[Anime] Ôran Kôkô Host Club | 桜蘭高校ホスト部 (Ôran High School Host Club)

Incroyable mais vrai, c’est bien un anime à l’honneur aujourd’hui et non pas une série avec des acteurs en chair et en os. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, j’ai toujours eu du mal avec les séries d’animation. Ce n’est pas tant qu’elles ne m’intéressent pas mais plus que je n’ai pas forcément le réflexe d’y aller. Je pars toujours quelque peu à reculons alors qu’à chaque fois que je me retrouve devant l’une d’entre elles qui me plaît, je me dis que je suis bien bête parce que les spécificités et le format ne me dérangent aucunement. Quoi qu’il en soit, j’ai dans l’idée en 2012 d’en regarder de temps en temps donc vous devriez en voir d’autres sur Luminophore. J’espère que ça intéressera plusieurs d’entre vous.

Puisque je suis à l’écoute des visiteurs de ce blog, j’essaye parfois de suivre leurs conseils avisés. Ayant prévu de visionner Ôran Kôkô Host Club, le j-drama, assez prochainement, je me demandais s’il ne valait pas mieux lire le manga avant comme je pense également le tester. makichan5 ayant indiqué dans un commentaire qu’il était préférable de lancer l’anime en premier lieu, je me suis donc résolue à faire ce que l’on me suggérait. D’ici quelques mois nous parlerons ici du renzoku avec Yamamoto Yûsuke et les autres mais en ce lundi, ce sera l’anime à l’honneur. Comme cela vient d’être écrit, Ôran Kôkô Host Club est à l’origine un shôjo manga écrit par Hatori Bisco. Composé de 18 tomes publiés entre 2002 et 2010, il est disponible en France chez l’abominable éditeur Panini sous le titre Host Club, le lycée de la séduction. L’univers est davantage connu sous son appellation anglaise Ôran High School Host Club. Outre la série live, un anime vit le jour auparavant et fut diffusé sur Fuji TV entre avril et septembre 2006. Il comporte 26 épisodes de 22 minutes et fut réalisé par le studio Bones (Hagane no Renkinjutsushi, Urufuzu Rein…). En France, l’anime est licencié et disponible en DVD chez Kazé. À ce sujet, le coffret est plutôt sympathique mais les sous-titres possèdent quelques coquilles, ce qui est, avouons-le, un peu honteux. Aucun spoiler.

   

Fujioka Haruhi est une jeune fille venant d’intégrer le prestigieux lycée Ôran Gakuen. Bien que tous les élèves soient des héritiers de riches familles japonaises, Haruhi doit son entrée à une bourse de réussite. Un jour, tandis qu’elle cherche un endroit pour étudier au calme, elle pénètre dans une salle de musique bien particulière qu’elle croit vide. Elle y fait pourtant la rencontre des membres d’un club de hosts désireux d’apporter du rêve et des paillettes aux adolescentes en fleurs tout en les délestant de leur argent. Comprenant qu’elle n’a rien à faire là, elle tente de retourner sur ses pas mais elle a le malheur de briser un vase d’une valeur inestimable. Haruhi n’a alors guère d’autre choix que d’intégrer les rangs de ce club et de travailler comme host si elle veut voir sa dette remboursée. Petit détail, tout le monde croit qu’elle est un garçon car elle porte l’uniforme masculin et a les cheveux très courts…

