Nô-hime II | 濃姫 II

Les débuts de la femme d’Oda Nobunaga ayant obtenu suffisamment de succès sur TV Asahi en 2012, il n’est guère étonnant qu’une suite ait été mise en chantier. C’est ainsi qu’est apparu à l’antenne un second tanpatsu, sobrement intitulé Nô-hime II, prolongeant donc le premier du nom. Il ne comporte encore une fois qu’un unique épisode ; durant approximativement 117 minutes, il fut diffusé sur la même chaîne le 23 juin 2013. Aucune information n’a encore filtré à ce sujet, mais il est fort possible que la princesse revienne à un moment donné raconter ses aventures. Aucun spoiler.

La tentative d’unification du pays par Oda Nobunaga fait rage depuis qu’il a tué son jeune frère, Nobuyuki. Les menaces sont plus que réelles à travers les différents daimyô gravitant autour de lui. Pendant ce temps, Nô vit avec sa belle-mère, sa belle-sœur et plusieurs des enfants nés hors union. Veillant sur son mari, elle n’hésite pas à l’aider par tous les moyens possibles, même si la tâche s’annonce ardue tant les ennemis disposent d’armées gigantesques.

En illustrant l’arrivée de la princesse Nô au sein des Oda, le tanpatsu précédent se révélait poussif et approximatif pour une multitude de raisons. Il devient tout naturel de douter sérieusement des qualités de cette fiction romancée inédite. La bonne nouvelle, c’est que la partie historique s’avère bien mieux maîtrisée et moins superficielle qu’auparavant. Certes, le temps s’écoule toujours d’une manière étrange et, à l’exception de l’apparition d’une barbe ou d’un changement de coupe de cheveux, il est impossible d’imaginer que des années ont défilé. Pourtant, il semblerait que treize ans séparent le début de la fin de Nô-hime II ! Lorsque l’on ne connaît absolument rien à cette période, les hypothétiques raccourcis et interprétations douteuses ne gênent techniquement pas, puisqu’elles ne sont logiquement pas visibles. Toutefois, il est clair que l’épisode sombre encore dans ses travers que de simplifier à outrance, car les faits d’armes s’enchaînent parfois sans queue ni tête et les seigneurs paraissent s’affronter pour un oui ou pour un non. Le prestige de la bataille d’Okehazama n’est que peu palpable, ce qui se révèle sacrément dommage quand on sait que Nobunaga a anéanti une immense formation avec quelques-uns de ses propres soldats. Malgré tout, une narratrice essaye d’expliquer mécaniquement les raisons de ces conflits et des alliances régulièrement suivies de complots. Par exemple, les Imagawa tentent de contrer Nobunaga et sont rapidement remplacés par le consensus entre plusieurs seigneurs. Bien que l’approche soit extrêmement académique et très peu naturelle, elle a au moins le mérite de densifier sensiblement l’intrigue géopolitique et d’éveiller un minimum la curiosité, surtout que les reconstitutions sont assez correctes. Le suspense ne parvient toutefois pas à se frayer un chemin, à l’instar d’une quelconque empathie.

