Smile | スマイル

Par , le 7 juin 2017

C’est avec un grand sourire que je commence à écrire ce billet, car il représente l’avant-dernière marche de mon tri de dossiers japonais datant de Mathusalem. Eh oui, plus qu’un et j’aurai enfin terminé cette tâche qui paraissait sans fin. Quoi de mieux alors que de discuter de Smile, une série au titre opportun ? Ses onze épisodes furent diffusés sur TBS entre avril et juin 2009 ; comme d’habitude, le premier d’entre eux possède quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Depuis toujours, Hayakawa Vito est stigmatisé et victime de préjugés en raison de son métissage. Son prénom peu commun ainsi que son physique légèrement différent de la masse lui causent bien des tracas dans un pays assez frileux envers les étrangers. Pourtant, si son père est philippin, il n’a lui-même jamais quitté le sol japonais, y est né et a été élevé par sa mère. Malgré un cadre inconfortable et un douloureux parcours de vie, il ne baisse pas les bras et travaille dur en attendant de pouvoir un jour ouvrir son restaurant. Malheureusement, sa rencontre avec une jolie jeune fille marque aussi le début d’une longue succession de tragédies amenant à faire ressurgir un passé peu glorieux. Ces obstacles ne l’empêchent pour autant pas d’oublier de sourire envers et contre tout, surtout lorsqu’il ne peut plus que se raccrocher à ça.

L’affiche de Smile donne immédiatement le ton avec ces visages constipés. La série semble vouloir prendre à contre-pied ses téléspectateurs avec un titre au demeurant positif alors que dans le fond, elle favorise les drames en tous genres. Tout au long de ses aventures, elle multiplie les situations artificielles et veille à bien remuer le couteau dans la plaie en assommant son protagoniste de toutes les injustices possibles et inimaginables. Personne n’a appris aux scénaristes qu’à force de charger la mule, les émotions ne réussissent plus à atteindre leur but. Le récit s’apparente à un long et interminable chemin de croix. Le début laisse d’ailleurs comprendre qu’effectivement, Vito s’apprête à devoir faire preuve de patience puisqu’en 2015, il se trouve derrière les barreaux pour une raison encore inconnue de l’audience. Cette structure narrative éclatée n’est pas dépourvue d’intérêt et atténue quelques longueurs en insufflant un dynamisme bienvenu animé au gré de la musique peu mémorable, mais jolie, de Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango). Les épisodes alternent ainsi entre des moments dans le futur et d’autres plus anciens, dont la majorité en 2009, quand il est à l’air libre. Que lui est-il arrivé pour être emprisonné ? Il n’a pas l’air bien méchant. Et pour cause, l’écriture le croque tel un individu affable, presque naïf, bienveillant et, avouons-le, profondément insipide. Probablement dans le but de lui offrir quelques aspérités, le script se préoccupe de lui associer une adolescence bouleversée par de dangereuses fréquentations. Sauf que depuis, il s’est repenti et de toute manière, ses actions passées n’étaient que les conséquences presque légitimes de son enfance difficile. Avec son protagoniste dépourvu de finesse, Smile part déjà avec un énorme handicap surtout que l’interprétation de Matsumoto Jun (Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) ne s’avère guère concluante. L’affubler de fond teint pour le rendre plus bronzé et vraisemblablement plus philippin ne fait qu’accentuer la superficialité de cette production reflétant trop bien les écueils de la télévision japonaise. Drames, sens de la famille, romance en filigrane, procureur incompréhensif, guerre de gangs et policiers corrompus ponctuent le quotidien de cette série. La caméra s’attarde aussi au tribunal avec quelques procès, dont un non négligeable montrant le travail délicat du jury populaire amené à décider de l’issue du présumé coupable. Les éléments pertinents ne manquent donc pas, mais le traitement approximatif et les clichés phagocytent cet ensemble dépeignant une société raciste.

