L’Épervier (mini-série)

Par , le 3 mars 2012

Oh, une série française ! Comme souvent, je traîne un peu les pieds pour me mettre devant une production de notre bon vieux pays mais j’aime bien en essayer de temps en temps. Après tout, j’estime qu’on ne peut pas critiquer si l’on ne connaît pas un minimum. J’ai plusieurs séries en stock et je vais essayer de leur donner leur chance en 2012. C’est ainsi qu’en ce début d’année, j’ai testé L’Épervier. Il s’agit d’une adaptation de la bande-dessinée du même nom de Patrice Pellerin, ou plutôt si j’ai bien tout compris, de son premier cycle de six tomes. Je ne l’ai jamais lue donc je ne pourrai pas comparer quoi que ce soit. Pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, L’Épervier est une mini-série de six épisodes de 52 minutes qui furent diffusés entre juin et juillet 2011. À noter qu’elle a été réalisée par Stéphane Clavier qui a pu travailler dernièrement sur la saison deux de la version française de Doc Martin. Aucun spoiler.

XVIIIè siècle, en Bretagne, Yann de Kermeur est un corsaire redouté voguant sur les océans et travaillant pour le Roi de France. Ancien pirate, il a quitté Brest en bandit après avoir été plus ou moins été mis à la porte par son propre père, serviteur du comte de Kermellec chez qui il logeait. Yann avait pour défaut d’aimer un peu trop la fille du comte et que ses sentiments soient réciproques. Or, tout le monde le sait, les nobles ne doivent pas frayer avec le bas peuple. Dix années ont passé depuis son départ en catastrophe et il est ainsi de retour, la tête haute, mais il n’est pas accueilli comme il espérait. Celle qu’il aime depuis de nombreuses années, Agnès de Kermellec, s’est mariée à Hervé de Villeneuve, un homme qu’il exècre. Comme si un malheur ne s’abattait jamais seul, Yann est rapidement accusé du meurtre du père d’Agnès et se retrouve en prison, son équipage et son bateau, la Méduse, étant également saisis. Si l’on ajoute à tout cela des complots, des manigances, des plans machiavéliques, une mystérieuse course au trésor et un amour assez tragique, il y a largement de quoi donner envie, non ? C’est donc sans a priori que j’ai débuté L’Épervier. Non vraiment, aucun. C’est même plutôt le contraire car j’espérais voir là un honnête divertissement, du spectacle, de l’aventure et une ambiance que j’affectionne énormément, à savoir celle de la piraterie. J’ai toujours eu un énorme faible pour les fictions en costumes comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire. En plus, la mini-série a été tournée dans des coins que je connais bien et elle est supposée se dérouler par chez moi. Tous les éléments étaient donc réunis pour passer du bon temps. Au final, difficile de ne pas avoir envie d’être méchant tant cette mini-série est mauvaise. Ce n’est certainement pas avec elle que l’on va pouvoir redorer l’image des séries françaises.

Du côté de la forme en tant que telle, elle est relativement potable. Certes, la musique est envahissante et aurait mérité d’être un peu plus subtile et plus agréable. La réalisation est également moyenne et le montage n’est pas beaucoup mieux. A contrario, les costumes sont assez sympathiques et les décors sont également agréables. Beaucoup auront reconnus sans mal le Fort-la-Latte que l’on voit toutes les secondes et à toutes les sauces. Si la mini-série se déroule à Brest et dans ses environs, le Finistère Nord n’apparaît malheureusement pas à l’écran et les connaisseurs s’en rendront d’ailleurs immédiatement compte. Ne parlons même pas du supposé périple dans les Caraïbes qui font très bretonnes dites-donc… Ceci est du détail par conséquent ce n’est pas (trop) dérangeant. De même, le budget est assez ridicule mais on s’en accommode assez facilement. Point positif, les quelques scènes de bateau sur un trois-mâts sont bien fichues et n’ont, encore heureux, pas été réalisées en studio. Bon, on pourrait chipoter en disant que l’on voit nettement qu’il n’y a qu’un seul bateau et pas deux comme on voudrait nous le faire croire mais on va être suffisamment méchant dans ce qui suit pour ne pas charger encore plus la mule…

