The Devil’s Whore (mini-série)

Par , le 19 juin 2012

Comme toujours, le temps n’est pas extensible et l’on met inévitablement certaines fictions de côté en se disant qu’on les rattrapera plus tard. Ce n’est donc pas étonnant que l’on se retrouve ainsi avec une pile haute comme soi-même de séries à regarder un de ces jours. The Devil’s Whore faisait partie de la mienne jusqu’à récemment. Passée assez inaperçue dans la sphère sériephile francophone lors de son arrivée en Angleterre, elle m’avait pourtant tapé dans l’œil en raison de son cadre et de sa distribution. Derrière ce titre se cache une mini-série de quatre épisodes de soixante minutes diffusés en novembre et décembre 2008 sur Channel 4. Il s’agit en fait d’une coproduction entre la chaîne anglaise et HBO, celle-ci ayant ensuite atterri aux États-Unis sous l’intitulé The Devil’s Mistress. Pourquoi ce changement ? Probablement pour ne pas choquer le public américain… Aucun spoiler.

Angleterre, XVIIè siècle. La jeune noble Angelica Fanshwawe vient de se marier à son meilleur ami de toujours, son cousin Harry. Alors qu’une vie tranquille lui semble toute tracée, le pays sombre dans la guerre civile et bouleverse son existence à tout jamais. Au lieu d’opter pour la sécurité et d’obéir à son époux, elle développe de nouveaux désirs au contact de révolutionnaires tels qu’Edward Sexby, Thomas Rainsborough et l’ambigu Oliver Cromwell.

Si Oliver Cromwell est normalement familier aux Français ayant au moins étudié quelque peu l’anglais au collège/lycée, il n’est pas certain que les luttes anglaises du XVIIè siècle le soient. Personnellement, je n’y connais vraiment pas grand-chose en la matière. Comme souvent avec certains travaux employant un cadre historique, il est préférable de posséder quelques clés afin de ne pas perdre sa route. Cela s’avère d’ailleurs indispensable dans The Devil’s Whore tant les conflits internes du royaume sont moyennement explicités et assez superficiellement traités. Ce problème est d’autant plus amplifié par l’écriture approximative et l’impression que la série se cherche au niveau de ses thématiques, mais aussi de son ambiance. Les épisodes ont en fait tendance à disposer d’une tonalité propre à chacun, comme s’il n’existait pas un fil rouge cohérent digne de ce nom. Le rythme vacillant n’est pas non plus en la faveur de l’ensemble, bien que l’on ne puisse réellement dire que l’on s’ennuie devant cette tragédie classique. Cela dit, normalement la mini-série devait comporter douze épisodes, mais elle a été réduite à quatre, ce qui peut donc expliquer certains de ses défauts.

Grossièrement, cette époque mouvementée oppose les Royalistes (les Cavaliers) et les Parlementaires (les Roundheads dont les Levellers et les Diggers). Le premier camp a naturellement pour chef de file le souverain, Charles Ier (Peter Capaldi – Torchwood, Skins), et dans le second, Olivier Cromwell, interprété par Dominic West (The Wire) qui a retrouvé son accent en retraversant l’océan Atlantique. Les quatre parties s’attardent dès lors sur cette période trouble, complexe et multidimensionnelle. Le Parlement désire s’émanciper, le peuple aspire à de nouvelles libertés tandis que le roi souhaite garder la mainmise sur la totalité de sa couronne, tel un monarque de droit divin. Ces jeux de pouvoir, ces malversations patentes et cette lutte constante auraient pu être passionnants, mais ils demeurent malheureusement assez peu vibrants et manquent surtout de liant. La série n’est en réalité pas tant une peinture de cette sombre ère, mais plus une plongée dans la vie d’une femme essayant de dépasser sa propre condition. Le cadre paraît par conséquent surtout servir de prétexte à l’exploration d’un récit intime. Cette approche n’est absolument pas un défaut, mais le téléspectateur risque d’être déçu s’il attend une véracité historique ou des faits précis et travaillés. Surtout que The Devil’s Whore prouve rapidement ses envies de prises de liberté en réécrivant certains passages avérés et personnages. Ne soyons tout de même pas trop critiques, car plusieurs évènements sociopolitiques sont pertinemment mis en avant et notamment transcendés par la distribution. C’est par exemple le cas du révolutionnaire John Lilburne, surnommé Freeborn John, joué par Tom Goodman-Hill, et de son épouse portée par Maxine Peake (Silk). En multipliant les pamphlets, John est constamment arrêté, jeté en prison et se place quelque peu en martyr, lui qui souhaite voir son peuple briser ses fers et obtenir une véritable égalité. S’il est certes clair que l’Angleterre de l’époque devait subir des changements assez radicaux, ceux du camp supposément gentil ne sont jamais dépeints comme des saints, la frontière entre l’utopie et la fanatisme se révélant toujours tout particulièrement ténue. Le contexte aurait ainsi gagné à être approfondi et mieux mis en valeur, mais la série réussit à distiller un climat dramatique en pleine ébullition ayant influencé par la suite d’autres pays comme la France.

