[Pseudo-Analyse] Dexter ~ Le personnage de Debra Morgan

Par , le 24 décembre 2011

Shermane a toujours le chic de demander des billets un peu différents de ce que je propose en règle générale ;) Ce fut encore le cas cette année pour l’animation de Noël de Luminophore. Heureusement, j’aime bien les challenges.

Debra Morgan de Dexter. Debra ‘Fucking’ Morgan. Shermane souhaite donc que je parle du personnage. À l’origine, j’avais décidé de garder la saison six pour 2012. En ce moment je ne regarde plus trop en direct des États-Unis, j’essaye d’autres méthodes de visionnage pour voir ce qui me plaît le plus. En raison du thème demandé pour cet article, je me suis dit qu’il était quand même préférable de se baser sur la totalité du matériel disponible. C’est pourquoi j’ai finalement regardé, en plus de tout ce que vous m’avez demandé, la saison six de Dexter qui s’est justement terminée dimanche dernier. Cela m’a au moins permis de me remettre dans le bain. Il va de soi qu’il y a donc des spoilers partout. A priori il n’y a rien de trop méchant mais ceux qui ne sont pas au même stade et qui souhaitent garder une surprise totale devraient éviter la lecture de ce billet. Je tiens à préciser que je n’a jamais vu un épisode de la série plus d’une fois et que je ne me prétends absolument pas incollable sur le sujet. Veuillez m’excuser s’il y a quelques erreurs et approximations.

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Hagetaka | ハゲタカ

Par , le 23 décembre 2011

Place à la dernière série japonaise de l’animation de Noël de Luminophore, et c’est à Livia que nous la devons.

Ce qu’il y a d’assez incroyable avec les productions japonaises, c’est leur large éventail de possibilités. Certaines seront totalement décalées et drôles alors que d’autres, bien plus réfléchies et denses. Si tant est que vous ne le sachiez pas déjà, la télévision nippone fait preuve d’une grande versatilité. Hagetaka est un j-drama composé de six épisodes d’approximativement une heure qui furent diffusés entre février et mars 2007 sur NHK. Il s’agit d’une adaptation du roman en deux tomes de Mayama Jin. Existe un film, Hagetaka : The Movie, datant de 2009 et se déroulant quelques années après la fin du renzoku. La plupart des acteurs de la série y sont de retour, accompagnés de quelques visages inédits comme Tamayama Tetsuji, Endô Kenichi et Kôra Kengo. Il sera traité sur Luminophore quand des sous-titres seront disponibles – si cela arrive un jour. Notons que le terme hagetaka signifie vautour. Aucun spoiler.

En dépit des critiques très positives de Katzina et de Livia, j’avoue avoir eu un peu peur en débutant Hagetaka. Il s’agit d’une fiction mettant à l’honneur la finance et le monde des affaires. S’il y a bien une branche qui ne m’intéresse pas du tout dans une histoire, ou même dans la vie de tous les jours, c’est celle-là. Je ne peux pas dire ne rien y connaître, car j’ai quelqu’un dans mon entourage proche qui travaille dans ce domaine – et je bénéficie donc de nombreux échos –, mais je suis loin d’être une Bible en la matière et, surtout, je ne suis clairement pas passionnée par le sujet. Ceci pour vous préciser le contexte dans lequel j’ai lancé la série.