À première vue, Ôran Kôkô Host Club est encore une de ces productions sur le travestissement d’une fille en garçon qui se retrouve entourée d’éphèbes. Oui, si l’on ne jette qu’un regard superficiel sur cet anime on pourrait croire que l’on se trouve devant une énième comédie romantique niaise, indigeste, clichée et totalement convenue. Bref, rien de bien extraordinaire ou d’original. En réalité, cette production est tout l’inverse car si elle utilise tous les codes propices au shôjo manga, c’est pour mieux les arranger à sa manière, les transformer et les rendre irrésistibles. Ôran Kôkô Host Club est une véritable parodie du genre et se révèle un petit délice à consommer sans modération.
L’héroïne, Haruhi, doublée par la chanteuse / seiyû Sakamoto Mâya, est habillée en garçon non pas parce qu’elle veut rencontrer celui qu’elle aime, devenir amie avec celui qu’elle aime, manger avec celui qu’elle aime, se regarder dans les yeux de celui qu’elle aime, se promener parmi une multitude de bishônen qu’elle aime, etc. Non, elle s’est coupée les cheveux pour une raison triviale et porte l’uniforme masculin pour une autre raison tout aussi triviale. Loin d’être niaise et romantique, elle est terre-à-terre et stoïque. Cela fait par conséquent beaucoup de bien de suivre une jeune fille avec un caractère affirmé sans tomber non plus dans des excès inverses. Toute la fantaisie et la truculence proviennent des personnages masculins.
Créateur du club, Tamaki (Miyano Mamoru), dit le Prince, est le leader du petit groupe et surprend par son extravagance, sa grandiloquence, sa capacité à broyer du noir tout seul dans son coin, à se prendre des râteaux monumentaux ou encore à multiplier les gaffes. S’il donne l’impression d’être un idiot fini, ce n’est encore une fois pas le cas car il sait appuyer sur le bouton pause et se montrer calme et réfléchi. Il profite de son charme et de ses discours enflammés pour conquérir le cœur de toutes les femmes. Ayant du sang français dans les veines, il est normal qu’il soit aussi latin et séducteur ! Kyôya, lui, est le yin de Tamaki tant il est froid, distant, manipulateur et passe son temps dans sa calculatrice à tout évaluer afin de voir ce qui est le plus rentable. Les deux forment une paire diaboliquement efficace et sont de très grands amis en dépit de leurs différences phénoménales. Dans un club de hosts, il faut aussi quelques autres personnalités pour attirer le chaland. Comme nous venons de voir il y a le dragueur flamboyant et le glaçon réservé à lunettes mais on y retrouve également Hikaru et Kaoru, les jumeaux facétieux n’hésitant pas à donner de leurs personnes pour faire fondre les amatrices de yaoi et d’inceste en multipliant les scènes ambiguës, Mitsukuni le petit être kawaii que tout le monde a envie de protéger mais qui pourtant n’a pas besoin de l’être tant il est un as de judo ou encore Takashi, le beau brun ténébreux mystérieux qui impose par son charisme et sa propension à veiller sur sa peluche, Mitsukuni. Vous secouez tout ça et vous avez un condensé de tous les clichés lus dans les shôjo et/ou vus dans les anime du même genre. Ôran Kôkô Host Club le sait et s’en amuse en en parlant directement dans ses dialogues mais également via sa mise en scène.

Très rapidement, le cadre est posé avec ces protagonistes hauts en couleur et cette multiplication de clins d’œil et références à la culture otaku. L’anime ne s’arrête pourtant pas là car il développe également une esthétique soignée et tape-à-l’œil. À grand renfort d’étoiles dans les yeux, de couleurs douces, chatoyantes et très roses, de pétales de fleurs virevoltant partout même lorsque cela défie la logique ou de larmes dans les yeux, les épisodes auraient de quoi donner envie de vomir face à cette avalanche de mignon. En fait, il ne manque plus que les licornes et les arcs-en-ciel. Le charadesign s’y met aussi car il est tout en rondeur, avec de grands yeux, de très longues jambes pour les garçons ou des passages en chibi. Les décors sont soignés et d’architecture essentiellement néogothique afin de faire rêver. Histoire d’enfoncer le clou, la musique de Hirano Yoshihisa va dans ce sens avec des compositions parfois simplettes mais souvent plus qu’efficaces et très agréables. En revanche, la chansons de début (Sakura Kiss de Kawabe Chieko) et surtout celle de fin (Shissô de Last Alliance) ne sont vraiment pas mémorables. Il en va de même pour les génériques. Ce qui sauve Ôran Kôkô Host Club de sa surabondance de sirupeux est que tout est assumé et intentionnel. Le but est de détourner des éléments éculés et de proposer des épisodes à regarder au second degré. Les thématiques sont également tournées en dérision puisqu’outre la caractérisation des protagonistes, l’anime n’hésite pas à employer des clichés scénaristiques comme le harem de bishônen, la vie oisive des riches, le père travesti, le choc entre les riches et les prolétaires, etc. Bien que l’on se trouve face à une incroyable surenchère de convenu et de surfait, le visionnage est tout sauf désagréable car le propos est toujours ironique, assez caustique sans être non plus pédant ou méchant. Ôran Kôkô Host Club paraît surtout être une série à destination d’un public connaissant les codes et sachant s’en amuser. Malgré la banalité et la simplicité de son histoire, l’anime plaît grâce à la légèreté, la folie douce, l’humour et la certaine sensibilité dont il peut faire preuve au fil des épisodes. Effectivement, les personnages ont beau être toujours de véritables piles électriques et de bonne humeur, ils gardent quelques zones d’ombre et être riche ne signifie pas ne pas se sentir seul ou savoir quoi faire de sa vie. Grâce à Haruhi, leur carapace se fendille et montre des êtres assez blessés et certainement pas aussi superficiels que ce qu’ils laissent croire. Mine de rien, l’anime réussit à mettre en avant ces héros et à les rendre attachants à travers une avalanche de blagues. L’humour permet justement d’apprécier d’ailleurs que davantage les moments plus calmes et quelque peu dramatiques. Il est vrai que certains garçons auraient mérité plus de temps d’antenne et de développement mais ce n’est pas fondamentalement dérangeant. Le manga pallie peut-être cette lacune d’ailleurs. En tout cas, il est difficile de ne pas s’attacher à ces protagonistes expressifs et plus particulièrement à certains comme Tamaki, Hikaru et Kyôya. N’oublions pas non plus qu’il existe plusieurs figures secondaires et aussi extravagantes que leurs congénères comme les lesbiennes lycéennes, le blondinet ne se séparant jamais de sa cape ou encore Renge, la folle furieuse qui veut toujours plus de surenchère.

