RH Plus | RHプラス

Par , le 4 juin 2012

Des fois, on se doute que l’on va finir par s’en mordre les doigts mais rien à faire, on décide de tester une série qui n’a pas l’air extraordinaire. Ceci étant évidemment un euphémisme. Les raisons de ce craquage peuvent être variées et dans ce cas précis, c’est l’appel du vampire qui fut le plus fort. On ne peut pas dire qu’au Japon les créatures aux dents pointues foisonnent dans le paysage télévisuel (et même cinématographique) mais il existe quelques séries les mettant à l’honneur. RH Plus est l’une d’entre elles. Son titre n’est normalement pas à expliciter car tout le monde sait à quoi fait référence le groupe rhésus. Derrière cette appellation se cache encore une fois à l’origine un manga. Constitué de quatre tomes et écrit par Suwa Ayako, il fut publié au Japon entre 2006 et 2009. Il est entièrement disponible en France chez Soleil Manga. La série comporte quant à elle treize épisodes de 25 minutes et fut diffusée sur Tôkyô MX entre janvier et mars 2008. Aucun spoiler.

Nogami Makoto et Seto Ageha sont en apparence deux lycéens ordinaires. La seule différence est qu’en réalité, ils sont des vampires. Ils habitent avec deux autres de leurs congénères dans le manoir de la Lune Éternelle, une vieille bâtisse de type occidental. Kiyoi, le plus âgé d’entre eux, prend soin de ce petit monde et tente de construire une famille digne de ce nom. Les quatre créatures de la nuit vivent ainsi comme des êtres normaux si ce n’est qu’ils prêtent mains fortes à la police en s’occupant de cas difficiles voire surnaturels.

Non mais vraiment… Nakayomi nous avait tous prévenus en 2008 mais il a fallu que je regarde de moi-même. Une fois le premier épisode terminé, j’ai failli m’arrêter là et ne pas tenter d’aller jusqu’au bout. Pour que ça m’arrive, qui plus est avec une série courte, c’est qu’il y a un gros souci. En effet, c’est peu de le dire.
À l’origine, RH Plus est un shônen-ai, enfin nous dirons plutôt maintenant un boy’s love. Pour autant, cela ne se ressent pas du tout dans la série. Les relations entre les personnages sont loin d’être ambiguës et il n’y aucune tension sexuelle dans l’air. Si l’on n’avait pas eu vente de la classification du manga, on pourrait passer totalement à côté. Il est donc évident que si ce sont des relations tendancieuses entre hommes que l’on souhaite voir, ce n’est pas avec cette série que l’on sera satisfait. Son principal problème est justement de rester en surface et de ne jamais tirer parti du potentiel probable de la version papier.

Makoto, Ageha, Kiyoi et Masakazu sont quatre vampires vivant ensemble. Du fait de leur condition, ils sont tous plus ou moins mis à l’écart de la société et ont un bagage assez important à traîner. Ils aiment boire du jus de tomate à leur petit-déjeuner en s’exclament d’un bloody, ils n’ont pas peur du soleil, dorment dans des cercueils et doivent se taper dessus s’ils ne sont pas suffisamment attentifs afin que leur reflet apparaisse dans un miroir. Ce sont des créatures aux dents pointues mais encore une fois, RH Plus n’essaye pas du tout d’approfondir leur condition ou leurs pouvoirs. Un autre vampire, Konoe Haruka joué par Fujita Ray (GARO) vient également de temps en temps leur rendre visite et est surtout connu pour être le roi du gôkon (les rendez-vous en groupe plus ou moins en aveugle). On y entend d’ailleurs l’acteur parler notre langue à merveille, chose normale puisqu’il est franco-japonais. Autrement, le quatuor est supposé s’occuper d’enquêtes particulières si ce n’est qu’on les voit rarement en mission ou alors, ces investigations ne riment presque à rien. On a surtout l’impression que la série noie le poisson et ne raconte que de du vide. Ses personnages principaux ne sont en plus pas réellement développés. Il est vrai que le format est court et ne se prête guère à une caractérisation poussée mais un minimum ne tue pas.