Tout comme dans la partie de 2012, ce nouveau tanpatsu cultive une distance irritante vis-à-vis de ses protagonistes. Il est vrai qu’il cherche à humaniser les différentes figures apparues de-ci de-là, mais il peine cruellement à les rendre attachantes. Nô-hime et Nobunaga ne dégagent rien, si ce n’est peut-être un sentiment assez désagréable. La première se veut digne, imperturbable et est bien trop lisse pour se montrer sympathique. Quant au second, l’interprétation de Shirota Yû est toujours éprouvante à regarder, quand bien même il s’est légèrement calmé sur le fond de teint orange et les rires idiots. Néanmoins, le scénario cherche tellement à le dépeindre comme le divulgue la légende, c’est-à-dire tel un dirigeant froid capable du pire pour arriver à ses fins, qu’il le rend surtout bancal. L’homme en tant que tel n’est pas une seule seconde crédible. Il ne suffit pas de répéter à outrance qu’il a les yeux d’un démon bien qu’en cachette, il soit sensible, pour inspirer quoi que ce soit de probant. Les personnages sont, de toute manière, manichéens pour la plupart et peu exploités, l’excuse de la durée de l’ensemble n’en étant clairement pas une. Afin d’apporter une touche d’humour, le tanpatsu s’amuse avec un fidèle de Nobunaga, le ridicule Kinoshita Tôkichirô (Enari Kazuki), et se perd dans un triangle amoureux profondément stupide où sa femme (Usuda Asami – Poison, Suzuki Sensei) se désole. L’élément le plus réussi se situe au niveau de la sœur du fieffé meneur d’Owari, Ichi (Higa Manami – Marumo no Okite), et de celui qu’elle doit épouser, l’héritier du clan Azai (Nakamura Shunsuke – Zettai Kareshi), bien que là aussi, le sentimentalisme facile prédomine. D’ailleurs, cet arc souhaitant notamment illustrer les difficultés inhérentes à la vie de femme à cette époque se veut répétitif puisqu’il ne fait que réitérer ce qui avait déjà été croqué au préalable, en 2012.

Pour conclure, Nô-hime II continue de narrer l’existence de la princesse mariée à un des seigneurs féodaux les plus célèbres de l’histoire japonaise. Si le tanpatsu est davantage convaincant que le premier du nom, subsistent maints défauts l’empêchant de s’avérer agréable à visionner. Les faits historiques s’enchaînent à un rythme enlevé et ne profitent pas du souffle épique ou de la richesse associée, l’intrigue ne prend jamais le temps de s’installer, et les personnages sont lisses et incolores. En d’autres termes, cet unique épisode se veut de nouveau fade et artificiel. À moins d’être un immense amateur de cette période trouble, cette production est plus que déconseillée.

Par |2017-05-01T13:58:46+02:00décembre 30th, 2014|Nô-hime, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire

Nô-hime | 濃姫

Oda Nobunaga étant peut-être l’une des figures historiques japonaises les plus représentées dans des récits de toutes sortes, il est fort possible que plusieurs scénaristes ne sachent plus de quelle manière l’aborder. Afin de changer sensiblement d’approche, pourquoi ne pas se focaliser sur sa femme ? Le tanpatsu Nô-hime y travaille donc à travers un unique épisode de deux heures diffusé sur TV Asahi le 17 mars 2012. Il est suivi d’une seconde partie, sortie en 2013, et dont nous parlerons d’ici peu de temps sur Luminophore. Aucun spoiler.

Au XVIè siècle, le Japon traverse le sengoku jidai, l’âge des provinces en guerre, période trouble où de multiples seigneurs et vassaux bataillent continuellement. La princesse Nô, de Mino, s’apprête à épouser Oda Nobunaga, l’aîné du chef d’Owari. Cette union se veut, comme souvent à l’époque, principalement politique ; s’il dit souhaiter créer un terrain d’entente entre les deux clans, le but du père de la jeune femme, Saitô Dôsan, est plutôt de finir par disposer à la longue des richesses de la région de son beau-fils. Effectivement, Nobunaga a la réputation d’être un idiot et un incapable. Dès que l’occasion se fera sentir, Nô a par conséquent pour mission de s’en débarrasser. La réalité s’avère finalement différente puisque le futur dirigeant n’a rien de stupide et se révèle finement intelligent et rusé. Entre complots visant à le destituer et luttes entre différents daimyô – les gouverneurs féodaux issus de familles nobles –, les premiers pas de Nô sont difficiles, surtout qu’elle doit gérer un époux à la personnalité assez particulière.

