Outlander (saison 2)

Alors qu’Outlander occupe actuellement l’antenne pour la troisième année consécutive, sautons dans notre machine à remonter le temps et repartons du côté de sa deuxième saison. Celle-ci se compose de treize épisodes diffusés sur Starz entre avril et juillet 2016 ; à noter que le dernier dispose de trente minutes additionnelles à l’heure habituelle. Aucun spoiler.

Nous avions précédemment quitté Claire et Jaime alors qu’ils embarquaient à bord d’un voilier en direction de la France. Contre toute attente, ces aventures inédites ne reprennent pas où nous nous étions arrêtés, mais proposent un bond dans le futur. Claire est propulsée malgré elle à Craig na Dun, en 1948. Que s’est-il passé ? L’audience comprend très vite que plusieurs mois viennent de s’écouler et que ce voyage n’est qu’un simple aller, que la jeune femme ne peut revenir sur ses pas. Elle doit demeurer près de son premier mari, Frank, qui ne l’a jamais oubliée. Effondrée et enceinte de son amant, elle accepte de faire le deuil de son incroyable expérience. Elle n’a pas d’autre choix, de toute manière. Après cet étonnant flashforward dévastateur, le scénario opère une marche arrière et nous ramène au XVIIIè siècle, au Havre. Le début laisse donc plutôt bouche bée en plus de briser le cœur, car le destin de Claire et celui de la tristement célèbre bataille de Culloden paraissent gravés dans le marbre. Peu importe ce qui se déroulera, l’Histoire ne changera pas et les héros seront séparés. Cette approche narrative surprend d’autant qu’elle ne se trouve pas dans le cycle littéraire, l’auteure ne révélant très abstraitement cet élément qu’en fin de parcours. Elle a pour mérite notable de favoriser une dimension tragique, presque fataliste, et cette sensation que les jours de bonheur sont comptés. L’interprétation au diapason des acteurs transcende cette palette d’émotions à fleur de peau. Outlander continue en vérité de jouer avec sa ligne spatiotemporelle, d’alterner passé et présent, notamment lors de son ultime épisode choyant les parallèles métaphoriques. Ainsi, sur sa construction et sa forme, cette saison ne déçoit pas du tout, tant s’en faut. Outre la musique envoûtante de Bear McCreary et les paysages des Highlands semblables à des cartes postales, elle se permet d’ajouter à son arc une touche parisienne. L’action se déroule en effet en France pour la première partie et illustre des décors stupéfiants, mais surtout des costumes, dont la fameuse robe rouge, en mettant plein la vue. De nombreux dialogues se tiennent en français, d’ailleurs. Les scènes intérieures sont privilégiées aux extérieures, probablement pour des questions de budget et d’authenticité – Paris ne ressemblant plus à ce qu’elle a été, le tournage a dû prendre ses quartiers à Prague –, ce qui n’atténue en rien ce soin du détail. Ce travail d’orfèvre fascine autant qu’il ravit et empêche parfois de se montrer trop critique sur le reste, que la caméra se pose à Versailles ou en Écosse.

Parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix et que de douleurs souvenirs sont encore vivaces, Jaime et Claire s’installent à Paris. Le jeune homme s’approprie le négoce de vins d’un de ses oncles et essaye, avec son épouse, de se rapprocher de Charles Stuart, un prétendant au trône. Le but est simple : tuer la rébellion jacobite et, par conséquent, éviter le massacre de Culloden. En revanche, la route s’annonce sinueuse. Modifier le cours de l’Histoire ne se veut pas aussi facile que ça d’autant que les manipulations au sein de cette haute société parisienne dissolue sont reines, bien que l’écriture demeure très superficielle en la matière et se contente de rebondissements conventionnels. Il ne suffit pas de parler de conspirations, il importe de les mettre en scène, de créer une atmosphère létale, et non pas de combler le vide narratif par des atermoiements caricaturaux. La première partie de la saison se focalise ainsi sur ce microcosme en ébullition. C’est l’occasion de rencontrer le roi Louis XV (Lionel Lingelser), le perfide comte de Saint-Germain (Stanley Weber – Borgia), Louise de Rohan aux mœurs débridées (Claire Sermonne) ou encore Maître Raymond, l’apothicaire aux multiples talents (Dominique Pinon – Métal Hurlant Chronicles). Claire se fait quelques amis, mais surtout des ennemis. Les Fraser se retrouvent vite à mener un jeu dangereux et doivent surmonter de terribles obstacles personnels. Or, en dépit d’enjeux de grande envergure palpables, le récit manque de vigueur et s’oublie dans des circonvolutions parfois rébarbatives. Plus de nuances et de densité auraient permis de rendre ce parcours tumultueux plus digeste, sans compter que la narration de Claire accentue un aspect didactique souvent étouffant. Certes, le faste esthétique empêche de trop s’ennuyer, mais tout de même, une vraie complexité fait défaut à cet ensemble un peu falot se voulant en plus exagérément dramatique. Encore une fois, Outlander ne lésine pas sur les débordements excessifs et néglige le pouvoir de la subtilité et de la subjectivité. Les viols persistent, tout comme les coups du sort et les situations préfabriquées. Pire, des moments insupportables tels que celui dirigeant le couple vers une tragique perte sont montrés à l’écran, de manière totalement gratuite. Cette litanie mélodramatique provient des livres, mais personne n’oblige qui que ce soit à l’illustrer aussi crûment à la télévision. Sans être dénuée de qualité, cette première partie souffre de son contenu guère palpitant bien que par la même occasion, elle reflète le surplace des protagonistes qui tentent vainement de renverser des montagnes. C’est pourquoi ils rebroussent chemin, vers la verdoyante Lallybroch.

Le paragraphe parisien n’ayant pas obtenu le succès escompté, Claire et Jaime changent de fusil d’épaule. De retour en Écosse, la série reprend également de ses couleurs, qu’elle conserve jusqu’à ses derniers instants. En entrant davantage dans l’action, en pleine guerre, les épisodes induisent un véritable sentiment d’urgence et de férocité. La bataille de Culloden s’approche jour après jour et tous les efforts d’avortement échouent les uns à la suite des autres. La situation s’annonce désespérée, mais le couple ne lâche rien, plus uni que jamais malgré les circonstances. Effectivement, les conséquences de torture physique comme psychologique de Jack Randall sur Jaime ne sont pas du tout occultées, bien que le traitement soit encore une fois assez artificiel. Meurtri, traumatisé, il voit son tortionnaire partout. L’ombre vivace de ce vil individu que tous croient mort surplombe les personnages, lui qui les poursuit jour et nuit. Contre toute attente, Outlander s’avère bien plus chaste cette année et limite les scènes de sexe, ce qui ne se révèle pas du tout handicapant si ce n’est que les passages plus romantiques et de complicité se réduisent également à peau de chagrin. Tous les regards se portent vers la rébellion jacobite, avec un pleutre Charles Stuart solidement campé par Andrew Gower. Jaime fraye parmi les dirigeants tandis que Claire organise les secours. Le compte à rebours est lancé et s’agitent autour des figures aux motivations parfois brumeuses, changeantes ou dérangeantes. Le fier et brutal Dougal dispose pour le coup d’une réelle exploration, tout comme le sympathique et fidèle Murtagh, déjà bien exploité à Paris. Sinon, l’adorable enfant qu’est l’amusant Fergus (Romann Berrux) dépeint les protagonistes sous un jour inédit du plus bel effet. La série soigne sans conteste sa galerie non manichéenne, en dehors peut-être d’un trop régulièrement ridicule duc de Sandringham. Elle est en tout cas une fois de plus sur tous les fronts et ne se limite pas à un unique genre. Historique, avec des pointes de fantastique, romantique, sociale, elle possède toujours pour dénominateur commun son souffle émotionnel. Les dilemmes de Claire perdurent et densifient ce personnage sublimé par le jeu d’une incroyable sensibilité de son interprète, Caitriona Balfe. La jeune femme est partagée entre ses désirs, ses craintes et son sens du devoir envers Frank. Dès le départ, les téléspectateurs connaissent son futur déchirement et la voir d’emblée si hagarde et anéantie brise le cœur. Le dernier épisode ose en prime un grand bouleversement, très frustrant, et amène à l’antenne le sympathique Roger (Richard Rankin) ainsi que Brianna (Sophie Skelton) au physique extrêmement décevant compte tenu de son héritage. Bref, rien ne sera jamais comme avant pour les héros, décidément haïs par les lois du destin.