Il existerait deux types de tragédies. Le premier serait le fait de ne pas avoir d’argent ; le second serait le contraire, le fait d’avoir trop d’argent. Le monde serait dirigé par l’argent et ce serait ce même argent qui mènerait aux tragédies. Ce sont sur ces considérations que Hagetaka nous plonge dans son univers impitoyable et, à première vue, froid. Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à la fin des années 1980, le Japon profite d’une incroyable croissance économique. C’est à cette période que l’on assimile notamment le miracle japonais, faisant référence à la forte expansion économique et culturelle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes lorsque l’on sait qu’au cours du boom Izanagi, le PIB progressait de 11,5 % par an ! Ce faste cycle d’après-guerre est rapidement relaté dans la série au moyen d’un personnage inspirant le respect à ses congénères, car ayant fait prospérer son entreprise d’optique. Toutefois, à partir de la fin des années 1980 et du début des années 1990, la bulle spéculative sur les marchés financiers explose et le pays entre alors dans ce qu’on appelle la décennie perdue. L’économie stagne et alterne entre une politique d’austérité et de courtes périodes de récession. Cette décennie perdue serait toujours quelque peu valable à l’heure actuelle. L’éclatement de cette bulle, associée à la crise économique asiatique de 1997, met le Japon au pied du mur, lui qui n’arrive plus à sortir la tête de l’eau, empêtré dans ses méthodes de fonctionnement traditionnelles vues comme passéistes aux yeux de certains. Hagetaka débute en 1998 et installe son intrigue jusqu’à la moitié des années 2000. (La série datant de 2007, la crise économique de 2008 à maintenant, celle dite de la Grande Récession dont tout le monde a obligatoirement entendu parler, n’est par conséquent pas illustrée.) Suite à l’éclatement de la bulle, de nombreuses institutions japonaises doivent aller de l’avant si elles souhaitent ne pas couler. Pour cela, elles ne peuvent rester ancrées dans leurs valeurs familiales, elles qui ne parviennent plus à résister aux multiples assauts des capitaux étrangers. Hagetaka brosse ainsi le portrait de deux modèles de la finance. D’un côté se place celui prônant la tradition, l’entreprise familiale et l’absence de fonds non japonais, avec tout ce que cela implique au niveau des sentiments de nationalisme et de protectorat de la culture contre l’extérieur. C’est le chemin que suivait encore majoritairement le Japon dernièrement. À l’opposé se dresse l’approche occidentale, et plus spécifiquement américaine ; portée par le capitalisme, elle requiert l’injection de capitaux internationaux, voire le rachat de certaines sociétés par des firmes non nippones afin de relancer le pays. C’est par le biais de deux Japonais que la série traite ces deux modes de fonctionnement a priori antagonistes.

Shibano Take, incarné par Shibata Kyohei que je ne connaissais pas du tout, possède un poste haut placé dans une banque japonaise, la Mitsuba Bank. Ses clients s’avérant massivement endettés, notamment en raison de la crise économique, ils ne peuvent plus rembourser leurs créances. La banque se retrouve alors en position de faiblesse. La situation est tellement critique que celle-ci est obligée d’accepter la proposition faite par Horizon Investments, une société étrangère de fonds d’investissement. Horizon Investments, dont la branche japonaise est dirigée par Washizu Masahiko, a pour credo d’acheter à bas prix avant de revendre le plus cher possible de manière à faire toujours plus de bénéfices. Le sentimentalisme n’est pas à prendre en compte et si dommages collatéraux il y a, parce qu’il y en a forcément, ils sont éludés. Les journalistes et la population appellent ces entreprises étrangères ainsi que leurs employés des hagetaka, des vautours, car comme ces oiseaux, ils sont des charognards n’hésitant pas à profiter de la faiblesse d’autrui de façon à s’enrichir jusqu’à plus soif. La Mitsuba Bank n’est que la première étape de la démarche d’Horizon qui continue son chemin, guidé par l’appât du gain envers et contre tout. Allant toujours plus loin et ne faisant preuve d’aucune pitié, la société achète, achète, achète et mène une politique extrêmement agressive, tranchant totalement avec les anciennes méthodes qui étaient bien plus conservatrices et modérées. Il s’avère indiscutable que le Japon a toujours été marqué par le capitalisme, mais aux yeux de ses habitants, c’est la ferveur nationale et l’honneur de leur pays qui se situent au sommet de tout. Pour les Japonais, accepter l’insertion des firmes internationales signifie l’échec. Jadis, tout était géré en famille, dans le respect des mœurs japonaises. Il est donc tout à fait crédible de voir ces mêmes Japonais être horrifiés à l’idée d’ouvrir leurs portes à des étrangers. Pour eux, il s’agit d’une humiliation et l’unique solution leur semble parfois être le suicide. Résolution certes radicale si ce n’est que dans ce cas, ils n’ont pas à subir cet affront salissant leur propre fierté, mais aussi celle de leur pays.