 

L’époque Sengoku représente l’un des terrains de jeu favoris des films et séries télévisées historiques. Ces dernières années, j’ai eu l’occasion de notamment regarder l’excellent Fûrin Kazan, le très médiocre Sengoku Jieitai (2006) et le correct Tsukahara Bokuden en faisant la part belle. D’ailleurs, ces trois fictions aident grandement à appréhender cet unique épisode parce qu’il se montre plus que superficiel et approximatif. Pour s’en rendre compte, il n’est nullement nécessaire de s’y connaître tant le rythme va tambour battant et que les évènements se succèdent sans temps mort ou développement. En ça, Nô-hime est extrêmement décevant, voire irritant, car le public en ressort vraisemblablement plus frustré qu’autre chose. Le tanpatsu débute par l’annonce du mariage entre la princesse et Oda Nobunaga, pour se terminer quand ce dernier se lance dans une vaste tentative d’unification du pays. D’après les informations lues sur Internet, il semblerait que huit ans se déroulent sur ces deux heures ; en regardant l’épisode, on a l’impression qu’il ne s’agit que d’une affaire de quelques semaines ! Aucun point de repère n’est donné, les tenants et aboutissants ne sont pas expliqués, et tout s’enchaîne comme si de rien n’était. Ajoutons-y moult personnages et le néophyte a de quoi tout confondre. Tant qu’à simplifier, autant le faire convenablement. Heureusement, en dépit d’une musique intrusive et peu inspirée composée par Andô Yoshihiro, la reconstitution ne se veut pas trop désagréable.

La princesse Nô se retrouve régulièrement confrontée à plusieurs dilemmes. En tant que fille de la Vipère, elle est supposée répondre à ses requêtes et se ranger de son côté. Qui plus est, à Mino, les dissensions sont légion. Le fils aîné, Saitô Yoshitatsu (Takahashi Kazuya – Fûrin Kazan), rêve de prendre le contrôle de la province, persuadé d’être l’enfant illégitime d’un autre puissant daimyô. À Owari, les luttes sont tout aussi prépondérantes une fois le chef de clan, Oda Nobuhide, décédé. L’excentrique Nobunaga a maints ennemis au sein même de sa propre famille et se doit de déjouer nombre complots et alliances. Sa mère (Yo Kimiko – Warui Yatsura, Churasan, Yankee Bokô ni Kaeru), son frère cadet (Hiraoka Yûta), son oncle et d’autres encore paraissent prêts à tout. Il faut dire que Nobunaga s’amuse depuis des années à passer pour un imbécile. Il est campé ici par Shirota Yû (Samurai High School, Arakawa Under the Bridge, Hanazakari no Kimitachi e) qui propose une interprétation absolument désastreuse, proche du risible. Prenant une voix supposément virile, il est en plus barbouillé de fond de teint orange, ce qui rend la situation davantage grotesque qu’elle ne l’est. La psychologie du héros n’a aucune finesse, à l’instar de tous les autres personnages qui demeurent limités à une seule caractéristique. Même la princesse Nô n’est guère mieux lotie tant elle ne dégage rien. Or, le scénario essaye de la montrer intelligente, forte et prétendument belle, mais l’absence de charisme de Mizuki Arisa (Ohitorisama, Tenshi no Wakemae) l’incarnant ne permet pas de transmettre d’émotions. La relation entre les mariés se veut à l’image de ses représentants : insipide et artificielle. Finalement, un des principaux défauts du tanpatsu est sa froideur, sans oublier l’ennui qu’il inspire en dépit d’une courte durée.

 

En définitive, Nô-hime dépeint les débuts de la jeune femme en tant qu’épouse d’un Oda Nobunaga aux portes de l’entrée dans la légende. Superficiel, paresseux, poussif et ne réussissant jamais à créer une quelconque empathie avec les téléspectateurs, ce tanpatsu s’avère inintéressant. Bien que les costumes soient somme toute agréables et que l’on se plaise à découvrir une reconstitution correcte, le fond n’est aucunement approfondi et, pire, les personnages vides de toute substance en plus d’être pour certains horriblement interprétés, l’illustre daimyô en étant l’exemple le plus concret. L’épisode est donc totalement déconseillé. Si cette période passionne, il existe assurément d’autres fictions susceptibles de divertir et d’instruire. Reste à voir si la suite saura résoudre quelques-uns de ces multiples écueils, ce qui s’annonce plus que compliqué !

Par |2017-05-01T13:58:47+02:00décembre 24th, 2014|Nô-hime, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire