Otomen | オトメン

Le Japon est clairement le roi des adaptations et le fait que de nombreux mangas lui fassent les yeux doux ne risque pas d’inverser la tendance avant un sacré bout de temps. Plusieurs billets ont déjà été dédiés à ces transpositions à la télévision d’un univers graphique et sans surprise, c’est encore le cas du j-drama d’aujourd’hui. Otomen, écrit par Kanno Aya, est effectivement un manga, un shôjo pour être plus précis. À l’heure où ces mots sont écrits, il comporte onze tomes et la publication est toujours en cours. À noter qu’il est édité en France chez Akata/Delcourt. Compte tenu du succès du manga, il ne fut pas très étonnant qu’une adaptation soit mise en chantier. Celle-ci fut diffusée sur Fuji TV entre août et novembre 2009. Toutefois, c’est suffisamment rare pour que ce soit noté, la série fut découpée en deux parties ; les huit premiers épisodes d’une durée de trente-six minutes sont passés d’août à septembre tandis que les quatre épisodes restants entre octobre et novembre. Ceux-ci disposent de quarante-six minutes, à l’exception du neuvième qui a le droit à six minutes supplémentaires. Ces deux parties possèdent un sous-titre différent ; dans le premier cas il s’agit de Natsu (été) et dans le second, Aki (automne). Attention, il ne s’agit pas de deux saisons comme on pourrait le croire. Aucun spoiler.

Masamune Asuka est l’adolescent le plus populaire de son lycée. Beau garçon, fort en kendo et dans de multiples arts martiaux, cool et viril, il fait craquer toutes les filles pendant que ses camarades masculins le jalousent quelque peu. Pourtant, lorsqu’il est seul, il retrouve sa vraie personnalité et peut s’adonner à ses loisirs favoris. Il adore en effet tout ce qui est mignon, ne rate jamais le dernier tome de son shôjo manga favori, cuisine avec passion et la couture n’a aucun mystère pour lui. Lorsqu’il rencontre la nouvelle élève du lycée, Miyakozuka Ryô, il a rapidement le coup de foudre mais attention, il pourrait alors exposer sa véritable nature aux yeux de tous !

   

Lorsque le manga a commencé en sortir en France, les critiques furent suffisamment bonnes pour me donner envie de tenter l’aventure. Les mois ont finalement passé et alors que je n’avais pas encore pris le temps de me lancer, la nouvelle de l’adaptation est tombée. De ce fait, j’ai préféré donner d’abord une chance à la version télévisée ce qui est assez rare me concernant. Disons que j’ai tellement de mangas de prévus à lire que si j’attends à chaque fois de m’y mettre, je ne regarderai jamais aucune adaptation… Avant toute chose, je pense qu’il est préférable de clarifier quelques petits points nécessaires à la bonne compréhension de l’univers d’Otomen. Ceux qui ne sont pas familiers au monde des mangas ne savent probablement pas ce qu’est un shôjo. Au Japon, les mangas sont classés en différents genres, les principaux sont les shônen, les shôjo et les seinen. On a tendance à les catégoriser comme étant respectivement dédiés aux jeunes garçons, aux jeunes filles et aux jeunes adultes. En réalité, c’est plus complexe que ça mais ce billet n’est pas là pour ça. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas parce que l’on est un homme que l’on ne peut pas apprécier des shôjo. Toutefois, un otomen, au Japon, est un homme aimant toutes les choses supposées être faites pour les filles. Ça va donc du shôjo à tout ce qui est mignon (kawaii), à la cuisine, à la mode, etc. Vous voyez le genre. Le terme otomen est un jeu de mot provenant de otome (jeune femme) et de men (en anglais, hommes).

Sous ses airs virils, le héros, Asuka, est donc attiré par tout ce qui « fait fille », ce qui pose problème à la société. Les propos de la mangaka sont probablement là pour se moquer avec ironie de ces préjugés, de tout ce qui fait le sel des shôjo mais passé à l’écran, ça ne fonctionne pas du tout. J’avoue, j’espérais une certaine critique de la société japonaise qui est bien codifiée et assez réductrice sur certains points, mais il n’y rien à ce sujet. Non, à la place, Otomen tombe dans les leçons moralisatrices bien pensantes. Si au début de mon incursion dans le monde des séries japonaises je pouvais être plus facilement laxiste, ce n’est plus le cas et ça m’agace profondément lorsqu’il n’y a aucune subtilité. Il est vrai que c’est toujours sympathique de voir l’inverse des habitudes, autrement dit un garçon qui coud et cuisine à merveille face à une fille sportive et ne sachant même pas cuire du riz, mais c’est beaucoup trop léger. Otomen est en réalité une succession d’épisodes quasiment indépendants. Il est question des fêtes d’école si chères aux Japonais, de la fameuse excursion à la mer, des séances de frousse, des compétitions sportives, etc. En fait, tous les codes propres aux shôjo sont là. Si dans la version papier cela marche peut-être grâce à un détournement des poncifs du genre, ce n’est pas le cas ici. L’humour est lourd et complètement débile. En fait, Otomen ressemble assez dans le ton à Hanazakari no Kimitachi e. Par contre, dans ce dernier, l’ensemble était tellement stupide et décalé que cela fonctionnait globalement. Dans Otomen, il y a comme une sorte de flottement entre le débile assumé et une volonté ratée d’en faire plus, d’où les morales. Il est alors difficile d’être enthousiaste même en essayant de le visionner minimum au second degré. Un des rares éléments positifs se trouve être les multiples références à la culture japonaise. Par exemple, le passage où les personnages se croient dans l’univers de Crows Zero (un film de Miike Takashi) est plutôt jouissif et drôle. De même, la mention à Hana Yori Dango est elle aussi assez réussie. La bande-originale, composée par Audio High, réutilise un grand nombre de musiques en lien avec les parodies mais pas toujours puisque quelques thèmes des films Harry Potter ont été quasiment plagiés dans les derniers épisodes. La chanson du joli générique de fin, lover soul de Shibasaki Kô, est très réussie cela dit.

Alors que l’on regarde Otomen sans ne vraiment RIEN prendre au sérieux, la recette ne fonctionne que difficilement d’autant plus que les épisodes sont très répétitifs. Le scénario est éculé et il n’y aucune originalité en dépit de running gags. Les amateurs de romance ne seront en tout cas guère comblés tellement le traitement est niais et qu’il ne se passe strictement rien entre les deux héros, même pour un j-drama. Ainsi, Asuka craque rapidement pour Ryô, la toute nouvelle arrivée au lycée. Elle est tout le contraire de lui car elle, est un garçon manqué ! Les deux personnages ne sont pas foncièrement antipathique et quand bien même Okada Masaki (Hanazakari no Kimitachi e) ne soit clairement pas viril comme on veut nous le faire croire, il fait du travail plutôt correct, tout comme sa partenaire, Kaho (Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu). Asuka est donc perturbé parce qu’il tient à garder secret qu’il est un otomen. Si à la rigueur révéler sa vraie nature aux autres lycéens ne le dérange pas vraiment, il ne veut pas faire de mal à sa mère qui a très mal vécu le départ de son mari parce qu’il voulait embrasser sa condition féminine… Ajoutons-y par dessus le marché le père de Ryô, macho en puissance, et toutes les scènes propices aux quiproquos sont naturellement de la partie. Malheureusement, on ne peut que très partiellement adhérer à cette romance qui manque d’alchimie et les autres personnages sont soient transparents ou ne reposent que sur de lourds stéréotypes. Comme dit plus haut, si l’ensemble pouvait donner lieu à une série caustique sur le papier, ce n’est pas du tout le cas ici tant c’est un ramassis de clichés, cela sans aucun humour appréciable. Évidemment, le surjeu est monnaie courante et là, il faut avoir les nerfs accrochés pour tout supporter d’autant plus que l’interprétation est loin d’être au diapason. Pour autant, quelques visages sont plus tolérables comme Tachibana Jûta (Sano Kazuma) – le jeune mangaka s’inspirant d’Asuka pour Love Tic, son manga -,  Tonomine (Kimura Ryô – Cat Street, Hanazakari no Kimitachi e, Yankee Bokô ni Kaeru) ne supportant pas Asuka bien qu’ils partagent tous deux de nombreux points communs ou encore le frêle Ariake Yamato (Seto Kôji – Atashinchi no Danshi, Tumbling) même si, lui, doit beaucoup à son interprète qui sait le rendre chou. En revanche, d’autres donnent envie de casser sa télévision comme la pénible prof. À côte de tout ça, on peut retrouver dans des rôles plus ou moins secondaires Kiritani Mirei (Arakawa Under the Bridge, Hananakari no Kimitachi e, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), Takei Emi (Asukô March!), Ichikawa Tomohiro (Clone Baby) ou Ichikawa Yui (Muscle Girl!, H2, Kurosagi, Yankee Bokô ni Kaeru).

En définitive, c’est bien joli de vouloir jouer avec les clichés mais Otomen ne réussit que très rarement à exploiter son potentiel. Tristement, l’esprit ironiquement décalé que l’on pouvait espérer est absent. Or, mettre en avant un garçon plus occupé par tout ce qui est mignon que par ce qui est censé être viril aurait pu être propice à une satire en bonne et due forme. C’est presque tout le contraire avec le j-drama car bien qu’il multiplie les parodies et que certaines soient réussies, les épisodes sonnent réellement premier degré. Ce n’est donc pas très étonnant que l’on soit ennuyé dans le meilleur des cas, voire parfois agacé devant autant de lourdeur, de répétitions et de prévisibilité. Au moins le renzoku aura le mérite de me faire garder mon argent parce que je n’ai plus vraiment envie de tester le manga après ce désastre qui plaira peut-être à ceux qui sauront plonger dans le délire ambiant et faire fi des défauts.