Angelica Fanshwawe est une jeune héroïne idéaliste, belle, fière et intelligente. Proche du roi, elle fait partie sans l’avoir choisi des Royalistes. En rencontrant certains hommes, elle constate vivre dans une cage dorée et comprend immédiatement que ses désirs cachés, ceux dont elle n’a jamais osé parler, ne sont pas aussi tendancieux ou honteux que ce que la société lui impose de croire. The Devil’s Whore aborde la condition de la femme et y mêle quelques éléments intéressants et plutôt fins. Angelica a beau posséder de nombreux traits de caractère presque fascinants, elle n’en est pas moins exempte de défauts. Qualifiée de the devil’s whore, soit la putain du diable, son destin se veut funeste et étrangement lié aux personnalités de l’époque. Cette série insuffle dès le départ une certaine dimension fantastique, étonnante et inattendue pour une production de cette trempe. Plus jeune, Angelica vit effectivement un affreux diable s’amuser sur un arbre. Hallucination ? Réalité ? Symbole ? Les épisodes n’y répondront pas franchement, mais il faut savoir que ce côté surnaturel n’est en aucun cas prépondérant, bien qu’il paraisse incongru et sans franche valeur ajoutée. Une chose est sûre, c’est que quiconque croise la route d’Angelica semble voué à la tragédie. Cette femme passionnée est sincèrement attachante et l’on se plaît à suivre son évolution dans cette société à feu et à sang. L’interprétation d’Andrea Riseborough est d’ailleurs de qualité et montre parfaitement l’ambivalence du personnage, tiraillé entre la réserve que lui demande sa condition et l’exaltation transpirant dans son sang. Cette effervescence incandescente allume le feu bouillonnant des hommes qu’elle fréquente et qui finissent immanquablement par y laisser leur existence, voire leur âme.

Autour d’Angelica gravitent quelques figures fortes comme Oliver Cromwell, John et Elizabeth Lilburne, mais ce sont surtout Thomas Rainsborough et Edward Sexby qui marquent le téléspectateur. Idéaliste convaincu, droit et aimé de ses concitoyens, Thomas Rainsborough sait ce qu’il veut et voit en Angelica une noble typiquement anglaise ayant bien plus à apporter que celles ayant partagé son mode de vie. Comme toujours ou presque, Michael Fassbender (Hex) lui offrant ses traits est d’un magnétisme à toute épreuve et brosse le portrait d’un individu sincère et mesuré. Toutefois c’est surtout John Simm (State of Play, Doctor Who) et son Edward Sexby qui ont de quoi subjuguer. Solitaire, brisé, balafré et peu bavard, Sexby est immédiatement attiré par Angelica, bien qu’il soit persuadé qu’elle ne lèvera jamais un œil sur lui. Malgré tout, il lui est fidèle et l’aide sans relâche. Cet homme et sa magnifique relation avec la jeune femme représentent sans conteste l’un des points forts de The Devil’s Whore. Et puis il faut le dire, quelle alchimie entre les deux acteurs ! Si le fond souffre de quelques relâchements du fait d’une certaine superficialité et de mélodrame, ce n’est pas le cas de la forme qui s’apparente à une pure merveille atténuant justement les lacunes scénaristiques. La mini-série montre un authentique sens de la mise en scène avec un cadrage recherché, une superbe photographie et des plans lyriques, gothiques, romantiques ou brutaux sublimés par une musique envoûtante composée par Murray Gold (Doctor Who). Plusieurs maquillages sont certes peu flatteurs pour les interprètes, mais il s’agit là du style de l’époque ! En tout cas, le travail sur les vêtements, les couleurs et la reconstitution en général saute aux yeux. Les paysages sont quant à eux époustouflants et en grande partie balayés par des éléments naturels tempétueux symbolisant à merveille les conflits anglais.