Pour conclure, la deuxième saison d’Outlander ne s’avère pas aussi homogène et réussie que la précédente, la faute notamment à une entrée en matière plutôt fade et traînante. Même si, à la réflexion, le scénario dans son ensemble se disperse et se borne trop souvent à du remplissage redondant, assez vide en dehors d’un mélodrame gratuit. Le fil rouge passe de temps en temps en arrière-plan avant de finir par revêtir une importance capitale : défendre l’Écosse et ses habitants envers et contre tout. L’adaptation à l’écran de la saga littéraire continue malgré tout de séduire grâce à son esthétique léchée, son ambiance écossaise si subjuguante, ses moments d’éclat émotionnel et quelques-uns de ses attachants personnages. Les écueils des romans commencent ainsi à malheureusement prendre le dessus sur les qualités, ce qui n’est pas très étonnant quand on a déjà peiné à la lecture, et l’épilogue, avec ce bond temporel conséquent, laisse craindre le pire pour la suite…

Par |2017-09-15T18:18:09+02:00septembre 20th, 2017|Outlander, Séries britanniques, Séries étasuniennes|0 commentaire

Outlander (saison 1)

Il y a plus de dix ans, je me souviens avoir eu envie de commencer le cycle littéraire Le Chardon et le Tartan de Diana Gabaldon qui me paraissait détenir des éléments susceptibles de m’intéresser. Comme souvent, de l’eau a coulé sous les ponts et je n’ai jamais pris le temps de m’y pencher. Quand Ronald D. Moore (Battlestar Galactica) annonça vouloir l’adapter en série télévisée, je me suis dit que l’heure avait sonné. C’est ainsi que courant 2014, j’ai lu les cinq premiers volumes de cette suite de romans toujours en cours de publication, et plus connue sous son titre original, Outlander. Discutons donc de la saison une de cette transposition américano-britannique, constituée de seize épisodes diffusés en deux parties sur Starz entre août 2014 et mai 2015, et utilisant le matériel intégral du premier livre. À noter que la deuxième devrait se conclure d’ici peu aux États-Unis. Aucun spoiler.

La Seconde Guerre mondiale vient enfin de se terminer et Claire Randall, une infirmière ayant travaillé sur le front, savoure son bonheur de retrouver son époux, Frank. Pour se redécouvrir après avoir vécu séparés durant de si longues années, ils décident de partir ensemble en vacances en Écosse, terre d’origine du jeune mari. Lovés dans le village d’Inverness aux figures assez truculentes, ils passent du bon temps et profitent de l’ambiance presque ésotérique des lieux. Un après-midi, en se promenant seule parmi des mégalithes monumentaux, Claire s’évanouit et se réveille au même endroit, mais à une époque différente. La voici propulsée en 1743, alors que la région s’apprête à subir de terribles soulèvements. Assimilée à une espionne anglaise, elle est enlevée par des Highlanders, dont le charmant James ‘Jaime’ Fraser. Comment va-t-elle survivre dans ce monde féroce ? Pourra-t-elle rejoindre son cher et tendre ?

