Yeonineui Hyanggi | 여인의 향기 (Scent of a Woman)

Par , le 21 décembre 2011

Après une petite pause, nous retournons encore une fois du côté de la Corée du Sud suite à la demande de RomanticNurse dans le cadre de l’animation de Noël de Luminophore.

Incroyable mais vrai, il va être question d’un kdrama qui vient presque tout juste de se terminer. Qui aurait cru que Luminophore serait autant à la pointe de l’actualité du pays du Matin Calme ? Hum. Bon, évidemment, sans RomanticNurse, cela ne serait jamais arrivé. Comme le laisse supposer ces quelques lignes, Yeonineui Hyanggi, Scent of a Woman pour le titre international, est une série sud-coréenne. Comportant seize épisodes d’environ soixante minutes, elle fut diffusée entre juillet et septembre 2011 sur SBS. L’intitulé anglais signifie l’odeur / le parfum d’une femme. J’avoue ne pas du tout voir pourquoi il s’appelle ainsi, si vous avez une idée, n’hésitez pas à m’en faire part via les commentaires. La série n’a rien à voir avec le film du même nom, Le temps d’un week-end en VF, de Martin Brest et avec Al Pacino. Aucun spoiler.

Lee Yeon Jae a la trentaine bien tassée et vit toujours avec sa mère, économisant le moindre de ses sous. Souffrant d’être célibataire et de n’avoir jamais connu l’amour, elle travaille dans une société d’agence de voyage où elle se fait traiter comme une moins que rien depuis plus de dix ans par son responsable et plusieurs de ses collègues. Elle espère avoir un jour la possibilité de se marier, d’être mère, de construire une belle maison et de partir en voyage. C’est pour cela qu’elle économise et mène presque une vie d’ascète. Un jour, après avoir encore une fois été malmenée et traînée dans la boue, elle apprend qu’elle a un cancer de la vésicule biliaire et qu’il ne lui reste plus que six mois à vivre. Sur un coup de tête et suite à une énième méchanceté proférée par son responsable, elle lui lance sa lettre de démission, prête depuis de nombreuses années, à la figure et décide de partir à Okinawa, au Japon, en vacances. Par pure coïncidence, elle y rencontre le jeune directeur de son ex-entreprise, en voyage d’affaires, Kang Ji Wook. Célibataire, charmant et riche, il a tout du beau parti. Depuis qu’elle l’a vu à Séoul, Yeon Jae a eu le coup de foudre mais lui, n’a aucune idée qu’elle est son ancienne employée. Sous le soleil et devant les superbes paysages japonais, les deux tombent amoureux mais c’est sans compter sur la fiancée de Ji Wook et évidemment, la maladie de Yeon Jae.

Allez, j’avoue. S’il y a bien une série parmi toutes celles que vous avez proposées qui ne me donnait vraiment pas envie de me lancer, c’est celle-ci. J’y voyais un mélo dans la plus pure tradition des séries sud-coréennes et j’en étais limite malade avant de la débuter. Je dois donc dire que j’ai été extrêmement surprise en la débutant car les premiers épisodes sont plutôt drôles. Jusqu’à la première moitié de Scent of Woman, le ton est effectivement assez enlevé. L’humour est léger et distillé par petites doses. Bien que l’héroïne soit mourante, il n’y a aucun pathos ou misérabilisme ambiant, c’est même tout le contraire. Si Yeon Jae subit quelques séances de chimiothérapie et que des effets secondaires apparaissent, ils ne sont jamais prépondérants et largement supportables. Forcément, au vu du thème, au fil de l’avancée de l’intrigue la bonne humeur et l’ambiance un tant toit peu fantasque sont nettement mis de côté sans que la série ne sombre pour autant totalement dans les travers du genre. Les épisodes sont davantage touchants que tristes. La très jolie fin est d’ailleurs à l’image de l’ensemble du kdrama, elle est autrement dit un peu douce-amère tout en étant éminemment positive. Yeonineui Hyanggi se rapproche sur certains point de Flowers for my life, avec cette envie de profiter de la vie, de la vivre jusqu’au bout sans regret et en essayant de l’exploiter à son maximum. À vrai dire, cette série ne s’axe absolument pas sur la maladie comme on pourrait le croire en lisant le synopsis. Elle est surtout sur le renouveau de son existence et sur l’importance de ne pas attendre éternellement une soi-disant meilleure période pour se lancer dans les projets qui nous tiennent à cœur. Yeon Jae s’approche à ses yeux un peu trop dangereusement de ses 40 ans et se rend compte qu’elle n’a rien fait jusque là. Elle va mourir et elle ne connaît rien à la vie. À quoi cela sert-il d’avoir passé tout son temps à économiser et se priver de tout si l’on ne peut même pas en profiter plus tard ? On a tous des rêves et des envies que l’on repousse continuellement et Yeonineui Hyanggi fait justement réfléchir à ce sujet en donnant envie d’oser et d’essayer d’aller de l’avant plutôt que de se cacher derrière de fausses excuses. L’héroïne dresse une liste de tout ce qu’elle souhaite connaître avant sa mort et tente de les rayer une à une. Ses désirs sont triviaux mais ce sont justement ces petites choses banales qui construisent une vie et qui font que l’on peut quitter les vivants l’esprit quelque peu reposé. Comme elle le dit au médecin qui la soigne, comment doit-elle occuper ces derniers instants ? En découvrant un miraculeux médicament ? En créant quelque chose de fantastique ? Non, quand bien même elle le voudrait, ce n’est pas possible. Elle a gagné le droit de penser d’abord à elle et à ceux à qui elle tient. Chaque jour de plus est dès lors une victoire et elle le vit comme s’il n’y avait pas de lendemain. Yeonineui Hyanggi est une série empreinte d’un superbe message d’espoir qui compense généralement les lacunes dont elle souffre.