Au final, en utilisant des faits réels et de véritables figures emblématiques, The Devil’s Whore raconte des petites histoires dans la grande avec une réussite plutôt satisfaisante. Difficile de le nier, l’écriture souffre d’approximations et d’une volonté de trop en dire, ce qui rend l’ensemble parfois inégal. Mais si les tourbillons personnels inextricablement liés aux déchirures d’une période troublée plaisent, cette mini-série ambitieuse se révèle agréable, voire par moments fascinante. Pour cela, elle peut notamment remercier son impeccable et prestigieuse distribution, l’esthétique soignée, mais aussi la mise en exergue des sentiments et des émotions dans une atmosphère tragicoromantique. À condition de comprendre ses limites et de revoir ses envies à la baisse, car sa dimension historique n’est qu’une toile de fond et non pas son principal moteur, elle mérite de s’y attarder puisqu’elle se comporte en divertissement tourmenté et passionné de qualité.

(Blog) Antenne libre pour les 5 ans de Luminophore

Par , le 17 juin 2012

Dans le cadre du cinquième anniversaire de Luminophore et afin de marquer le coup, j’ai décidé de proposer un petit quelque chose. Oh, rien de fabuleux mais j’espère que ça vous plaira quand même. Les habitués de ce blog connaissent normalement déjà l’animation de Noël où ce sont les visiteurs qui décident du choix des billets de la semaine dédiée. Je l’avais déjà dit fin 2011, je doute réitérer les festivités en décembre prochain pour diverses raisons. Ou en tout cas, je ne le ferai pas comme les années passées. Toutefois, c’est un système qui me plaît bien et c’est pourquoi je le remets au goût du jour pour cet anniversaire. Par contre, il n’y aura qu’un seul élu. Que je vous explique ça comme il faut.

Dans les commentaires, vous pouvez citer une série que vous aimeriez voir traitée sur Luminophore. Elle peut être américaine comme japonaise, russe ou inuit que cela ne me dérange pas tant qu’il y existe des sous-titres anglais au minimum (sauf si elle est francophone / anglophone). Elle peut aussi durer deux épisodes comme dix saisons de 22 épisodes. Il n’y a que deux limites. La première est qu’elle ne doit pas avoir été traitée en totalité ici ou être actuellement en cours de traitement (genre Babylon 5, Xena : Warrior Princess, Everwood…). La seconde est que je refuse les sitcoms. Ce n’est pas que je déteste l’humour, c’est tout à fait faux d’ailleurs, mais il est difficile de parler de comédies sur du long cours. Petite parenthèse concernant les séries asiatiques : si jamais il y a des demandes les concernant, comme elles sont courtes je peux en accepter plusieurs mais à la condition qu’elles possèdent un dénominateur commun. Cela peut être par exemple cinq séries avec Matsuda Shôta (bon là, ça va être difficile puisque j’ai presque tout vu) ou les trois derniers renzoku de Kudô Kankurô, etc. Je n’ai pas non plus de limite particulière. Je propose cela parce que les dramas sont concis, comparativement aux séries américaines qui peuvent s’étaler sur de nombreuses années.

Je rappelle que Veronica Mars est dans les starting-blocks depuis le sondage de 2011. Je ne l’ai pas oubliée, elle arrivera d’ici la fin de l’été et ne participe donc pas à cette animation brouillonne.

Oui bon, c’est sympa tout ça mais j’ai dit que je n’acceptais qu’un seul élu. Eh oui. Je traiterai la série qui vous mettra le plus d’accord. Admettons que Cindy demande Les Feux de l’Amour, Brandon Plus Belle la Vie et Kevin Walker Texas Ranger. Nous avons donc trois séries. Mais au final, Kevin se dit que l’idée de Cindy est la meilleure. Il laissera alors un second commentaire comme quoi il donne une voix de plus aux Feux de l’Amour. Au total il y aura donc deux points pour Les Feux de l’Amour, un pour Plus Belle la Vie et un autre pour Walker Texas Ranger. Je parle, je parle, c’est clair dans ma tête mais je ne sais pas si c’est clair pour vous. Le mieux, je pense, est de publier ce billet de voir vos réactions. Haha. Si vous ne comprenez pas bien, proposez des séries et on verra comment résoudre tout ça. S’il faut, on fera ensuite un sondage. On va dire que vous avez jusqu’à dimanche 24 juin, 23h59. J’annoncerai alors le vainqueur sur cette même page.