Honnêtement, le cycle littéraire ne m’a pas du tout fait forte impression. Si les débuts de l’histoire ne manquent pas de panache, la suite perd de sa fraîcheur et s’apparente parfois à du pur remplissage. Le style ne s’avère pas foncièrement désagréable, mais cette propension à multiplier les rebondissements presque racoleurs, les excès de violence gratuite, le misérabilisme ambiant et le mélodrame préfabriqué ne figurent pas parmi mes ingrédients favoris. Étonnamment, les pavés de cette auteure se lisent aisément, même si l’on tique à de régulières reprises. Pour une fois, j’espérais que la série télévisée se détache grandement du matériel d’origine, oublie les lacunes intrinsèques tout en se dotant d’un souffle romanesque du plus bel effet et non pas uniquement sentimental. Contre toute attente, en dépit de ma réserve initiale, je partais plutôt confiante, peut-être parce que le potentiel m’avait sauté aux yeux et que la touche de Ronald D. Moore me faisait croire que tout était possible. J’avais bel et bien raison, car si la première saison d’Outlander s’emmêle avec des défauts, elle laisse un souvenir honorable. Déjà, elle ressemble à un magnifique spectacle visuel et sonore. En ayant pour cadre l’Écosse, elle s’apparente quasiment à une publicité touristique. Pour peu que ce pays ne figure pas à la base sur sa liste d’endroits à visiter, il y a de grandes chances pour qu’il finisse par y être rapidement inscrit. Les paysages sont tout simplement à couper le souffle. Le vert irradiant côtoie une brume poétique du plus bel effet alors que les musiques de Bear McCreary (Battlestar Galactica, Defiance) envoûtent par leurs mélodies folkloriques. La culture écossaise y est tout particulièrement choyée, qu’il s’agisse du décor naturel comme architectural, vestimentaire ou même idiomatique. Car effectivement, les accents sont authentiques et la présence de sous-titres se révèle plus que salvatrice ! Outlander démontre un véritable savoir-faire et un soin du détail avec sa forme léchée non dénuée d’ambition. Elle prouve aussi son désir d’adapter fidèlement l’esprit de l’histoire, réussissant de surcroît à injecter encore plus de passion et de férocité à un univers qui n’en manque originellement pas. Cependant, ne nions pas que la voix off tend à beaucoup trop alourdir le récit. La série souffre également d’un rythme parfois branlant nourri par des intrigues étirées, voire poussives en seconde partie.

1945 se conclut, laissant des plaies béantes dans le monde entier. Claire Randall souhaite oublier les horreurs de la guerre en Écosse avec son époux, Frank. Il ne fait aucun doute que les deux s’aiment et tentent de rattraper à leur manière les années perdues. Malheureusement, l’héroïne est catapultée deux siècles dans le passé. Les réfractaires aux thématiques fantastiques et de science-fiction ne devraient pas réellement tiquer, car le voyage inattendu de l’infirmière n’est qu’un prétexte, un ressort scénaristique pour asseoir l’arc général. Il est bien l’un des rares éléments à ne pas bénéficier d’une explication en bonne et due forme. D’ailleurs, ce bond temporel ajoute une dimension magique participant à l’atmosphère tantôt mystique de cette Écosse décidément bien mystérieuse. À partir de l’instant où Claire réalise qu’elle se trouve en 1743, elle n’a de cesse que d’essayer de retourner du côté des menhirs de Craigh na Dun qui, vraisemblablement, servent de portail. Or, en raison de son statut de femme, de ses vêtements peu communs et de sa nationalité, elle cumule les tares. Après une confrontation traumatisante avec le troublant sosie de son époux se révélant être l’un de ses ancêtres, le capitaine Jack Randall, elle est kidnappée par des Highlanders. Le charme de cette première saison repose en partie sur les épaules de son héroïne. Grâce à ses capacités d’adaptation et son intelligence, elle réussit à se sortir avec brio de cette situation pourtant inextricable. Ses compétences d’infirmière lui permettent en plus de s’apparenter à une guérisseuse plutôt incroyable. Le chef du clan MacKenzie, Colum (Gary Lewis), et son frère acariâtre, Dougal (Graham McTavish), ne sont pas dupes et se doutent que ce joli visage cache bien son jeu, sauf qu’ils ne parviennent pas à saisir les motivations animant leur captive. Et pour cause, elle se fiche royalement de ces histoires de rébellion, de lutte contre les Anglais ou de quoi que ce soit d’autre, elle espère simplement retourner près de son mari. En attendant, elle est bien obligée de se fondre au maximum dans le décor et d’intégrer le mode de vie sans grand confort de cette période. Comme si son issue n’était pas déjà assez pessimiste, le charme naturel de Jaime Fraser, un jeune Highlander, commence à troubler son jugement, voire ses désirs…