Lee Yeon Jae est au départ une femme soumise, humiliée en permanence et ne bronchant jamais. Ce côté paillasson n’est pas du tout agréable à voir sur son écran. Il ne dure certes pas trop longtemps mais il aurait gagné à être moins prégnant. Quoiqu’il en soit, Yeon Jae finit par se réveiller suite à l’électrochoc qu’est l’annonce de son cancer. À partir de là, elle entre dans une période où elle suit ses instincts plus primaires en réagissant de la manière avec laquelle son cœur la guide et non plus sa raison. Elle n’hésite par exemple pas à rendre sa claque à une riche héritière imbue de sa personne ou à remettre à sa place des grossiers personnages. La voir prendre de l’assurance et s’affirmer est très agréable bien que l’on ne puisse se départir de cette triste impression qu’il ait fallu qu’elle soit au pied du mur pour qu’elle ose enfin prendre en main sa vie. L’interprétation de Kim Sun Ah est de qualité. Si la maigreur et le visage de l’actrice font assez peur au départ, on s’y habitue vite d’autant plus que son personnage, en changeant de vie, modifie totalement sa garde-robe. Yeon Jae est une femme attachante mais plus les épisodes passent et plus elle perd de sa saveur. Nous sommes d’accord, il s’agit d’une série sud-coréenne où la romance et la maladie se côtoient. Il n’est toutefois pas la peine de multiplier les scènes de larmes, d’inventer des prétextes fallacieux pour écarteler le couple phare et de diluer autant l’intrigue. Le résultat est alors bancal et s’avère parfois très lent et peu enthousiasmant. De la même manière, l’héroïne garde sa maladie secrète une très grande partie de la série, souffre en silence telle une brave et courageuse femme. Elle fait un pas en avant pour dix en arrière et la série subit un effet yoyo dont on se serait aisément passé. Il en est de même pour le héros, ce qui n’aide donc en rien. Cependant, il convient de dire que le kdrama évite habilement plusieurs obstacles ; tout n’est donc pas à jeter à la poubelle. Il est clair que le rythme est délétère, Yeonineui Hyanggi aurait gagné à posséder au minimum deux ou trois épisodes de moins. Les multiples flashbacks rappelant un moment de l’épisode s’étant déroulé dix minutes auparavant ne servent non plus à rien. Ceci semble toutefois être un souci inhérent aux kdramas. Quand bien même ces défauts soient au final assez légers, il empêche la série de pleinement décoller et de se rendre incontournable.

