Sunadokei | 砂時計

Par , le 31 août 2016

Si presque tous les regards sont tournés vers les séries de la première ou deuxième partie de soirée, d’autres essayent aussi de tirer leur épingle du jeu. Outre les asadora se dégustant tous les matins sur NHK, la période du début d’après-midi semble avoir quelque peu la cote au Japon. Avec son programme intitulé Ai no Gekijô, soit littéralement le théâtre de l’amour, TBS y propose tous les deux à trois mois environ une nouvelle fiction passant du lundi au vendredi de 13 à 13 h 30. Du fait de leur absence de renommée et de leur durée généralement conséquente, elles sont rarement sous-titrées. Malgré tout, Sunadokei est arrivée jusqu’à nous et se compose de soixante épisodes de trente minutes chacun ayant été diffusés sur la chaîne entre mars et juin 2007. Il s’agit d’une adaptation du shôjo manga du même nom d’Ashihara Hinako (Piece), disponible en France chez Kana sous l’appellation Le Sablier, et se constituant de dix volumes sortis entre 2003 et 2006 ; par chance, la production télé est donc postérieure à la fin du matériel original. À noter que la version papier a aussi été transposée en 2008 au cinéma. Aucun spoiler.

Suite au divorce de ses parents, Uekusa An, douze ans, quitte Tôkyô pour rejoindre un minuscule village perdu au milieu de nulle part où vit sa grand-mère maternelle. Alors qu’elle tente de se créer de nouveaux repères dans un environnement qu’elle juge trop fermé et rustre, sa mère se suicide, probablement en raison du très lâche abandon de son ex-mari. Plutôt que de baisser les bras, cette petite fille choisit de garder le sourire et de se battre. En grandissant, elle continue d’expérimenter les différents aléas de la vie, mais elle peut se reposer sur le sablier offert par sa maman en arrivant dans la région ainsi que sur le soutien de ses amis, dont Kitamura Daigo ne la laissant pas indifférente.

Courant 2013, j’ai lu le manga et, sans se montrer mémorable, il ne m’avait pas déplu grâce à quelques-unes de ses qualités qui, d’ailleurs, sont présentes dans cette série télévisée. L’adaptation se veut assez fidèle et prend le temps d’installer et de développer ses personnages comme il se doit. Elle pousse même le vice jusqu’à transposer les écueils initiaux, ce qu’elle aurait pu omettre de faire ! Dès son premier épisode, Sunadokei donne le ton et marque par son approche narrative éclatée. Au lieu de raconter l’histoire de manière linéaire, elle s’attarde sur trois périodes bien distinctes de l’existence d’An. L’enfance, l’adolescence et l’âge adulte s’y entremêlent à travers des réminiscences du passé, agrémentées de la voix off assez affectée de l’héroïne. L’atmosphère de la série se charge en mélancolie et plonge l’audience dans un récit au rythme lénifiant, quelque peu à l’instar des décors naturels reposants de la préfecture de Shimane, là où la neige habille souvent de son blanc manteau les paysages campagnards. La justesse de ce registre doux-amer séduit rapidement et laisse imaginer une écriture suffisamment subtile où une tristesse cathartique côtoie des tranches de vie banales et si agréables. Or, la suite bouleverse totalement cet équilibre avec une succession de rebondissements éculés et peu crédibles induisant une sorte de mélodrame, voire misérabilisme. Cette valse de sentiments fédérateurs serait en mesure de captiver, mais un ennui poli prédomine ; car outre les malheurs à foison réduisant l’empathie à peau de chagrin, la répétition de flashbacks s’étant parfois déroulés quelques instants plus tôt dans le court épisode finit par fatiguer. En dehors de ce montage maladroit et redondant, la réalisation demeure basique et les discrètes mélodies composées par Endô Kôji (Toto Nê-chan) effectuent correctement leur travail. La ballade du générique de début, Hito Koi Meguri, de Shibasaki Kô n’entrera pas dans les annales, mais elle représente à merveille la dimension émotionnelle choyée par cette production s’installant dans la durée.