Makoto (Miura Yû) est un jeune homme troublé par son passé. Il nous est pourtant montré de manière tellement détachée et rapide que l’on se fiche royalement de lui. Ageha (Tochihara Rakuto), son probable meilleur ami, n’est pas creusé une seule seconde et il est difficile de lui ajouter ne serait-ce qu’un épithète pour le qualifier. Masakazu (Ojima Naoya) est quant à lui assimilable au vampire rigolo ne vivant que pour les rendez-vous amoureux alors qu’au final, il est plus lourd qu’autre chose. Et enfin, Kiyoi, incarné par Takano Hassei (Keitai Sôsakan 7) est le papa poule, celui qui veille sur ses protégés et tente de leur construire une vraie maison et leur offrir un sentiment de sécurité. Ces quatre personnages sont d’une transparence et d’une platitude assez incroyables. D’autres plus tertiaires gravitent autour d’eux et subissent le même traitement. On pourrait ainsi citer l’informateur qui retourne son manteau dans chaque épisode, le fameux Mister aussi intrigant qu’une huître ou la fille semblable à une tête de linotte.

Histoire d’être simple et logique, la totalité de la distribution joue mal. Cependant, ce n’est pas forcément ce point qui est le plus désagréable. Le souci vient très certainement du montage, de la direction des acteurs ou encore de la mise en scène. En débutant la série, on a du mal à croire qu’elle date de 2008 tant elle fait vieille. Ce n’est pas réellement l’aspect kitsch qui soit à remettre en cause mais davantage la réalisation et la qualité de l’image. Sinon, la musique n’est pas foncièrement désagréable si ce n’est qu’elle ne correspond pas toujours à l’atmosphère voulue. Ne parlons pas non plus de l’écriture pénible et presque douloureuse. Il arrive un miracle relatif puisque les épisodes 10 et 11 ne sont pas aussi abominables que les autres.

Sans conteste, RH Plus est par conséquent une série insipide au scénario languissant, à l’interprétation désastreuse et ne tirant pas une seule seconde parti de son potentiel vampiresque. Les épisodes se suivent, sont aussi kitsch les uns que les autres, n’évoluent pas d’un iota et reposent à chaque fois sur un élément idiot et ennuyant au possible. Elle est donc à oublier très vite et à éviter comme la peste. Et cela, que l’on soit amateur de canines acérées ou non.

Blade : The Series (série complète)

Par , le 1 juin 2012

Si j’ai envie de parler des séries dont il n’a jamais été question sur Luminophore, c’est en partie parce qu’au fil du temps, je me rends inévitablement compte que j’ai oublié ce que j’en pensais. De manière assez égoïste, ce blog me permet surtout de garder une trace de mon propre avis. On aura beau dire, on a parfois tendance à enjoliver ses souvenirs ou au contraire, à ne garder en mémoire que les points négatifs. Ceci pour expliquer en partie pourquoi dernièrement je remets au goût du jour quelques courtes séries vues avant la création de Luminophore.
C’est dans ce contexte que j’ai relancé Blade : The Series alors que j’avais déjà eu l’occasion de la regarder lors de son arrivée aux États-Unis. Derrière ce titre se cache évidemment l’univers de Blade appartenant au gigantesque monde de Marvel Comics. L’anti-héros a toutefois surtout percé lors de la sortie au cinéma des films avec Wesley Snipes. La série a ainsi quelque peu tenté de surfer sur la mode de l’époque des super-héros et sur le personnage de Blade en tant que tel. Afin de garder une certaine continuité avec ce qui avait déjà été montré, elle débute quelque temps après la fin de Blade : Trinity. Ce ne seraient pas les audiences, apparemment satisfaisantes pour la chaîne malgré une baisse, qui furent à l’origine de l’annulation de la série mais davantage le coût de la production. Il n’existe donc qu’une seule saison de Blade : The Series. Celle-ci est composée de douze épisodes de quarante minutes, dont le premier est double, et fut diffusée sur Spike TV entre juin et septembre 2006. À noter qu’à l’origine, Wesley Snipes devait reprendre son propre rôle mais il a eu quelques ennuis d’ordre financier avec la justice américaine l’ayant soi-disant empêché de reprendre le costume. David S. Goyer, le scénariste ayant travaillé sur les trois films, et Geoff Johns, le scénariste des comics, ont sinon collaboré sur cette série. Aucun spoiler.

Blade est de retour à Detroit pour faire ce qu’il sait faire de mieux : tuer des vampires. Désormais associé à Shen, il continue sa traque sans relâche. Alors qu’il tente de s’approcher de Marcus Van Sciver, un vampire centenaire, il rallie à sa cause une jeune femme dont le frère vient de mourir, tué par les vampires. Or celle-ci, finit également par se brûler les ailes car elle devient vampire contre son gré. Blade lui laisse alors le choix, soit elle se retrouve en poussières, soit elle accepte de jouer double jeu et d’infiltrer la maison de Chthon.