Le postulat de base d’Outlander donne l’impression de devoir se limiter à une énième romance, avec les clichés habituels. Claire est unie à Frank qu’elle aime, mais en arrivant en 1743, des sentiments pour un autre homme finissent par atteindre son cœur. La saison illustre les doutes de l’héroïne sur sa fidélité et ses envies. Elle sait pertinemment qu’elle devra un jour ou l’autre faire un choix, mais pour l’heure, elle se contente de vivre le moment présent et de profiter de ce que ce voyage temporel lui offre. Ce serait mensonger d’écrire que la série sort des sentiers battus avec son histoire passionnelle. Le couple que forment Claire et Jaime ne révolutionne pas le genre, mais il s’avère malgré tout plus qu’attachant et enthousiasmant. L’indéniable alchimie dégagée par leurs interprètes, Caitriona Balfe (H+ The Digital Series) et Sam Heughan, n’y est d’ailleurs pas totalement étrangère tant ils semblent animés par une force magnétique. Les deux protagonistes se découvrent progressivement, s’amusent de leurs différences culturelles, se disputent et finissent par s’apprivoiser. La réalité tente toujours de les rattraper et de leur infliger de nombreuses embûches, mais leur amour triomphe envers et contre tout. Jaime représente l’archétype de l’amant idéal. Fougueux, intelligent, doux, pondéré et instruit, il a en plus la chance d’être physiquement attirant, qu’il porte un kilt ou se retrouve sans vêtements. Afin de l’humaniser, le scénario lui ajoute un passé difficile et des fêlures parfois inscrites dans la chair. À noter que les scènes de sexe ne manquent pas, sans toutefois se révéler racoleuses ou totalement gratuites. Malgré une caractérisation à première vue caricaturale, la magie opère et cet individu détient de solides arguments pour faire fantasmer dans les chaumières. Oui, tout ceci sonne donc terriblement sirupeux, voire mélodramatique à souhait. C’est en partie le cas, sauf que l’attrait des personnages associé à quelques autres éléments moins sentimentaux contrebalance généralement ces failles. La saison profite effectivement de son cadre pour y injecter avec subtilité une véritable dimension sociohistorique via les rébellions jacobites et un choc de cultures, l’exploration du folklore local et, en prime, une retranscription plaisante des relations hommes/femmes.

À son époque, Claire est déjà une personne moderne. Grâce à son enfance passée auprès d’un oncle archéologue, elle a beaucoup voyagé, côtoyé plusieurs civilisations et s’est forgé sa propre opinion sur le monde et ce qui le compose. Ce n’est pas parce qu’elle atterrit en 1743 qu’elle change de tempérament et entre dans le moule de la société. Sa condition ne l’empêche pas de tenir tête à quiconque, surtout lorsqu’elle est persuadée d’avoir raison. Outlander se dote d’une galerie d’individus forts, avec leurs défauts et qualités, indépendamment de leur genre. Claire n’est pas la seule à se montrer autant contemporaine et plusieurs de ses consœurs, dont l’énigmatique Geillis Duncan (Lotte Verbeek – The Borgias), le démontrent. Ce message féministe se veut rafraîchissant surtout que ces femmes existent par elles-mêmes, assument pleinement leur sexualité et ne se définissent pas qu’à travers le prisme de leurs amours. Aussi trivial que cela puisse paraître, cette pratique n’est pas si fréquente que ça, malheureusement. Comme quoi, en dépit des stéréotypes initiaux et de procédés scénaristiques sensiblement éculés, le récit parvient à s’en détacher et se densifier. Certes, il ne peut occulter des rebondissements du livre plus que discutables, comme cette interminable fin masochiste à la violence crue avec le détestable Black Jack, mais il s’affranchit d’écueils inhérents aux romans et ajoute quelques surprises. D’ailleurs, le jeu de Tobias Menzies (Rome), campant à la fois Frank et son ancêtre, mérite plusieurs louanges tant il semble être deux personnes plus que distinctes. Cet affreux individu prend en grippe Claire, la jalouse et jouit de la voir souffrir, surtout si cela lui permet de se rapprocher de Jaime pour qui il entretient une étrange fascination. Le mépris et la haine des Anglais envers les Écossais transpirent tout au long des épisodes, la réciproque étant en vigueur. Si Claire est déchirée par ses sentiments, le pays qu’elle foule l’est peut-être encore plus. Les complots, allégeances et manipulations ne manquent pas au sein de ce microcosme en perpétuel mouvement.