Sunadokei raconte quatorze longues années du parcours de la spontanée Uekusa An. Le premier jour de diffusion commence par son retour à Shimane, après avoir quitté son village il y a cinq ans. En apercevant les paysages à travers la vitre du train, elle se remémore sa vie là-bas. La série joue beaucoup la carte des souvenirs et de la nostalgie, mais elle a le mérite de ne jamais favoriser l’idéalisme sur le plan romantique. Au contraire, elle illustre parfaitement les embûches d’une relation amoureuse, sans forcer le trait. Quand, enfant, l’héroïne a déménagé à la campagne, elle est rapidement tombée sous le charme de Daigo, un petit garçon un peu sauvage et ronchon. Ils sont devenus inséparables et se voyaient probablement vieillir ensemble tout en se disputant gentiment comme ils en avaient l’habitude. Leur complicité et complémentarité sautaient alors aux yeux. Sauf que quelque chose s’est brisé en cours de route et maintenant, en tant qu’adulte résidant à Tôkyô, An (Satô Megumi – Hana Yori Dango) est célibataire. Le scénario distille au compte-gouttes les informations expliquant ce détachement et malgré une structure non chronologique, il ne gagne pas en confusion. Est-ce que la jeune femme et Daigo ne s’aiment plus ? Leurs différents rêves les ont-ils brouillés ? Vont-ils se réunir ? Beaucoup de pudeur et de non-dits constituent cette relation réaliste, bien que l’alchimie du couple principal s’avère limitée. Puisque l’histoire se déroule à trois époques distinctes, les acteurs changent à chaque fois, ce qui rompt légèrement la continuité, car tous ne se valent pas. Coup du sort, ils ne dégagent pas grand-chose ensemble comme individuellement, An étant clairement la moins bien lotie. L’héroïne ne se veut de toute manière que peu attachante avec sa propension à pleurnicher un peu trop souvent et à adopter une attitude plutôt timorée ; son image adolescente (Kobayashi Ryôko) remporte d’ailleurs le pompon. Contre toute attente, c’est la version enfant de Daigo (Izumisawa Yûki – Byakuyakô) qui se montre la plus convaincante, les suivantes restant toutefois correctes (Sano Kazuma et Takezai Terunosuke). En partie pour représenter sa romance maîtresse, Sunadokei privilégie à différentes reprises les métaphores filées. Ainsi, le sablier est un objet très cher aux yeux d’An qu’elle a reçu lors de sa visite avec sa mère du Nima Sand Museum abritant le plus grand sablier du monde ; il met un an à s’écouler ! Outre sa valeur sentimentale indiscutable, il symbolise aussi sa relation avec son amoureux. Ce représentant du temps qui s’effile matérialise le futur qui ne cesse de se réduire et la fiction prouve à sa manière que le présent importe avant tout, même si le passé, lui, ne s’oublie jamais. Étonnamment, le défilement des saisons et années est assez mal rendu à l’écran. Quoi qu’il en soit, les autres figures gravitant autour de Daigo et An se révèlent également un peu trop fades pour marquer convenablement.