Kang Ji Wook est l’unique fils héritier d’un chaebol, un groupement d’entreprises de plusieurs secteurs, ici toutes liées par le domaine du voyage. C’est Lee Dong Wook (My Girl) qui lui offre ses traits. Il s’agit de sa première série après son service militaire de deux ans. Un peu trop maigre mais toujours charmant, l’acteur est parfaitement mis en valeur avec du fanservice à tous les étages. Il change très régulièrement de chemise, il prend sa douche, il met la vie de son personnage en danger dans une scène ridicule avec sa voiture rouge de sport… Que les amateurs n’aient crainte, il y a largement de quoi se mettre sous la dent. Ji Wook suit à la lettre les ordres de son père, joué par Lee Jung Gil (Flowers for my life), jusqu’à sa rencontre avec Yeon Jae. Devant diriger une agence de voyage, il s’ennuie pas mal et trouve pénible le fait de devoir se marier avec une riche héritière dont la famille finance l’entreprise paternelle. Cependant, il n’essaye pas de changer quoique ce soit. Lorsqu’il fait la connaissance de l’héroïne, il découvre que lui aussi a envie de profiter de la vie et de la remplir de choses intéressantes et passionnantes. Tant pis si pour cela il doit se mettre tout le monde à dos. Il est un petit peu dork sur les bords et ce trait de sa personnalité le rend assez craquant. La relation entre les deux personnages principaux est correctement amenée et leur romance plutôt bien développée. Il est indubitable que l’alchimie entre les deux acteurs est plus que présente. Yeon Jae souhaitant apprendre à danser le tango, Ji Wook se jette également à l’eau en dépit de son côté guindé et s’en suivent plusieurs scènes de danse. Certaines d’entre elles sont sensuelles et langoureuses à souhait. Elles sont littéralement traversées par de l’électricité dans l’air et battent à plate couture les scènes de baisers, quand bien même celles-ci soient également réussies. Toutefois, comme cela a été écrit plus haut, les épisodes ont tendance à trouver des prétextes pour allonger inutilement l’intrigue. Les personnages se compliquent beaucoup trop la vie pour des broutilles. C’est d’autant plus dommage que leur dynamique est adulte et jolie mais perd dès lors en intensité. On en vient à croire que tous les Sud-Coréens passent leur temps à avoir la larme à l’œil. En outre, un des gros problèmes n’est autre que celui des parents et de la rivale de service.

Ji Wook et Yeon Jae n’ont plus qu’un seul parent, l’autre étant décédé. Le premier a donc toujours son père et la seconde, sa mère. Il est amusant de remarquer que les deux sont interprétés par les parents de l’héroïne de Flowers for my life, Kim Hye Ok (Capital Scandal) étant ici la mère de Yeon Jae. Sans être aussi insupportable que son pendant masculin, la mère de Yeon Jae n’est pas des plus agréable. Ne sachant même pas vivre par elle-même, elle passe une grande partie de son temps à rabâcher à sa fille qu’elle finira célibataire, que cela est anormal et qu’elle, elle ne sait plus où se montrer tant elle a honte. On sent bien sûr encore une fois ici la mentalité sud-coréenne et on ne peut s’empêcher de la trouver toujours autant irritante. Le père de Ji Wook est encore plus énervant tant il ne cherche pas le bonheur de son fils mais une bonne situation, le reste important bien peu. Il en va de même avec le père de la supposée future épouse de Ji Wook. Généralement, toutes les intrigues en lien avec les parents sont ennuyantes et dispensables. Les seules scènes méritant vraiment leur place sont celle où Yeon Jae révèle la vérité à sa mère et l’autre où sa mère toujours accuse le choc.

Une romance sud-coréenne ne serait pas complète s’il n’y avait pas les fameux rivaux bien que l’un d’entre eux sorte totalement de ce rôle préformaté. Ce n’est pas le cas de la fiancée de Ji Wook, Im Se Kyung. Riche héritière, orgueilleuse, sûre d’elle et condescendante, elle ne voit en les employés qu’un ramassis de pouilleux bons à rien. Si le scénario tend à faire comprendre son attitude par ses difficultés amoureuses, il n’explique absolument pas son attitude détestable. On la quitte toutefois en de bons termes mais elle laisse une empreinte peu sympathique. Son interprète, Seo Hyo Rim, peut être jolie au naturel sauf que son maquillage et sa coupe de cheveux la rendent ici encore plus insupportable. À l’inverse, la série s’attarde sur le supposé rival masculin de Ji Wook qui sort du chemin balisé. Chae Eun Suk est un oncologue froid et distant avec ses patients. Ne faisant preuve d’aucune empathie, il en vient à s’attirer les foudres de ses congénères tant il semble détaché de tout. Il devient le médecin s’occupant de l’héroïne. Bien qu’il ne l’avoue pas lors de leur premier rencontre, il a été à l’école primaire avec Yeon Jae. Les deux ne se sont donc pas vus depuis de nombreuses années mais se connaissent. À son contact, Eun Suk gagne en humanité et finit par devenir un médecin digne de ce nom. L’oncologue joué par Uhm Ki Joon est bien plus qu’un potentiel rival dans le cœur de Yeon Jae. Il est certes d’abord celui qui s’occupe de sa santé mais il fait surtout office de confident et d’ami. Sans posséder les étincelles de celles du couple de héros, cette dynamique se montre peut-être plus touchante car sincère et naturelle. Comme on peut le comprendre, ce fut ma préférée au cours de la série.