Blade : The Series était dans mes souvenirs une série correcte mais franchement dispensable. C’est donc assez peu enthousiaste que je l’ai relancée courant avril. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, j’ai un gros faible pour les vampires et autres créatures de la nuit. Ce n’est pas étonnant qu’à l’époque de la sortie de Blade au cinéma, et alors que j’étais très jeune, je m’y sois de suite intéressée. En 2006, il fallait donc que la série passe par mon écran. Contre toute attente, cette rediffusion six ans plus tard (déjà !) ne fut en aucun cas douloureuse et fut même agréable.
La série débute sur un double épisode très laborieux et si ceux qui suivent ne sont certes pas autant fastidieux, il est nécessaire d’attendre un petit moment avant que l’on sente le potentiel de cette production américaine. Il faut préciser que passer d’un médium comme celui du cinéma à celui de la télévision ne doit pas être évident. Spike TV est une petite chaîne du câble, a de bonnes idées mais n’a pas les moyens financiers d’en faire des tonnes. Blade : The Series prouve à de nombreuses reprises que le budget est limité, notamment avec des effets spéciaux moyennement convaincants. De même, l’acteur ayant repris le rôle de Wesley Snipes, Kirk ‘Sticky’ Jones, a au départ du mal à s’approprier le personnage de Blade. En plus d’être monolithique et raide comme un manche à balai, il ne paraît en aucun cas avoir le charisme nécessaire pour porter la série sur ses épaules. Arrivé en fin de parcours, le constat est différent, sans être non plus radicalement à l’opposé. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’est pas vraiment Blade l’élément le plus intéressant et le véritable moteur de la série mais plutôt quelques uns des personnages secondaires gravitant autour de lui. Quoi qu’il en soit, au fil des épisodes il tend à se dérider et réussit à sortir plusieurs répliques sympathiques. Son passé, sa première rencontre avec son mentor Whistler, sa relation avec son propre père ou encore certaines de ses victimes, sont remis au goût du jour. Les puristes noteront peut-être des différences avec les films. De toute manière, autant Blade : The Series a beau travailler son aspect superficiel avec des plans et ralentis suggestifs ou des vêtements féminins très raccourcis, la série montre une réelle volonté d’approfondir la caractérisation de ses personnages et de la mythologie de l’univers. Elle réussit par conséquent à dépasser le cadre des films et à se forger sa propre identité.

Blade est un diurnambule. Il bénéficie de toutes toutes les forces des vampires et évite leurs faiblesses. Il possède ainsi une force extraordinaire, est particulièrement agile mais ne craint ni le soleil, ni l’argent ou l’ail. Il est par contre soumis à la soif de sang si ce n’est que grâce à l’aide de Whistler, il n’a pas à en boire puisqu’il s’injecte un sérum adapté à sa physiologie. Cet être atypique aurait très bien pu décidé d’intégrer le clan des vampires ou créer le sien. Pourtant, il a choisi d’effacer de la carte toutes les créatures aux canines acérées se trouvant sur son chemin, quitte à se placer en paria de la société humaine et surnaturelle. Dans Blade : The Series, il revient à Detroit, sa ville natale, où il compte bien faire tomber Marcus Van Sciver, un haut dirigeant d’une des maisons les plus influentes, celle de Chthon. Pour cela, il peut compter sur deux acolytes. Shen, joué par Nelson Lee (Virtuality), ne travaille pas pour lui, il s’est juste associé à Blade en attendant de mettre la main sur un vampire bien particulier. Au départ on ne voit en ce personnage qu’un petit pro de l’informatique et de technologies plutôt caustique mais pas forcément indispensable. Au final, il se révèle plus que sympathique et la dynamique qu’il entretient avec Blade finit même par être bien menée.
Le diurnambule peut sinon compter sur l’aide de Krista Starr. Revenant d’Irak, elle apprend que son frère jumeau, Zack, est décédé. Ne croyant en aucun cas à la thèse d’un inspecteur véreux, elle décide d’enquêter d’elle-même mais se retrouve piégée. Transformée en vampire, elle ne peut plus faire machine-arrière et accepte d’aider Blade dans sa quête en intégrant la maison de Chthon et en se rapprochant dangereusement de Van Sciver. Les doutes et incertitudes de Krista sont relativement travaillés mais un des problèmes majeurs est que son actrice, Jill Wagner, est malheureusement assez limitée. C’est ainsi que le trio dysfonctionnel mène une guerre souterraine contre les vampires. Un quatrième membre s’ajoute plus ou moins à eux, à savoir un agent du FBI tentant de découvrir ce qu’il se cache derrière de mystérieux meurtres. Il réalise trop tard à quel point le monde qu’il croyait connaître est parasité de l’intérieur.