Vito a été appelé de la sorte par sa mère en hommage au fameux mafieux Vito Corleone de la trilogie The Godfather (Le Parrain). Ce prénom original confirme les doutes des autochtones s’interrogeant sur les origines du jeune homme. Smile a la bonne idée de vouloir mettre en avant la xénophobie, la stigmatisation et les préjugés envers les métisses et immigrés. Vito a beau ne parler que japonais et ne connaître que ce qu’il considère à juste titre comme son propre pays, il est constamment victime de discriminations, à l’instar d’autres comme les Zainichi, les Coréens ou leurs descendants vivant au Japon. La série veille à pointer du doigt ces injustices prégnantes dans la société nippone et qui sont d’autant plus méprisables qu’elles restent encore trop acceptées, mais elle s’y adonne avec caricature, manichéisme et une telle absence de finesse qu’elle ne parvient pas à atteindre totalement son but. Difficile alors de ne pas en ressortir un minimum déçu, car l’effort est louable et le potentiel évident. Bien qu’un vent optimiste soit toujours appréciable, la conclusion symbolise trop bien le côté sirupeux de la fiction. Vito se retrouve perpétuellement confronté à des regards dédaigneux et des personnes bornées, voire ouvertement racistes. Le premier épisode le montre en train de discuter gaiement avec son avocat, Itô Kazuma (Nakai Kiichi – Saigo Kara Nibanme no Koi), seule figure méritant ici un quelconque intérêt, sauf qu’il se trouve dans le parloir d’une prison depuis apparemment maintes années. Il a la chance de pouvoir compter sur la sympathie d’un gardien un peu simplet (Katsumura Masanobu) avec qui il partage des échanges badins. En dépit de sa litanie dramatique, Smile injecte par moments une ambiance plus légère se voulant parfois amusante. Après cet interlude dans le futur, la caméra repart donc dans le temps et illustre le héros travaillant sans relâche pour se créer une vie digne et dont il n’a pas à rougir. Il ne rechigne pas devant la besogne et en sus de son activité diurne dans la petite entreprise des Machimura préparant des plats pour des collectivités, il exerce le soir dans un bar. D’ailleurs, c’est en s’y rendant qu’il rencontre dans une librairie la jeune Mishima Hana ; et presque immédiatement, il s’attache à elle.

Si beaucoup de Japonais vilipendent Vito, ce n’est pas le cas des Machimura chez qui il est employé avec deux anciens camarades ayant aussi traversé une mauvaise passe. Le couple de commerçants se révèle profondément bienveillant et prêt à tout pour venir en aide à leurs protégés. Leur enthousiaste de fille, Shiori (Koike Eiko – Shokuzai), travaille auprès d’Itô Kazuma, l’avocat que l’on sait à même de défendre le protagoniste dans le futur. Ces personnages incolores et génériques répondent au fidèle cahier des charges des histoires de cet acabit. Bien sûr, afin de créer du dilemme et placer son héros dans une situation encore plus inconfortable, le scénario n’hésite pas à malmener les Machimura qui, vaillamment, continuent de prouver leur gentillesse. Simultanément, ceux-ci n’en ratent pas une pour pousser leur salarié à se rapprocher de Hana qu’ils connaissent. Vito est si gauche et timide que sans coup de pouce, il ne parviendra jamais à fréquenter la jeune fille souffrant de mutisme. Effectivement, encore une fois, Smile ajoute une dimension dramatique avec le récit de Hana (Aragaki Yui – Zenkai Girl) qui, en dépit de son sourire et de sa bonne humeur, a jadis subi un choc psychologique et ne réussit plus à parler. Mieux, la série décide d’inclure entre eux deux une sorte de fil rouge du destin totalement prévisible et presque ridicule. Les amateurs de romance ne seront pas totalement satisfaits, car leur relation reste limitée, pudique et même fleur bleue. Alors qu’ils essayent de se connaître, Vito voit d’anciennes fréquentations ressurgir, dont le glaçant Seiji susceptible de provoquer une succession d’évènements incontrôlables. Oguri Shun l’incarnant s’en sort assez bien malgré, une fois de plus, une caractérisation moyennement persuasive. Vito ne parvient guère à se défaire de cet homme déterminé à brimer celui qu’il juge coupable de divers maux. Là aussi, les rebondissements supposés injecter une tension létale se veulent trop inconstants et peu crédibles pour convaincre de bout en bout tant tout y paraît factice, sentimental et forcé.