Outre ces personnages, Yeonineui Hyanggi met en avant une jolie amitié féminine que l’on aurait aimé être davantage développée. Elle méritait vraiment plus de scènes. Yeon Jae est amie avec Yoo Hye Won depuis qu’elle sont hautes comme trois pommes. Toutes deux vieilles célibataires, elles se donnent du courage et se supportent mutuellement. À l’hôpital, Yeon Jae est dans la même chambre que Yang Hee Joo, une jeune femme mignonne et lumineuse comme tout, malheureusement elle aussi atteinte d’un cancer. Ses apparitions sont souvent drôles et extrêmement fraîches. Autrement, les employés de l’agence de voyage sont régulièrement de la partie et le kdrama montre quelques danseurs de tango mais leurs développements restent au stade embryonnaire. Lee Won Jong (Iljimae) incarne quant à lui un pianiste renommé acerbe qui préfère laisser certaines situations prendre des proportions incroyables plutôt que de s’excuser. À noter sinon que les fans de kpop et plus particulièrement de Dong Bang Shin Ki / JYJ auront reconnu Xiah Jun Su qui joue son propre rôle et pousse la chansonnette.

Impossible de ne pas laisser un mot sur l’aspect visuel de Yeonineui Hyanggi tant il transcende littéralement la série. Il semblerait qu’une caméra novatrice spécifique ait été utilisée, lui permettant de capter la lumière. Aucune idée de ce qu’il est du côté de la technique mais une chose est sûre, à l’écran c’est magnifique. Ce sont surtout lors des premiers épisodes, lorsque les personnages sont à Okinawa, que l’on est subjugué. Mais même des moments plus banals comme un simple décor dans la nuit en deviennent ici presque magiques. En fait, on a tout simplement l’impression de baigner dans une lumière fantasmagorique avec des couleurs chatoyantes. Tout y paraît beau. Tout. La caméra a en plus tendance à se promener dans des champs de thé, sur la plage, dans des vallées, etc. L’atmosphère devient alors en très peu de temps reposante ainsi que chargée en douceur et en exotisme. C’est un sentiment extrêmement agréable et immédiatement, on est bien plus conciliant vis-à-vis des quelques soucis évoqués plus haut. La bande-son prolonge ce bien-être car si elle n’est pas inoubliable, elle possède quelques jolies chansons dont justement celle de Jun Su et surtout, les musiques de tango.

Alors que Yeonineui Hyanggi traite du douloureux sujet qu’est le cancer, la série prend le parti d’être sereine, assez drôle et gentiment légère. Plutôt que d’accumuler les poncifs du genre et de s’engouffrer dans la brèche du mélodrame et du pathos à outrance, les épisodes s’attardent sur la volonté inflexible de son héroïne qui est de profiter de la vie et de tout ce qu’elle a à offrir. Au diable ceux qui l’importunent et qui lui font du mal ! Elle, elle a du temps à rattraper. En cela, le kdrama porte un très joli message d’espoir et de bienveillance. La série souffre toutefois d’une certaine prévisibilité ainsi que d’un ventre mou. Mais surtout, les multiples crises de larme ne servent à rien, elles se montrent parfois même incompréhensibles tant la situation ne donne pas envie de pleurer. En cours de route, la série se perd donc un peu, oubliant son côté rafraîchissant mais elle le retrouve dans le dernier épisode. Quand bien même ces défauts auraient pu être facilement évités, des points positifs réussissent à contrebalancer ces difficultés. Yeonineui Hyanggi est une pure merveille visuelle avec ces superbes paysages, cette incroyable luminosité et communique une jolie leçon de vie. Le message de profiter de son existence jusqu’à plus soif est certes un peu déjà-vu mais il n’en demeure pas moins efficacement mis en scène. En bref, il s’agit là d’une série simple, reposante, à la fois douce et amère et mettant un avant un joli couple mature et parfaitement interprété. Une bonne surprise en somme.

Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna | ギルティ ~ 悪魔と契約した女

Par , le 20 décembre 2011

Nous sommes encore repartis sur les traces des séries japonaises avec le choix de Gatien pour cette animation spéciale Noël.

Déjà repérée lors de ma sélection des j-dramas de l’automne 2010, Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna me donnait tout particulièrement envie car les quelques critiques lues, dont celle de Gatien, étaient plutôt positives à son sujet. Or, dernièrement j’ai surtout essayé de vider mes cartons donc celui-ci n’était pas au programme. Pas de culpabilisation en vue puisque ce fut une des séries choisies pour cette animation spéciale Noël. Les choses sont parfois bien faites, n’est-ce pas ? Derrière ce titre se cache une série japonaise de onze épisodes diffusés entre octobre et décembre 2010 sur Fuji TV. Seul le premier épisode comporte quinze minutes de plus que les quarante-cinq habituelles. Guilty provient évidemment de l’anglais et signifie coupable. Quant au sous-titre akuma to keiyakushita onna, il est traduisible en la femme qui a pactisé avec le diable. Aucun spoiler.

