Anata no Tonari ni Dareka Iru | あなたの隣に誰かいる

Par , le 16 août 2017

Avec Anata no Tonari ni Dareka Iru, poursuivons les fictions japonaises scénarisées par Sakamoto Yûji (Saikô no Rikon). Pour le coup, il n’adapte aucun travail préexistant et propose sa propre histoire. Cette œuvre, dont le titre peut être approximativement traduit par il y a quelqu’un à côté de vous, fut diffusée sur Fuji TV pendant dix épisodes entre octobre et décembre 2003 ; le premier d’entre eux dure une dizaine de minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Matsumoto déménagent dans un joli petit quartier résidentiel tout ce qu’il y a de plus banal. Alors que la routine commence à s’installer, de curieux évènements se produisent et induisent un sentiment progressif de malaise. Entre les voisins fort particuliers, une vieille femme s’érigeant en prophétesse pessimiste et l’irruption d’un homme dangereusement séduisant, rien n’est fait pour rasséréner cette petite famille bien sous tous rapports. Mais justement, ce masque affable ne dissimule-t-il pas de nombreux squelettes dans les placards ?

Assez rares sont les séries japonaises à aborder un registre à suspense et aux tonalités potentiellement surnaturelles. Et quand c’est le cas, elles n’ont pas pour cadre l’univers supposément doux et rassurant du cocon familial. Rien que par son ambiance, Anata no Tonari ni Dareka Iru sort du lot et vaut le détour. Elle ne ressemble pas à ce qui se fait d’ordinaire et si elle ne manque pas de défauts, elle parvient à garder la tête haute et à ne pas dévier de son chemin ambigu, pittoresque et presque inqualifiable. Ses premiers pas sont classiques avec l’arrivée des Matsumoto dans leur nouvelle maison, héritée du récemment décédé père du mari qu’il ne côtoyait plus vraiment depuis plusieurs années. Le domicile en lui-même n’est pas très accueillant et nécessite un bon coup de rafraîchissement, mais une fois l’opération effectuée, tout devrait bien se passer. Sauf que décidément, l’atmosphère n’est pas à la tranquillité. Les voisins à la coloration volontairement caricaturale dévisagent, s’invitent à n’importe quel moment de la journée, se montrent intrusifs et… bizarres. Quelque chose dans l’air ne paraît pas habituel aux yeux de la mère au foyer, Azusa. Elle ne réussit pas à mettre le doigt sur ce qui la travaille surtout que son époux lui répète que tout est normal, mais rien à faire, elle a un mauvais pressentiment. Est-ce qu’elle est saine d’esprit, d’ailleurs ? Peut-être qu’elle hallucine, non ? Or, le téléspectateur ressent aussi cet insidieux trouble progressant crescendo, amplifié par la musique avec ses bruitages dignes d’un film d’horreur, l’utilisation de filtres de couleurs et les effets brusques de caméra. Le montage et la structure narrative n’y vont justement pas avec le dos de la cuillère pour bien appuyer le côté énigmatique de cette production non dénuée d’un humour un peu excentrique, décalé. Les éléments insolites s’y multiplient et petit à petit, la paranoïa s’installe. La série en devient par moments presque surréaliste, comme si tout ce qui s’y déroulait sortait d’un conte fantastique, là où tous cachent de lourds secrets…