Dès son arrivée à Shimane, An fait la connaissance des Tsukishima, un frère et une sœur issus d’une riche famille aux lourds secrets. Le sérieux et réfléchi Fûji (Kawaguchi Shôhei, Aoyagi Ruito, Shibue Jôji) contraste avec la pétillante et boute-en-train Shîka (Yamauchi Nana, Kakiuchi Ayami, Kinouchi Akiko) ; là aussi, les acteurs livrent une interprétation figée. Avec Daigo, ils forment un quatuor indissociable et se serrent les coudes. La série essaye réellement de développer ces personnages secondaires, mais botte tantôt en touche avec des stéréotypes et une tendance à la caricature. Relations adultérines, enfants cachés et détachement maternel composent le programme de ces nombreux malheurs un peu trop appuyés. Ce classicisme, voire cette surenchère de cruautés, perturbe à plusieurs reprises l’appréciation générale. Il faut en plus s’accommoder de la rivale mesquine prête à tout pour obtenir l’objet de son désir, d’un accident fortuit aux conséquences fâcheuses, d’une correspondance malsaine, de quiproquos et autres incompréhensions, ou bien du fameux triangle amoureux. La prévisibilité de l’intrigue rend donc le visionnage parfois laborieux, car le traitement persiste de la sorte tout au long de la production. Les sujets plus simples comme les doutes sur l’avenir, les interrogations en lien avec l’école et la sphère professionnelle, la peur de l’échec ou encore les difficultés de conserver une amitié se révèlent beaucoup mieux exploités. Sunadokei propose également une histoire familiale assez complexe en ce qui concerne l’héroïne. Pour des raisons financières, le père d’An disparaît de la circulation un beau matin, laissant sur la table une demande de divorce. La petite fille se persuade que son cher papa envisage de les rejoindre et que ses parents ne se sépareront jamais. Quand sa mère (Itô Yûko – Keitai Sôsakan 7) se suicide, son adorable et bienveillante grand-mère (Ômori Akemi), véritable lumière de la fiction, prend les choses en main. Sans aucune surprise, le fameux démissionnaire (Haba Yûichi) en question revient sur le tapis et provoque une vague de bons sentiments trop mièvres pour convaincre. Malgré tout, le travail de deuil, les regrets, la culpabilité d’un enfant se sentant orphelin et les difficultés latentes à continuer d’avancer sont joliment traités, bien que par moments aliénés par les rebondissements improbables ou excessivement sombres.

Pour résumer, Sunadokei reflète une course perdue d’avance contre le temps, toujours insaisissable, souvent immuable, mais elle ne propose pas un récit morose et fataliste. Au contraire, avec l’illustration d’une romance se dévoilant lentement sur quatorze années, à l’instar des grains de sable défilant inlassablement les uns après les autres, elle instaure un climat tranquille se voulant le plus sincère possible. Armée d’une tonalité douce-amère, de sa construction non linéaire et de ses débuts subtils et justes, elle dresse un portrait complet de trois étapes clés du cheminement de l’héroïne et de ses proches. Bien qu’elle privilégie une dimension humaine et réaliste, la fiction s’oublie malheureusement dans un mélodrame excessivement artificiel contrastant avec l’ambiance naturelle initialement favorisée. Le manque de coloration de certains personnages et l’interprétation parfois maladroite nuisent alors à l’empathie et laissent trop régulièrement une impression de détachement. Certes, le résultat général demeure tout à fait honorable grâce à l’originalité de la narration, mais compte tenu du potentiel, subsiste une légère déception, car le bouleversement émotionnel tant espéré est enrayé par l’aspect finalement conventionnel du fond.

Tut | Toutânkhamon : Le Pharaon maudit (mini-série)

Par , le 24 août 2016

Qui dit production se déroulant dans l’Antiquité signifie que je vais m’y intéresser à un moment donné. Alors si en plus elle pose ses décors en Égypte, je ne cours pas, je vole. C’est donc sans aucune surprise que j’ai regardé la mini-série canadienne Tut, plus connue en France sous l’appellation Toutânkhamon : Le Pharaon mauditTut comme Tutankhamun en anglais. Constituée de trois épisodes d’une heure et demie chacun, elle fut diffusée sur Spike TV les 19, 20 et 21 juillet 2015. Aucun spoiler.

Thèbes, 1332 avant J.-C. Le pharaon Akhenaton se meurt, empoisonné par l’un de ses plus fidèles serviteurs. Avant de décéder, il s’accorde le temps d’assurer sa succession en plaçant sur le trône son fils, Toutânkhamon, alors seulement âgé de neuf ans. Tout en composant avec les complots et autres luttes de pouvoir nourrissant le palais dont il ne sort guère, le petit garçon doit ainsi apprendre à rapidement grandir afin de mener l’Égypte vers la gloire et la prospérité.