L’humour est donc le maître-mot de l’anime. Il ne se passe probablement pas un épisode sans que l’on ne soit en train de sourire voire de rire. Ôran Kôkô Host Club utilise la comédie de situation et n’hésite pas à répéter à outrance certaines situations sans jamais ennuyer. On pense par exemple aux délires incestueux des jumeaux qui sont tellement exagérés qu’ils font à chaque fois mouche. Et que l’on ne soit pas effrayé car cet humour n’est en aucun cas lourd, poussif ou graveleux. Il est tout le contraire, autrement dit léger et délicieux. Les blagues vont en plus dans tous les domaines possibles et inimaginables.
Et sinon, quid de l’amour dans tout ça ? Certes, les épisodes ont toujours le romantisme en toile de fond, ce qui est normal puisque l’action se déroule en majorité dans un club de séduction, mais il n’est pas du tout prépondérant. La question n’est pas de savoir si Haruhi tombera amoureuse ou que certains des garçons succomberont à son charme mais plutôt de distiller une ambiance romantique tout en mettant en avant un groupe d’amis atypique bien que tout particulièrement chaleureux. Il ne se passe certes pas grand-chose au fil des épisodes car les personnages passent leur temps à dépouiller les jeunes filles en les faisant rêver mais on ne s’ennuie pas une seule seconde tant le rythme est mené tambour battant et que les situations farfelues s’enchaînent à la vitesse de l’éclair. Étant donné que les personnages prennent très à cœur leur statut de hosts, ils n’hésitent pas non plus à multiplier les soirées à thème et les fêtes déguisées afin d’en mettre plein la vue ce qui injecte une certaine créativité aux épisodes.

Au final, Ôran Kôkô Host Club semble être un anime kitsch à souhait et superficiel à faire peur. Par exemple, le rose est la couleur principale, il y a des fleurs partout et tout y respire le mignon. Cependant, les épisodes prennent à contrepied le téléspectateur en exploitant tous les codes et clichés de la comédie romantique pour s’en amuser et proposer un contenu assez riche, drôle, extrêmement frais et généralement totalement déjanté. L’ensemble profite des contrastes de manière à mieux interpeller et surtout, amuser en très bonne compagnie. Quand bien même le comique de situation soit plus que présent et que l’on rit à s’en décrocher la mâchoire face à des situations ubuesques, l’anime n’hésite pas non plus à jouer avec notre corde sensible et à proposer quelques moments plus tendres et réfléchis. Bien que l’on puisse y voir une comédie romantique comme on en trouve à foison, Ôran Kôkô Host Club est avant toute chose une comédie sur une bande d’amis où la romance n’est au final qu’un élément parmi tant d’autres. Ce n’est pas le scénario classique qui importe mais ses personnages attendrissants et tout particulièrement adorables. Tout n’y est certes pas parfait car davantage de développement aurait été apprécié ou encore que quelques épisodes sont de moins bonne qualité, mais cela ne nuit aucunement à l’ensemble décalé, vivifiant et en fait donc un anime incontournable pour qui apprécie les parodies loufoques n’ayant pas peur de faire preuve d’auto-dérision. Le manga semble désormais un passage obligatoire !

Bonus :

Bla-bla sur mes attentes concernant le j-drama ▼