Niji wo Kakeru Ôhi | 虹を架ける王妃

Vous l’avez peut-être remarqué, depuis quelques mois les billets sur Luminophore alternent consciencieusement les renzoku et les tanpatsu. J’essaye en fait de vider le stock des tanpatsu présents dans mes dossiers car ils commencent à déborder virtuellement de partout. Et qui sait ? Dans tout ça il doit bien y avoir quelques perles ; espérons-le en tout cas. Aujourd’hui, place à Niji wo Kakeru Ôhi qui est un tanpatsu assez spécial. Il fait effectivement partie avec Haruka Naru Yakusoku d’un programme de Fuji TV s’étant étalé sur les soirées du 24 et 25 novembre 2006 et dont le thème était les histoires romantiques entre deux personnes de nationalité différente. Niji wo Kakeru Ôhi est le premier des deux et est passé sur la chaîne le 24 novembre 2006. Il dure 110 minutes et ne comporte qu’un seul épisode. Il semblerait que celui-ci ait été réalisé dans le cadre des quarante ans du traité nippo-sud-coréen dont le but était de normaliser leurs relations diplomatiques. Haruka Naru Yakusoku sera prochainement mis à l’honneur sur ce blog. Niji wo kakeru ôhi signifie approximativement une reine pour construire un arc-en-ciel. Aucun spoiler.

1920, Japon. La princesse Nashimoto Masako s’apprête à se marier avec Lee Eun, le prince héritier de l’Empire coréen, connu pour être le dernier prince de la dynastie Joseon.

Niji wo Kakeru Ôhi est en fait un épisode biographique puisqu’il s’inspire de personnes tout à fait réelles pour présenter son histoire. La princesse Nashimoto Masako et le prince Lee Eun ont en effet existé et s’ils n’ont pas marqué l’Histoire comme ils auraient pu en avoir la possibilité, ils ont laissé leurs empreintes de diverses manières. Le tanpatsu débute par le mariage entre les deux puis repart immédiatement en arrière de manière à montrer l’évolution de leur relation et de leurs sentiments pour se terminer par leur décès de nombreuses années plus tard.
Nashimoto Masako est la fille de riches aristocratiques appartenant à la famille impériale japonaise. Alors qu’elle n’est âgée que d’une quinzaine d’années, on lui annonce qu’elle doit épouser Lee Eun afin de solidifier l’entente entre le Japon et la Corée ainsi qu’asseoir l’assise du premier sur le second. Les relations entre les deux territoires sont effectivement très tendues et ne font que s’exacerber ; selon certains, un mariage international devrait alors les apaiser. Qui plus est, un enfant permettrait de lier définitivement les deux peuples. Le Japon pratique en fait une politique d’expansionnisme agressif et a notamment annexé la Corée en 1910, pour ne la libérer malgré lui qu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Bien que le sujet de Niji wo Kakeru Ôhi ne soit en aucun cas la dimension socio-historio-politique de cette période plus que trouble, le tanpatsu met en avant des problématiques comme les résistants, les attentats, les écoles où seul le japonais est toléré ou bien évidemment, la volonté d’un peuple d’être libre de son propre destin. Compte tenu du temps imparti et de l’angle d’approche radicalement différent, le tout reste assez superficiel et très académique mais grâce à une voix off pertinente et documentée ainsi que par l’ajout de nombreuses images et vidéos d’archives, l’ensemble gagne en véracité. Il est toutefois important de nuancer certains éléments car il semblerait que l’épisode ait pris quelques libertés et qu’il n’évite évidemment pas de nombreux raccourcis. Quoi qu’il en soit, regarder une production mêlant à la fois le Japon et la Corée fait plaisir et pour peu que l’on ait été charmé par des séries comme Gyeongseong Seukaendeul (Capital Scandal), ayant justement pour fond l’occupation japonaise en Corée, on ne peut s’empêcher d’effectuer quelques parallèles intéressants. À noter que plus récemment, Gaksital (Bridal Mask) s’est également attardé sur ce pan historique. Dans Niji wo Kakeru Ôhi, les personnages se rendent en Corée à plusieurs reprises et les décors sont très jolis et typiques de ce pays. L’accent est également mis sur la manière différente de se coiffer et de s’habiller pour les femmes. L’entourage du prince héritier semble vraiment joué par de vrais Sud-Coréens. Au Japon, la reconstitution paraît assez fidèle mais demeure de toute manière plutôt limitée, la caméra ne se rendant jamais en dehors des propriétés privées.

 