Sûrement échaudée par la médiocre Cleopatra et l’horrible The Cleopatras, je ne partais pas du tout en terrain conquis, m’attendant à soupirer devant un probable ramassis de bêtises et maintes prises de liberté. Rien que le postulat de base tendrait à me hérisser les poils. Entre l’écorchement du nom de naissance du protagoniste qui, rappelons-le, est Toutânkhaton, ou les erreurs concernant la capitale d’Akhenaton et son véritable héritier, les passionnés d’Histoire ont déjà des raisons de s’irriter. Par un miracle totalement invraisemblable, j’ai réussi dès le début à me détacher de mes connaissances, ce qui m’a permis de regarder Tut comme s’il s’agissait d’une banale fiction s’inspirant très vaguement de l’Égypte antique. Autrement, je pense que la télécommande aurait fini encastrée dans ma télévision. Après ce paragraphe, ce billet se bornera à discuter des qualités intrinsèques de la mini-série, en occultant totalement sa supposée véracité factuelle et ethnique. Bien sûr, que l’intrigue gagne en simplicité se comprend aisément surtout que l’arbre généalogique égyptien laisse souvent perplexe et que le temps imparti est restreint. Dans l’ensemble, les très grosses lignes du parcours du pharaon conservant encore beaucoup de ses mystères sont esquissées. Dommage toutefois que ces trois parties préfèrent favoriser un aspect mélodramatique au lieu d’évoquer les bouleversements internes de cette période fort troublée. Akhenaton, le surnommé hérétique, a beau laisser à son enfant un riche territoire, celui-ci souffre d’un grand morcellement qu’il a lui-même induit avec sa volonté de profonds changements. Tout ce pan pourtant prépondérant et susceptible de façonner le tempérament de Toutânkhamon se limite à quelques répliques lancées à la sauvette dans le premier épisode. Le retour du culte d’Amon et des fêtes traditionnelles, le déplacement de la capitale à Thèbes, tout est oublié. Malgré une ambition affichée d’emblée, le fond se veut presque superficiel, à l’instar de la sphère politique se contentant de jeux de dupe dérisoires ou du registre culturel ouvertement absent. Tut choie plutôt une approche émotionnelle à souhait, quitte à verser dans une emphase sentimentaliste. Forcément, la reconstitution de l’époque n’est pas non plus dépourvue de défauts et le budget peu extensible ne vient qu’accentuer les écueils. En sus du manque flagrant de figurants, les décors peinent à créer une vraie ambiance bien qu’ils se montrent, finalement, assez honorables compte tenu du contexte. La photographie reste également soignée. Par facilité, cette production préfère opter pour des séquences en intérieur ou en pleine nature, au milieu de nulle part. À condition de ne pas être trop impitoyable, les costumes et autres bijoux demeurent jolis à admirer. Si le résultat global n’irrite donc pas la cornée, la platitude de la mise en scène dessert cette mini-série ne détenant aucun souffle alors que, dans les faits, elle devrait provoquer un grand enthousiasme. Même la musique peu inspirée de Jeff Russo (Fargo) ne véhicule pas des sentiments suffisamment puissants pour émouvoir le public. Et les scènes de sexe racoleuses affreusement filmées ne changent clairement pas la donne ! Des batailles dignes de ce nom auraient pu, par contre, injecter un minimum de rythme à des épisodes falots.