Shibano Take est un financier aguerri qui tient à ses principes et qui tente toujours de faire au mieux pour ses clients. Proche d’eux, il lui arrive même de les connaître personnellement depuis de nombreuses années. Chacun de ses jugements est mûrement pesé et réfléchi, le but étant de protéger les intérêts de la banque qu’il emploie, tout en essayant de limiter les dommages collatéraux. Extrêmement sobre, patient, pondéré et attentif aux autres, il veille à suivre les traditions et les valeurs des compagnies qu’il côtoie. Shibano représente en fait le Japon d’antan, celui se reposant uniquement sur ses acquis et refusant quelque peu le changement. En face de lui, le décisionnaire de la succursale japonaise Horizon, Washizu Masahiko, fait figure du nouveau mode de fonctionnement, privilégiant l’injection de capitaux étrangers et la fusion-acquisition. Rachetant des entreprises familiales japonaises, la société peut conserver les mêmes employés, mais instaure généralement une restructuration de la direction. Washizu, comme son nom le laisse supposer, est japonais – ce qui est un excellent choix de la production. Le représenter par un Occidental aurait été trop facile et connoté. Autrefois sous les ordres de Shibano, il fuit le sol nippon suite au suicide de l’un de ses clients, Mishima, à qui il venait de refuser un prêt. Profondément meurtri par cet acte désespéré, il partit aux États-Unis où il intégra rapidement le mode de pensée et les méthodes d’actions favorisant le bénéfice coûte que coûte. Ce sont dans ces conditions qu’il retourne au Japon, prêt à gagner un maximum d’argent avant de revenir plus tard à New York. Son arrivée se fait immédiatement repérer tant ces hagetaka sont montrés du doigt. Comble de l’ironie, sa nouvelle première affaire est marquée par le suicide du gérant d’un ryokan, victime de la refonte de la Mitsuba Bank opérée par Horizon. Washizu est dépeint comme un individu froid ne se laissant guère envahir par les sentiments. Shibano ne reconnaît plus en lui celui qui a quitté le Japon après la tragédie de Mishima. Alors qu’il était autrefois doux et humain, il semble être devenu un véritable requin de la finance. Ômori Nao – dont je n’avais aucun souvenir, mais que j’ai apparemment vu dans Tiger & Dragon et BOSS 2 – lui offre ses traits et incarne en subtilité ce personnage, tiraillé par ce qu’on attend de lui et ce qu’il a vécu. Si Shibano et Washizu paraissent désormais en totale opposition, ce n’est absolument pas le cas tant les deux partagent moult caractéristiques. Leur évolution personnelle est inextricablement liée. Le constat est analogue en ce qui concerne les entreprises les employant, le domaine des affaires et des finances étant, finalement, en vase clos. De toute manière, peu importe la nationalité ou sur quel point de la ligne temporelle nous nous trouvons, ces problèmes sont perpétuels et la fusion-acquisition fait partie des grands titres des journaux depuis de nombreuses années ; il va de soi que ce n’est pas demain qu’il n’en sera plus question. Quand bien même Hagetaka date de 2007 et se déroule au Japon, la production entre en résonance avec ce qui compose notre propre quotidien, que l’on s’y connaisse ou pas.