Courant des années 1910, la princesse Masako figure parmi les favorites pour devenir l’épouse de Hirohito, celui qui fut par la suite l’empereur Shôwa, mais elle est préférée pour s’unir à la Corée. Si ce mariage ne plaît pas du tout à son père et sa mère (Harada Mieko – Karei Naru Ichizoku) qui trouvent leur enfant trop jeune ou parce qu’ils craignent que le marié et sa famille soient trop peu enclins aux coutumes nippones, ils n’ont d’autre choix que de se plier à cette demande. La mentalité japonaise de toujours honorer et aider sa patrie est encore une fois plus que vivace à travers cette histoire. Masako est dans ce tanpatsu une jeune fille plutôt intelligente suivant de multiples cours en compagnie d’autres adolescentes de bonnes familles. Assez rêveuse et candide, elle fait preuve d’une grande simplicité et générosité. C’est la sympathique Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna, Churasan) qui lui offre son visage. L’actrice force un peu trop le trait et irrite quelque peu avec cette attitude systématiquement dans la retenue et cette voix doucereuse. Cela dit, il est facile de se douter que beaucoup de femmes nobles de cette période agissaient de la sorte…
Le prince Lee Eun vit au Japon, sans sa famille, depuis qu’il est enfant afin d’y mener une éducation dite moderne. Il y suit des études militaires, parle japonais mais n’oublie bien évidemment jamais son pays qui est la Corée. Si cette situation est supposée lui être favorable, il est surtout assimilable à un otage et le gouvernement japonais entend bien le modeler à sa façon. Le jeune homme est soutenu par Ko Wi-Gyeong, son conseiller incarné par Watanabe Ikkei (LIAR GAME, Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite). Lee Eun est le prince héritier de la Corée et le demi-frère du dernier empereur de la dynastie Joseon, la Corée ayant donc été annexée par le Japon et placée en tant que province du pays du Soleil Levant. Lee Eun est assez renfermé sur lui et pessimiste ce qui se comprend aisément par sa situation plus que délicate. Tout comme Masako, il s’applique à suivre les directives de personnes haut placées pour assurer un avenir normalement radieux au Japon et à son nouveau territoire. Ce qu’il y a d’assez perturbant est que ce prince soit interprété par Okada Junichi (Tiger & Dragon, Kisarazu Cat’s Eye). Quand bien même on puisse apprécier le Johnny’s, il aurait peut-être été plus judicieux d’opter pour un acteur sud-coréen… En 2006 les échanges de ce genre n’étaient pas encore ce qu’ils sont à l’heure actuelle toutefois. En tout cas, Okada Junichi donne l’impression de prendre un accent lorsqu’il parle en japonais mais mes connaissances étant ce qu’elles sont, je n’en suis pas sûre. En revanche, son coréen est vraiment marqué. En dépit de ces considérations linguistiques, son interprétation est très sobre et il trouve le bon ton pour mettre en avant les conflits se présentant à son personnage.

Sous fond de rébellions coréenne, de politique, de guerre mondiale ou encore de catastrophes naturelles comme le terrible séisme de Kantô de 1923 suivi de rumeurs sur les Coréens, Niji wo Kakeru Ôhi narre ainsi la vie de Masako et Lee Eun. Si leur mariage a été forcé pour des raisons qui n’ont rien à voir avec eux, ils finissent rapidement par être séduits et se seraient apparemment aimés d’un amour sincère et réciproque. Si l’annexion n’avait pas été effective, Masako et Lee Eun seraient alors devenus quelques années plus tard impératrice et empereur de l’Empire coréen. Le tanpatsu réussit avec un certain talent à mettre en avant leurs difficultés à suivre un double héritage culturel mais aussi les déchirements qu’ils peuvent ressentir lorsqu’ils ne se trouvent pas dans leur pays. Souvent critiqués par leurs propres compatriotes, ils sont au final très seuls et prisonniers d’un destin incontrôlable. On reproche au prince Lee Eun de sympathiser avec l’ennemi, de ne pas être suffisamment présent chez lui et de ne pas diriger ce qui lui appartient tandis qu’à la princesse Masako, elle n’est plus totalement japonaise aux yeux de plusieurs. Au début de leur mariage, le climat est très lourd entre les deux territoires et le couple se retrouve pris au piège, étant finalement entre deux feux et sans appartenance propre. Le tanpatsu les montre aimants jusqu’au bout, surmontant les tumultes de tout ordre malgré une impuissance évidente. L’ambiance est alors presque mélancolique par moments mais garde toujours une dimension romantique. Dans tous les cas, cette relation est correctement mise en scène, avec une pudeur très présente et un certain jeu de regards. Leur dynamique souffre toutefois d’un manque d’ardeur et il est difficile de se sentir réellement impliqué par ce que l’on voit. C’est joli mais au final, détaché. Le fait que la fin soit précipitée n’est pas non plus favorable.

Tout comme le fond, au final quelque peu imparfait, la forme aurait mérité un soin plus particulier. Le découpage de l’épisode est en effet assez maladroit en raison d’un montage parfois haché et peu fluide. Sinon, la musique possédant de fortes tonalités européennes est plutôt jolie mais est rapidement oubliée une fois la télévision éteinte. Elle a au moins le mérite de ne pas se révéler trop envahissante en dépit de deux ou trois passages légèrement surchargés en violons. Quant à la reconstitution, comme il est écrit plus haut, elle est tout à fait correcte bien que de toute manière, elle ne prenne pas de grands risques puisque le cadre se limite généralement à quelques pièces de bâtiments tout aussi peu nombreux. Néanmoins, ces décors sont très beaux et il semblerait que la production ait eu la possibilité de tourner dans des sites appartenant au patrimoine mondial.

En conclusion, Niji wo Kakeru Ôhi raconte le premier mariage d’un membre de la famille impériale nippone à un étranger. Quand bien même cette union tributaire du tourbillon de l’époque ait été arrangée de manière à solidifier l’entente entre deux territoires rivaux, elle réussit à être marquée par un véritable amour s’étant développé progressivement. Le tanpatsu est donc une histoire intimiste avant d’être historique mais il garde un intérêt certain concernant la période ayant suivi l’annexion de la Corée par le Japon, surtout qu’il est aisé à suivre grâce à une narration certes scolaire, mais appréciable pour le néophyte. Si l’épisode eut mérité davantage d’ampleur émotionnelle, il se montre tout à fait agréable d’autant plus qu’outre une belle romance, il expose les fondements du rapprochement entre deux peuples aspirant en définitive à la paix.