Avant de mourir, le père de Toutânkhamon, Akhenaton, lui impose de se marier avec Ânkhésenamon, l’une de ses filles qu’il a eues avec Néfertiti. Le frère, accompagné de sa sœur, commence dès lors son règne sur la Haute et Basse-Égypte. Son jeune âge et sa faible condition l’empêchent de gouverner comme il se doit, mais il peut compter sur le soutien intéressé de plusieurs conseillers, dont l’illustre Aÿ et le général Horemheb. La première partie de Tut dépeint sommairement l’accession sur le trône de son héros et de comment il réussit à s’affranchir de ses deux mentors désirant préserver une grande assise sur leur protégé. La production évacue immédiatement l’enfance et l’adolescence du pharaon pour se focaliser sur le début de sa vie d’adulte. S’il n’a pas été épargné par des malheurs, Toutânkhamon s’avère au départ plutôt candide. Enfermé dans la prison dorée que représente son palais, il n’a aucune véritable idée de ce qui se trame dehors. Il passe ses journées à étudier, se divertir et apprendre à manier l’épée avec le fils de l’empoisonneur de son propre père, Ka (Peter Gadiot), qu’il a sauvé d’une mort certaine dix ans auparavant. Blessé dans son orgueil et voulant prendre son envol, le jeune homme décide de se rebeller et de recouvrer le pouvoir administratif et militaire. Ses proches le laissent croire qu’il dirige, mais n’écoutent jamais ses suggestions et requêtes. La situation géopolitique pose problème depuis une décennie et les relations diplomatiques avec les royaumes environnants en pâtissent. Pour l’heure, tous les regards sont tournés vers le Mitanni, territoire symbolisant ici curieusement l’ennemi le plus frontal, alors qu’en réalité, les menaces viennent de l’intérieur. Tut tente effectivement d’instaurer un climat paranoïaque et une tension létale, car la majorité arbore un masque et ourdit des complots dans l’ombre. À l’écran, Toutânkhamon est régulièrement représenté tel un individu affable, généreux, intelligent et n’aspirant qu’au bien-être des autres. Malheureusement pour lui, son entourage ne pense qu’à ses propres intérêts. L’interprétation du superbe Avan Jogia (Twisted) se révèle honorable et permet au pharaon de se montrer assez sympathique malgré un portrait bien trop idéalisé. En effet, le protagoniste a clairement tout pour plaire et, probablement pour offrir une tonalité moderne à l’ensemble, le script le dote d’une grande tolérance et d’un goût pour l’égalité. Les caractérisations souffrent d’une dimension manichéenne irritante même si de rares personnages réussissent à tirer leur épingle du jeu. L’idée de la série semble être d’illustrer les tristes tragédies du pauvre gentil Toutânkhamon et de quelle manière il est tombé dans l’oubli, se rappelant au monde sous des montagnes de richesse des millénaires après sa mort.

Le fil conducteur de Tut est symbolisé par la lutte contre le Mitanni, un royaume gouverné par des arrogants souhaitant envahir et piller l’Égypte. Le général Horemheb (Nonso Anozie – Dracula) les méprise ouvertement et désire guerroyer. Jusqu’alors, il était en mesure de s’y adonner, mais le réveil du pharaon lui lie désormais les mains. N’ayant aucune envie d’être commandé par un garçonnet, il décide de comploter, avec l’aide de la quasi-intégralité du palais. Tut se contente de répéter à l’infini les manipulations, manigances et traîtrises. Les enjeux répondent aux abonnés absents. En dehors du charmant fidèle soldat Lagus (Iddo Goldberg – Salem), Toutânkhamon est bien le seul à ne jamais dévier du droit chemin. Quoi qu’il en soit, Horemheb fomente dans son coin et compte sur le soutien du grandiloquent prêtre Amun (Alexander Siddig – Star Trek: Deep Space Nine) et d’Aÿ ne supportant plus de devoir se cantonner au costume de sous-fifre, lui qui rêve de s’approcher du divin et d’offrir à son fils adoptif un bel héritage. Ben Kingsley campant le haut fonctionnaire effectue un travail correct au vu du matériel lui étant proposé, car les dialogues presque indigents ne lui permettent pas de déplacer des montagnes. Ce trio symbolise l’antagoniste le plus coriace du pharaon, mais du fait d’un approfondissement mis au placard, la menace paraît bien risible. Les personnages se contentent de parader, tels de véritables clichés. Cela étant, ils ne sont pas les plus mal lotis puisque la représentation de la femme se révèle encore plus caricaturale, voire limite misogyne. Toutânkhamon est mariée à sa demi-sœur, Ânkhésenamon, envers qui il ressent un amour purement platonique. Pour assurer sa descendance, il doit toutefois produire un héritier, mais le couple peine à la tâche pour diverses raisons. La reine, en plus d’une interprétation en roue libre de Sibylla Deen (Tyrant), cumule les tares. Jalouse, cupide et vindicative, elle ne cesse d’agir selon son propre agenda. L’irruption de Suhad (Kylie Bunbury) au sang en partie mitanni provoque l’ire de l’épouse du souverain et la pousse dans ses retranchements. Entre crêpages de chignon, fausses couches, incendie et coups de couteau, les rebondissements ne manquent pas à l’appel. Malheureusement, ces drames préfabriqués faussent l’ensemble s’apparentant à une succession de moments disparates où s’agitent dans tous les sens des personnages souvent peu compréhensibles. De toute manière, le script ne cherche pas à densifier ses héros ou à développer ses histoires secondaires, voire le contexte général.