À vrai dire, les défauts sont tellement présents qu’il est ardu de savoir par quoi commencer. Le plus irritant est probablement l’écriture du scénario et des dialogues. Les évènements se suivent les uns à la suite des autres, sans aucun liant ou émotions. Les rebondissements ne sont pas cohérents ou alors d’une facilité déconcertante. Ne parlons même pas des bons sentiments, de l’unidimensionnalité de certains personnages et de la superficialité avec laquelle l’histoire est traitée. Les répliques ont quant à elles été écrites dans une volonté de respecter le langage d’époque. Si dans certaines productions cela peut passer, ce n’est pas du tout le cas ici. De toute manière, si l’on réfléchit deux secondes, on sait qu’à cette époque, tout le monde parlait breton dans le Nord-Finistère. Histoire de coller au mieux au registre, il aurait peut-être alors fallu opter pour cette langue ? Comment ça, j’exagère ? Le principal problème est que de nombreux acteurs semblent réciter ces belles paroles plutôt que de les penser et donc de les faire vivre. Évidemment, il fallait s’en douter, l’interprétation n’est vraiment pas celle que l’on pourrait espérer. Heureusement, le Yann de Kermeur d’Aurélien Wiik, que je ne connaissais pas du tout, est bon et on ne peut qu’avoir pitié pour lui en le voyant se dépêtrer avec une certaine classe dans ce grand-guignolesque. Il en a va de même pour Lou Doillon qui incarne une prostituée souhaitant s’échapper du calvaire qu’elle vit jour après jour. Si Grégoire Colin, donnant ses traits à Cha-Ka, l’Indien fidèle compagnon de Yann, n’est pas mauvais, il n’est pas gâté par ce que l’on lui inflige. Un blanc jouant un Indien… après tout hein, il suffit de lui faire faire quelques séances d’UV et le tour est joué. Crédibilité et respect du téléspectateur ? Voyons, ce n’est que de la fiction. Tous les autres acteurs sont soit moyens, soit extrêmement mauvais bien qu’on ne puisse réellement les blâmer vu ce qu’on leur donne. Par exemple, Martin Lamotte cabotine et on n’a qu’une envie, lui déplumer son perroquet.

En d’autres termes, L’Épervier est une mini-série consternante et affligeante par sa nullité. On en vient presque à se sentir humilié quand on sait ce que les autres pays européens produisent dans leur coin. N’y a-t-il vraiment pas moyen de réaliser quelque chose de mieux que cette mascarade supposée faire la part belle à la piraterie et à l’aventure sentant bon l’air marin ? Bien sûr que si, il faut juste s’en donner les moyens. Ce n’est pas avec un scénario écrit avec maladresse et lourdeur, des dialogues manquant de crédibilité et une absence totale de souffle et d’aventure que l’on peut réussir une série de ce genre.

Marumo no Okite SP | マルモのおきて SP (Épisode Spécial)

Par , le 29 février 2012

Après avoir enchanté la télé japonaise au printemps 2011 et accessoirement, les audiences de Fuji TV, Marumo no Okite fut de retour sur la chaîne le 9 octobre 2011 dans le cadre d’un épisode spécial. Il dure 90 minutes et fait surtout office d’un petit bonus, la série se suffisant à elle-même. Il est possible de visionner ce tanpatsu sans avoir regardé le renzoku auparavant mais cela serait un petit peu idiot. Aucun spoiler.

Mamoru, Kaoru et Tomoki vivent toujours ensemble au-dessus du restaurant des Hatanaka. Les vacances étant là, Mamoru décide de quitter Tôkyô avec les enfants. Pour cela, direction la campagne, chez des amis travaillant dans les vignes. Malheureusement, en arrivant il découvre que le couple a quelques difficultés. Les jumeaux malgré leur jeune âge se rendent également compte qu’il y a un problème. Toujours le cœur sur la main, le duo souhaite changer les choses et pour cela, pourquoi ne pas demander l’aide à un kappa, l’animal légendaire ?

Si en règle générale, les épisodes spéciaux sont souvent décevants et ne servent pas à grand-chose, ce n’est pas réellement le cas de celui-ci. Certes, il n’était pas indispensable mais il est tellement mignon que l’on ne peut râler. L’histoire est toute simple. Les jumeaux, désirant aider les enfants du couple qui les accueille, font preuve d’énergie, d’altruisme et réagissent comme tous ceux de leur âge. Il va de soi que sans le talent des deux jeunes acteurs, Ashida Mana et Suzuki Fuku, le tanpatsu et le renzoku n’auraient pas du tout cette saveur. En toute honnêteté, pendant la quasi totalité de l’épisode j’étais en mode gaga. Pourtant, je n’aime pas du tout les enfants mais eux, on ne peut que les adorer ! Les frère et sœur des amis de Mamoru ne sont pas aussi bons mais font correctement leur travail.
Ce qu’il y a d’intéressant et de sympathique ici est que l’action soit déplacée à Yamanashi. On quitte la citadine Tôkyô pour de superbes paysages de campagne. Cela dit, la capitale n’est pas oubliée puisque suite un à concours de circonstances, Mamoru doit y retourner momentanément. Tout au long de l’épisode, il est donc question de rabibocher les amis de Mamoru dont la femme est jouée par Shiraishi Miho (Orange Days, Asukô March!, Shiroi Haru, Densha Otoko). Pour cela, il y a du travail et c’est l’occasion de ressortir une vieille légende japonaise, celle du fameux kappa. Il est d’ailleurs assez amusant que quelques semaines auparavant se terminait sur une chaîne concurrente, Arakawa Under the Bridge, où officiait un de ces êtres surnaturels. Outre le couple à réconcilier, les jumeaux tentent de faire se rapprocher Mamoru et Aya. Comme toujours, ils font preuve de beaucoup de réalisme et les craintes enfantines sont parfaitement retransmises à l’écran.

