My Boss, My Hero | マイ★ボス マイ★ヒーロー

Maintenant que j’ai trempé les pieds dans la marmite des séries japonaises, j’ai bien envie de m’y immerger plus longuement. C’est pourquoi je continue mes explorations et ai testé récemment My Boss, My Hero, souvent citée parmi les incontournables. Elle s’inspire très fortement du film sud-coréen Dusabuilche datant de 2001 que je n’ai jamais eu l’occasion de regarder. Scénarisée par Ômori Mika (Long Love Letter, Kimi wa Pet), elle comporte dix épisodes diffusés sur NTV entre juillet et septembre 2006 ; le premier et le dernier disposent d’une bonne vingtaine de minutes additionnelles aux quarante habituelles. Aucun spoiler.

Du haut de ses vingt-sept ans, le yakuza Sakaki Makio s’apprête à devenir le chef de son clan, succédant ainsi à son père. Sauf que celui-ci commence à hésiter, car son fils accumule les bourdes et ne paraît pas détenir l’étoffe d’un vrai dirigeant. Il a beau être fort et courageux, il n’a clairement pas inventé la poudre. Il n’est même pas capable de penser plus de quatre-vingt-dix minutes de rang ! Le patriarche de l’organisation lui lance alors un ultimatum ; s’il souhaite contrôler un jour sa famille de criminels, Sakio doit obtenir son diplôme de fin d’études ; autrement, son petit frère prendra sa place. Pour cela, il intègre donc le lycée St. Agnes sous l’identité d’un élève de seulement dix-sept ans. Outre son physique d’adulte, il essaye tant bien que mal de cacher sa réelle nature de bandit et s’il traîne d’abord les pieds, il finit presque par apprécier se cultiver…

My Boss, My Hero fait partie de ces comédies japonaises assez débridées partant d’un postulat totalement improbable. Un yakuza dans une école ? Absolument. Bien sûr, il convient de ne pas commencer cette série en y attendant une crédibilité exemplaire, mais plutôt en acceptant son ton favorisant le second degré. Elle ne révolutionne pas le genre, n’évite pas plusieurs écueils et pourra sans aucun doute irriter maints téléspectateurs en raison de son aspect survolté, mais ceux adhérant à ce registre devraient s’amuser. Car oui, en dehors peut-être de la conclusion tranchant un peu trop brutalement avec le reste, tout n’est là que pour divertir et épater la galerie. Le récit ne peut s’empêcher d’y injecter quelques leçons sur l’importance des études, de l’entraide, du sens de la famille et d’autres thématiques généralement chères au public japonais, mais celles-ci ne s’avèrent pas nécessairement insupportables ou moralisatrices. De même, le format narratif finalement répétitif, avec un obstacle par épisode, n’induit pas un sentiment d’ennui ou de paresse scénaristique. Le rythme se révèle tellement trépidant que les minutes défilent à vitesse maximale. L’ambiance favorise la loufoquerie et le décalage comme le prouvent par exemple la musique composée Takami Yû avec ses sonorités parfois dignes d’un vrai western, mais aussi les costumes caricaturaux de gangster de Makio. Avant tout, My Boss, My Hero est surtout le spectacle de son interprète principal, le charmant Johnny’s Nagase Tomoya qui, ne le nions pas, en fait des tonnes. Au départ, le comédien demeure encore assez posé, mais plus le temps passe et plus il semble s’installer définitivement dans son rôle en n’hésitant pas à appuyer les mimiques, gesticulations et diverses grimaces. Ce surjeu outrancier transcende littéralement la série puisqu’au lieu de la rendre imbuvable, il participe à la folie douce générale. C’est également l’acteur qui chante avec son groupe, TOKIO, l’entraînant générique de fin, Sorafune.