Parler d’Anata no Tonari ni Dareka Iru sans enlever tout ce qui fait sa surprise relève un peu de la gageure. C’est typiquement le genre de fiction méritant d’être lancée vierge de toute information. Mais puisque je suis ici, autant essayer d’aiguiser votre curiosité, tout en me montrant un minimum vague. De toute manière, une fois l’écran de fin arrivé, de nombreuses interrogations demeurent volontairement en suspens, laissées à la libre interprétation de l’audience. L’ensemble s’attelle à plusieurs registres, le familial en premier lieu, mais aussi le thriller, le surnaturel, le policier et même le sulfureux. La sexualité y occupe en effet une place assez prédominante, qu’elle concerne les hommes comme les femmes. Les personnages ont des envies, des fantasmes, mettent parfois tout en œuvre pour les combler et s’en mordent ensuite amèrement les doigts. En dehors du cadre plus global avec les Matsumoto, un fil rouge s’étend tout au long des épisodes et ne paraît pas vraiment connecté au reste. Il est effectivement question d’une vieille affaire criminelle datant d’il y a plus de trente ans, avec un duo d’enquêteurs atypiques incarnés par Satô Aiko (Itazura na Kiss) et feu Ikariya Chôsuke, chapeauté par un policier sous les traits de Kashiwabara Takashi (Hakusen Nagashi). Bien sûr, cette histoire ne sort pas de nulle part et finit par rejoindre l’intrigue principale, mais pendant longtemps, elle maximise cette impression d’un scénario partant un peu dans tous les sens. Car finalement, Anata no Tonari ni Dareka Iru ne divulgue pas d’emblée ses enjeux et se limite surtout à travailler son ambiance suspicieuse. Cette approche représente autant une de ses forces qu’une de ses faiblesses. En papillonnant de la sorte, elle plaît à ceux appréciant d’être baladés en n’y comprenant pas grand-chose, mais elle risque de perdre au passage plusieurs téléspectateurs qui souhaiteront plus de constance et de crédibilité. Son dernier tiers plonge en plein domaine ésotérique, avec en sus des développements improbables proches du ridicule comme le cheminement de Juri, la meilleure amie d’Azusa (Toda Naho – Lunch no Akko-chan). Mais si l’on accepte ce parti pris très clivant, ces écueils participent au charme incongru de cette série.

Azusa et Ôtarô sont mariés depuis six ans et ont une petite fille, Suzu (Yamada Natsumi), d’à-peu-près du même âge. Bien qu’ils ne forment pas un couple modèle et qu’ils traversent une période un peu plate, ils ont l’air de s’aimer. Pendant que la première s’occupe de la maisonnée, le second dirige son entreprise et cherche à recruter un nouvel employé. Natsukawa Yui (Kekkon Dekinai Otoko) et Yûsuke Santamaria (Binbô Danshi) campent avec solidité ces époux souriants de face et arborant un visage hypocrite de dos. Si le mari se révèle bien plus méprisable et pleutre, la femme n’est pas non plus dénuée de reproches. Entre adultère, mensonges et faiblesses, ils n’inspirent guère confiance, mais restent agréables à leurs manières. La malchance d’Ôtarô et les désirs inconscients d’Azusa les rendent surtout très humains, normaux. Le déménagement dans cette grande bâtisse n’est que le catalyseur de tout ce qui ne va pas avec eux. Et quand un autre voisin s’installe avec sa conjointe à côté, le vase déborde. Ce Sawamura Kazuma ressemble trait pour trait à quelqu’un qu’Azusa a fréquenté jadis. Sauf qu’il est censé gésir six pieds sous terre. Est-ce un sosie ? La similarité est tellement déconcertante… Dès sa rencontre, l’héroïne se remémore de vieux souvenirs enfouis, panique et retourne consulter un psychothérapeute qui connaît bien la famille, pour verbaliser ses peurs. Mais même là, elle tait ce qui la ronge. Seule Juri, sa fidèle confidente, est au courant de la situation, de ce passé cryptique occupant la majeure partie du scénario. Kitamura Kazuki (Neko Zamurai) apporte à cet homme tout ce qu’il faut pour le rendre ambivalent, magnétique et diaboliquement dangereux. Peu à peu, il s’installe dans la vie des Matsumoto et avec ses yeux bleus d’une froideur glaciale, il semble omnipotent et omniprésent. Son épouse interprétée par la sympathique Shiraishi Miho (Densha Otoko) finit par prendre du galon et se révéler d’une force de caractère insoupçonnable. Outre quelques figures récurrentes s’ajoute aussi à cette galerie l’envahissante belle-mère d’Azusa (Kaji Meiko), apparemment à la recherche d’une sorte de trésor et devant laquelle Ôtarô s’efface et accepte les remarques acerbes à l’encontre de sa femme. Décidément, personne ne joue franc jeu dans ce microcosme.

