GARO: Gold Storm Shô | 牙狼: GOLDSTORM 翔 (film)

Par , le 2 mars 2016

C’est un fait, la franchise GARO n’a pas dit son dernier mot. Après avoir mis sur les rails une nouvelle chronologie avec Yami wo Terasu Mono, Dôgai Ryûga a récemment repris du service. Pour cela, le chevalier a commencé par un film intitulé GARO: Gold Storm Shô. Durant quatre-vingt-deux minutes, il est sorti dans les salles japonaises le 28 mars 2015. Il existe également une série du même nom ; elle s’inscrit à la suite du long-métrage et sera traitée sur Luminophore d’ici quelque temps. Les productions dérivées de cet univers ayant de quoi donner le tournis, n’hésitez pas à consulter ce billet récapitulatif. À noter que cette fiction inédite peut très bien être regardée indépendamment du reste et, d’ailleurs, officier comme porte d’entrée. Aucun spoiler.

À une période indéterminée, le prêtre Makai Sôtatsu (Emoto Akira – Soredemo, Ikite Yuku) mourrait au combat dans les bras d’Agô, un individu fort particulier à qui il avait au préalable transmis son désir de voir un jour le monde débarrassé des Horrors. C’est aussi à cette époque qu’apparut pour la première fois le chevalier Garo, l’acteur le plus susceptible d’exaucer leur souhait. Finalement, les années se sont écoulées et la conjoncture n’a guère évolué. Agô semblait avoir définitivement disparu, mais il surgit de nulle part et choisit de tout faire pour accomplir le but de son ancien maître. Sans le vouloir, Ryûga et Rian se retrouvent mêlés à cette situation et comprennent qu’il convient d’arrêter Agô avant qu’il n’anéantisse dans sa quête l’humanité.

Comme souvent avec les films de GARO, Gold Storm Shô ne convainc guère. Déjà, malgré un budget probablement plus élevé que celui des séries télévisées, il ne se montre pas forcément beaucoup plus abouti. Les chorégraphies des combats s’avèrent peu originales et redondantes, la musique manque légèrement de souffle, et les effets spéciaux deviennent bien trop prédominants. Certes, cette nouvelle chronologie cherche à instaurer un style différent de celle d’origine, mais il n’empêche que cette propension à favoriser le numérique aux dépens de l’artisanal ennuie, voire irrite. C’est un parti pris qu’il faut sûrement accepter si l’on souhaite un minimum apprécier ce que l’on regarde. Sur la forme, le long-métrage ne provoque donc pas un quelconque enthousiasme et, tristement, le récit reste dans ce registre fort banalisé. Effectivement, le scénario est presque inexistant et les personnages ne font pas grand-chose à part subir maints prétextes à des rebondissements et autres développements faméliques.

Suite à une lutte assez sympathique dans un bar, Ryûga apprend que son armure doit être purifiée. Pour cela, Zaruba lui conseille de visiter une ancienne prêtresse aux immenses pouvoirs, Ryume (Kuwae Sakina). Il s’y rend en compagnie de Rian et tous deux rencontrent Agô (Isaka Shunya), un puissant et pugnace guerrier dont la véritable nature bouleverse sensiblement la donne. Tout au long de Gold Storm Shô, le chevalier Makai cherche par conséquent à faire entendre raison à Agô et c’est à peu près tout. L’intérêt du film se veut alors très limité et, outre un motif mercantile, la cause de sa mise en chantier paraît bien brumeuse. D Ringo, le gérant d’un kebab ambulant campé par Izumiya Shigeru (Sanbiki no Ossan), apporte un minimum d’énergie et d’humour, mais il ne suffit pas à pimenter le reste. Cela étant, Ryûga s’avère moins prétentieux et agaçant que d’habitude, sa coupe de cheveux moins ridicule aidant peut-être au passage.

Pour terminer, Gold Storm Shô semble surtout s’apparenter à un assez laborieux et dispensable prologue de la série télévisée à venir. Un nouveau cadre et quelques visages sont introduits de manière plutôt sommaire tandis qu’un ennemi très peu creusé cherche à atteindre son but qui, naturellement, devrait plonger la Terre entière dans le désarroi le plus complet. En d’autres termes, ce film à l’intrigue vraisemblablement indépendante se montre bien trop incolore pour satisfaire. S’il n’ennuie pas réellement grâce à sa courte durée de vie et à quelques scènes d’action correctes, il ne donne pas spécialement envie de lancer la suite des aventures du chevalier.

