Misfits (saison 5)

L’annonce est tombée avant sa sortie, la cinquième saison de Misfits serait la dernière de la série. Ainsi, les scénaristes ont eu le temps de préparer la conclusion de cette fiction atypique. Constituée de huit épisodes, elle fut diffusée sur E4 entre octobre et décembre 2013. Aucun spoiler.

Bien que l’on ait pu grandement apprécier Misfits par le passé, voire été dithyrambique à son sujet, c’est avec un certain soulagement que la nouvelle de son annulation fut accueillie. Ne le nions pas, plus les années s’écoulaient, plus la qualité de l’ensemble s’étiolait. Sans s’avérer foncièrement mauvaise, la quatrième saison ennuyait plus qu’elle ne divertissait, en oubliant au passage de se renouveler et de raconter des histoires réjouissantes. Pour la toute première fois, cette salve d’épisodes inédits ne met à l’honneur aucun des personnages de la distribution d’origine. De toute manière, pour être entièrement honnête, la série n’a plus grand-chose à voir avec ses débuts. Avec cette idée en tête, le visionnage ne se révèle pas déplaisant bien que l’ensemble demeure peu fouillé et se contente du strict minimum, ressemblant surtout à une sorte de vaste délire décalé ayant négligé toute ambition. Les anciennes recettes sont réutilisées, si ce n’est que le résultat s’avère nettement moins probant et induit une nostalgie. En y réfléchissant, c’est peut-être ce que recherche la saison, à savoir miser sur les sentiments du public en essayant de lui rappeler le bon vieux temps et l’appréciation qu’il peut avoir des personnages. Avouons que l’excentricité ambiante, les répliques ciselées et incisives, la comédie burlesque, la chouette bande-son et la réalisation soignée fonctionnent toujours et empêchent d’être trop critique. Justement, l’humour est mieux maîtrisé cette année, même si la série se caricature régulièrement et joue quelque peu la carte de la facilité. Tout y est très stupide et presque vide de contenu.

Alex ayant subi une greffe du poumon, il se retrouve sans surprise doté d’un nouveau pouvoir. Si celui-ci est, sur le papier, somme toute assez banal, il est en réalité extrêmement fantasque. Effectivement, le barman détient désormais la possibilité de voler les habiletés, mais il ne peut le faire n’importe comment. Pour cela, il doit avoir des relations sexuelles avec la personne – ou l’être vivant, si l’on souhaite être plus précis – en question. Bien sûr, tout ceci induit moult rebondissements truculents et l’empêche de faire ce qu’il désire comme ça l’arrange. Quoi qu’il en soit, après une pirouette scénaristique ridicule, le jeune homme se voit contraint d’arborer le costume orange et de se ranger parmi ses compères que sont Rudy, Jess, Finn et Abbey. Jusqu’à présent, Alex était fade et ne dégageait aucune once attachante. Cette saison se rattrape grandement. Si le personnage en tant que tel est parfois irritant pour son dédain et son détachement, il évolue progressivement et s’humanise grâce à son don sorti de nulle part. Sa dynamique explosive avec Finn est également assez drôle et agréable, les deux ne faisant que se chamailler tels des chats et chiens. Les huit épisodes essayent de s’attarder sur la galerie de bras cassés et de les mettre en avant, ce qui est une excellente chose. Malgré leurs disputes fréquentes, une vraie amitié s’installe entre eux et se révèle communicative.

S’il est indiscutable que les protagonistes n’ont pas le charme de ceux des premières saisons, ils se montrent enfin distrayants. Au détriment du reste, chacun a le droit d’être un tout petit peu favorisé, avec plus ou moins de succès. Ce sont surtout les relations entre eux qui valent le détour. Les deux versions de Rudy sont encore plus complémentaires et touchent chacune à leur manière ; soit dit en passant, la découverte sur leur père aurait mérité davantage d’exploitation. D’un côté, Rudy 1 tombe sous le charme de Jess et, de l’autre, Rudy 2 rêve de grandeur et d’indépendance. L’amitié entre Finn et Rudy 1 figure également dans les réussites de la saison, surtout que l’espèce de triangle amoureux vient perturber leur quotidien, risquant de chambouler au passage l’affection qu’ils se portent mutuellement. Concernant Finn, justement, il erre, l’âme en peine, espérant découvrir l’amour un jour ou l’autre. Il pourrait presque le trouver avec l’agent de probation, toujours fort particulier et inquiétant. Lui aussi a le droit d’être un tout petit peu exploré et parvient peut-être bien à rompre le fameux sortilège entourant son poste. Insérée précédemment comme un cheveu sur la soupe, l’amnésique Abbey est à l’origine d’une jolie surprise, mais une fois celle-ci éventée, elle reste plutôt dans l’ombre des autres. L’écriture est dans tous les cas souvent anecdotique et illogique tant elle part dans tous les sens.