Pour conclure, malgré son titre annonçant de joyeux moments, Smile choisit plutôt de favoriser le misérabilisme à travers le parcours d’un métisse stigmatisé et malmené depuis son enfance. Quitte à en devenir peu subtile et poussive, cette série n’hésite jamais à multiplier les injustices pour mieux appuyer le courage et l’abnégation de son héros tristement fade. Si le scénario a le mérite de souhaiter critiquer ostensiblement la xénophobie, son message perd de sa force avec une interprétation limitée et une écriture grossière et artificielle. Le constat s’avère tout autant mitigé en ce qui concerne les malheurs préfabriqués et les maintes facilités. Au bout du compte, l’impact émotionnel tant attendu demeure au placard et empêche d’apprécier cette mièvre production se bornant à employer les codes de la télévision nippone jouant la carte du mélodrame familial.

The Vampire Diaries (saison 7)

Par , le 31 mai 2017

Voilà, c’est acté, The Vampire Diaries s’est achevée il y a plusieurs semaines aux États-Unis. Sauf qu’avant de refermer définitivement ce chapitre, il faudrait discuter de son avant-dernière et septième saison constituée de vingt-deux épisodes diffusés sur The CW entre octobre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Depuis déjà plusieurs années, cette série manifeste de sérieux signes d’usure. Le départ inattendu de Nina Dobrev incarnant Elena aurait pu inquiéter compte tenu de son rôle majeur, mais le personnage était devenu tellement insipide qu’il ne manque absolument pas. Au contraire, ces aventures inédites permettent de changer d’air, d’arrêter de tourner toujours autour des romances de cette ex-héroïne et, encore mieux, de commencer à explorer les éléments annexes. Pour autant, l’ensemble n’occulte absolument pas Elena et bien qu’elle soit physiquement absente, elle laisse planer son ombre à travers des références directes ou la rédaction d’un journal. Car effectivement, outre Stefan poursuivant le sien, Caroline décide de raconter à son amie ce qui se passe durant son sommeil forcé de normalement plusieurs décennies. Malgré une approche un peu trop didactique rappelant au souvenir des téléspectateurs les évènements, il est pertinent de voir que la production n’oublie pas ses origines. Dès le départ, la saison joue la carte des mystères avec une structure éclatée ponctuée de régulières séquences trois ans dans le futur. Les protagonistes y sont montrés sur le qui-vive, effrayés par quelque chose ou quelqu’un se trouvant à leurs trousses. Les interrogations se multiplient ainsi et alimentent un climat énigmatique contrebalançant les lacunes de l’écriture se bornant parfois à de la facilité, d’énormes incohérences et de grossières ficelles. Quoi qu’il en soit, pour l’heure, ce sont plutôt les Hérétiques qui occupent les esprits des personnages parce qu’ils entendent bien prendre le contrôle de Mystic Falls. La ville est plongée dans l’angoisse la plus totale, avec des habitants en proie aux envies outrancières de créatures surnaturelles. Matt essaye de préserver les siens, en vain, et commence à réfléchir à des mesures plus drastiques. Comme d’habitude, le tout jeune policier représente la clause humaine et ne détient guère d’intrigue individuelle. Il s’agace, souhaite changer les choses, botte en touche et accuse les vampires. Il n’est pas désagréable, seulement incolore, et son lien avec la tout aussi insignifiante Penny (Ana Nogueira) se range dans le coin des récits secondaires à l’intérêt limité.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis qu’Elena a disparu de la circulation et qu’Alaric a perdu sa femme enceinte. Pour l’aider à évacuer sa douleur, Bonnie et Damon l’accompagnent en Europe qu’ils sillonnent en long, en large et en travers. Le trio revient bien sûr rapidement à bon port, mais apporte un artefact susceptible de bouleverser le difficile équilibre régnant dans la ville. La première partie de la saison s’attarde sur les Hérétiques gouvernés par la mère des Salvatore, Lily. Pondérée, elle sait ne plus pouvoir agir comme autrefois et devoir s’adapter au XXIè siècle, mais ceux qu’elle assimile à sa famille ne l’entendent pas forcément de cette oreille. Qu’importe, elle cherche surtout à ressusciter son amour, Julian. Les épisodes de l’année précédente amenaient à imaginer des antagonistes dangereux, terrifiants et charismatiques. Malheureusement, le scénario déçoit un peu à ce sujet, car ces nouveaux personnages mettent beaucoup de temps à se montrer intéressants, voire n’y parviennent jamais en plus de ne pas embrasser les idées disséminées de-ci de-là. Le muet Beau (Jaiden Kane) en est l’exemple le plus éloquent tant il se limite à une unique caractéristique. Nora (Scarlett Byrne) et Mary Louise (Teressa Liane), en couple depuis plusieurs siècles, s’avèrent initialement très agaçantes, mais se nuancent plus tardivement pour offrir de jolis moments, bien que toujours peu exaltants. Oscar (Tim Kang – The Mentalist) se révèle prometteur sauf qu’il n’a pas l’opportunité de s’épanouir. Subsiste Valerie (Elizabeth Blackmore), élément romantique important du passé, du présent et du futur de Stefan. La mi-vampire mi-sorcière laisse au départ perplexe en raison de confessions caricaturales et d’un éventuel triangle amoureux. Par chance, elle se détache rapidement des clichés habituels et plaît pour son tempérament attachant. Il s’agit sans conteste du nouveau personnage le plus intéressant et correctement développé en dépit d’une sortie de route bien expédiée. Julian (Todd Lasance – Spartacus) prend tout de suite les choses en main et induit un climat délétère où tous les coups sont permis. Sa folie et ses manipulations contaminent les autres, dont Lily qui ne réalise pas que l’homme qu’elle aime risque de gêner ses désirs de rassembler ses fils biologiques et les Hérétiques qu’elle considère comme sa famille. Stefan est plus réceptif aux attentes de sa mère, ce qui n’est évidemment pas du tout le cas de Damon. Julian pimente grandement les épisodes en se présentant comme ennemi suffisamment captivant pour convaincre surtout que le script veille à ne pas excuser ses choix.

