Supernatural (saison 12)

La vie est décidément injuste pour les Winchester parce que même après avoir écarté un être aux pouvoirs divins, ils doivent continuer d’œuvrer pour sauver la planète. Et comme Supernatural ne semble toujours pas vouloir s’arrêter, ils risquent de pourchasser les démons et autres créatures encore un petit moment. La douzième saison comporte vingt-trois épisodes diffusés sur The CW entre octobre 2016 et mai 2017. Aucun spoiler.

En dépit de son âge presque canonique pour la télévision, la série avait réussi l’an passé à nous confirmer qu’elle détenait de solides atouts dans sa manche, qu’elle était capable de sortir légèrement de sa routine un peu trop visible, de choyer son capital sympathie et d’oublier au moins provisoirement ses défauts les plus handicapants. Autrement dit, elle se montrait plaisante, surtout après une dixième année guère concluante. Hélas, la nouvelle ne parvient pas à maintenir le cap de bout en bout et laisse la majeure partie du temps perplexe. Le visionnage n’en devient heureusement jamais désagréable puisque les personnages se révèlent toujours aussi attachants à leurs manières. L’écriture continue de jouer la carte de la nostalgie avec maintes références et divers flashbacks remontant parfois aux tous débuts de la fiction, ce qui prouve justement la maîtrise en la matière des nouveaux showrunners que sont Andrew Dabb et Robert Singer. Mais avouons que tout traîne, manque d’envergure et délivre une impression de brouillard constant, comme si les scénaristes ne savaient pas où ils se dirigeaient. Arrivé en bout de course, le lien général saute enfin aux yeux sauf que pendant trop de semaines, les enjeux restent anecdotiques, avec des aventures indépendantes s’apparentant à du pur remplissage et des intrigues plus globales peu enthousiasmantes. Blâmons un traitement approximatif et quelques incohérences finissant par handicaper. Qui plus est, Supernatural oublie pour l’occasion de proposer des interludes plus drolatiques et décalés comme elle en avait pourtant l’habitude ; si l’humour n’est évidemment pas occulté, ces épisodes spéciaux font cruellement défaut – non, Hitler ne suffit pas. La série nous avait quittés précédemment par la découverte de la branche britannique des Hommes de Lettres, branche à première vue peu commode étant donné que l’une de ses membres, Lady Toni Bevell (Elizabeth Blackmore – The Vampire Diaries), ne trouvait pas mieux que de tirer sur Sam à bout portant. Cette saison inédite commence immédiatement après ce coup de feu et donne le ton d’emblée, car ces Européens sont prêts à tout pour obtenir ce qu’ils désirent. Mais justement, que veulent-ils ? Et puis, diable, ne sont-ils pas du même côté que celui des chasseurs ?!

Souhaiter approfondir cette fameuse société secrète d’érudits n’est en soi pas une tare, bien au contraire. Or, la production le fait avec ses gros sabots, se limite à une peinture manichéenne et ne profite presque pas de ce qu’elle a à portée de main. L’Angleterre respire depuis plusieurs années grâce au scrupuleux travail de ces personnes. Et pour cause, elles se sont débarrassées de tous les monstres de la nuit, qu’il s’agisse des vampires, des loups-garous ou moult dangers surnaturels. Cela étant, cette purge ne s’est pas effectuée sans accroc et repose sur une politique inflexible, quasiment dictatoriale et fanatique. Et voilà que les Hommes de Lettres ont maintenant décidé de s’attaquer aux États-Unis qu’ils estiment être peuplés de chasseurs incapables, grossiers, arborant des chemises en flanelle et buvant de la bière. Bref, la confrontation des deux cultures se fait dans la douleur et provoque de graves remous. Mais sachant qu’elles ont normalement des objectifs communs, la logique voudrait qu’elles s’associent et cheminent de concert. L’audience réalise rapidement que toute cette intrigue sent le soufre, surtout quand l’un des personnages les plus intéressants et montrant une autre manière de penser est brutalement écarté. Le récit progresse par à-coups, avec des figures comme Ketch (David Haydn-Jones) se limitant à l’archétype de la machine sans cœur, des grands et mystérieux pontes lovés dans leur tour d’ivoire. Y inclure une dominante technologique sortant tout droit de Mission: Impossible détonne et rappelle une fois de plus que cette saison inédite oublie trop régulièrement la subtilité d’antan, qu’il est l’heure de retourner à des fondamentaux. Et ce constat s’avère d’autant plus ironique que dans le fond, la série n’efface jamais ses origines, tente de développer le monde des chasseurs en apportant à ses protagonistes de nouveaux comparses et en ramenant les quelques rares survivants comme Jody et Eileen. Les ingrédients sont donc bel et bien présents, mais l’agencement des histoires entre elles et l’omission d’une ambiance létale, d’une franche tension, nuisent à l’appréciation. D’ailleurs, garder Lucifer sous le coude n’est pas non plus l’idée la plus lumineuse.