Pour conclure, à travers Tut, la courte existence du pharaon Toutânkhamon aurait pu être joliment retranscrite à l’écran en mêlant une tonalité factuelle à une plus intime et fédératrice. Or, cette mini-série délivre un récit prévisible et ouvertement mélodramatique en se limitant à des intrigues de palais éculées perpétrées par des individus insipides et unidimensionnels. Que ceux souhaitant en savoir plus sur l’Égypte antique ou sur ce protagoniste changent de route puisque, outre les maintes prises de liberté, la superficialité excessive y rayonne. Le visionnage laisse un sentiment de gâchis tant cette production disposait sur le papier d’un incroyable potentiel. À la rigueur, qu’elle ne veuille pas favoriser son registre historique ou le simplifie reste encore tolérable, mais il importe alors de soigner l’écriture afin de se montrer crédible et divertissant. Sauf que ce n’est pas le cas en raison d’un scénario poussif, d’une atmosphère inexistante, de répliques ineptes et d’un manque total de rythme ou de bouleversement émotionnel. Ce mélange de diverses idées lancées abstraitement se regarde sans trop de peine et ne s’avère pas aussi infâme que ça, mais donne surtout l’impression de passer totalement à côté de son sujet initial.

Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso | 霊能力者 小田霧響子の嘘

Par , le 17 août 2016

Au vu de sa distribution principale, je pense savoir pour quelle raison j’ai récupéré Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso il y a de ça plusieurs années. Cette série dont le titre original à rallonge signifie approximativement les mensonges de la médium Odagiri Kyôko se constitue de neuf épisodes de quarante-cinq minutes qui furent diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2010. Elle s’inspire du seinen manga en sept volumes de Kaitani Shinobu, artiste bien plus connu pour Liar Game également déjà adapté sur le petit écran. À noter que cette version papier n’est actuellement pas disponible en France. Aucun spoiler.

Odagiri Kyôko est la grande vedette d’une émission de télévision où elle utilise en direct ses dons de médium. Sauf qu’en réalité, elle ne possède aucune compétence extrasensorielle ! Elle aimerait arrêter de tromper ses nombreux fans, mais sa productrice la menace et la fait culpabiliser de diverses manières. Qui plus est, pour des raisons qui lui sont propres, elle a grandement besoin d’argent. Après sa rencontre avec l’inspecteur Taniguchi Ichirô, elle accepte de l’aider à résoudre plusieurs affaires très mystérieuses.

Le postulat de départ ne laisse guère de doute à ce sujet : il s’agit d’une énième histoire répétant une formule déjà sérieusement éprouvée. Au moins, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso ne déçoit pas à ce niveau puisqu’elle se contente de répondre consciencieusement au cahier des charges de ces séries préformatées pullulant au Japon. C’est d’ailleurs en grande partie pour cela qu’elle sommeillait dans mes dossiers depuis si longtemps. Je craignais également de ne pas adhérer à l’humour que je jugeais d’emblée peu inventif, voire idiot. Sans aucune surprise, cette fiction ne sort donc pas une seule seconde des sentiers battus. Cela ne signifie pas qu’elle s’avère mauvaise, mais ceux souhaitant un récit au long cours, une réflexion pertinente ou un semblant d’originalité l’oublieront. Le visionnage reste tolérable à condition d’espacer un minimum les épisodes tant ils reposent constamment sur un mode de fonctionnement analogue. Un ou plusieurs individus sont confrontés à un phénomène inquiétant et contactent Kyôko dans l’espoir qu’elle leur vienne en aide ; de son côté, elle cherche surtout à quitter son programme télévisé, sa productrice insiste et elle enquête à sa manière avec le soutien d’un partenaire aux motivations plutôt ambiguës. Afin de ne pas être remarquée tant elle est devenue populaire, l’héroïne n’arbore pas son costume de travail et se fait passer pour une assistante un brin maladroite. L’investigation avance de façon totalement ubuesque, les rebondissements prévisibles s’y multiplient, le coupable de l’acte délictueux en question est découvert et Kyôko profite de son émission pour l’acculer au pied du mur, dévoilant discrètement les mensonges et faux-semblants de cette personne, tout en veillant à ne pas l’humilier, car nous sommes ici dans un monde bienveillant. Effectivement, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso appuie le sentimentalisme à l’extrême. Personne n’est jamais foncièrement méchant et le registre léger empêche de prendre au sérieux ce qui se déroule. La dimension supposément surnaturelle reste en arrière-plan, au contraire de la policière et des valeurs vertueuses. En bref, outre une réalisation classique et une musique honorable de Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango), tous les éléments habituels de ce type de production répondent à l’appel. Heureusement, le duo principal apporte un tant soit peu de fraîcheur.