Édit du 27 juin ~ Vous avez trouvé le moyen de faire une égalité parfaite. Tsss. Par conséquent, place à un vote. Vous choisissez la / les série(s) que vous aimeriez voir traitée(s) sur Luminophore en priorité. Au choix :

  • Being Erica
  • Karei Naru Ichizoku & Fumô Chitai
  • Mop Girl
  • White Christmas

Histoire de ne pas faire traîner les choses, vous avez jusqu’au jeudi 5 juillet, 23h59. Le résultat sera affiché sur cette même page.

Résultats ~ Bon, sachant que j’ai oublié de clôturer le sondage comme prévu le jeudi soir, vous avez continué de voter et les résultats ne sont pas les mêmes. Je suis donc un petit peu embêtée…

  • Being Erica : 2 voix (+4 après le délai)
  • Karei Naru Ichizoku & Fumô Chitai : 5 voix
  • Mop Girl : 1 voix
  • White Christmas : 2 voix

Donc au jeudi 5 juillet, 23h59, il y avait 10 votants (c’est peu, vous n’avez apparemment pas été inspirés / motivés) et ce sont Karei Naru Ichizoku & Fumô Chitai les grands gagnants. En revanche, à l’heure où je viens enfin de fermer le sondage, le mardi 10 juillet à 23h, il y a 14 voix, soit quatre voix de plus et toutes à Being Erica qui dépasserait donc les supposés vainqueurs. Quelle remontée, je ne pensais pas qu’il y avait autant d’amateurs de cette série dans le coin. Ceux qui ont voté pour elle, vous m’en voyez désolée mais je maintiens la date de clôture comme moyen de départager donc ce sera bien Karei Naru Ichizoku & Fumô Chitai qui seront traités d’ici assez peu de temps. Cela ne veut pas dire que je ne vais pas tester les autres séries en compétition dans un futur proche :)

Shôta no Sushi | 将太の寿司

Par , le 16 juin 2012

Il est assez étrange de constater que malgré l’important nombre de séries japonaises dont il a été question ici, pas une seule n’est à ranger dans la catégorie des food dramas. Cette erreur est désormais réparée grâce à Shôta no Sushi. Comme son l’appellation le suggère, un food drama est une série mettant à l’honneur la nourriture. Les Japonais en sont d’ailleurs assez friands. Shôta no Sushi, soit les sushis de Shôta en français, est une série japonaise composée de dix-sept épisodes de quarante-cinq minutes qui furent diffusés sur Fuji TV entre avril et septembre 1996. Il s’agit d’une adaptation du shônen manga du même nom de Terasawa Daisuke, publié entre 1992 et 1997 et comportant 27 tomes. À noter qu’il n’est pas disponible en France. Aucun spoiler.

Sekiguchi Shôta vit à Otaru, sur Hokkaidô. Afin de sauver le restaurant de sushis de son père, affaibli suite au décès de son épouse et aux manigances d’un concurrent, Shôta décide d’aller à Tôkyô comme apprenti chez Ôtori Sushi. Son but est simple, il souhaite devenir le numéro un du Japon. Nippon ichi !

Côté histoire, il est difficile de faire beaucoup plus succinct que Shôta no Sushi. En plus d’être une série sur la nourriture, celle-ci est surtout une série sur un métier. S’apparentant à un récit initiatique, elle met en avant l’évolution de Shôta et de ses compétences dans l’art de préparer des sushis. Il est assez rare que la caméra quitte l’enceinte du sushiya et quand c’est le cas, c’est généralement pour aller dans un autre restaurant ou pour concourir à des concours. De quoi ? De sushis pardi ! Pour s’intéresser à la série, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un faible pour la nourriture japonaise bien que cela aide afin de rester calmement devant les dix-sept épisodes. Le format du j-drama est effectivement peu habituel puisque peu de renzoku dépassent la douzaine d’épisodes. Soyons honnête, Shôta no Sushi aurait facilement pu se limiter aux standards car le scénario devient rapidement redondant. Shôta veut devenir le numéro du du Japon. Il apprend de nouvelles techniques, à couper son poisson comme il faut, à choisir la meilleure qualité possible, à bien cuire son riz, à faire attention à ses clients et à leurs goûts, etc. Repoussant toujours ses propres limites, il est en compétition avec les autres mais surtout avec lui-même. Fondamentalement, la série n’est pas du tout désagréable mais ses défauts finissent à la longue par user et il aurait été agréable qu’elle développe d’autres aspects et ne soit pas aussi consensuelle.