Contre toute attente, la saison injecte un fil conducteur au sein de son intrigue presque anémique : la naissance de vrais superhéros et l’impact d’un groupe de soutien. À travers des pulls prophétiques, le désarroi de Rudy 2 qui a un grand besoin de parler et de se détacher de son double, elle amorce un certain nombre de thématiques a priori enthousiasmantes. Les pouvoirs sont enfin à l’honneur après la débâcle passée, mais, malheureusement, tout demeure à l’état embryonnaire. Les enjeux ne sont pas clairs, les retombées d’un évènement ne sont jamais développées lors des épisodes suivants et tout y reste très mécanique et artificiel. Que le cadre ait toujours été en vase clos, sans interaction avec le monde extérieur, n’est pas dérangeant. En revanche, pour ne pas endormir le téléspectateur, il est important de bouleverser les fondements et de ne pas se contenter du strict minimum. Misfits oublie de créer une vraie ambiance où la tension et le suspense s’associent à un soupçon d’aventures épiques. En définitive, il manque une étincelle digne de ce nom. C’est peut-être l’un des majeurs reproches du final, même s’il laisse sur une note positive grâce à sa bonne humeur, ses nombreux clins d’œil et son énergie.

Pour conclure, la cinquième et dernière saison de Misfits remonte sensiblement le niveau de celle qu’elle suit. En dépit d’histoires peu creusées, routinières et répétitives par rapport à ce que la production a déjà pu proposer par le passé, elle parvient étonnamment à amuser et à distraire convenablement. Pour cela, bien que le fil rouge amorcé soit mal mené, elle remet enfin les pouvoirs au centre du récit et délivre le portrait d’un groupe de compères loufoques devenus progressivement attachants par leurs faiblesses et les dynamiques les liant. Certes, les épisodes se rapprochent plus d’une autoparodie brouillonne que d’une fiction bénéficiant d’un scénario solide, mais en la regardant comme ce en quoi elle s’est transformée, c’est-à-dire une série légère et ridiculement absurde, elle ne déçoit pas. Si sa route a été mouvementée, Misfits aura su conserver jusqu’au bout une grande cote de sympathie, notamment en raison de sa singularité haute en couleur.

By |2017-05-01T13:58:56+01:00septembre 28th, 2014|Misfits, Séries britanniques|2 Comments

Misfits (saison 4)

Plus les années passent et moins Misfits ressemble à ses débuts. Tout du moins, si la distribution est radicalement différente, cela ne veut pas forcément dire que le reste n’est plus aussi bon, n’est-ce pas ? Composée de huit épisodes, la quatrième saison de la série anglaise fut diffusée sur E4 entre octobre et décembre 2012. Une cinquième est d’ores et déjà prévue et devrait arriver d’ici la fin 2013. Aucun spoiler.