Comme à son habitude, le Diable berne la Terre entière et ne tient pas en place. Avoir fait la paix avec son père, Dieu, ne l’a pas du tout assagi et il reprend vite du poil de la bête. Encore plus en roue libre, incontrôlable et agaçant par ses mimiques, il est au départ gêné par son absence d’hôte. C’est pourquoi il saute d’humain en humain, Crowley et Castiel le pourchassant. Le démon et l’ange n’ont évidemment pas les mêmes motivations. Tandis que le premier rêve d’humilier Lucifer, le second se sent coupable de tout ce qui s’est passé et espère enfin aider les Winchester, ne plus se comparer à un boulet. Tristement, Supernatural n’arrive toujours pas à exploiter Castiel et cela désole, car le personnage est agréable, surtout quand il interagit avec ses grands amis, sa famille. En voulant protéger coûte que coûte ses proches, il commet de multiples erreurs et favorise l’ascension du Diable. La saison se perd un peu avec le costume du vieux rockeur ringard (Rick Springfield) et prend davantage d’envergure avec l’irruption plutôt inattendue, mais pertinente, d’un élément biblique qui, étonnamment, n’avait pas encore été évoqué dans la série. Néanmoins, cette intrigue sera développée l’année prochaine, celle-ci se bornant à amorcer le terrain, avec une fois de plus un succès relatif. Qu’il s’agisse de Kelly (Courtney Ford – Dexter), de la course contre la montre qui s’annonce et des alliances intéressées entre les différents clans, tout y reste superficiel et peu mémorable même si, contre toute attente, Rowena tire son épingle du jeu grâce à une utilisation inhabituelle. Les aventures défilent et s’oublient rapidement la télévision éteinte. Crowley n’est pas beaucoup mieux loti que son comparse angélique et ce qui se produit en toute fin se veut étonnant, bien que cohérent avec sa nature de revanchard imbu de sa propre personne. L’ultime épisode rate le coche en plus d’exagérer avec l’arrivée sur le devant de la scène d’une faille, d’un moyen narratif poussif pour probablement plaire aux fans et faciliter grossièrement la tâche des scénaristes. Quoi qu’il en soit, les Winchester sont sur tous les fronts entre les luttes intestines dans leur supposé groupe et la menace que représente Lucifer avec ses préoccupations héréditaires. L’irruption invraisemblable de leur mère, décédée depuis vingt ans, promet également de sacrées étincelles.