Pour conclure, avec son ambiance paranoïaque et parfois sensuelle, ce thriller inquiétant sur fond de duperies familiales ménage habilement le suspense et donne envie d’enchaîner les épisodes. Malgré toute sa bonne volonté et un potentiel évident, Anata no Tonari ni Dareka Iru s’étiole un peu en fin de parcours à force de trop vouloir en faire. Son mélange des genres avec les voisins proches de la parodie, les éléments fantastico-mystiques et les éventuelles fausses impressions d’une héroïne sur la brèche manque par moments de fluidité et de cohérence. La fin plonge d’ailleurs dans des développements improbables susceptibles de perdre une partie de l’audience. Il n’empêche que cette série ressemblant à un insolite puzzle aux divers mystères propose un divertissement original et souvent enthousiasmant pour qui a un faible pour ce style à mi-chemin entre le cocasse haletant et les bizarreries surréalistes.

Supernatural (saison 11)

Par , le 9 août 2017

Dites donc, cela fait un petit peu trop longtemps que nous n’avons pas discuté de Supernatural sur ces pages. Rattrapons cette erreur avec sa onzième saison, constituée de vingt-trois épisodes diffusés sur The CW entre octobre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Tristement, en soufflant sa dixième bougie, la série vivait aussi l’une de ses plus mauvaises périodes. Certes, la conclusion se montrait intrigante avec l’irruption d’un grand ennemi ténébreux, mais l’ensemble criait la paresse et l’ennui. Malgré mes doutes et une impression de finir par voir toujours un peu la même recette, j’ai lancé cette nouvelle salve d’aventures plutôt confiante, sûrement parce que je garde pour cet univers un incroyable attachement. Et une fois de plus, Supernatural prouve que ses réserves ne sont pas taries, que son âge presque canonique pour la télévision actuelle ne freine pas toutes ses ambitions, qu’elle peut à nouveau surprendre, divertir. Effectivement, la production réussit cette année à atténuer certains de ses défauts pourtant prépondérants et à rompre assez régulièrement une mécanique bien huilée, mais ronronnante. Ne le nions pas, cette saison souffre de longueurs, de tergiversations rébarbatives et perd de sa force en cours de route, sauf qu’elle laisse de bons souvenirs et la sensation que les frères Winchester ont encore des choses à vivre. Déjà, ils arrêtent de se cacher ce qui les ronge et communiquent enfin. La sérénité de leur relation apporte une certaine maturité et leur permet de cheminer, de ne pas retomber inlassablement dans leurs terribles travers. La série limite les non-dits, résout rapidement des problèmes qui jusque-là se seraient éternisés et, en dehors de quelques exceptions, utilise ses monstres de la semaine pour asseoir son intrigue générale. Sa narration gagne ainsi en force et en fluidité, ce qui atténue sensiblement le classicisme de ses récits. L’ambiance nostalgique et intimiste, à l’instar du très beau 4×04, Baby, à bord de l’Impala, ou du 11×16, Safe House, avec Bobby et Rufus, démontre une envie des scénaristes de rendre hommage à la fidélité des téléspectateurs et cela fait toujours drôlement plaisir. Car si l’on regarde Supernatural onze ans après son irruption à l’antenne, c’est justement parce que l’on affectionne son petit monde perpétuellement sur la brèche. D’ailleurs, un surpuissant antagoniste vient de surgir sur le devant de la scène.