Naturellement, débuter Misfits sans y voir Nathan, Simon, Alisha et Kelly est très particulier. Des acteurs d’origine, il ne reste plus que le fade et transparent Curtis. Difficile de ne pas tiquer et de craindre de ne plus retrouver ce qui faisait le sel de cette production enlevée. Avec Rudy, découvert lors de la saison trois, Curtis rencontre deux petits nouveaux et un énième agent de probation. Au fil des huit épisodes, ils mènent tous une existence toujours aussi originale donnant l’impression d’appartenir à une dimension parallèle. À la rigueur, que les personnages soient retranchés du monde, que les morts s’entassent sans que personne n’intervienne, et que la série continue de s’amuser d’être sur le fil du rasoir n’est aucunement dérangeant. Après tout, il s’agit de sa marque de fabrique. Jusqu’à présent, Misfits était effectivement parvenue à trouver un juste-milieu entre les idioties en tous genres, le côté extrêmement décalé, la noirceur et une certaine complexité. Sans se prendre au sérieux, elle arrivait à traiter de thématiques parfois graves faisant généralement mouche. Dans beaucoup d’autres séries, ce mélange atypique ne fonctionnerait pas et passerait soit pour kitsch, soit pour fondamentalement stupide, mais ici, non. Malheureusement, cette saison quatre prouve que toutes les bonnes choses ont une fin et qu’à un moment donné, la recette ne touche plus. Sans être mauvais, les épisodes se suivent et se révèlent plus vides qu’autre chose. Ce n’est même pas qu’ils soient inégaux, c’est juste que pas un ne sort vraiment du lot, les répétitions s’entassent et l’absence de direction se fait cruellement ressentir. Aucun véritable fil rouge digne de ce nom n’est mis en évidence, et ce ne sont pas la quête d’un membre disparu pour un protagoniste ou un voyage spirituel qui vont atténuer cet écueil. En outre, l’esprit irrévérencieux n’est guère palpable, l’inventivité fait défaut, ce n’est plus très drôle, les émotions peinent à circuler et, au bout du compte, on s’ennuie grandement. Ça fait d’autant plus mal au cœur lorsque l’on a autant apprécié les deux premières saisons et que quelques bonnes idées – comme les chevaliers à vélo – voient le jour, si ce n’est qu’elles ne sont pas exploitées. Il paraît dorénavant clair que Misfits a totalement perdu son identité et qu’elle semble prête à ne faire aucun effort pour la retrouver. Le visionnage n’est pas si douloureux que ce que ces mots peuvent laisser croire, bien qu’il convienne d’avoir fait auparavant son deuil de la fiction ; sinon, le choc risque d’être brutal. Ce non-investissement dans l’histoire est en plus visible à travers la forme. Où sont donc passées la réalisation aux petits oignons, cette faible profondeur de champ si caractéristique et cette poésie quasi inhérente à la série ? Certes, la bande-son comporte quelques pistes agréables, la photographie est soignée, mais là aussi, il est compliqué de ne pas se sentir lésé.

Avec un scénario tournant quelque peu à vide, cette saison quatre repose en grande partie sur ses personnages. Curtis est égal à lui-même et son unique moment de gloire est totalement raté. D’aucuns pourraient dire qu’il est donc à son image. Le point positif de ces épisodes est que les nouveaux protagonistes, Finn (Nathan McMullen) et Jess (Karla Crome), sont parfaitement intégrés au reste de la maigre distribution. Il leur faut très peu de temps pour faire leurs marques et s’installer dans le paysage. Le constat est tout particulièrement correct pour Finn. Plutôt drôle, il tombe rapidement amoureux de Jess et ne désespère pas de finir un jour par la séduire. La révélation de fin du premier épisode est assez truculente et le montre sous un jour sensiblement détraqué. Quant à Jess, son histoire avec le barman, l’insipide Alex (Matt Stokoe), n’est clairement pas ce que la série a fait de mieux. Cela dit, la jeune femme en tant que telle garde un bon capital sympathie. Plus tard dans la saison, c’est au tour de l’amnésique Abbey (Natasha O’Keeffe) d’arriver. Malgré son état de coquille vide, elle plaît immédiatement et semble avoir toujours été présente. Ajoutons-y Rudy, que nous connaissions déjà et qui continue son petit bonhomme de chemin d’une façon plus que satisfaisante, et le quatuor se montre solide. Concernant Rudy, la fin de saison lui développe un visage jusque-là peu aperçu et le fait d’une jolie manière presque inattendue. Cependant, aussi chouettes qu’ils peuvent l’être, il n’empêche qu’ils ne sont pas attachants comme ont pu l’être Simon, Nathan et les autres. De plus, ce qu’il y a de vraiment dommage, c’est qu’en dépit de l’amitié et des bons moments de camaraderie, les super-pouvoirs sont quasi mis de côté. S’ils sont bel et bien présents en filigrane, personne ne se sert d’eux. La fin de saison tend sensiblement à rompre cette déclaration, mais ce que l’on entraperçoit demeure tout de même très limité. Autrement, pour prendre en charge ses trublions, un agent de probation (Shaun Dooley) est recruté et il se révèle extrêmement particulier. Possédant ce qui s’apparente à une personnalité perverse, il met régulièrement mal à l’aise.

     

En définitive, cette saison quatre de Misfits prouve que la production n’a plus grand-chose à raconter. Accumulant des situations déjà vues et peu enthousiasmantes, elle peine cruellement à se montrer franchement agréable. Bien que les héros soient dans l’ensemble plaisants, l’ennui est bien trop présent au cours de ces épisodes s’enchaînant sans véritable liant ou ligne directrice. L’année précédente l’avait fait craindre, la série commence inéluctablement à perdre son âme et l’esprit délicieusement décalé et rafraîchissant n’est plus. Seul demeure un sentiment de négligé et de bâclé.

By |2017-05-01T13:59:35+01:00février 2nd, 2013|Misfits, Séries britanniques|4 Comments