Coupable comme être coupable après avoir perpétré un crime. Coupable comme le fait de se sentir coupable après avoir effectué une action répréhensible. Guilty joue avec une certaine subtilité sur sur les deux tableaux. Nogami Meiko est sortie de prison après y avoir passé quatorze ans pour le meurtre de son beau-frère et de son neveu (Kabe Amon – Good Life). Sa sœur (Konno Mahiru – Shiroi Haru) s’est suicidée après son incarcération et leur mère a tenté de la suivre mais a échoué, elle vit depuis lors dans une institution spécialisée. Meiko étant désormais libre, elle travaille dans un salon de toilettage canin et semble ne pas réellement profiter de son existence. Sa patronne se montre bienveillante et accepte de manière totalement ouverte le passé de Meiko, quitte à perdre des clients. Après sa sortie de prison, plusieurs hommes se sont apparemment suicidés bien que leurs derniers gestes paraissent assez étranges. Fait d’autant plus curieux que tous semblent avoir un lien plus ou moins direct avec l’affaire qui l’a envoyée derrière les barreaux. Serait-ce elle qui se cache derrière tout ça ? La réponse ne se fait pas tarder, oui, c’est elle qui se venge en forçant ces personnes à se donner la mort. Ayant clamé son innocence depuis le départ, il semblerait qu’elle n’ait effectivement jamais empoisonné ces gâteaux ayant tué sa belle-famille. Progressivement, elle remonte jusqu’à celui qui a organisé cette affaire et est bien décidée à lui faire payer le prix fort.

Les histoires de vengeance ont toujours eu un attrait particulier à mes yeux. Elles sont d’autant plus jouissives lorsqu’elles sont froides comme il faut et réalisées via des moyens réfléchis et implacables. Les frontières de Guilty entre le bien et le mal sont floues. Si Meiko est innocente, n’a-t-elle pas raison de faire souffrir ceux qui ont détruit sa vie et celle de sa famille ? En plus, si ces mêmes personnes n’éprouvent aucun remord, ne méritent-elles pas ce qui leur arrive ? La justice est parfois bien plus laxiste avec les riches et les puissants, eux qui réussissent à échapper au couperet fatidique alors pourquoi pas… Évitant le manichéisme, la série joue habilement avec la conscience collective et sociale afin de nous faire réfléchir sur notre propre notion de la justice. Si, au vu de l’excellente fin, elle prend le parti de ne pas répondre totalement à sa propre question, il n’en demeure pas moins qu’elle pousse la réflexion tout en ne se révélant pas trop consensuelle. Meiko a beau ne pas avoir tué qui que ce soit quinze auparavant, il n’empêche pas moins qu’elle pousse des personnes au suicide. Sa méthode pourrait se montrer infaillible mais elle semble vouloir payer ses crimes lorsqu’elle en sera arrivée à bout. L’anti-héroïne est plutôt nuancée et l’interprétation sans failles de la toujours aussi agréable Kanno Miho (Magerarenai Onna, Churasan) aide probablement à la rendre aussi complexe. D’apparence fragile, marquée par son passé et s’étant refermée comme une huître sur elle, Meiko est en apparence d’une nature serviable et gentille. Si le début de la série laisse penser que tout ceci n’est que façade et que son véritable visage est celui d’une manipulatrice froide et dangereuse, il n’en est rien. Ayant fait de sa vengeance sa nourriture pendant quinze ans, elle montre toute sa force et sa volonté lorsqu’il en est question et qu’elle échafaude ses plans. Preuve est qu’elle n’est pas foncièrement mauvaise, elle veille toujours à ne pas faire souffrir ou mettre en danger des innocents. Durant son incarcération, elle a probablement dû ruminer ses idées de vengeance, les faisant tourner en boucle dans sa tête. Elles sont ainsi devenu sa devise et elle n’a plus d’autres objectifs. Là où la série réussit son pari c’est en faisant dès le départ douter de la sincérité de Meiko jusqu’à arriver à un point où l’on cautionne ses actes, quand bien même on sache pertinemment que non, on ne fait pas sa propre justice. Alors qu’elle touche au but, on en vient à penser qu’elle ne mérite pas de retourner en prison et qu’elle devrait avoir le droit de vivre sa vie. Si le personnage manque un tant soit peu de subtilité et de profondeur, les fameux sourires narquois étant par exemple dispensables, il paraît tout de même indubitable qu’il s’agit là d’un beau portrait né dans la tragédie.