Defiance (saison 3)

Par , le 24 février 2016

La nouvelle est tombée plusieurs semaines après la fin de sa troisième saison, Defiance ne reviendra plus à l’antenne pour des aventures inédites. Ses ultimes instants s’avèrent ouverts et laissent un léger sentiment de frustration, mais ils officient malgré tout plutôt correctement comme une véritable conclusion. Avant de ranger la série au placard, discutons donc de ses treize derniers épisodes diffusés sur Syfy entre juin et août 2015. Aucun spoiler.

Sept mois se sont écoulés depuis l’effondrement des mines de Defiance. La ville n’est plus que l’ombre d’elle-même et peine à se reconstruire convenablement. Les réserves en gulanite ayant presque totalement disparu, l’électricité vient à manquer et, pire, le bouclier supposé protéger les environs ne fonctionne qu’aléatoirement. D’ailleurs, la République de la Terre n’existe plus et Amanda en a profité pour reprendre son poste de maire, même si elle sait pertinemment que la situation s’annonce très compliquée. Pendant qu’elle tente tant bien que mal de préserver la paix et l’autonomie des siens, Nolan et Irisa demeurent enfermés dans leur capsule de survie et, de l’autre côté de la région, Datak, Stahma et Rafe partent à la recherche de leur descendance ayant été kidnappée par l’instable Pilar. Contre toute attente, cette saison choisit de faire abruptement table rase du passé pour aller de l’avant. Dès ses premiers épisodes, elle n’hésite pas à définitivement écarter des personnages qui, de toute manière, phagocytaient plus les intrigues qu’autre chose pour la plupart. Il n’empêche que cette approche se révèle assez inattendue. Deux arcs distincts gouvernent cette ultime année de diffusion. Dans un premier temps, il est question d’une unité du collectif Votanis dirigée par Rahm Tahk (Lee Tergesen – Oz), un être psychologiquement perturbé habité par la soif de destruction. Les membres de ce groupuscule entendent bien mettre à sac Defiance et assassiner tous les humains s’y trouvant. Le but des protagonistes est par conséquent de protéger les leurs, mais ils découvrent rapidement que des taupes les entourent. Une fois cette menace repoussée, la race extraterrestre des Omecs introduite en début de saison prend de l’ampleur et lance la fiction dans des enjeux de plus grande envergure puisqu’il importe de sauver la planète entière. Étonnamment, les épisodes disposent ainsi d’un aspect feuilletonnant du plus bel effet et n’hésitent pas à négliger les récits plus indépendants ayant fait du tort à la série jusque-là. Le soin accordé à la psychologie des personnages, aux séquelles des évènements passés et aux relations les unissant apporte une fraîcheur appréciable à l’ensemble qui, justement, en avait besoin.

Malgré un potentiel évident avec un univers riche et foisonnant, Defiance a de toujours souffert d’un manque d’exploitation. Qui plus est, son écriture se révélait dernièrement irrégulière et maladroite en plus d’illustrer des principales figures moyennement attachantes. Du coup, la voir tirer parti de ses erreurs fait grandement plaisir, bien qu’au bout du compte, elle soit annulée alors qu’elle réussit à proposer un divertissement convenable. Effectivement, si les approximations, incohérences et autres facilités sont encore palpables, la saison s’offre un vrai souffle dynamique et n’hésite pas à s’attarder sur la caractérisation de ses divers héros colorés. Certes, Irisa ne devient par exemple pas l’individu le plus passionnant à suivre, mais ses fêlures et ses difficultés à reprendre le cours de sa vie après ses actions quelques mois plus tôt lui apportent une épaisseur nécessaire. Sa relation avec Nolan se nuance également, joue sur plusieurs tableaux et parvient enfin à impliquer émotionnellement le téléspectateur. Irisa rejette désormais toute forme de violence si ce n’est que son père adoptif, lui, la pousse depuis toujours à s’y adonner avec énergie. Les dissensions entre eux sont réelles et bien plus profondes qu’à première vue. Le fonctionnement de Nolan reste encore une fois très primaire, mais le gardien de l’ordre de la ville met de l’eau dans son vin et se montre plus enclin à avancer et ne pas stagner dans son comportement de brute. Les personnages évoluent progressivement et la saison veille à tous les passer en revue. Sans aucune surprise, le couple toxique que forment Datak et Stahma continue de marquer les foules, mais évite la redondance. Leurs affrontements directs ne sont plus autant prononcés, sûrement parce qu’ils se retrouvent confrontés au vicieux Rahm Tahk et sont obligés d’obtempérer. Aussi incroyable que cela puisse paraître, pour des raisons bien particulières en lien avec Alak, les deux Castithans doivent effectivement se taire et s’écraser. Ces deux créatures abritent de stupéfiantes ressources et alimentent la série en machinations et moult couteaux dans le dos. La jolie dynamique amicale que Yewll entretient avec Datak apporte également des moments agréables surtout que les remarques cyniques de l’Indogène injectent une ambiance humoristique. À l’instar de ses congénères, celle-ci voit d’un très mauvais œil l’irruption des Omecs.