The Vampire Diaries s’attarde cette année sur l’une de ses relations maîtresses, à savoir celle unissant les frères vampires. Le retour de Lily les place tous deux dans une situation inconfortable. Comment se comporter avec elle ? Leurs réactions se veulent différentes, à l’image de leur propre caractère. Stefan accepte de ne pas l’agresser et de lui laisser le champ libre, à Mystic Falls. Son aîné prend le chemin opposé et cherche à constamment lui mettre des bâtons dans les roues. C’est l’occasion d’approfondir des souvenirs à travers des flashbacks, dont plusieurs en lien avec leur détestable père. Les Salvatore s’aiment, mais ils se déchirent souvent et s’empêchent parfois d’avancer. L’influence négative du désinvolte Damon sur la vie de Stefan ne fait aucun doute, ce dont les deux sont conscients, sans avoir encore envie de se l’avouer. Cette dynamique nuancée et compliquée figure parmi les réussites de ces épisodes surtout que toute dimension romantique a été évacuée avec le départ d’Elena. D’ailleurs, Damon réagit assez bien à la situation et essaye de se conduire convenablement bien qu’il répète à outrance n’être qu’un narcissique égoïste. Il craint de ne pas être à la hauteur et de décevoir sa compagne lorsqu’elle sortira de son sommeil. Le personnage se montre en tout cas bien plus agréable que ces derniers temps en dépit d’un comportement certes amusant avec ses railleries, mais plutôt redondant. La saison continue également de développer son amitié avec Bonnie. Les deux gagnent beaucoup à se fréquenter et le scénario leur délivre de bonnes répliques. À ce propos, la sorcière voit enfin sa patience récompensée, car pour la toute première fois, elle se trouve sur le devant de la scène et dispose d’un matériel suffisamment intéressant, voire exaltant. Elle a l’opportunité de rayonner en deuxième partie, une fois que les éléments du futur distillés jusque-là au compte-gouttes sont éclaircis. Stefan et les autres sont effectivement poursuivis par une femme haïssant du plus profond de son être les vampires. Elle est la seule, elle est unique, Buffy Rayna Cruz (Leslie-Anne Huff).