Le plus grand atout de Blade : The Series et qui permet à la série de se révéler agréable est la mythologie des vampires et le développement de nombreux protagonistes. Pour peu que l’on soit familier du genre, on ne peut pas dire que les épisodes amorcent des thématiques originales. Il en effet question des maisons de vampires, des différentes castes avec les sangs purs, c’est-à-dire ceux étant nés en vampires, ou encore ceux ayant été changés, etc. Fondamentalement, Blade : The Series n’apporte rien de nouveau mais elle réussit à tirer son épingle du jeu grâce à quelques vampires intéressants et bien mis en valeur. Le premier d’entre eux n’est autre que Marcus Van Sciver. Richissime playboy, il est respecté à Detroit et travaille sa couverture extérieure. En réalité, il est un vampire centenaire ambitieux. Las des sangs purs et de leurs éternelles moqueries et condescendance, il est bien décidé à leur faire payer le prix fort. Pour cela, ses recherches personnelles s’axent sur le projet Aurora, un supposé vaccin ayant pour but de changer la face des vampires. En théorie du moins. Van Sciver est ambigu et charismatique. Immédiatement attiré par Krista, il décide de la transformer en vampire afin de la garder près d’elle. Neil Jackson qui lui offre ses traits et son délicieux accent anglais font tout le reste et il devient alors difficile de ne pas être séduit par ce vampire plus que dangereux. Même constat pour sa grande amie depuis plusieurs décennies, Chase, jouée par Jessica Gower. Blonde, sexy et vénéneuse, elle veille jalousement sur Van Sciver et n’apprécie que peu l’intrusion de Krista dans leur vie. En dépit d’un passé assez chaotique, elle est fidèle à la maison de Chthon et plus particulièrement, à Van Sciver. Où est-ce plutôt l’inverse ? Les épisodes le diront. Si ce sont vraiment ces deux vampires qui tiennent la série à bout de bras, la haute dirigeante de Chthton n’est pas non plus en reste. De sang pur et ayant physiquement l’âge d’une fillette d’une dizaine d’années, Charlotte fait froid dans le dos. Et ce n’est pas uniquement parce qu’elle rafolle du sang des bébés.
Comme souvent, la série commençant en plus à dater, on pourra noter la présence de plusieurs visages connus du sériephile / des séries tournées à Vancouver. On retrouve effectivement Ryan Kennedy (Whistler, Caprica), Ryan Robbins (Battlestar Galactica, Caprica), Andrew McIlroy (Battlestar Galactica), Steve Bacic (Whistler, Stargate SG-1), Colin Lawrence (Battlestar Galactica), Hiro Kanagawa (Caprica, Tower Prep), Kavan Smith (Stargate Atlantis), Fulvio Cecere (Dark Angel), Brendan Penny (Whistler), Lauren Lee Smith (The L Word, Mutant X, CSI), Dominic Zamprogna (Battlestar Galactica), Panou (Caprica) ou encore les habitué des seconds rôles Tom Butler et Robert Wisden. Ça en fait du monde !

Concernant la forme, Blade : The Series possède un style propre ne pouvant être du goût de tout le monde. Il est évident que le public visé est le masculin et multiplie, comme il est noté plus haut, les plans suggestifs. La série semble en outre s’amuser avec des ralentis, des effets de style parfois malvenus, des vêtements qui virevoltent ou encore des contre-plongées histoire de montrer à quel point ses personnages ont une classe ultime. La caméra force ainsi quelque peu le trait mais semble surtout exagérer pour mieux s’en amuser. En d’autres termes, elle utilise tous les codes du genre, en joue et ne se prend pas la tête. Dommage que les combats soient aussi mal mis en scène et qu’ils fassent aussi lourds ou patauds à l’écran. On est loin de ceux des films. En revanche, un soin tout particulier est apporté à la bande-son composée par Ramin Djawadi (Prison Break, Game of Thrones), parfaitement adaptée à ce qu’il se passe à l’écran.