Les épisodes cheminent vers le chef d’orchestre de l’affaire des gâteaux en chocolat empoisonnés. Qui est-ce et pourquoi Meiko ? Pourquoi sa famille est-elle décédée ? Avait-il une inimitié contre eux ? Est-ce le fruit du simple hasard ? Le rythme est soutenu, de nombreux rebondissements venant régulièrement alimenter l’intrigue, et le suspense est haletant. Presque immédiatement après avoir débuté Guilty, on se prend au jeu et il est difficile de s’en détacher avant d’être arrivé à son terme. Il est vrai que le scénario comporte quelques lacunes, certains raccourcis n’étant pas évités et plusieurs incohérences ou approximations étant de la partie. Toutefois, l’ambiance, l’aspect symbolique avec notamment ces corbeaux et la photographie travaillée compensent ces difficultés. La série est au final tellement prenante que les quelques ficelles plus grossières sont facilement laissées de côté et ne gâchent aucunement le plaisir procuré. La musique participe en outre à cette orchestration. Sumitomo Norihito propose effectivement une superbe bande-son tour à tour effrénée, prenante, envoûtante ou encore mélancolique. Il en est de même pour les deux chansons que l’on entend régulièrement, à savoir celle du générique de fin, Kono Yoru wo Tomete de JUJU mais aussi celle aux sonorités plus rap, Guilty de The New Classics.

Sur son chemin vengeur, Meiko rencontre plusieurs personnes. Certaines lui mettront des bâtons dans les roues, d’autres lui tendront la main et d’autres encore navigueront en eaux troubles. C’est d’abord par pure coïncidence qu’elle fait la connaissance d’un policier désabusé et à la dérive après le meurtre de son jeune apprenti. Mashima Takurô, incarné par Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Love Shuffle, Last Christmas), se fait mal voir de tous ses collègues et passe plus de temps au fond d’une cellule à cuver son alcool qu’à courir après les malfaiteurs. Il se rapproche dans un premier temps de Meiko car il note des coïncidences étranges entre les suicides, le passé de cette femme et la disparition de son mentor. Ce qu’il ne réalise pas c’est que sa propre conception du bien et du mal sera mise à rude épreuve. Entre les deux se tisse une relation extrêmement ambiguë mêlant de nombreux sentiments presque inextricables. Meiko ne sait pas qu’il est inspecteur de police et croit ne voir qu’un homme s’occupant d’un chien. Étant farouche, elle se laisse peu approcher d’autant plus qu’elle est seule depuis ses 19 ans et qu’elle n’a jamais pu construire une réelle relation avec qui que ce soit d’extérieur à sa famille. Sa détresse touche Mashima plus qu’il ne le voudrait, lui qui aussi navigue à vue. Honnêtement, j’ai eu un énorme coup de cœur pour cette dynamique discrète mais qui possède quelques scènes très fortes et significatives. Cette romance impossible et avortée est légère et ne devrait absolument pas déranger ceux qui sont réfractaires au genre.

Une des collègues et ex petit-amie de Mashima, Enomoto Mari, est jouée par la toujours aussi belle Kichise Michiko (Bloody Monday, BOSS, LIAR GAME, Nodame Cantabile). D’abord de nature antipathique, elle se montre plus intéressante en fin de série mais demeure tout de même assez fade. A contrario, Dôjima, le journaliste donnant l’impression de n’avoir aucun scrupule est bien plus agréable. S’il est vrai que la prestation de Karasawa Toshiaki gênera ceux qui n’apprécient pas le surjeu typique, cela n’empêche pas que ce personnage est une réussite car drôle tout en gardant une certaine dimension tragique et touchante. D’autres comme le chef de l’unité de police, Ukita, se veulent davantage unilatéraux. Le probable psychopathe et pyromane Mizoguchi, interprété par un sympathique Kanai Yûta (Asukô March!, TROUBLEMAN) mais qui en fait trop, est un autre exemple. L’interprétation est tout de même de bonne qualité dans son ensemble. Comme souvent, la série est l’occasion de voir de nombreux visages connus. Nous n’allons pas trop nous attarder sur eux tant cela pourrait dévoiler leurs rôles et motivations dans cette affaire ayant coûté quinze ans de la vie de Meiko. C’est avec grand plaisir (le mien en tout cas !) que l’on retrouve Kashiwabara Shûji (Yume wo Kanaeru Zô) dans un registre différent de ses habitudes, Namioka Kazuki (Crows Zero), Harada Kana (Bloody Monday), Mikami Kensei (Tôkyô DOGS, Muscle Girl!), la superbe Takizawa Saori (Hachimitsu to Clover, Marumo no Okite, Jotei) ou encore Ishimaru Kenjirô (Kamen Rider Den-Ô).

S’il est indubitable que Guilty manque quelque peu de profondeur et de rigueur, il n’empêche pas moins qu’elle se montre réussie sur de nombreux points. Avec une jolie photographie, un rythme soutenu, une bande-son agréable, une interprétation plutôt satisfaisante ainsi que plusieurs personnages intéressants, on se laisse envahir par la froide vengeance guidant l’héroïne. L’ambiance mystérieuse et parfois morose, la fine romance, le scénario intrigant et le suspense font tout le reste. Par ailleurs, la remise en question de la moralité de Meiko mais aussi de celle qui nous gouverne est stimulante et fait plaisir. Au final, cette femme est-elle une victime ou une coupable ? Pour peu que l’on accepte ses défauts, le visionnage se révèle alors être tout particulièrement distrayant et extrêmement agréable. Pour ma part, c’est en tout cas un coup de cœur.