Quel plaisir que de retrouver Mamoru et surtout, les deux petits jumeaux adorables de la série ! Le spécial est une véritable bouffée d’air frais, de chaleur et de tendresse. On rit énormément avec eux, on a les yeux un petit peu mouillés et on se sent terriblement bien dans cette petite bulle de bonheur. Marumo no Okite est assurément une pépite de la télévision japonaise car elle a la capacité de faire fondre le cœur des plus cyniques et blasés. Le SP est dans la même veine que les épisodes du renzoku et on ne s’ennuie jamais au cours de ces 90 minutes. Il est évident que si l’on a apprécié Marumo no Okite, il faut regarder ce tanpatsu ne serait-ce que pour prolonger le plaisir.

Virtuality (pilote)

Par , le 26 février 2012

Finalement, après avoir hésité durant plus de deux ans, l’appel de la science-fiction fut le plus fort. Cela faisait effectivement un petit moment que j’avais dans mes dossiers le pilote de Virtuality. Derrière ce titre se cache la série avortée, co-écrite par Ronald D. Moore (Battlestar Galactica, Caprica) et Michael Taylor (notamment scénariste sur Battlestar Galactica, Caprica, The Dead Zone…). À l’origine, il devait donc y avoir une série mais Fox n’a jamais commandé davantage que le premier épisode qu’elle a diffusé en tant que téléfilm de 90 minutes le 26 juin 2009. On ne sait jamais, une suite verra peut-être le jour mais ce n’est pas être particulièrement pessimiste que de penser que non, l’aventure s’arrête bel et bien là. C’est d’ailleurs pour cette raison et afin d’éviter la possible frustration que j’avais décidé de ne pas regarder l’épisode. Bon, preuve est que j’ai changé d’avis. À noter que le pilote a été réalisé par Peter Berg (Friday Night Lights). Aucun spoiler.

2050, à bord du Phaeton, un vaisseau spatial se dirigeant vers notre système planétaire le plus proche, Epsilon Eridani. Son équipage a quitté la Terre pour dix ans et afin de supporter au mieux leur longue expédition, un système de réalité virtuelle a été mis à leur disposition. Grâce à un module semblable à de grandes lunettes, ils peuvent endosser diverses identités et faire tout ce qu’ils veulent. Malheureusement pour eux, ils apprennent six mois après leur départ que la Terre est en danger et qu’elle n’aurait plus qu’un siècle devant elle. Ils doivent alors faire un choix avant d’arriver à un point de non-retour. Soit ils décident de faire machine arrière et de retourner vers les leurs, soit ils continuent leur route en espérant trouver une planète habitable.

Il est important de regarder Virtuality comme le pilote d’une série qui ne verra jamais le jour et non pas comme un téléfilm lambda. L’épisode prend en effet son temps pour installer ses personnages, une ambiance et poser le contexte. Ce n’est que vers l’ultime demi-heure que l’intrigue générale se lance véritablement et que l’on commence à assimiler le plan d’ensemble. Par ailleurs, la fin n’en est pas une ce qui est tout à fait normal puisqu’à la base, c’est un pilote. Une suite plus ou moins longue était donc supposée répondre aux multiples questionnements. Virtuality ne se suffit clairement pas à lui-même et c’est en toute connaissance de cause qu’il faut se lancer dans l’épisode. Le risque est de finir encore une fois énervé contre Fox ou au contraire, penser que pour une fois, la chaîne nous a fait une faveur en ne commandant pas la série. Ce n’est pas la peine de faire durer le suspense de manière artificielle, Fox a encore fait n’importe quoi. Oh comme c’est étonnant dites-donc. Ce pilote est effectivement maîtrisé, ambitieux et a fort potentiel.