Oser faire revenir Mary Winchester des morts ne ressemble-t-il pas à un procédé surgi de nulle part ? À une très mauvaise idée ? Sur le papier, si. À l’écran, pas vraiment. Pour elle, Sam et Dean ne sont que des enfants qu’elle apprécie encore choyer, border dans leur lit. En sortant de sa tombe, elle retrouve l’aîné bien plus âgé, abîmé par la vie, rongé par plusieurs tourments qu’il cherche à camoufler derrière ses blagues pas toujours très fines. La saison a beau se perdre en circonvolutions, elle a au moins le mérite de traiter ce retour comme il se doit. Certes, Mary n’est pas facile à cerner, mais cela paraît logique au vu de tout ce qu’elle a déjà vécu, de ce qu’elle doit assimiler, du choc psychologique que cette résurrection provoque. Elle a été arrachée du Paradis avec une rare brutalité et elle est obligée de faire le deuil de son mari, de ses fils devenus grands, de tout ce qu’elle a raté. Le père est en partie présent grâce aux amusants petits clins d’œil à Jeffrey Dean Morgan et à son rôle dans The Walking Dead. Supernatural n’a jamais été très douée pour écrire ses personnages féminins et là, pour le coup, elle s’y adonne assez adroitement, ne serait-ce qu’en ne limitant pas Mary au statut de mère. Elle bataille ferme pour reprendre les rênes de son existence, jouir de sa vie de femme dans tous les sens du terme. Cette chasseuse sait se débrouiller seule et elle n’attend rien de personne, pas même de Sam et Dean. Il est par ailleurs agréable de voir les réactions des deux, de constater la résurgence de vieilles blessures, notamment avec Dean, tellement fragile derrière cette carapace. Les épisodes continuent aussi d’approfondir la relation des frères et prouvent que le stade des chamailleries répétitives de jadis n’est plus que du passé, au profit du respect mutuel et d’une certaine fierté réciproque. Les Winchester sont clairement arrivés à un apaisement, bien que cela n’empêche évidemment pas les disputes. Les déboires avec les satanés Britanniques où la fin justifie les moyens symbolisent en plus à merveille le cheminement de mentalité des héros, surtout chez Dean. Ses actes et ses propos ne font nul doute parce qu’il l’explique sans demi-mesure : chasser ne se résume pas à tuer, mais se rapporte en réalité à faire ce qui est juste. Cette évolution enthousiasmante témoigne de tout le travail effectué en amont par la production.

Pour conclure, cette douzième saison de Supernatural ne réitère pas le succès de la précédente et se montre irrégulière. Si les personnages et la mythologie de cet univers n’ayant plus beaucoup de surprises pour le téléspectateur chevronné continuent de séduire, l’écriture précise à retardement ses objectifs avec les Hommes de Lettres ; et à travers Lucifer, elle ne délivre pas une montée en puissance nécessaire pour une fiction de cette trempe. Les menaces demeurent ainsi trop longtemps superficielles et abstraites pour convaincre, et quand la roue commence enfin à tourner, le rythme s’emballe de manière déraisonnée, avec des développements brusques empêchant d’installer une solide atmosphère émotionnelle. Bref, certes la déception n’est pas vraiment de la partie malgré des figures parfois trop mises sur le banc de touche et une absence d’aventures désopilantes faisant la marque de fabrique de la série, mais quand bien même celle-ci souffle ici sa douzième bougie, elle est encore en mesure de se dépasser, alors qu’elle s’en donne correctement les moyens ! Non mais.

Par |2017-11-24T18:32:11+01:00novembre 29th, 2017|Séries étasuniennes, Supernatural|0 commentaire

Woman | ウーマン

Parce que chassez le naturel et il revient au galop, le scénariste Sakamoto Yûji ne pouvait se contenter de Mother et de Soredemo, Ikite Yuku. Non il lui fallait poursuivre son long périple émotionnellement intense et pour cela, il a choisi Woman. Cette série comporte onze épisodes diffusés sur NTV entre juillet et septembre 2013, soit quelques mois seulement après la rafraîchissante Saikô no Rikon ; le premier et le dernier disposent de quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Depuis la brutale mort accidentelle de son mari, Shin, Aoyagi Koharu élève seule ses deux enfants. Elle cumule les emplois à temps partiel et aux horaires compliqués, ne bénéficie pas d’une quelconque aide sociale et est d’autant plus qu’isolée qu’elle n’a aucun contact avec sa mère et que son père est décédé des années auparavant. Malgré la dureté de ce contexte, elle s’accroche de son mieux, mais elle est humaine et, elle aussi, elle a ses propres limites qu’elle risque de dépasser un jour ou l’autre. C’est pourquoi, même si cela lui coûte, pour le salut des siens, elle est prête à ravaler sa fierté, sa colère et tout ce qui lui sera nécessaire.