Les flashforwards de la première moitié se transforment ensuite en une ellipse de trois ans. Rien ne paraît plus comme avant du côté de Mystic Falls. Les personnages donnent l’impression d’avoir joué aux chaises musicales. Que s’est-il donc passé durant cette période ? À l’écran, le pari est réussi, car l’audience a de quoi être intriguée face à ces remaniements un peu draconiens, mais encourageants. La saison traîne quand même en longueur et aurait gagné à avancer ses explications. Notons une incursion sympathique dans l’univers de The Originals, avec Klaus. Tandis que les Hérétiques vivotent, l’Armurerie arrive accompagnée de la chasseuse de créatures aux dents pointues. Cette société secrète permet à Enzo de servir enfin à quelque chose, mais le traitement approximatif n’est qu’une énième représentation de la qualité générale de l’écriture de la série. L’ancien compagnon de cellule de Damon sort toutefois de son carcan étriqué grâce à Bonnie avec qui il entretient une relation incongrue dopée par l’alchimie de leur interprète respectif. Rayna Cruz, elle, adopte au départ un comportement trop binaire et plus tard, les quelques tentatives d’humanisation la rendent légèrement moins monolithique. Depuis des siècles, elle parcourt les États-Unis accompagnée de sa fidèle arme surmontée de la pierre de Phénix aux ressources inquiétantes. The Vampire Diaries propose ainsi dès son milieu d’année une sorte de course poursuite initiée par la pugnace chasseuse. Les rebondissements ne manquent pas, les révélations suivent et si l’exécution pèche comme d’habitude sur certains points, le résultat final demeure relativement honnête. Quelques protagonistes se contentent du banc de touche, dont l’inutile Tyler ou encore Alaric dont les scénaristes ne savent visiblement plus que faire. Caroline souffre probablement de la grossesse de Candice King même si celle-ci est astucieusement intégrée à l’intrigue générale grâce à un tour de passe-passe bien pensé. Quant à sa relation émaillée d’embûches avec Stefan, elle patine en partie à cause de ça, ce qui devrait tout de même être enrayé prochainement.

Pour résumer, la septième saison de The Vampire Diaries emprunte le chemin amorcé par la précédente en continuant de relever subtilement le niveau de la fiction. Bien qu’elle cumule les défauts, rate plusieurs occasions de briller et de se dépasser, elle propose un divertissement assez efficace. Dès le départ, elle pique la curiosité avec ces incursions dans le futur où les dynamiques sont toutes redistribuées. Si le suspense finit par s’éventer et que les Hérétiques ne répondent pas aux attentes espérées, persistent les rebondissements, la nervosité du rythme et la mise en avant de personnages qui méritaient depuis bien longtemps leurs moments de gloire. La disparition d’Elena ne pèse en aucun cas sur la qualité d’ensemble et, au contraire, force les scénaristes à se renouveler. Évidemment, les détracteurs de cette production calibrée pour un public particulier n’apprécieront toujours pas, mais à condition de pouvoir se contenter de peu, la série prouve qu’elle détient encore quelques cartouches pour tenir en haleine. Ne nions tout de même pas que savoir qu’elle vit ses derniers instants permet d’être moins critique. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que sa conclusion ose prendre des risques et ne se borne pas à du sentimentalisme poussif.

Yottsu no Uso | 四つの嘘

Par , le 24 mai 2017

Comme trop souvent, à force de récupérer un tas de séries et de les laisser traîner maintes années, arrive un moment où l’on ne sait plus du tout de quoi il en retourne. Jusqu’à encore récemment, Yottsu no Uso faisait partie de cette catégorie digne d’une pochette surprise. Il s’agit d’une adaptation du roman d’Ôishi Shizuka dont le titre peut être approximativement traduit par quatre mensonges. Ses neuf épisodes furent diffusés sur TV Asahi entre juillet et septembre 2008 ; seul le premier d’entre eux détient quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Quand une de leur ancienne camarade de lycée décède dans des circonstances tragiques, au Canada, trois quarantenaires se retrouvent et découvrent que la défunte menait une double vie. En réalité, le quatuor semble étouffé par diverses cachotteries et autres non-dits. Alors que ces femmes essayent de reprendre une existence paisible, leur passé ressurgit constamment et les empêche d’avancer. Ne devraient-elles pas régler tous ces problèmes touchant parfois au plus profond de leur intimité ?