Chaque épisode débute par quelques minutes s’apparentant à un documentaire où l’on voit un élément important à prendre en compte dans la préparation des sushis. Shôta no Sushi est une perle pour quiconque souhaite apprendre l’art du sushi. Il va de soi que ceux qui attendent des informations pointues seront probablement déçus mais pour ceux qui désirent en savoir un peu plus afin de comprendre le cheminement de ces sushiman, la série est un bon aperçu. Ne le nions pas, ces food dramas ont la réputation de donner l’eau à la bouche et celui-ci ne déroge pas à la règle malgré la qualité somme toute relative des vidéos. Que ce soit les nigirizushi, les makizushi, le thon, le maquereau, le poulpe, etc., il y en a pour tous les palais. On en vient même à penser qu’en fait, on pourrait essayer d’appliquer tous ces conseils et ces indications pour les mettre en pratique et bien évidemment, déguster le fruit de notre dur labeur (ou au contraire, tout recracher les larmes aux yeux). En dix-sept épisodes, de nombreux points sont dès lors passés en revue. Il y a des chances que si jamais on a l’opportunité de regarder un sushiman travailler, on l’observe désormais d’un autre regard.

Sekiguchi Shôta a la petite vingtaine et n’est pas particulièrement intéressé par les sushis. Du moins, c’est ce qu’il se tue à répéter à qui veut l’entendre. Pourtant, c’est totalement faux. S’il critique autant cette nourriture c’est parce que son père, incarné par Natsuyagi Isao, se laisse aller depuis le décès de sa femme et se fiche royalement d’avoir des clients dans son restaurant. Shôta se souvient de l’ancienne époque où tout allait bien. Suite à un concours de circonstances, il se retrouve à concourir pour sauver l’honneur de son restaurant et s’il ne gagne pas, il réalise à quel point les sushis sont toute sa vie. Le voilà alors embarqué à Tôkyô dans un sushiya familial réputé dirigé par Ôtori Seigorô, joué par Ryû Raita (Bloody Monday, H2). Shôta a laissé son père à Otaru, requinqué, et c’est sa petite sœur, Miharu, interprétée par Hirosue Ryôko, qui veille sur lui en attendant le retour du prodigieux frère. Car oui, Shôta, est talentueux. Il lui faut très peu de temps pour maîtriser certaines techniques. Son aisance couplée à sa ténacité et à son perfectionnisme font qu’il a toutes les possibilités de devenir un grand maître dans l’art du sushi. Et forcément, ces qualités ne plaisent pas à l’apprenti d’Ôtori Sushi, bien plus âgé et en poste depuis plus de cinq ans. Saji, joué par Sugimoto Tetta (Inu wo Kau to Iu Koto, H2, Kurosagi), n’apprécie en effet pas du tout l’arrivée de ce petit jeune optimiste, altruiste et se mêlant toujours de ce qui ne le regarde pas. C’est là où Shôta no Sushi devient embêtante car le personnage de Saji n’évolue presque pas. Dans quasiment tous les épisodes il fait des coups en douce afin de mettre Shôta dans l’embarras, il hurle et personne ne lui dit rien alors que tous les employés sont au courant. C’est d’ailleurs un problème que l’on voit dans plusieurs j-dramas. On laisse le héros encaisser de manière à montrer qu’il est fort et prêt à tout mais nous, devant notre écran, on ne peut qu’être agacé par tant d’injustice et cette absence de réaction. Observer ça dans quelques épisodes n’est pas trop dérangeant mais durant plus d’une dizaine, on en a un peu marre. Il aurait fallu nuancer davantage des propos et des attitudes ou encore développer le personnage de Saji de manière progressive. Shôta voit en lui son principal rival, la réciproque étant évidemment de mise, et les deux passent toute la série à concourir l’un contre l’autre, officiellement ou pas.