La lecture du synopsis a probablement de quoi inquiéter les réfractaires au misérabilisme et au pathos gratuit. Sauf que l’écriture de cette série n’a pas été confiée à n’importe qui, mais à Sakamoto Yûji, un habitué du genre capable de justesse, de retenue et d’une grande sensibilité. Jamais Woman ne sombre dans le racolage ou le mélodrame poussif. Bien qu’elle illustre maintes adversités, qu’elle place son héroïne et ses proches dans des situations compliquées, elle n’y ajoute pas de terribles coups du sort, comme si le destin s’acharnait sur tous avec une certaine perversité. Au contraire, le récit favorise le quotidien trivial de cette mère célibataire vaillante. Les épisodes se limitent souvent à des tranches de vie magnifiques dans leur banalité et leur simplicité. L’idée n’est pas de hisser Koharu sur un piédestal telle une martyre, mais de dessiner ses journées avec authenticité et naturel. Elle s’échine au travail, s’occupe de ses enfants, essaye de passer un peu de temps de loisir avec eux, gère l’intendance de son petit logement, souffre dans les transports bondés et subit perpétuellement le regard méprisant des autres. Car derrière ces instantanés au demeurant presque anecdotiques, Woman en profite pour injecter une critique sociale, dont celui du statut de la mère célibataire au Japon. Une fois de plus, et comme le titre de la fiction l’annonce d’emblée, le scénariste met à l’honneur les femmes, mais plus particulièrement celles se voyant isolées comme Koharu. Malgré son courage et son abnégation, l’héroïne se retrouve dans une situation sociofinancière assez désespérée. Elle ne parvient plus à tout mener de front et c’est pour cela qu’elle part demander l’aide de l’État, qui la lui refuse. La série pointe du doigt les travers du système et la grande détresse de ces mamans d’autant que tous se permettent de les juger, de les conseiller, de leur expliquer à quel point elles s’y prennent mal, de les exclure. À travers les relations que la production dessine et les réactions moralisatrices et paternalistes de plusieurs figures tertiaires, elle aborde également la question de la maternité, de ce que cela implique et du fait que non, toute femme n’est pas vouée à être mère, que toutes ne le désirent pas dès leur prime jeunesse et que certaines ne sont pas faites pour l’être. Mine de rien, Woman apporte ainsi un vent de modernité salvateur, rafraîchissant et bienveillant, à l’image de son message alliant à la fois l’émotion brute et, en filigrane, une fine analyse sociofamiliale.

Alors qu’elle l’attendait à la maison, Shin (Oguri Shun) n’est jamais revenu, percuté par un train. Depuis, Koharu élève sa fille, Nozomi (l’excellente Suzuki Rio), et son fils, Riku (Takahashi Rai). Les années s’égrainent et sa situation se complexifie. Parce qu’elle n’a pas le choix, elle doit reprendre contact avec sa mère, Uesugi Sachi, qu’elle n’a pas vue depuis près de vingt ans. Elle n’a aucune envie de la rencontrer, pour des raisons compréhensibles. Celle-ci l’a abandonnée à l’époque et laissée à la charge de son père maintenant décédé. Mais Koharu le sait, si elle souhaite pouvoir rester debout, dynamique et offrir à ses enfants un cadre de vie décent, elle n’a que cette solution inconfortable. Le succès de Woman, outre sa capacité à dépeindre le quotidien de cette mère célibataire, repose aussi sur la confrontation entre Koharu et Sachi. La jeune femme paraît physiquement fragile, frêle, mais s’avère d’une grande force de caractère et de résilience. Mitsushima Hikari (Soredemo, Ikite Yuku) l’interprétant continue de démontrer son talent assez stupéfiant et subjugue par sa luminosité, sa posture et son naturel désarmant. La mise en scène apporte d’ailleurs beaucoup de profondeur à plusieurs moments émotionnellement intenses, entremêlant dureté, amertume, culpabilité et amour. L’histoire avance progressivement, à son rythme, crève des non-dits, et permet de comprendre ce qui s’est jadis passé et pourquoi les personnages sont arrivés au point où ils en sont. Encore une fois, les révélations ne sont ni fracassantes ni hors du commun, mais ordinaires, réalistes. La photographie jouant sur les teintes chatoyantes et feutrées amplifie la chaleur de l’été, période où prennent place les évènements racontés, et donne parfois l’impression d’évoluer hors du temps, comme si l’époque ou le lieu ne comptaient pas, symbole de l’universalité des sentiments convoyés. De même, la musique tout en douceur de Miyake Kazunori et surtout le soin accordé aux bruitages, avec le chant des cigales et les tintements du fûrin, insufflent beaucoup de poésie à cet ensemble tour à tour mélancolique, relaxant et résolument cathartique. Au-delà de la précarité de la mère célibataire, Woman travaille également le sens de la famille, qu’elle soit unie ou, au contraire, séparée.