Bien qu’elle en donne l’impression, Odagiri Kyôko ne dispose d’aucune capacité extraordinaire. Son émission n’est qu’une vaste farce, ce qui commence à la fatiguer. Elle aimerait vraiment ne pas tromper son public de la sorte. Pétillante, dynamique, amusante et altruiste, cette héroïne doit beaucoup de son charme à son interprète, Ishihara Satomi (H2), qui se révèle magnifique une fois le costume de médium enfilé. Sa caractérisation manque cruellement d’épaisseur et de cohérence, mais elle inspire une certaine sympathie. Encore une fois, il est dommage que la série se borne à une succession de séquences très mièvres au lieu d’approfondir ses protagonistes. Kyôko a un frère, à l’hôpital depuis une longue période, mais plutôt que d’illustrer leur lien et de jouer la carte de l’empathie, elle tourne tout en dérision. Quoi qu’il en soit, la fausse voyante râle, traîne les pieds, essaye d’échapper à sa productrice insipide et fatigante (Ôshima Yûko – Watashi ga Renai Dekinai Riyû), et utilise ses capacités de déduction et d’observation pour déjouer les plans du coupable du jour. À elle de jongler entre toutes les personnalités dont elle se dote, mais aussi avec les supposés esprits la possédant. L’inspecteur Taniguchi Ichirô ayant découvert la supercherie décide de l’aider pour des raisons au départ brumeuses, mais qui finissent par être rapidement dévoilées. D’ailleurs, cette espèce de mystère, avec l’agent S (Miura Rieko), se montre surtout ridicule, bien que cela ne tranche pas avec le registre absurde de l’ensemble. En effet, toutes ces affaires favorisent les inepties en tous genres, le but étant sûrement de divertir l’audience. Ichirô a la chance d’être campé par Tanihara Shôsuke à qui ce genre de rôle va comme un gant, ce qu’il a prouvé par le passé dans Mop Girl partageant plusieurs similitudes avec celle-ci. Ce détective drôle et piquant forme avec Kyôko une paire assez sympathique, à défaut de s’avérer mémorable. La fiction doit son salut à cette alchimie modérée tant le reste demeure plutôt moribond et se limite à de la morale à deux francs six plus ou moins mise en valeur par un défilé de visages familiers : Sakai Wakana, Nukumizu Yôichi, Kikawada Masaya, Takezai Terunosuke, Jinbo Satoshi, Nagae Hidekazu, Kômoto Masahiro, Yuge Tomohisa, Tsukaji Muga…

Au final, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso vient alourdir les cartons déjà bien remplis de ces travaux nippons fades et convenus. Son héroïne trichant sur ses capacités de médium n’est qu’un prétexte pour alimenter des histoires familiales où les truismes, les leçons de vie et les bons sentiments prédominent. Les épisodes au récit indépendant se suivent et réitèrent à l’infini une recette schématique multipliant les poncifs du genre. Tout s’y révèle superficiel, caricatural et prévisible. Heureusement pour elle, la série ne se donne pas de grands airs et sait pertinemment dans quelle cour elle joue. C’est pourquoi elle n’hésite pas à s’amuser de ses cocasseries et de son comique de répétition, quitte à devenir gentiment idiote. La complicité et le charme de son duo phare atténuent par ailleurs quelques-uns de ces nombreux écueils plutôt handicapants, rendant ainsi le visionnage tolérable à dose homéopathique. À moins d’être un passionné d’Ishihara Satomi ou de Tanihara Shôsuke, cette production sans saveurs ne nécessite pas un quelconque investissement.