En se débarrassant enfin de la marque de Caïn ayant failli annihiler son humanité, Dean a aussi libéré les Ténèbres, une entité enfermée par Dieu avant même la création de l’Univers. Les conséquences sont immédiates, avec une population humaine agissant tels des monstres sanguinaires au contact d’un mystérieux brouillard, mais également avec des démons craignant pour leur futur et des anges commençant à fomenter des plans d’anéantissement. L’inquiétude transpire à tous niveaux, surtout que les seuls individus ayant été capables d’emprisonner à l’époque cet ennemi ont disparu ou ne sont pas joignables. Dean est le premier à rencontrer ces Ténèbres qui, en dépit de leur nom, cachent seulement Amara, une femme semblant humaine, bienfaisante et calme. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Quel lien entretient-elle avec l’aîné des Winchester ? L’intégralité de la saison s’attarde sur cette menace, sur cette guerre contre Amara, parce qu’il s’avère évident qu’elle doit être mise hors course. Incontrôlable, vindicative et impatiente, elle surprend par sa nature insaisissable et son caractère instable. Ses pouvoirs s’approchant du divin empêchent quiconque d’en venir à bout et conduisent les personnages à douter de l’issue. Et Dean ne peut contenir une attirance ambivalente… Supernatural joue beaucoup sur l’éventualité de décès immuables. Avec la disparition de Death, certaines choses ont bougé du côté des faucheurs et l’une d’entre eux, Billie (Lisa Berry), souhaite en finir une bonne fois pour toutes avec ces satanés frères Winchester. La durée de vie de la série brise toutefois une partie non négligeable de cette atmosphère létale. Amara (Emily Swallow) représente ainsi le fil rouge de ces épisodes inédits. Si au départ elle reste tapie dans l’ombre, son emprise grandit vite et induit un sentiment d’urgence absolue. N’est-ce pas l’occasion d’allier les forces de tous ? Après tout, les ennemis de nos ennemis ne sont-ils pas nos amis ?

Si l’arc sur les Ténèbres occupe la quasi-totalité de la saison, cela n’empêche nullement les récits indépendants d’exister, avec les luttes traditionnelles contre les créatures malfaisantes tout aussi habituelles. Vampires, fantômes, loups-garous, etc., bref, la routine suit son cours. Bien sûr, ils servent à délayer l’histoire, à jouer l’attente, mais pour cette fois, ces moments d’apparent banal remplissage sont mis en relief par Sam et Dean qui, de leur aveu, expliquent devoir se changer les esprits alors qu’ils stagnent dans la bataille contre Amara. Et de temps à autre, comme dans le sympathique 11×08 sur les amis imaginaires, Just my Imagination, une connexion insoupçonnée s’établit avec la mythologie en tant que telle. En vérité, les frères épluchent leurs livres, grimoires et autres manuscrits cachés sans jamais parvenir à trouver un maigre élément susceptible de leur délivrer un semblant de solution. En existe-t-il une ? Pour ne pas devenir fous et parce que des innocents se transforment en victimes, ils entrecoupent leurs recherches avec ces affaires. C’est parfois en plus l’occasion d’injecter un peu d’humour, un zeste horrifique décalé, de ramener à l’écran les rares figures récurrentes encore en vie, et d’amuser comme Supernatural sait si bien le faire. Le 11×07, Plush, avec un lapin tueur, le résume parfaitement et rappelle le ton des débuts de la production. La saison ne s’éparpille pas trop et fait monter correctement la pression en élargissant les enjeux. Amara n’est pas une banale ennemie. Non, elle possède des liens inimaginables avec un être tout aussi surprenant ; quelqu’un dont on entend parler depuis tellement longtemps et qui finit enfin par apparaître, même si l’on se doutait déjà de sa présence. Anges, démons, sorcières, tous œuvrent de concert, mais ils n’oublient jamais de suivre leur propre agenda si le cœur leur en dit.