Bien que Shin soit décédé au moment où la fiction commence, il apparaît régulièrement à travers des flashbacks correctement intégrés au reste. Aimable, calme et aimant, il a disparu trop tôt et sa mort revêt un caractère ayant son importance au fil des épisodes. Avec les caramels et les nashi, la série joue souvent sur des symboles triviaux agissant telles des réminiscences de sa présence, comme s’il veillait sur les siens. Et c’est qu’il est finalement au cœur de tout, mais ça, l’audience ne le réalise qu’en bout de course, une fois tous les éléments en sa possession. Les protagonistes portent pour la plupart beaucoup de tristesse, de doutes et de remords qu’ils doivent évacuer pour avancer. En retrouvant Sachi (Tanaka Yûko – Oshin), Koharu conserve pour le bien de ses enfants une attitude assez cordiale. Sa mère, elle, se montre froide en dépit de quelques fulgurances témoignant de son intérêt, de sa réserve et de sa crainte de ce qu’elle peut faire ou dire. Elle a peur de heurter sa fille qu’elle a déjà brisée, peur de finir elle-même blessée, peur d’éprouver son autre fille, Shiori (Nikaidô Fumi – Frankenstein no Koi), qu’elle a eue avec son second mari, le charmant et procrastinateur Kentarô (Kobayashi Kaoru – Shinya Shokudô). Cet homme profondément affable et cocasse est le soleil éclatant de la fiction. C’est lui qui cherche à recoller les morceaux, à forcer le destin et à tout faire pour réunir cette famille endommagée. Véritable boute-en-train, l’air de rien, il pousse les personnages dans leurs retranchements et amuse autant qu’il touche. Koharu souffre de voir sa mère mener une vie plutôt satisfaisante et entretenir un lien assez fusionnel avec sa demi-sœur. Pourquoi, elle, elle n’a pas eu le droit à tout ça ? Pourquoi sa maman s’en est-elle allée ? Et Shiori, elle, n’apprécie pas que cette Koharu surgisse de nulle part, surtout qu’en réalité, elle regrette plusieurs de ses actions qu’elle tait honteusement, dans le vain espoir de les oublier à jamais. La série fait ainsi se succéder des scènes mettant en avant ces protagonistes complexes, et plaît pour son émotion à fleur de peau. Elle trouve une juste mesure et la lourdeur de ses thématiques n’en devient pas étouffante, mais belle à en pleurer en raison de toutes ces nombreuses qualités et de son caractère finalement positif. La fiction n’est pas dénuée de défauts, amène à craindre le pire avec un évènement médical et perd quelque peu de sa force avec les déboires de l’amie de Koharu (Usuda Asami) et le couple dysfonctionnel que forment le travailleur social (Miura Takahiro) et la médecin (Tanimura Mitsuki – Cat Street), mais ce ne sont que de légers détails n’entachant presque en rien la quasi-solennité générale.

Pour conclure, en retraçant le quotidien d’une jeune mère célibataire dans sa simplicité la plus désarmante, Woman traite par la même occasion de sujets importants avec finesse et sensibilité. En plus de critiquer en arrière-plan le système social japonais et d’illustrer la précarité de ces femmes se retrouvant trop souvent démunies, elle aborde avec beaucoup de pudeur, d’humilité, d’émotions et de spontanéité la richesse de ces liens familiaux pétris de contradictions. La modestie et la tendresse de son ton toujours authentique, la relation maîtresse soutenue par une incroyable tension, l’interprétation de haute volée de son actrice principale ainsi que l’atmosphère délicate et poétique rendent le visionnage parfois très éprouvant, mais parce que la série évite le mélodrame facile, elle rappelle surtout la pureté d’une triste beauté où le temps n’est pas mesurable.

Par |2018-07-06T17:48:05+02:00novembre 22nd, 2017|Séries japonaises, Woman|8 Commentaires