En ce qui concerne la romance, la télévision japonaise, voire internationale, préfère souvent choyer un jeune public. Voir des personnages plus âgés, même si l’on ne figure pas encore dans la génération étudiée, se révèle donc plutôt rafraîchissant et intrigant. Yottsu no Uso décide ainsi de s’attaquer à ce qu’elle nomme la période phare des femmes, celle de leur apparent épanouissement le plus complet : la quarantaine. Il est tout de même dommage qu’en dépit de son angle d’approche légèrement novateur, cette fiction se contente d’archétypes les plus basiques qui soient et se noie par moments dans plusieurs clichés fortement dispensables. Le rythme assez enlevé et la jolie musique de Sawada Kan (Doctor X) permettent heureusement de contrebalancer plusieurs de ces défauts d’écriture, surtout que le ton s’avère assez moderne et libérateur sur certains points. À travers diverses situations, le scénario veille à illustrer l’indépendance de la femme et la possibilité de toujours tout recommencer à n’importe quel instant, quitte à prendre des mesures allant à l’encontre des attentes sociétales. Les propos demeurent certes un peu timorés, mais l’idée est là et susceptible d’induire chez quelques téléspectateurs matière à réflexion. Afin d’ajouter un peu de piquant, les épisodes se dotent également d’une atmosphère mystérieuse puisque la vie cachée de l’amie s’évanouissant dès son arrivée à l’antenne est dévoilée au compte-gouttes, consécutivement aux secrets des autres protagonistes. Cette personne reste pour autant plus que présente, car elle officie en tant que narratrice, dans un style s’apparentant à Desperate Housewives. Sur un ton calme, elle se permet plusieurs gentilles railleries et tente de remettre les pendules à l’heure. Yottsu no Uso mélange beaucoup de registres, probablement trop, finalement. Le drame, la romance, les énigmes et l’humour s’associent maladroitement et cette absence de ligne directrice claire rend la production bancale. Ce manque d’hétérogénéité se ressent d’ailleurs au sein même du quatuor.

Bien que la série vante initialement la quarantaine, en répétant qu’il s’agit d’une exceptionnelle période, ses héroïnes ne paraissent à première vue pas rayonner de joie, à l’exception de la placide Tokura Miwa (Hada Michiko – Keishichô Sôsa Ikka 9 Gakari), celle disparaissant en mer dans un accident de bateau. Que fait-elle au Canada, accompagnée d’un ancien amour de jeunesse campé par Nakamura Tôru (Soratobu Tire) ? Cette mort inattendue touche plus particulièrement Nishio Makiko (Terajima Shinobu – Onna wa Sore wo Yurusanai), une femme au foyer souffrant du détachement de son pleutre de mari (Watanabe Ikkei – Galileo) et de ses enfants la prenant pour la bonne à tout faire. Outre la caricature de sa caractérisation, ce personnage s’avère la majeure partie du temps insupportable. Têtue, immature et ridicule, elle se comporte comme une adolescente écervelée et agace plutôt que de provoquer de l’amusement malgré les velléités cocasses du récit en devenant presque incongrues. Yottsu no Uso ponctue ses épisodes de réguliers flashbacks, vingt-trois ans plus tôt, alors que les filles évoluaient au lycée. Elles n’étaient pas toutes amies, se sont disputées, jalousées et depuis lors, guère revues. La disparition de Miwa les amène à se retrouver et à enfin régler des inimitiés latentes. Haitani Neri (Takashima Reiko – Kekkon Dekinai Otoko), elle, travaille comme chirurgienne et dirige avec talent son service. Carriériste, arrogante, sûre d’elle et de ses compétences, elle a mis sa vie personnelle entre parenthèses et ne regrette rien même si elle est célibataire, sans enfant. Elle s’occupe toutefois de près de ses subordonnés, dont Fukuyama au tempérament assez ambivalent (Hasegawa Hiroki – Suzuki Sensei). Une fois de plus, la psychologie de cette femme ne brille pas par son originalité et le scénario pousse le vice jusqu’à lui offrir un développement assez ridicule et improbable digne d’un roman à l’eau de rose. Par chance, la verve de ce médecin, ses répliques enlevées et son fort caractère permettent de ne pas trop tiquer. Autrement dit, Yottsu no Uso emploie les ressorts éculés de la confrontation entre la douce représentée par Miwa, la désespérée avec Makiko et la vive d’esprit jouée par Neri. Et forcément, la quatrième roue du carrosse ne peut qu’avoir trait à la vipère !