Dean se sent coupable d’avoir libéré les Ténèbres et s’interroge sur sa place, sur sa légitimité. Sam, lui, refuse de plus en plus de continuer le cercle infernal dans lequel ils se trouvent. Au lieu de tuer et de réfléchir après, il choisit l’inverse, de retourner aux sources de leur travail : sauver tout le monde. Secourir son frère en risquant d’anéantir le reste de la planète n’est pas tolérable. Le plus jeune des deux mûrit et tempère de son mieux les ardeurs de martyr de son aîné. Les voir plus posés et soudés, moins dans le conflit, plaît. Crowley reprend aussi de ses couleurs en redevenant un vrai roi de l’Enfer. Cruel et perfide, il ne fait plus de cadeau à qui que ce soit, et encore moins à sa mère, la grandiloquente Rowena, qui vient d’essayer de l’assassiner de sang-froid. Cette dernière a toujours plus d’un tour dans son sac et finit presque par tirer son épingle du jeu, bien qu’elle continue simultanément d’agacer pour son maniérisme affecté. Castiel reste peut-être une fois de plus l’éternel perdant de la saison, mais la série joue la carte de l’autodérision en se moquant du statut de l’ange malmené et en délivrant un petit retournement de situation séduisant. C’est d’ailleurs l’occasion de revoir un visage très familier ayant à juste titre marqué son époque et le pauvre Sam. Les frontières entre les camps se floutent, avec de toute manière une galerie s’étant réduite au fil du temps, la faute à maints décès dans le passé. Cela sans occulter la morgue de Metatron, la quête d’artefacts touchés de la main de Dieu, une imagerie religieuse délicieusement raillée, un voyage dans la France du début des années 1940, la naissance d’un nouveau prophète, une chouette bande-son, des références à culture populaire à foison, etc.

En conclusion, après une mauvaise période, Supernatural propose avec sa onzième saison un léger rafraîchissement. Bien que celle-ci ne soit nullement dénuée de défauts et qu’elle finisse par s’étioler en bout de route, elle tient correctement la barre et réserve de jolis moments parfois teintés d’une nostalgie appréciable. Elle démarre ainsi tambour battant et installe d’emblée ses objectifs qu’elle ne néglige jamais. Malgré un parcours pourtant rudement compliqué, les Winchester n’ont encore jamais été confrontés à une menace d’une telle envergure et bataillent ferme pour ne pas perdre pied. Les Ténèbres sont là, charismatiques et bien décidées à déchaîner un souffle mortel sur l’intégralité de la planète, à fomenter l’Apocalypse. Au fond, rien ne change vraiment dans ces épisodes à la mécanique classique, si ce n’est que les protagonistes oublient enfin leur routine relationnelle alimentée par la rancœur et les tentatives de culpabilisation réciproque. Avec une dynamique maîtresse plus saine, une construction davantage feuilletonnante et des ingrédients ayant fait leurs preuves, le divertissement se révèle alors payant, à défaut d’estomaquer. Ce qui n’est déjà pas si mal, non ?

Remote | リモート

Par , le 2 août 2017

À ses débuts, le scénariste Sakamoto Yûji s’est attelé à un certain nombre d’adaptations d’œuvres déjà connues comme Tôkyô Love Story, mais aussi, onze ans plus tard, à Remote. Il s’agit effectivement à la base d’un seinen manga en dix tomes d’Agi Tadashi et de Koshiba Tetsuya, publié entre 2002 et 2004 au Japon. La déclinaison télévisée se constitue de dix épisodes diffusés sur NTV entre octobre et décembre 2002 ; le premier dure un quart d’heure de plus que les quarante-cinq minutes habituelles. Agi Tadashi est un nom de plume derrière lequel se cachent une sœur et un frère, Kibayashi Yukô et Shin. L’aîné des deux s’est partagé le travail avec Sakamoto Yûji pour cette transposition à l’écran et en sachant cela, la logique voudrait que celle-ci demeure fidèle à l’esprit princeps. À noter que ces auteurs sont aussi, ensemble ou séparément, à l’origine du médiocre Bloody Monday et de Kami no Shizuku (Les Gouttes de Dieu). Aucun spoiler.