Plutôt que de montrer ces hagetaka comme de simples méchants à abattre, la série évite très habilement le manichéisme en jouant sur les deux tableaux. Qui a raison ? Qui a tort ? En définitive, personne. Au lieu d’essayer de répondre à ces questions qui n’ont de toute manière pas d’explications préétablies, Hagetaka dépeint la situation sans l’enjoliver ou la noircir à outrance. Elle met en avant avec finesse et densité ce qui la régit, qui en sont les principaux acteurs et illustre ses propos au moyen de nombreux exemples concrets. Un des grands points forts de la série, outre son aspect proche du documentaire objectif, est de faire la part belle à une variable subjective et incontrôlable : l’humain et ses émotions. Bien que le domaine de la finance puisse être en règle générale soporifique à vos yeux, il ne peut être ici qu’étourdissant et captivant. N’ayez donc aucune crainte à ce sujet. Il est vrai que quelques tactiques pourront vous donner mal à la tête, mais elles sont largement tolérables et suffisamment explicitées. Les épisodes nous font assister à une gigantesque machine ne s’arrêtant jamais et se montrant peu contrôlable. Chacun essaye d’en tirer les rênes, mais la maîtrise n’est toujours que superficielle et éphémère. Si le monde de la finance peut être dirigé en très grande partie par l’argent, les personnages finissent rapidement par réaliser que dans de minoritaires cas, il faut prendre en compte la dimension humaine. C’est justement la dominante dramatique de la série qui lui permet de devenir un indispensable du petit écran. Ne se limitant absolument pas à son thème de base, elle insuffle beaucoup de vie et d’empathie dans ses épisodes. Les deux principaux protagonistes masculins, Shibano et Washizu, sont subtilement bouleversés par leurs émotions et celles-ci sont dépeintes avec finesse et sobriété. La dynamique les unissant mêle conjointement le ressentiment, le respect, l’amitié, voire, par moments, le dégoût. L’ensemble de ces sentiments ne peut être discriminé et rend ces personnages et leur lien riches et nuancés. De plus, derrière ces entreprises en chute se cachent des femmes et des hommes ayant mis toute leur sueur, toute leur imagination, toutes leurs économies et toute leur vie. À leurs yeux, il s’agit peut-être d’un propre enfant qu’ils ont vu naître et croître. Peuvent-ils l’abandonner à des étrangers ? Non. C’est bien plus compliqué. Plausibles victimes du système, ces quidams ne sont pas tout blancs, car la corruption ou le détournement de fonds pour leurs supposés besoins personnels ne sont évidemment jamais très loin. Pour autant, Hagetaka ne blâme qui que ce soit et fait preuve à la fois d’un réalisme et d’une sobriété implacables. La série pousse la réflexion et amène à se dire que, certes, si l’argent a un rôle prépondérant dans la société actuelle, il n’est pas possible d’oublier la dimension humaine. Il est pour cette raison nécessaire de réussir à mêler les deux afin d’obtenir une balance, un juste-milieu plus ou moins équitable pour tous.

D’autres personnages gravitent autour de Shibano et de Washizu. Mishima Yuka, incarnée par la toujours aussi convaincante Kuriyama Chiaki (Ashita no Kita Yoshio, Rebound), est une jeune journaliste s’étant spécialisée dans le monde de la finance et de l’économie. Ne vivant que pour son emploi, elle travaille d’arrache-pied et est marquée par le retour de Washizu au Japon. Elle est effectivement la fille de Mishima, l’artisan s’étant suicidé suite au refus d’un prêt par ce dernier. Tout en essayant de rester objective, elle ne peut s’empêcher de vouloir des réponses. Washizu est-il un vrai hagetaka ? Souffre-t-il en silence de la tragédie qui l’a fait quitter le Japon ? Peut-être naïve, ou tout simplement ayant foi en l’âme humaine, elle ne peut croire qu’il est insensible et ne ressent rien en détruisant des foyers et des entreprises vieilles de plusieurs années. Matsuda Ryûhei (Ashita no Kita Yoshio) interprète, pour sa part, Osamu Nishino, un personnage ayant subi le même type de tragédie que Mishima Yuka. À l’inverse d’elle, il empreinte un chemin plus noir et souhaite se venger de Washizu sur son propre terrain de jeu. Le titre international de la série, Road to Rebirth, n’est pas innocent. Chaque personnage tente d’avancer, d’aller de l’avant et parfois, de renaître. Shibano a malgré lui changé Washizu qui, lui-même, a transformé Osamu, et qui, quant à lui, a permis à Washizu de repartir sur de bases plus saines. La boucle est bouclée, mais demeure en perpétuel mouvement. Il en est exactement de même pour le Japon qui doit réussir à tirer parti de ce qu’on lui offre tout en gardant son identité et sa fierté si chère à ses yeux.