Difficile de ne pas penser à Caprica en regardant Virtuality. Les deux séries abordent de manière assez analogue les frontières entre la réalité et le virtuel. Dans ce pilote, les personnages possèdent chacun un module leur permettant d’intégrer une dimension créée de toutes pièces selon leurs souhaits. Certains vont s’engager dans la guerre de Sécession, d’autres prendront le temps de peindre un magnifique paysage ou d’autres encore feront revivre leur fils mort auparavant. Sympathique, non ? Ne pouvant pleinement s’épanouir dans leur quotidien car surveillés minute après minute, les personnages essayent de s’évader dans le monde virtuel. Or, plutôt que d’être assimilables à de simples gadget, ces fameux modules sont la source de l’arc principal. Ils montrent en effet des faiblesses car il n’est pas rare que ses utilisateurs s’y fassent tuer ou violenter par un même homme très troublant. Y a-t-il un espion ? Un bug du système ? Comme on peut s’y attendre, l’équipage finit par se perdre au passage et ne plus savoir à qui se fier. Et de toute manière, ce qu’il se passe dans le virtuel est-il suffisamment réel pour en ressentir un quelconque effet ? La frontière entre les rêves, fantasmes et la réalité est dès lors très mince et la folie et la paranoïa commencent rapidement à prendre leurs marques. Au final, les thématiques de science-fiction sont assez classiques mais il ne s’agissait évidemment que des premières briques. Virtuality annonce immédiatement son ambition de toucher un public adulte et avec le recul, il paraît évident que Fox ne fut jamais la bonne chaîne. Une du câble comme SyFy, sur laquelle Caprica débuta quelque temps plus tard, aurait paru être bien plus adaptée.

Si cette approche de réalité virtuelle est celle qui nous est présentée de prime abord, elle n’est pas la seule. La société en 2050 étant au final assez similaire à la nôtre, il n’est pas étonnant d’y retrouver une sorte de télé-réalité. L’équipage est filmé 24h sur 24, sept jours sur sept et se retrouve dès lors dans une émission quotidienne diffusée sur Terre. Le programme est même poussé jusqu’à l’extrême puisque le fameux confessionnal, là où les participants supposés exprimer leurs pensées, est présent. Cette émission donne forcément un aspect artificiel aux relations et aux réactions, chacun se sentant épié et jouant parfois un rôle. Ce qu’ils finissent par ailleurs par réaliser est que, totalement déconnectés de la réalité, ils ne peuvent savoir si ce qu’on leur raconte est vrai. La Terre est-elle réellement en danger ? Le téléspectateur derrière sa télé en vient même à se demander si tout cela est véridique et si les personnages ne sont pas les cobayes d’une expérience… Si la critique de la télé-réalité n’est pas particulièrement approfondie, ses effets retors sont plutôt bien amenés. De toute manière, ce sont surtout les questions qui en découlent qui importent et le pilote ne peut pas toucher à tout. En tout cas, il réussit son rôle d’introduction. Grâce à son rythme et à sa réalisation assez documentaire, l’ennui n’est pas présent et l’intérêt de ce huis clos demeure à son paroxysme. La musique est par contre assez anecdotique mais c’est un véritable plaisir que d’y entendre Alive Alone de The Chemical Brothers.

Durant ces 90 minutes, l’ensemble des douze compagnons de voyage est esquissé. Ils sont là aussi assez conventionnels au demeurant mais plusieurs réussissent à se détacher et à tirer leur épingle du jeu. C’est par exemple le cas du commandant, Frank Pike, incarné par un impeccable Nikolaj Coster-Waldau (Game of Thrones), ou de l’ambivalent psychiatre également en charge du montage de l’émission. À vrai dire, ils possèdent tous une faiblesse ou un point plus sombre qui auraient probablement été étudiés par la suite. De quoi allécher donc. Quelques éléments comme un aspect un peu soap sont dispensables et alourdissent légèrement l’ensemble mais ils sont minoritaires. Du côté des acteurs, on pourra y reconnaître Clea DuVall (Carnivàle), Kerry Bishé (Scrubs), Jimmy Simpson (Psych) ou encore Nelson Lee (Blade : The Series).

C’est donc avec une grande pointe de déception amère que l’on regarde le pilote de Virtuality. Non pas parce qu’il est mauvais mais parce qu’au contraire, il est très bon car ambitieux et maîtrisé. Sous fond de réalité virtuelle, il transpire un climat oppressant et sombre de paranoïa et d’ambiguïté. Avec des thématiques pareilles, de nombreuses questions pertinentes et un traitement aussi sobre que subtil, il était évident que la série avait tout pour devenir plus qu’intéressante. Ce n’est pas tant que le pilote soit parfait car il souffre de quelques maladresses mais il avait du potentiel. Nous pouvons donc, encore une fois, remercier vivement Fox pour ses choix et sa politique sur laquelle il n’y a rien à redire. Ah bon, ironique ?