S’il paraît évident que Blade : The Series n’a rien de révolutionnaire et que ses débuts sont fastidieux voire poussifs, elle s’améliore progressivement jusqu’à devenir une série globalement sympathique, créative et divertissante. Pour peu que l’on soit amateur de vampires qui ne brillent pas et que l’on apprécie leur mythologie, cette production américaine peut par conséquent intéresser d’autant plus qu’elle réussit à s’affranchir des films. Il convient en revanche de préciser qu’en raison de son annulation, de très nombreuses questions restent en suspens et qu’en plus, elle se termine sur un cliffhanger. Il y a donc de quoi être frustré surtout lorsque l’on pressent un potentiel qui ne sera jamais exploité. La prestance, le développement et le charme des créatures comme Marcus Van Sciver et Chase ont tout pour plaire en dépit d’un super-héros quelque peu fade, d’un manque de substance et de limites budgétaires. Au final, Blade : The Series est surtout à destination des amateurs du mélange action / horreur / vampires qui ne sont pas dérangés par un traitement relativement superficiel.

Aishiteiru to Itte Kure | 愛していると言ってくれ

Par , le 29 mai 2012

Retournons du côté des vieilleries japonaises avec Aishiteiru to Itte Kure, soit le j-drama le plus vieux qu’il m’ait été donné de voir pour le moment. Composé de douze épisodes de 45 minutes, il fut diffusé entre juillet et septembre 1995 sur TBS. Son titre signifie approximativement « dis-moi que tu m’aimes« . C’est sa scénariste, Kitagawa Eriko qui est à l’origine d’Orange Days, Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi, Beautiful Life, Love Story ou encore plus récemment Sunao ni Narenakute, qui m’a donné envie de m’y intéresser. À noter ses audiences assez extraordinaires car elles furent d’une moyenne de 21,3%, avec même une pointe à 28,1% pour le dernier épisode. Aucun spoiler.

Mizuno Hiroko a quitté sa campagne pour tenter sa chance en tant qu’actrice à Tôkyô. En attendant de décrocher le rôle de sa vie, elle cumule les petits jobs et suit des cours de théâtre où travaille en tant que technicien son ami d’enfance, Yabe Kenichi. Un jour, elle rencontre par hasard un artiste, Sakaki Kôji et est immédiatement attirée par lui. Comme si le destin voulait les réunir, ils tombent l’un sur l’autre à de multiples reprises. Ce que Hiroko ne réalise pas tout de suite, c’est que Kôji est sourd et ne parle plus depuis qu’il a perdu l’audition. Alors que tout les oppose, elle veut apprendre à le connaître et pour cela, elle commence déjà par apprendre la langue des signes.

Orange Days n’était pas la première série de Kitagawa Eriko sur la surdité puisque la scénariste avait au moins déjà traité cette thématique grâce à Aishiteiru to Itte Kure. Ici, elle ne change pas non plus de son genre favori, à savoir l’histoire d’amour. Mine de rien, autant il est assez facile de trouver des j-dramas romantiques adultes datant de plusieurs années, autant il est bien plus ardu d’en citer spontanément qui soient sortis ces derniers temps. Les séries actuelles semblent moins s’attarder sur les relations humaines qu’autrefois. C’est peut-être un sentiment faussé cela dit. En tout cas, Aishiteiru to Itte Kure paraît assez peu connu dans la sphère des dramaphiles mais au Japon, il a eu son petit succès à l’époque. En le visionnant, on comprend aisément pourquoi.