Depuis qu’il est petit, Sakaki Makio exècre les études et tout ce qui s’y rapporte. Il ne compte que sur sa force physique et apprécie son surnom de Tornado, lui qui peut massacrer ses adversaires avec ses poings. Ses loisirs se résument à se battre, consommer de l’alcool, draguer les femmes et… manger du pudding. Dire qu’il est idiot serait un euphémisme parce que oui, il ne comprend vraiment rien et ne détient aucune culture notable. Sûr de lui, il n’en souffre pas du tout jusqu’à ce que son père le force à obtenir son diplôme de fin de lycée pour devenir son successeur au sein de l’organisation criminelle. Il troque son complet pour l’uniforme écolier et le voilà transformé en jeune de dix-sept ans. Toute découverte de sa réelle identité ou de sa situation provoquera son renvoi immédiat. Seul le bienveillant directeur de l’établissement (Iwaki Kôichi) connaît la supercherie et veille de loin à ce que tout se déroule au mieux. Son arrivée à St. Agnes ne passe pas inaperçue à cause de son physique, de sa stupidité effarante et de ses réactions parfois incongrues. Pour lui, entendre un coup de feu reflète une attaque ennemie, mais peut-être s’agit-il simplement du prof de sport annonçant le départ d’une course, non ? Les péripéties se multiplient au sein des épisodes et n’importe quel élément sert de prétexte pour créer de toutes pièces des délires. Le sprint pour obtenir un des douze puddings quotidiens, la mission de délégué de classe, les examens d’entrée à la fac, le test du courage et la rencontre parents/enseignants figurent au programme et permettent d’y inclure plusieurs généralités sur l’adolescence. Pour l’aider dans sa tâche, Makio a la chance d’être épaulé par Minami Yuriko (Kashii Yû – Meitantei no Okite), sa prof principale qu’il surnomme Tekkamen en raison de son visage impassible. Cette femme s’avère absolument géniale et ses interactions avec son élève la troublant de diverses manières continuent d’amuser. En bref, l’omniprésence de l’humour et de la bonne humeur prédomine, provoquant ainsi une vraie cure de jouvence et de travail des zygomatiques.

Ce sacré benêt de Makio se montre dès le départ sympathique et attachant, mais finit quasiment par attendrir, lui qui n’a jamais eu d’effort à faire jusqu’à présent et qui apprend difficilement à composer avec ses faiblesses, voire à les exhiber à la vue de tous. Au contact des étudiants qu’il fréquente quotidiennement, il commence enfin à grandir, à mûrir et se demande ce qu’il souhaite réellement. Le voir s’ouvrir au monde met beaucoup de baume au cœur, même si l’écriture manque sensiblement de finesse. Sa relation compliquée avec son père (Ichimura Masachika) croquée en filigrane émeut tout en divertissant, car les deux ne se connaissent que peu et leur maladresse respective apporte sur un plateau quelques moments drolatiques. My Boss, My Hero s’amuse de ses clichés et les tourne régulièrement en dérision. Du côté des yakuzas, Kuroi (Ôsugi Ren – Tajû Jinkaku Tantei Psycho) et son long manteau en cuir veillant au bien-être de son poulain, mais aussi le jeune Kazuya (Tanaka Kôki – Tatta Hitotsu no Koi) véritable adorateur passionné de Makio s’apparentent à d’excellents personnages secondaires. D’ailleurs, la série n’est pas avare en figures bigarrées du plus bel effet. L’infirmière âgée aux conseils avisés (Motai Masako) et Hoshino (Wakaba Ryûya) se prenant pour un rebelle se détachent sûrement des autres et égayent à leurs manières les épisodes. Bien sûr, le héros se lie davantage avec quelques élèves et là, la fiction patine légèrement parce qu’elle tend à tomber dans quelques travers des histoires adolescentes. Disons que les atermoiements amoureux n’enthousiasment pas, bien qu’ils restent en arrière-plan et servent généralement à alimenter les délires. Quoi qu’il en soit, Sakurakôji (Tegoshi Yûya – Yamato Nadeshiko Shichi Henge), effacé au départ dans la classe et victime de racket, est un peu trop rigide, et la jolie Umemura (Aragaki Yui – Smile) ravira les amateurs de jeune fille douce et innocente. Le petit frère, Mikio (Kikawada Masaya), aux motivations ambivalentes ne perdurera pas non plus dans les annales. Malgré tout, ces personnages stéréotypés forment une galerie très sympathique et tout en progressant au contact de ses proches, Makio réussit même à leur inculquer quelques leçons.

Pour résumer, la comédie My Boss, My Hero s’amuse du décalage entre le monde des yakuzas et celui de l’école en proposant une sorte de parcours initiatique où son imbécile de héros essaye tant bien que mal de sortir vainqueur du lycée. Avec son scénario presque simpliste et peu subtil, mais délicieusement désopilant, elle apporte un vent de fraîcheur, d’amitié chaleureuse et de tendresse plus que bienvenu. Le surjeu constant et l’énergie de son protagoniste participent à cette aventure haute en couleur ne manquant pas de panache. À condition de tolérer le second degré, les mises en scène caricaturales, les figures truculentes et le cabotinage, cette production cocasse mérite donc un visionnage d’autant plus qu’elle favorise la bonne humeur.