Dès la moitié du XVIIIè siècle, l’Écosse étouffe ; dans l’ombre s’ourdit une insurrection pour ramener Jacques Stuart sur le trône, cela dans l’espoir de chasser les vils Anglais. L’air de rien, la saison dresse un constat de la situation et évite un ton trop didactique qui aurait pu phagocyter l’ensemble. La série ne se satisfait jamais d’une seule approche et multiplie les genres, se montrant ainsi bien plus riche qu’à première vue. En sus de sa romance, Outlander se dote en effet d’une ambiance dramatique, car Claire le sait, les rebelles seront massacrés et le peuple entier subira famine et maladies. Cette épée de Damoclès lui pèse et transforme finalement le visionnage en course contre la montre et la fatalité. Par chance, la morosité à venir est régulièrement atténuée par un soupçon d’humour bienvenu, des répliques souvent mordantes et enlevées, et l’authenticité de ces Highlanders fiers de leur patrie, de leur culture, de leurs particularités. Ceux-ci s’avèrent frustes, mais jamais idiots ou arriérés. Le scénario les croque avec beaucoup de tendresse pour certains, avec férocité implacable pour d’autres. L’écriture s’arme d’une demi-mesure appréciable avec les différentes facettes de ces personnages. Des hommes comme Dougal paraissent difficiles à cerner et à réellement détester malgré des actes condamnables. Seul l’Anglais Jack Randall cumule les tares et vices. Sinon, les figures truculentes telles qu’Angus (Stephen Walters) et Murtagh (Duncan Lacroix) égayent maintes scènes. Les relations évoluent au gré des épisodes, apportent de jolis moments riches en amitié, en émotions, voire en tension. L’ensemble injecte un suspense haletant donnant envie d’enchaîner le parcours de cette femme sensuelle surnommée sassenach, terme écossais qualifiant les étrangers.

Pour résumer, la première saison d’Outlander a le mérite de réussir à adapter plus que fidèlement le roman dont elle s’inspire, mais aussi d’atténuer certaines des lacunes initiales. Si la romance centrale de cette série dispose de solides atouts pour faire rêver, notamment grâce à une stupéfiante alchimie, elle ne se borne pas à retracer les aventures amoureuses de son héroïne propulsée à une période trouble de l’Écosse. Au contraire, en sus de sa peinture de ces terres sauvages où la musique fait régulièrement corps avec la nature tempétueuse de ses habitants, elle se révèle historiquement habile ainsi que sociologiquement pertinente et plutôt progressiste. Sa liberté de ton, son approche féministe et la teneur de nombre de ses personnages à la caractérisation bien affirmée provoquent un grand plaisir. Certes, l’étirement de plusieurs intrigues, la lourdeur narrative et les rebondissements excessivement mélodramatiques s’avèrent beaucoup moins heureux, mais pour l’heure, les qualités supplantent encore le reste. Il va de soi que les amateurs de récit enlevé au souffle émotionnel ravageur devraient au moins tester ce tortueux voyage mêlant adroitement différents genres.

Par |2017-08-10T14:47:40+02:00juin 15th, 2016|Outlander, Séries britanniques, Séries étasuniennes|0 commentaire