2017-05-01T13:59:08+01:00octobre 6th, 2013|MillenniuM, Séries étasuniennes|0 Comments

MillenniuM (saison 2)

Il aura fallu attendre presque trois ans et demi pour que je me remette à MillenniuM après avoir terminé la première saison. C’est fou ça, surtout que j’avais plutôt bien apprécié ce que j’avais vu. Il faut avouer que ce n’est pas le genre d’ambiance dans laquelle on se plonge facilement. Quoi qu’il en soit, j’ai désormais déjà fait la moitié du chemin comme la série ne comporte que trois saisons. Aujourd’hui, place à la seconde, toujours diffusée sur Fox, et comportant 23 épisodes passés entre septembre 1997 et mai 1998 aux États-Unis. Il est nécessaire d’indiquer que pour cette saison, Chris Carter laissa momentanément les rênes à Glen Morgan et James Wong puisqu’il s’occupait alors à temps plein de la cinquième saison de The X-Files et du film, Fight the Future. Aucun spoiler.

Sans hésitation, la saison une de MillenniuM est la saison – ou tout du moins l’une des saisons – la plus noire de la télévision étasunienne depuis sa création. Par son ambiance lourde et son ton désespéré, elle ne peut laisser indifférent et hante littéralement les esprits. Pour autant, l’ensemble manque un peu d’homogénéité et souffre d’une absence de réel liant pour qui apprécie les intrigues au long cours. Ayant été prévenue, je dois dire avoir été très intriguée en commençant la seconde saison parce que l’on m’avait précisé qu’elle était différente. C’est effectivement le cas et c’est justement pour ça qu’il est important de savoir que Chris Carter a donné carte blanche à Glen Morgan et James Wong car l’identité propre de la série n’est plus tout à fait la même. Dans une certaine mesure, il s’agit d’une véritable trahison. Que l’on se rassure toutefois, ces épisodes suivent une continuité tout à fait crédible et pertinente mais on peut comprendre que Carter ait été déçu, l’amenant d’ailleurs à se consacrer de nouveau à sa série dès la saison trois. Alors que jusque-là, les histoires s’attardaient sur le Mal, sur son origine et ses multiples manifestations comme les tueurs en série, la saison deux y inclut de très fortes dominantes métaphysiques et mystiques. La religion chrétienne devient le principal moteur et l’Apocalypse physique et psychique est présente, telle une épée de Damoclès prête à s’abattre sur tous. Bien évidemment, arrivé en 2012 l’impact est peut-être moindre qu’en 1997 (quoique, on peut toujours penser à la supposée fin du monde de décembre 2012) mais quiconque ayant été suffisamment âgé pour s’en souvenir se rappelle très certainement de l’ensemble des prédictions et autres sources de blague quant au passage à l’an 2000. Dans cette saison, l’Apocalypse est dans l’air et plus les épisodes passent, plus la tension va crescendo. Par exemple, un compte à rebours se met en place dès que Frank se connecte au réseau du groupe Millennium, lui indiquant qu’il ne reste plus que tant et tant de jours. Chaque manifestation criminelle peut être un élément annonciateur de la fin des temps et les prophéties foisonnent sous de multiples aspects. Il en ressort par conséquent une atmosphère où la psychose est presque palpable et où le téléspectateur ressent une sorte de malaise indescriptible. Dans la première saison, l’Apocalypse était dans les esprits des personnages si ce n’est qu’elle parlait surtout des valeurs morales. Cette fois-ci, elle est perpétuellement en lien avec le groupe Millennium qui d’un groupe certes énigmatique mais consacré aux crimes, se transforme en entité tentaculaire existant depuis la fin des temps persuadée que la fin du monde sera prochainement parmi nous.