Sinon, Alan Ward travaille aux côtés de Washizu à Horizon. Il est assez amusant de voir un Occidental dans un rôle aussi important. C’est tellement rare dans les séries japonaises que l’on est au départ quelque peu interpellé. Encore une fois, Hagetaka ne sombre pas dans la facilité en faisant de Ward un gaijin pur et dur que tout le monde détestera. Timothy Wellard qui le campe parle très bien japonais, d’ailleurs – en tout cas, à mes oreilles. Fait assez amusant, l’acteur travaille avec Hamasaki Ayumi et lui a même composé au moins une chanson (!). Autrement, comme toujours, les habitués du petit écran nippon reconnaîtront Ôsugi Ren (My Boss, My Hero), Matsushige Yutaka (Bloody Monday, Kodoku no Gourmet), Shimada Kyusaku (Bloody Monday), Satoi Kenta (Yume wo Kaneru Zô, Zettai Kareshi) ou encore Watanabe Tetsu (Ikebukuro West Gate Park).

La réalisation, partiellement menée par Ôtomo Keiji (Churasan, Ryôma-den), est tout particulièrement soignée. La caméra s’attarde sur plusieurs détails et utilise de manière extrêmement régulière des plans très rapprochés, principalement sur les visages des protagonistes. L’ambiance, déjà lourde en raison des thématiques abordées, gagne davantage en pression. Lors de certaines scènes, le malaise et le suspense sont à leur paroxysme. Les couleurs froides accentuent d’ailleurs cette impression. Qui plus est, la musique, composée par Satô Naoki (H2, Ryôma-den, Water Boys…) que l’on ne présente plus, n’est pas sans reste et prend presque à contre-pied en insufflant un souffle quasi majestueux et puissant.

Pour conclure, Hagetaka se veut sans conteste une excellente série ambitieuse et réfléchie. Par la richesse et la finesse de son écriture ainsi que par l’interprétation généralement sobre et en retenue de sa distribution, elle se place comme un incontournable du petit écran, toutes nationalités confondues. Son absence de manichéisme et de vérités établies s’associe avec talent à la mesure et à la mise en avant de thématiques complexes et documentées. Que l’on ne se trompe pas, si le cadre financier en est le moteur, c’est l’intense tonalité dramatique et humaine qui en est le liant et qui lui permet de figurer parmi les œuvres indispensables. La série peint un solide portrait économique et social d’un Japon tentant de renaître et d’aller de l’avant, sans pour autant s’engouffrer dans la brèche du capitalisme agressif. Si le sujet de base peut à juste titre effrayer, Hagetaka n’est malgré tout jamais fastidieuse. Ce serait même tout le contraire puisqu’elle ne peut laisser de marbre tant elle se révèle exaltante, fascinante, et tout simplement, stupéfiante. Une chose est sûre, rares sont les fictions à multiplier autant de qualités ; il est par conséquent nécessaire d’oser un prosélytisme presque outrancier.

That ’70s Show (saison 1)

Par , le 22 décembre 2011

Comme Ageha l’a demandé pour cette animation de Noël, nous allons partir aujourd’hui dans les années 1970.

Lorsque j’étais adolescente, je me souviens que plusieurs de mes congénères appréciaient fortement une série diffusée, si je ne me trompe pas, en fin d’après-midi sur France 2. Malgré les critiques très positives, je ne m’étais jamais lancée puisqu’à cette heure-là, eh bien j’avais d’autres activités moins amusantes à effectuer. Plus de dix ans après, voilà que je me mets devant. Vous l’avez peut-être reconnue, il s’agit de That ’70s Show. Comportant deux cents épisodes eux-mêmes divisés en huit saisons, elle fut diffusée sur Fox entre 1998 et 2006. Il ne me semble pas que la série soit passée en France, sur le réseau hertzien du moins, dans son intégralité à des heures à peu près correctes. Je crois qu’à l’époque, elle fut plutôt souvent reléguée dans la nuit. Logique, quand tu nous tiens. La série a une petite sœur, That ’80s Show, datant de 2002 et rapidement annulée au bout de treize épisodes ; Chyler Leigh (Grey’s Anatomy) en est l’héroïne. Il existe également un remake anglais, Days Like These, lui aussi mis au placard quelques mois après ses débuts en 1999 sur ITV. Il ne sera aujourd’hui question que de la première saison de That ’70s Show. Les autres seront traitées simultanément lorsque j’aurai terminé la série, probablement vers fin 2012, courant 2013. Elle est composée de vingt-cinq épisodes de vingt minutes diffusés entre août 1998 et juillet 1999. Aucun spoiler.