Bien que Saji soit certes un personnage assez détestable, Shôta no Sushi ne cherche pourtant absolument pas à le montrer comme étant abject ou critiquable. Ce n’est pas le cas de la chaîne de sushiya Sasa, maintenue par Sasaki Torao (Ishida Tarô) et son fils qui cherchent à s’accaparer tous les restaurants d’Otaru puis de Tôkyô. Cruels, manipulateurs et n’hésitant pas à payer des juges lors de concours ou à utiliser des méthodes violentes, ils semblent prêts à tout. La série n’évite ainsi malheureusement pas le manichéisme et les clichés puisque les méchants sont très méchants et les gentils très gentils, serviables, et tout ce que l’on veut. On tient à nous montrer que dans le sushi, ce qui compte c’est le cœur à l’ouvrage. Tout cela devient donc assez niais voire ridicule. Ajoutons-y un surjeu assez incroyable de la quasi totalité de la distribution.

Néanmoins, malgré tous ces défauts, les personnages secondaires sont sympathiques comme tout en dépit d’être relativement peu développés. Shôta est joué par un Kashiwabara Takashi (Itazura na Kiss, Hakusen Nagashi, Gotaisetsu, Big Wing, Hachimitsu to Clover, Byakuyakô, Shikei Kijun) attachant mais n’évitant pas quelques périodes de flottement dans son interprétation. Le jeune apprenti est entouré de personnes l’appréciant et souhaitant l’aider. Si Saji lui met des bâtons dans les roues, ce n’est pas le cas de ses senpai, Hidesama (Imada Kôji) et Seiji (Kanie Keizô), tous deux amoureux des sushis et plus que talentueux. En les observant et en les écoutant, Shôta tente de maîtriser aussi bien qu’eux les techniques requises pour satisfaire le client. Un autre élève, Shingo (Kitahara Masaki), et une serveuse accrochée à son appareil photo, Masako (Hinagata Akiko) complètent la fine équipe. Ces protagonistes hauts en couleur sont plutôt plaisants bien que certains de leurs traits soient parfois caricaturaux. On pourra aussi noter la présence de Kaneko Ken (Gokusen, Xmas Nante Daikirai) en tant qu’excellent sélectionneur de poisson ou, dans les derniers épisodes, du génial Matsushige Yutaka (Bloody Monday, Clone Baby, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) avec une coupe de cheveux à faire peur. Il y joue un extraordinaire sushiman.

Bien que Shôta no Sushi parle quasi exclusivement de sushis et de l’apprentissage d’un jeune apprenti, la série s’attarde plus superficiellement sur d’autres thématiques. C’est surtout la famille qui est au centre du propos, famille au sens strict du terme ou non. Les bons sentiments sont inévitablement de la partie, l’entraide et le travail sont des valeurs sûres et respectées et le résultat est forcément bien sous tous rapports. L’humour allège grandement l’ensemble et permet de regarder les épisodes sans souffrir d’autant plus que l’ambiance est fraîche, la musique de Hattori Takayuki (Nodame Cantabile) entraînante et que le rythme ne fait que rarement défaut en dépit de l’aspect répétitif des intrigues. Il y a une volonté d’insuffler une légère dose de romance avec Watanabe, restée à Otaru, et qui fait battre le cœur du Shôta. Or à Tôkyô, la fille Ôtori, Saori, incarnée par Kimura Yoshino, aimerait bien ne faire qu’une bouchée de ce cher benêt attachant de Hokkaidô.

Shôta no Sushi est en définitive une série inoffensive. Véhiculant des valeurs chères au Japon, elle s’avère être surtout un récit initiatique prévisible, à savoir celui d’un jeune venant du nord bien décidé à devenir le numéro un de son pays dans l’art du sushi. En raison de son format plus long que la moyenne, le j-drama n’évite malheureusement pas la répétition et il est nécessaire d’espacer sa diffusion de manière à ne pas subir de plein fouet son côté rébarbatif. Shôta no Sushi n’a rien de mauvais mais en dépit de sa bonne humeur, de son humour, de son ambiance quelque peu décalée et de personnages pour la plupart agréables, le renzoku ne convainc pas et se révèle dispensable. En revanche, ceux ayant envie d’en apprendre davantage sur les sushis devraient probablement au moins l’essayer car elle a de nombreuses choses à apporter.