Les situations de handicap étaient apparemment quelque peu à la mode à la télévision japonaise dans le courant des années 1990. Si le risque est toujours de sombrer dans la surenchère voire dans le misérabilisme, ce n’est jamais le cas de cette série. C’est même tout le contraire tant l’accent n’est pas réellement mis sur la surdité du héros. Il est vrai que le fait qu’il soit sourd est handicapant mais ce qui est davantage pointé du doigt est la difficulté de compréhension d’un couple. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’être sourd ou muet. Deux personnes ayant toutes les facultés pour discuter et échanger ont également de fortes possibilités de pas réussir à se comprendre. Il n’est pas non plus nécessaire de parler ou d’écouter pour communiquer. Beaucoup de non-dits et d’autres éléments importants peuvent passer par des gestes, une attitude ou encore un regard. Comme il est explicité dans la série, lorsque l’on perd un sens, on le compense avec les autres. Le héros ici a la possibilité de savoir ce que ressent une personne en regardant sa manière de se tenir ou l’expression de son visage. Quoi qu’il en soit, si la surdité de Kôji est le point de départ de l’histoire, elle n’en est clairement pas le moteur. Le j-drama est toutefois l’occasion de pointer quelques problèmes liés à une situation de handicap comme le regard des autres ou la notion de dépendance. Et de manière plus romantique, on en vient parfois à penser que pour être plus proche de quelqu’un, on aimerait tout simplement pouvoir entendre sa voix et se l’approprier. Comme le titre le suggère et comme le prouvera à plusieurs reprises l’héroïne, d’une manière égoïste, on a certainement envie d’entendre un je t’aime, même si l’autre nous l’a déjà prouvé à de très nombreuses reprises via d’autres moyens.

Aishiteiru to Itte Kure le dit avant même de commencer, il sera question d’une histoire d’amour. Ce qu’elle ne révèle pas par contre c’est qu’elle sera à l’état brut. Mizuno Hiroko a la vingtaine, est pétillante, optimiste, a besoin de s’exprimer et est semblable à un véritable livre ouvert. Ses émotions transpirent sur son visage et elle ne peut rien cacher à qui que ce soit tant elle est naturelle et vraie. Que l’on se rassure de suite, elle n’a rien d’irritant au départ car l’interprétation de Tokiwa Takako (Long Love Letter) est tout en fraîcheur. Candide, Hiroko ne se pose pas trop de questions sur son futur et vivote en attendant de percer un jour en tant qu’actrice. Elle est jeune, elle a encore toute la vie devant elle. En rencontrant Sakaki Kôji, elle perd quelque peu ses repères car tout ce qu’elle désire à ce moment est de le découvrir, de le comprendre et de l’aimer. En réalisant qu’il est sourd, elle commence à apprendre la langue des signes et fait des progrès spectaculaires en très peu de temps. À ce sujet, les acteurs sont extrêmement convaincants et donnent l’impression de maîtriser cette langue particulière. Kôji a une dizaine d’années de plus que Hiroko et traîne un passé douloureux, en partie lié à son handicap mais ne se limitant évidemment pas à lui. Taciturne, coupé du monde par choix et faisant peu d’efforts pour s’intégrer, il peint comme il respire. Le sourire de Hiroko associé à son dynamisme et sa joie de vivre le troublent. Bien qu’il se refuse d’abord à ressentir pour elle quoi que ce soit, il ne peut ensuite plus faire machine arrière tant la jeune femme lui devient aussi importante que de la nourriture. Ce ne doit pas être facile d’interpréter un homme sourd-muet renfermé sur lui-même mais ici, le très charismatique Toyokawa Etsushi qui lui offre ses traits fait preuve d’un magnétisme intense. Impossible de ne pas le remarquer, lui qui est immense, toujours vêtu de tongs et de pulls deux fois trop grands pour lui, et semblant tellement détaché de tout. Alors qu’il souhaite passer inaperçu, on ne voit que lui.

Si les deux personnages sont intéressants séparément, c’est surtout lorsqu’ils sont ensemble qu’ils en deviennent fascinants. Kôji et Hiroko se découvrent, s’apprivoisent et finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. La première partie du j-drama est magnifique. La seconde l’est nettement moins car l’intrigue se dilue et malheureusement, la série n’évite pas quelques écueils franchement dispensables comme une jalousie mal placée et disproportionnée, une réaction impulsive consécutive à cette jalousie ou encore le retour d’un ancien amour incarné par Asô Yumi (JIN). Hiroko finit d’ailleurs par être assez désagréable bien que ce soit surtout sa fragilité, son insécurité permanente et son besoin d’être rassurée qui la font agir de manière aussi peu raisonnée. Ce comportement paraît toutefois quelque peu hors caractère. C’est donc un petit peu dommage mais cela n’annihile pas les qualités des épisodes du début et de toute manière, même durant ces épisodes il reste de bons points. La grande force d’Aishiteiru to Itte Kure se situe ainsi dans l’écriture de son histoire d’amour et plus particulièrement, dans sa construction. Les sentiments des protagonistes sont mis à nu avec une telle maîtrise et un tel réalisme que l’on se sent parfois mal à l’aise, comme si nous étions un voyeur. La caméra semble effectivement parfois presque de trop et donne l’impression d’être une intruse. Le personnage de Kôji ne parle pas si ce n’est en voix-off où il exprime ses pensées et sa vision d’être. Ses paroles sont loin d’être redondantes avec ce que l’on voit et permettent généralement de mieux appréhender cet artiste assez difficile à approcher. En fait, il en ressort principalement un sentiment de mélancolie accentué par un rythme lent et une absence d’éléments sortant de l’ordinaire.
Le couple n’ayant que peu de possibilités de communiquer et la série se déroulant en 1995, ils utilisent un fax pour s’envoyer de très nombreuses lettres. Leur contenu reflète à merveille la personnalité des personnages. Tandis que l’un est dans l’instantané et n’est pas habitué à s’exprimer, l’autre s’étale et est légèrement poussif. Pour en revenir à l’absence de communication verbale, il est évidemment superflu de préciser la possibilité d’interagir via d’autres moyens lorsque l’on s’aime et la série montre justement plusieurs scènes de baisers et de sexe. Encore une fois, c’est là que l’on réalise le gouffre entre les séries des années 1990 et celles de la fin des années 2000 / début des années 2010.