Si jusque-là le groupe n’avait été que très partiellement effleuré, ce n’est plus le cas ici puisque Frank pénètre à l’intérieur de cette société quasi secrète. Sous fond de conspirations, de manipulations et de meurtres, il semble difficile de pouvoir faire marche-arrière et de laisser de côté ce que l’on y apprend alors que l’on aimerait parfois oublier. Le groupe est très ambigu, lui qui emploie des méthodes plus que discutables, qui préfère répondre à des questions par d’autres questions et qui n’hésite pas à imposer des épreuves étrangement retorses à ses aspirants membres. C’est en partie là que la saison prend sa dimension mystique car le groupe a pour fondement la religion chrétienne. Depuis des siècles, ceux qui le composent chercheraient à faire triompher le bien du mal, à mettre la main sur des affaires ayant appartenu à Jésus ou à lever le voile sur des énigmes comme celle de Marie-Madeleine. La foi est au centre de nombreux propos et plusieurs enquêtes dont Frank s’occupe l’approchent de plein fouet. Parfois elle est vue comme une bonne chose, parfois comme le véritable mal qu’il convient d’exterminer. Peter Watts, évidemment encore incarné par Terry O’Quinn (Lost), est le principal lien de Frank avec le groupe mais d’autres personnages sont découverts au fil des épisodes. Lara Means (Kristen Cloke) est peut-être celle qui marque le plus, elle qui possède un don quelque peu différent de celui de Frank, se manifestant à travers la religion. Cette femme est souvent sur le fil du rasoir ce qui peut se comprendre au vu de ses visions et de ce qu’elle a vécu. Sa relation avec le héros est d’ailleurs particulièrement bien écrite, tous deux doutant et tentant d’avancer afin de découvrir la vérité sur ce qui les entoure. Ce qu’il y a d’agréable et d’original est de montrer d’autres capacités hors du commun d’une manière différente de celles de Frank. Mais la saison ne s’arrête pas là dans cette plongée étant donné qu’elle met aussi en avant plusieurs autres figures importantes du groupe comme The Old Man (R.G. Armstrong, décédé en juillet dernier) ou le personnage incarné par Philip Baker Hall (The Loop). Pour en revenir à Peter, les épisodes n’hésitent cette fois plus à mettre l’accent sur lui et sur la dynamique complexe qu’il entretient avec Peter. Entre les deux se tisse un lien particulier mêlant l’amitié aux devoirs et secrets du groupe. La personnalité de Peter ainsi que sa vie de famille sont également exploitées, ce qui est une excellent point car le personnage gagne en densité. En tout cas, une chose est sûre, c’est que les motivations réelles du groupe sont loin d’être claires. Il devient dès lors très inquiétant et ressemble avant tout à une véritable secte parasitée de l’intérieur par des luttes intestines remontant à la nuit des temps. Le point d’orgue est sans hésitation le troublant et plutôt incroyable season finale, The Time Is Now, qui englobe l’ensemble des éléments amorcés jusque-là et qui s’apparente à une expérience surréaliste et plus qu’hypnotique. Les démons dans cette saison ne sont plus forcément des métaphores des êtres humains mais peuvent avoir une véritable existence, le surnaturel faisant de ce fait son entrée dans MillenniuM. La mythologie de la série est par conséquent d’une grande complexité et demande un effort particulier pour qui souhaite la découvrir et l’apprécier à juste titre. Ce n’est qu’une fois la saison terminée que l’on réalise à quel point chaque épisode apporte sa matière et forme un ensemble extrêmement dense et touffu. Les scénaristes ne facilitent en aucun cas la compréhension des téléspectateurs et ce respect de notre propre intelligence est vraiment atypique et plus qu’honorable.

La saison commence assez moyennement, il faut l’avouer. Son season premiere, The Beginning And The End, peine à s’imposer et n’évite pas les longueurs. S’attardant sur le tueur aux polaroids, il a au moins le mérite de conclure cette intrigue et de relancer la série sur une autre piste, celle préférant les tonalités ésotériques. Plus particulièrement, c’est la fin de l’épisode qui impose aussi un nouveau mode de vie à Frank car son épouse, Catherine, souhaite avoir un minimum de recul quant à son mariage qu’elle trouve branlant du fait de l’hégémonie du groupe Millennium en son sein. Au fil de la saison, Frank ne sera jamais aussi seul, lui qui n’a plus sa belle maison jaune pour l’aider à souffler. Cette habitation sera d’ailleurs une sorte d’utopie, de Graal à atteindre une fois l’Apocalypse enrayée. Quand bien même Catherine et Jordan soient quelque peu moins présentes dans la saison, leur présence est toujours palpable et appréciée. Catherine fait encore une fois preuve de douceur, d’une certaine perplexité et d’un grand amour pour Frank, et leur relation est finement menée. Le season finale la lance dans une direction fort triste mais assez enthousiasmante quant à la suite. Jordan, elle, continue de montrer qu’elle est bien la fille de son père et qu’elle aussi possède des dons très particuliers. La vie de famille de Frank n’est donc jamais oubliée et amenée avec subtilité et pudeur. Le héros est un homme entièrement dévoué à ceux qu’il aime et il est prêt à tout pour eux – même à mettre de côté son propre bonheur personnel. Justement, Frank est encore plus développé que lors de la première saison et ses pouvoirs prennent une autre dimension, parfois presque mystique. Au moyen de flashbacks pertinents et d’épisodes entièrement dédiés à son passé comme l’excellent 2×06, The Curse of Frank Black, se déroulant à Halloween, avec le sympathique Dean Winters (Oz, Terminator : The Sarah Connor Chronicles) en sorte de fantôme, ou de l’émouvant 2×10, Midnight of the Century, on en revient à l’origine de son don et ses liens avec ses parents. Sans conteste, Frank est un excellent personnage principal et l’interprétation extraordinaire de Lance Henriksen est un des points forts de MillenniuM. C’est bien simple, avec son attitude laconique et la puissance qu’il dégage, il devient littéralement habité et fascinant. Et diable, quelle voix !