Eric Forman (Topher Grace) est un ado de seize ans comme tous ceux de son âge. Représentant un plus ou moins équivalent de notre geek moderne, il aime lire des comics et aller au cinéma voir à moult reprises le premier Star Wars. Il occupe une grande partie de son temps dans le sous-sol de sa maison où il rejoint sa bande de potes. Assis sur les canapés, ils discutent de tout et de rien, sortent rarement de leurs quartiers et font évidemment à chaque fois beaucoup de boulettes. Parmi eux, on retrouve Michael Kelso. Incarné par Ashton Kutcher qu’il n’est plus la peine de présenter, Kelso est le beau gosse de service ayant oublié son cerveau chez lui et qui n’en rate pas une pour accumuler les idioties. À chaque épisode, il annonce qu’il compte plaquer sa petite amie, la caractérielle Jackie Burkhart (Mila Kunis, apparue récemment au cinéma dans Black Swan), que tout le monde déteste sans pour autant lui dire d’aller voir ailleurs. Danny Masterson – le frère aîné de Christopher (Malcolm in the Middle) – campe Steven Hyde, un rockeur dans l’âme révolté contre le système et cynique de nature qui craque pour Donna Pinciotti alors qu’elle, elle en pince pour Eric. Cette dernière est la voisine d’Eric depuis qu’ils sont nés et ils passent une grande partie de leur temps ensemble. Interprétée par Laura Prepon (Neighbros), Donna est une jeune fille intelligente, jolie et avec la tête sur les épaules. Elle sait ce qu’elle veut et tente de ne pas trop émasculer Eric, ce qu’elle a généralement tendance à faire. Fez (Wilmer Valderrama), comme Foreign Exchange Student, est l’ultime maillon de ce petit groupe. On ne connaît ni son nom ni sa nationalité. Habitant dans une famille d’accueil, il découvre les joies des États-Unis, parle avec un charmant accent, roule les R, et n’en rate pas une pour lancer des insanités l’air de rien. Il adore copier à sa manière, souvent particulière, ses amis dont il essaye de comprendre la mentalité. Sans aucune hésitation, il est mon personnage préféré lors de cette saison, car il est agréablement décalé. En fait, la totalité des protagonistes, à part peut-être Donna, possède un grain de folie.

Outre les copains, la série se focalise sur le reste de la famille d’Eric. Ses parents sont ainsi régulièrement à l’honneur. Kitty (Debra Jo Rupp), sa mère, est une femme gentille, maman-poule, qui passe un peu trop de temps du côté de la bouteille d’alcool. Red, joué par le génial Kurtwood Smith, brosse le portrait d’un père presque acariâtre, borné, souvent en train de bougonner et de pester derrière son bon à rien de fils. Il adore traiter tout le monde de dumbass et a l’impression d’être entouré de morons. Avouons-le, ce n’est pas tout à fait faux ! Ne laissons pas de côté Laurie (Lisa Robin Kelly), la grande sœur d’Eric, plus intéressée par draguer tout ce qui bouge que par étudier à l’université. Les deux enfants s’entendent comme chien et chat et n’en ratent pas une pour se lancer des piques. À côté des Forman, That ’70s Show s’attarde sur les parents de Donna, Midge (Tanya Roberts) et Bob (Don Stark), assez illuminés et un tantinet simples d’esprit. Si la majeure partie des intrigues concerne les adolescents, les adultes ne sont jamais oubliés lors de cette saison. Ils possèdent généralement leurs propres histoires et, forcément, ils doivent régulièrement se mêler de la vie de leur progéniture toujours prête à faire n’importe quoi si le cœur leur en dit.