Ne le nions pas, les trois quarts des héroïnes ne méritent pas le déplacement. La série gagne ses galons avec son dernier membre, Hara Shifumi, parfaitement interprétée par Nagasaku Hiromi (Magerarenai Onna). Exposée comme étant une sorcière, croqueuse d’hommes et vénale, elle n’a sur le papier rien de bien enthousiasmant. Or, l’histoire veille à nuancer ces propos et offrir un visage bien plus fin, troublé et attachant. Shifumi habite avec son père dément et son adolescente de fille dans une petite librairie désuète en proie à d’importantes difficultés financières. Elle n’a de cesse que d’économiser, sans jamais quémander ou trop se forcer. Fière à sa manière, elle choie l’instant présent et entretient une relation avec un jeune boxeur passionné (Katsuji Ryô – Cat Street) qui paraît l’aimer. Cet électron libre se sent mort de l’intérieur, tient à son indépendance et l’air de rien, se montre bien plus psychologue qu’au premier abord. Shifumi a beau jouer l’indifférence, elle ne l’est pas. Elle comprend parfaitement les tourments de Makiko constatant ne vivre qu’à travers sa famille ou les besoins charnels de Neri. Son rapport tendu avec son ex-belle-mère (Nogiwa Yôko) rigide et cossue propose également de jolis moments réalistes, pudiques. Tout au long de la série, ces trois femmes en vie se côtoient parfois bien malgré elles et finissent enfin par régler tout ce qui les travaille depuis plus de deux décennies. Si elles n’ont pas grand-chose en commun, elles se serrent consciemment ou non les coudes et en dépit des adversités, elles réussissent toujours à s’en sortir. Cette amitié particulière plaît pour son absence d’idéalisation, d’effusions et de promesses de grands sentiments éternels. Si les héroïnes représentent l’essence de cette œuvre télévisuelle, les hommes, eux, sont croqués de manière tantôt abstraite, tantôt stéréotypée. Les épisodes auraient gagné à les dépeindre avec plus de profondeur et à ne pas les assimiler à de banals ressorts scénaristiques.

Pour résumer, Yottsu no Uso retrace le parcours de quatre quarantenaires confrontées à leurs actions passées, tentant d’aller de l’avant et de s’affranchir de leurs propres démons. Malgré un sujet susceptible de favoriser les tragédies, la série ne sombre pas vraiment dans les excès mélodramatiques et, au contraire, injecte une atmosphère souvent légère et amusante. Cet humour en devient d’ailleurs autant une qualité qu’un défaut, car plusieurs situations saugrenues s’avèrent contreproductives et rendent le visionnage parfois un peu laborieux. Les circonstances du décès d’une ancienne camarade de lycée alimentant des notes mystérieuses ne conduisent pas non plus à des révélations à couper le souffle et tombent assez vite à l’eau. Si l’alchimie du trio visible à l’écran fonctionne et apporte de sympathiques moments, c’est surtout la supposée vile manipulatrice qui transcende l’ensemble par sa grâce naturelle. Finalement, en dépit de quelques bons éléments et de sa capacité à divertir correctement, cette fiction se montre un peu trop caricaturale et bancale pour pleinement convaincre.