Si les thématiques abordent essentiellement des questions religieuses, d’autres plus larges sont au centre des propos. Les tueurs en série sont loin d’être oubliés et n’ont pas toujours un lien réel avec l’Apocalypse de 2000. Il convient également de préciser que si dans l’ensemble, le ton est toujours noir, il ne tombe jamais dans la voyeurisme ou la surenchère, bien au contraire. Les scenarii font preuve d’une certaine poésie, voire d’une philosophie humaniste par l’écriture sobre et symbolique. Dès lors, la saison est tragiquement belle. L’épisode 2×13, The Mikado, traite par exemple des meurtres sur Internet. En 2012, alors que le monde virtuel est quasi quotidien, le scénario prend d’ailleurs une toute autre ampleur et fait sûrement toujours aussi froid dans le dos qu’en 1998. Frank s’entoure dans la saison d’un informaticien appartenant plus ou moins au groupe Millennium, Brian Roedecker, qui est d’une grande fraîcheur et à l’origine de dialogues plus que sympathiques. Sinon, dans le 2×11, Goodbye Charlie, le personnage joué par Tucker Smallwood amène notamment des réflexions intéressantes sur l’euthanasie ; dans le 2×03, Sense and Antisense, les manipulations génétiques seront montrées du doigt. Des fois le résultat n’est pas très réussi comme avec le 2×17, Siren, lent et assez soporifique mais, dans la globalité, la qualité des épisodes est relativement homogène et fait au final preuve d’une grande densité mythologique. L’atmosphère est bien moins noire et désabusée que lors de la première saison et ce changement est vraiment réussi. Si dans chaque épisode on retrouve assez régulièrement quelques blagues ou répliques piquantes, on note surtout le changement avec deux épisodes bien précis, à savoir le 2×09, Jose Chung’s Doomsday Defense, et le 2×21, Somehow, Satan Got Behind Me. Les deux ont pour mérite d’être décalés et de posséder un ton humoristique très noir absolument jouissif. Le résultat est tout simplement savoureux d’autant plus que ces épisodes font preuve d’une grande finesse concernant la psychologie humaine. Et pour la petite anecdote, les références à The X-Files y foisonnent avec des petites touches quelque peu gentiment moqueuses.

Sur la forme, bien que la saison date de 1997/1998, elle vieillit plutôt bien. La réalisation est généralement très soignée et la photographie est plus que particulièrement mise en valeur avec cette obscurité souvent présente mais suffisamment éclairée pour en devenir parfaitement adaptée à l’atmosphère de MillenniuM. Par moments, on tend même à s’approcher d’un clair-obscur. On erre dans les bois, les forêts, les montagnes et le cadre peut être parfois désolé sans perdre de sa beauté tranquille. Autrement, les musiques de Mark Snow mettent immédiatement dans l’ambiance et participent à l’identité de la série. En tout cas, retourner du côté de Seattle et de Frank Black m’aura sacrément donné envie de me replonger dans The X-Files.

Enfin, les amateurs de séries télévisées pourront y reconnaître dans des rôles plus ou moins tertiaires Doug Hutchison (Lost), le tueur aux polaroids qui montre qu’avec Tooms (The X-Files), il a décidément le chic pour ficher la frousse, Brendan Fehr (Roswell, Bones) en étudiant émoustillé par ses hormones, Christopher Masterson (Malcolm in the Middle) en prisonnier de Lucy Butler qui est donc bel et bien de retour, l’abonné des petits rôles Gary Chalk comme inspecteur de police, Glenn Morshower (Friday Night Lights) en ancien collègue de Frank, John Pyper-Ferguson (Caprica) en prof très particulier et, comme toujours, plein de visages vus dans les productions tournées à Vancouver.

En définitive, s’il est évident que la seconde saison de MillenniuM change radicalement d’optique en transformant son apocalypse des valeurs en apocalypse métaphysique et en y incluant une forte dominance religieuse et symbolique, elle gagne en complexité et en richesse. Comme l’indique le nouveau slogan du générique, This is who we are, the time is near (Voici qui nous sommes, l’heure est proche), la saison est celle du groupe Millennium et de la fin des temps. À grand renfort d’une mythologie fragmentée distillant une psychose du millénaire, d’une ambiance fantastico-esotérique et d’un climat certes moins dépressif mais toujours très noir et fataliste, elle se révèle passionnante à suivre et à tenter de décoder. Tout au long de ces épisodes, une tension et une angoisse indicible gagnent en intensité pour se conclure sur une note inouïe. En d’autres termes, il en ressort une poésie dramatique métaphysique extrêmement stimulante et plus que fascinante. Ce n’est donc pas étonnant que les fans espèrent encore que la série revienne un jour à l’écran d’une manière ou d’une autre comme le montre le site Back to Frank Black.

By |2017-05-01T13:59:47+01:00septembre 23rd, 2012|MillenniuM, Séries étasuniennes|2 Comments