Qui dit histoire d’amour dit généralement obstacles. Aishiteiru to Itte Kure ne déroge pas à la règle mais encore une fois, la série prône le réalisme avec des difficultés naturelles et non forcées bien que parfois discutables. Kôji a ainsi une petite sœur avec qui il ne partage aucun lien du sang et qui a toujours veillé sur lui. Elle n’apprécie guère de voir Hiroko lui tourner autour, notamment parce qu’elle a peur de le voir blessé. Celle-ci est jouée par la alors très jeune Yada Akiko (Last Christmas, Voice) dont ce fut le premier rôle à la télévision. Du côté de Hiroko, elle a pour ami d’enfance Ken (Okada Kôki) veillant sur elle depuis toujours. Alors qu’elle ne voit en lui qu’un ami, lui ressent plus que des sentiments platoniques pour elle mais préfère ne pas les lui montrer. Le personnage est franchement sympathique tout au long de la série et l’écriture de sa personnalité est on ne peut plus solide. Autrement, dans des rôles secondaires on peut noter la présence de Yo Kimiko (Churasan, Yankee Bokô ni Kaeru) en tant qu’agent de Kôji, Aijima Kazuyuki (JIN, BOSS) comme un peintre jaloux ou encore Namase Kutsushita (Gokusen, Ashita no Kita Yoshio) en ancien camarade de classe de Kôji.

Aishiteiru to Itte Kure a pour personnage principal un homme malentendant et joue ainsi énormément avec la bande-son. Il n’est pas rare que la musique, les paroles et tous les autres sons soient coupés et que l’on n’entende plus qu’un silence profond parfois presque perturbant. De même, il est possible de noter un effort particulier au niveau de sonorités anodines comme le chant des cigales, la pluie, les feuilles qui bougent dans les arbres, etc.. Le silence de Kôji est contrebalancé par le bruit de Hiroko. La musique de Nakamura Masato est en revanche plus banale et ne marque pas particulièrement. Autrement, c’est Love Love Love de d’extrêmement populaire groupe Dreams Come True que l’on entend à plusieurs reprises au cours des épisodes. La chanson est plutôt agréable et elle s’est vendue à l’époque à plusieurs millions d’exemplaires.

En définitive, Aishiteiru to Itte Kure est une belle histoire d’amour qui sort du classicisme grâce à son traitement hypersensible et intimiste. Avant de parler d’un homme sourd interprété par un excellent Toyokawa Etsushi, la série s’attarde sur les difficultés de communication dans un couple et sur la question qui est de savoir si l’amour suffit pour construire une relation. On peut s’aimer mais ne pas réussir à se comprendre en raison d’une multitude d’éléments comme une différence d’âge et de maturité, un passé trop lourd pour ses épaules ou une manière de vivre fondamentalement opposée. Il est vrai que la série finit par se répéter et devenir lassante en multipliant les incompréhensions et la jalousie irrationnelle de Hiroko mais son début et sa tonalité mélancolique méritent à eux seuls le déplacement. Bien que son rythme assez lent et son absence d’évènements extraordinaires ne plairont pas à tout le monde, ceux appréciant les histoires tranquilles et chargées d’un point de vue émotionnel pourraient peut-être y trouver leur compte.