Awkward. (saison 1)

Par , le 19 décembre 2011

Après cette avalanche de fictions asiatiques, retournons du côté de l’Occident grâce à la demande de Roseship31 concernant l’animation de Noël.

Suivant depuis 2011 une politique de visionnage de séries occidentales différente d’auparavant, j’évite dorénavant de trop me lancer dans les nouveautés. C’est pour cela que même si les échos entendus sur Awkward. me semblaient positifs, j’avais décidé de ne pas lui donner sa chance. Finalement, les choses font que je me suis quand même jetée à l’eau. Awkward. ? Diable, pourquoi y a-t-il un point ? Pour un effet de style ? Probablement. Si votre niveau d’anglais n’est pas trop horrible, vous devez être au courant qu’awkward signifie embarrassant, gênant, inconfortable… ; bref, vous voyez le genre de situations à quoi cela rapporte et qui sont monnaie courante lorsque l’on est ado. Awkward. est une production américaine datant de cette année puisque la première saison, composée de douze épisodes de vingt minutes, fut diffusée entre juillet et septembre 2011 sur MTV. Honnêtement, le fait que cette chaîne en soit à l’origine peut être source de palpitations, mais des fois, il faut savoir ranger ses préjugés dans sa poche. Une saison deux est déjà d’actualité, la série devrait revenir à l’antenne au cours de l’été 2012. Aucun spoiler.

Jenna Hamilton a quinze ans. Comme beaucoup de jeunes filles de son âge elle aimerait être un peu moins invisible, un peu plus jolie, un peu moins ceci, un peu plus cela, la liste ne s’arrêtant jamais. Un jour, suite à un concours de circonstances assez improbable, elle tombe violemment dans sa salle de bain et tous croient alors qu’elle a tenté de se suicider. Même ses parents ! Sauf que pas du tout, elle tient à sa vie. De lycéenne passe-partout, elle devient celle dont tout le monde parle et que l’on montre du doigt. Obligée de gérer son nouveau statut pas facile à porter, elle doit en plus composer avec la perte de sa virginité, dans le placard à balai, avec le beau gosse de service n’assumant absolument pas de fricoter avec une fille aussi impopulaire. Honnêtement, le synopsis de la série fait peur. Très peur même. Et encore un teen show de plus avec des personnages stéréotypés et écrits à la truelle ! Eh bien… un petit oui et un grand non. Certes, il ne faut pas se leurrer, les situations et les rebondissements sont convenus. Il y a le bellâtre habituel, les cheerleaders méchantes et stupides, les amies fidèles, les tromperies et ainsi de suite. Sauf que le ton d’Awkward. est suffisamment décalé et frais pour ne pas rendre l’ensemble imbuvable. Sans être non plus totalement subversive ou novatrice, cette première saison propose des épisodes différents de ce que l’on peut voir actuellement à l’écran dans le même genre. Contrairement à un nombre incalculable de fictions préformatées pour adolescents, celle-ci sonne authentique. Un mot banal en apparence, mais qui peut justement offrir à une série tout ce qu’il faut pour qu’elle se révèle éminemment sympathique.

Avant de méchamment se fracturer plusieurs os, Jenna reçut une lettre anonyme évoquant toutes les choses qu’elle devrait changer afin d’être davantage populaire et, a fortiori, mieux dans sa peau. Peu anodin, ce courrier la blesse dans un premier temps, puis elle finit par s’y fier et remarquer que certains propos ne sont pas aussi cruels qu’ils en ont l’air. Évidemment, le mystère de qui se cache derrière cette missive fait partie de l’intrigue générale, sans être toutefois prépondérant, et il trouve son dénouement dans le season finale. Sa résolution, bien que logique, est assez surprenante et garde une dimension presque malheureuse. Le point positif de ce bout de papier est qu’il permet à l’héroïne de prendre du recul par rapport à sa propre situation. Jenna n’a que quinze ans, mais elle fait preuve d’une certaine maturité crédible. L’interprétation d’Ashley Rickards est d’ailleurs juste et suffisamment nuancée. Suite à cette lettre, la jeune fille essaye de s’occuper d’elle, d’évoluer et de voir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins. Elle sait qu’elle est dans un âge où l’on se cherche et tente d’expérimenter afin de se découvrir. Indubitablement, il lui arrive fréquemment d’aller droit dans le mur, mais si elle est un brin sarcastique, elle s’avère assez optimiste et, surtout, réaliste. Bien que la série utilise le principe désormais éculé de voix off, il ne se révèle pas ici irritant tant les propos de Jenna ne sont pas vides de contenu et demeurent soit intéressants, soit corrects sans plus, mais non désagréables. Cette méthode de narration tend à approfondir le côté plutôt mordant et parfois un tant soit peu désabusé des situations que vit Jenna. Tous ces éléments rendent dès lors l’héroïne attachante et naturelle.