Point Place, une petite ville où il ne se passe pas grand-chose, dans le Wisconsin. La fin de l’année approche et nous arrivons à grands pas en 1977. Comme son nom l’indique explicitement, That ’70s Show se déroule dans les années 1970. Au programme : des coupes de cheveux donnant ses lettres de noblesse au brushing, des tenues vestimentaires au goût douteux, une absence d’ordinateur personnel ou de téléphone portable, des télévisions sans télécommande, les consoles de jeux vidéo Atari avec le fameux ping-pong, etc. En somme, voilà beaucoup de kitsch, mais aussi beaucoup de délice. Ce qu’il y a d’assez génial, c’est que si la fiction date tout de même de 1998, elle n’a pas vieilli étant donné qu’elle se déroule il y a plus de trente ans. Bien sûr tout ce que l’on voit nous paraît ringard, surtout lorsque l’on n’est pas de cette génération, mais dans ce cas précis, c’est normal. La série prend toute son ampleur grâce à son ambiance et à sa multitude de références à la culture populaire. On peut entre autres retenir les bonbons qui crépitent dans la bouche quand on les mange (les Fizz Wiz) ou encore l’arrivée au cinéma de Star Wars qui fait totalement flancher une grande partie des personnages. Les décors se limitent presque exclusivement à la maison du héros et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils nous plongent dans les années 1970. Entre les tapisseries à motif colorées et psychédéliques et les meubles aux formes délirantes et multipliant les tons flashy, le registre est déjà donné. Cependant, si la série travaille l’esthétique, elle n’oublie pas pour autant le fond en illustrant quelques sujets plutôt intéressants. Bien sûr, elle le fait toujours de manière humoristique, mais c’est en cela que la saison en devient peu consensuelle et pertinente. Les thématiques sont diverses et englobent une grande partie de ce qui a composé les années 1970. Par exemple, la révolution sexuelle est en marche, les femmes souhaitent prendre le contrôle et ne plus être associées au rang de cuisinière/ménagère, la pilule débarque, l’homosexualité est abordée et montrée à plusieurs reprises, la politique américaine est critiquée, le chômage est plus que présent… Le sexe, qu’il soit entre des jeunes, mais aussi entre des plus âgés comme les parents, est évoqué de manière complètement décomplexée et assumée. Dans le même registre, les cigarettes magiques et la bière sont à l’honneur et jamais ostracisées. À ce sujet, les tours de table en cercle, la caméra faisant un 360° et s’attardant sur chaque personne, sont plutôt mémorables et régulièrement vecteurs d’hilarité. Rappelons que la saison date de 1998 et qu’elle fut diffusée sur Fox !

À vrai dire, il n’y a pas grand-chose à écrire sur cette saison de That ’70s Show puisqu’il ne s’y passe rien de particulier. Les conversations des ados traitent souvent de leurs histoires de cœur, mais elles ne se limitent assurément pas à ça. S’agissant d’une sitcom, le but principal est d’amuser et, justement, ces vingt-cinq épisodes le font bien. Les répliques sont généralement enlevées et truffées de références. Si les rires enregistrés font très peur au départ, surtout lorsque l’on déteste ça, ils finissent par se faire oublier tant on est plongé dans la folie douce ambiante. Il arrive régulièrement que des publicités ou des encarts parodiés soient repris durant quelques secondes, le temps d’un changement de séquence. Comme souvent avec des séries de cet âge, cette saison est l’occasion de repérer plusieurs personnalités assez fameuses telles que Joseph Gordon-Levitt, The Rock, Gloria Gaynor, Mitch Pileggi (The X-Files, Supernatural) ou encore Katey Sagal (Sons of Anarchy).

En conclusion cette première saison de That ’70s Show nous plonge immédiatement dans les années 1970. Il n’est pas du tout nécessaire de les avoir vécues pour se trouver en terrain connu tant la fiction joue avec la mémoire collective et multiplie les anecdotes et références. Rien n’est oublié et la saison passe des boules à facettes au féminisme, tout en opérant un détour par l’arrivée en force des nouvelles technologies. Au-delà de son esthétique et de son cadre travaillés, les vingt-cinq épisodes se veulent légers, décalés, extrêmement drôles et saupoudrés de thématiques sur le contexte de l’époque. En plus d’être correctement interprétés, les personnages sont hauts en couleur et deviennent très rapidement attachants. Au final, cette saison donne l’impression de monter dans une machine temporelle et d’assister à la vie de quelques Américains excentriques mise en scène de manière savoureuse et rigolote. Espérons maintenant que la qualité des aventures suivantes sera au moins de ce niveau, ce qui n’est pas gagné étant donné leur nombre…