Voilà, le petit ami d’Ayaki Kurumi vient de lui demander sa main donc il ne lui reste plus qu’à donner sa démission et elle pourra enfin s’occuper de son futur mari. C’est qu’elle rêve de ça depuis tellement, tellement longtemps ! Sauf que ses supérieurs décident subitement de la promouvoir à la section des affaires criminelles. Elle doit ainsi faire équipe avec Himuro Kôzaburô, un inspecteur brillant si ce n’est qu’il refuse catégoriquement de sortir d’une sombre pièce qu’il a aménagée chez lui. La jeune femme se lance alors dans des enquêtes tarabiscotées en suivant les directives de cet individu imperméable passant toutes ses journées les yeux rivés sur un écran d’ordinateur.

Difficile de le nier, si Sakamoto Yûji ne s’était pas chargé du scénario de Remote, je ne lui aurais jamais offert sa chance. Malheureusement, cette série n’a fait que confirmer mes doutes, voire s’est révélée franchement irritante par moments. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer, je ne suis pas une grande amatrice de fictions policières. Je n’accroche guère au genre, sans pour autant être incapable d’y adhérer lorsque les qualités existent. Or, ici, les défauts supplantent largement le reste et transforment le visionnage en une expérience peu mémorable. Sans surprise, la forme n’a rien d’exceptionnel et se contente du strict minimum, avec une réalisation classique, une photographie guère satisfaisante et une musique de Nakanishi Toshihiro très convenue. Son âge maintenant avancé ne joue pas non plus en sa faveur, c’est certain. Remote emprunte au long cours un schéma redondant montrant tout aussi vite ses limites puisque les récits se bornent à un ou deux épisodes et suivent perpétuellement une mécanique similaire. Ceux tolérant cette approche récurrente n’en tiendront peut-être pas rigueur, mais les autres auront rapidement la sensation de tourner en rond d’autant que l’ambiance rate totalement le coche. La série ne paraît pas vraiment savoir quel ton choisir en alternant autant entre l’humour ridicule et le côté sordide de certaines affaires. En donnant presque l’impression de s’autoparodier, elle ne convainc jamais et provoque plutôt des soupirs de consternation. Les enquêtes ont beau être dramatiques, des personnes étant par exemple assassinées, l’incompétente police agit de manière loufoque et improbable, l’héroïne gesticule en minaudant et les blagues poussives se répètent à l’infini. Parce qu’évidemment, la section de police, campée notamment par Ibu Masatô (Warui Yatsura) et Ôkura Kôji (Shiawase ni Narô yo), ne comporte que des bras cassés. Seul le protagoniste phare garde un masque impassible en bon individu mystérieux au passé torturé qu’il est.

Remote est avant tout l’association atypique entre Kurumi et Kôzaburô. Ils n’auraient jamais dû travailler ensemble, mais suite à certaines circonstances, la jeune femme se retrouve à suivre les directives de l’inspecteur agoraphobe. En fait, ses supérieurs n’en peuvent plus de cet homme arrogant imposant ses quatre volontés et faisant fuir tout le monde. Comme il excelle et résout des affaires insolubles, impossible de le renvoyer ! La série essaye de favoriser la carte cryptique avec ce personnage supposément insondable. Il est souvent cassant et méchant, mais c’est parce qu’il souffre. Il faut par conséquent excuser son comportement méprisable et sa tendance à utiliser n’importe qui tel un larbin. Kôzaburô ne sort donc plus de sa cave et n’a de contact qu’avec l’affable Bob (Konishiki) dont le poids à trois chiffres apporte maintes répliques versant honteusement dans la grossophobie. Une femme ambiguë finit ensuite par apparaître et tente encore de prolonger une atmosphère décidément voulue comme énigmatique. Outre les clichés caractérisant ce protagoniste, il a surtout pour tare de se montrer extrêmement fade. Il ne suffit pas de seriner qu’il est ténébreux et torturé pour que ce soit le cas. Non, il est seulement insipide et le jeu monolithique du Johnny’s Dômoto Kôichi (Bokura no Yûki) n’arrange pas du tout la situation. Dans chaque épisode, il lance des ordres à son acolyte puisque pendant qu’elle court dans Tôkyô, il pianote devant son ordinateur, émet des théories fumeuses et use de son intelligence vraisemblablement incroyable. Les affaires sont résolues d’une telle façon qu’elles laissent pantois, avec des rebondissements parachutés et un coupable évident. Rien n’est fait pour densifier quoi que ce soit, le cheminement du froid Kôzaburô se voulant surtout sans queue ni quête. Et Kurumi, elle, obéit au doigt et à l’œil de son nouveau patron qui ne la laisse pas totalement indifférente…