Autour de Jenna cohabitent plusieurs personnages allant du moyennement cliché au très cliché. Ses parents sont jeunes et au lieu d’avoir une relation ordinaire avec elle, ils ont surtout tendance à vouloir être ses amis. Sa mère, Lacey (Nikki Deloach), en est d’ailleurs l’exemple parfait. Obsédée par son apparence, elle semble ne faire preuve d’aucune responsabilité. Sous son attitude immature se trouve toutefois un amour sincère pour sa fille pour qui elle est prête à tout. Le père (Mike Faiola) est moins visible et a surtout le chic pour éviter les conflits. Jenna peut toujours compter sur ses deux amies. Il y a d’un côté la jolie Ming (Jessica Lu), écrasée par les principes de sa famille chinoise qui ne voit en les États-Unis qu’un pays pétri de vices et de tentations, et de l’autre, Tamara (Jillian Rose Reed), bien plus délurée et totalement sous le charme d’un dragueur à deux francs six sous n’en valant pas la peine. La saison aurait pu développer davantage la relation entre ces trois adolescentes, mais en douze épisodes, elle fait ce qu’elle peut et est tout de même à l’origine de quelques sympathiques moments. Forcément, la série étant un teen show, les histoires de cœur ne sont pas oubliées. Matty (Beau Mirchoff – Desperate Housewives), le supposé bellâtre, semble avoir des sentiments pour Jenna, mais il ne souhaite pas que cela se sache. A contrario, Jake (Brett Davern), son meilleur ami paraît également bien aimer l’héroïne, or, il est en couple avec une cheerleader très peu futée et totalement lunaire. Dans un monde idéal, Jenna devrait finir avec Jake, car il est le plus gentil et s’assume totalement. Cependant, Matty, finalement… eh bien, il n’est pas si nul que ça. Encore une fois, les romances peuvent régulièrement sonner stéréotypées, mais la fiction parvient plutôt bien à jouer avec, les rendant presque mignonnes et un peu douces et amères, comme elles le sont souvent à cette période compliquée pour/par ses hormones. N’oublions pas la malveillante de service, Sadie (Molly Tarlov), une cheerleader totalitaire ayant pris en grippe Jenna dès le départ et qui n’hésite pas à l’humilier publiquement autant qu’elle en a l’opportunité. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant, c’est que Sadie, sous cette méchanceté crasse, cache quelques meurtrissures, et alors que la série aurait presque pu essayer de la déculpabiliser, elle ne le fait pas. Voilà pourquoi Awkward. est agréable ; elle n’a pas d’ambitions démesurées. Elle a pour but de faire rire tout en proposant un soupçon de satire sur le monde du lycée. Point. Elle s’assume donc totalement et ne cherche pas à paraître ce qu’elle n’est pas. Sadie étant en plus en surpoids et plusieurs personnages ne rentrant pas spécifiquement dans les canons de beauté du genre, Awkward. sort quelque peu des sentiers battus. Valerie (Desi Lydic), la conseillère, est le seul protagoniste vraiment déluré et par moments trop excessif, mais elle est à l’origine de plusieurs répliques hallucinantes et quitte la saison sur une note inédite et agréable.

Concernant le contenant, MTV oblige, la bande-son est un réservoir à tubes musicaux. Histoire de permettre au téléspectateur d’acheter ensuite le fichier mp3, un bandeau avec le nom de l’artiste et le titre de la chanson défile en plus à chaque fois en bas de l’écran. Ce n’est ni pire ni mieux que sur The CW. Le petit fait assez savoureux est que les mots en fuck sont bipés et que certains gestes sont floutés.

Finalement, cette première saison d’Awkward. se révèle plus fine qu’à première vue, plutôt bien écrite et réussissant à aborder quelques thématiques adolescentes avec légèreté. Il est clair qu’elle garde une certaine dose de prévisibilité et reste un tant soit peu convenue, mais le scénario, l’humour mêlé à juste ce qu’il faut de drame ainsi que la sympathique héroïne bien interprétée font que les épisodes sont frais et amusants. Il paraît toutefois assez évident qu’il vaut mieux avoir un faible pour les teen shows pour l’apprécier. Si c’est le cas, pourquoi ne pas se laisser tenter ? La saison est très vite regardée et se résume à un petit concentré de série jouant avec les clichés, non prétentieux et plus que divertissant.