En dehors de ses intrigues ampoulées dissimulant vainement leur pauvreté scénaristique, Remote table sur les attraits physiques de son équipière phare et de son interprète, Fukada Kyôko (Mirai Kôshi Meguru), parfaite dans le rôle de cette écervelée immature, intrusive et envahissante. Jusqu’alors, la policière aux mimiques constantes se limite à donner des contraventions tout en arborant un uniforme et cancanant avec ses collègues. Cette vie l’ennuie assez, mais peu importe, elle n’attend que de rencontrer le prince charmant et de pouponner. La série rappelle de plein fouet la différence de traitement entre les hommes et les femmes au Japon, car Kurumi est supposée quitter son emploi dès son mariage. Son futur époux, le simplet Ueshima Shingo (Tamaki Hiroshi – Nodame Cantabile), compte bien là-dessus. De toute manière, l’héroïne n’imagine aussi que ce chemin. Ce sexisme transpire du début à la fin de la fiction, mais ne gêne absolument pas Kurumi ou qui que ce soit d’autre. Dans chaque épisode, Shingo râle parce qu’il souhaite qu’elle laisse tomber fissa Kôzaburô et par malchance, à chaque fois qu’il s’apprête à passer aux choses sérieuses, sexuellement parlant du moins, elle reçoit un coup de fil de ce satané détective qui la télécommande à distance. Le conjoint en devenir vit donc toute la production frustré, mais fou amoureux de sa belle qui, elle, ne donne pas du tout l’impression de ressentir grand-chose pour lui. Cela ne l’empêche pas de continuer de préparer son mariage tout en se pâmant sur les qualités de l’inspecteur hikikomori. Dans le drama, quasiment tous les acteurs sont en totale roue libre et accentuent le caractère affligeant de cette mascarade sentimentale où rien n’est développé. Avec cette ribambelle d’histoires indépendantes sauvagement écrites, c’est toutefois l’occasion d’y retrouver plusieurs visages familiers comme Eita, Sakai Miki, Aoi Yû, Kimura Yoshino et Waki Tomohiro.

Pour conclure, Remote s’annonce à l’origine comme une succession d’enquêtes policières alliant le cerveau d’un stupéfiant détective aux jambes graciles d’une jeune recrue énergique. Qu’elle veuille conjuguer les péripéties rocambolesques, les traits d’humour et les affaires intrigantes n’est en aucun cas dérangeant, mais pour cela, il importe de s’en donner les moyens et de ne pas se montrer aussi changeante. En versant autant dans la caricature et la facilité, cette série survoltée se prend les pieds dans le tapis et ne fait ni rire ni se remuer les méninges, car les récits ne s’avèrent jamais bien ficelés ou menés. Même le supposé charisme de ses héros tombe à l’eau tant ils ne possèdent aucune alchimie et se résument à des stéréotypes falots, voire horripilants. À moins d’être un grand amateur d’un acteur, cette production confondante de ridicule de la première à la dernière image ne mérite clairement pas un quelconque visionnage.