Bien que sur Terre résident diverses races votans depuis maintes années, l’une d’entre elles, crainte par les autres, n’était pas encore apparue. Et pour cause, ses deux derniers survivants ne viennent que d’atterrir sur la planète. Attirés par les réserves en gulanite de Defiance, ils envisagent de se servir pour accomplir leurs objectifs. T’evgin (Conrad Coates) et sa fille Kindzi (Nichole Galicia) sont des Omecs et l’évocation de leur nom suffit à épouvanter le reste de la population. Ces individus ont une triste réputation de prédateurs assoiffés de sang. Dans le temps, ils n’hésitaient pas à utiliser les Votans comme de la simple main d’œuvre ou pire, de la nourriture. En raison de leur nature violente et vengeresse, leur disparition subite ne dérangeait guère qui que ce soit. C’est pourquoi les voir arriver suscite parmi les autochtones un effroi légitime qu’Amanda tente d’atténuer. La maire est obligée de composer avec ces personnes à la peau violette, car elles sont dorénavant les seules capables de soustraire le fameux carburant source d’énergie. Et puis T’evgin ne paraît pas si bestial et perfide que ça… Par contre, sa progéniture vénéneuse s’annonce bien plus pernicieuse. La saison amène subtilement ces Omecs à prendre le devant de la scène, induisant au passage une tension létale sous-jacente. Que cachent-ils réellement ? Sont-ils aussi isolés que ce qu’ils disent ? Qu’abrite donc leur vaisseau en orbite autour de la Terre ? T’evgin est proprement fascinant et il finit par ne pas hésiter à frayer avec les locaux, dont Stahma qui ne le laisse apparemment pas indifférent. Outre la précarité de l’équilibre géopolitique, la critique latente de la violence et la nécessité d’enterrer les cruelles blessures du passé pour aller de l’avant, la fin de ce chapitre résout tous les développements et apporte par la même occasion de nombreux moments riches en action et en émotions, là où l’optimisme prévaut.

En résumé, la troisième et dernière saison de Defiance représente clairement la plus réussie de la série depuis ses débuts. Au lieu de multiplier les histoires indépendantes et tristement génériques, elle choisit de s’offrir des intrigues davantage travaillées et, surtout, s’installant dans la durée. Avec l’irruption d’une unité terroriste menée par un sadique raciste puis la menace patente d’extraterrestres puissants, les enjeux se veulent palpables, avancent progressivement et permettent aux personnages de déployer leurs ailes et de gagner en caractère. La fiction se dote alors d’une identité appréciable et si les lacunes formelles comme narratives persistent, elles n’irritent plus réellement, voire s’oublient, car le divertissement est présent. Que Defiance ait été annulée n’est pas foncièrement décevant puisqu’elle dispose d’un épilogue convenable et qu’au bout du compte, ses ultimes épisodes laissent sur une agréable impression.

Shukumei 1969-2010 | 宿命 1969-2010

Par , le 17 février 2016

Sans l’avoir forcément vécu, tout Français a déjà entendu parler de Mai 68, ce mouvement social ayant profondément marqué le pays, mais aussi quelques autres endroits sur le globe. En revanche, peu savent certainement qu’au Japon, à cette même date, les étudiants se révoltaient également. La jeunesse s’est mobilisée et soulevée contre le gouvernement dont elle se défiait pour diverses raisons. Les affrontements furent extrêmement violents, voire sanglants. Étonnamment, alors que les séries nippones n’hésitent jamais à plonger dans le passé, elles ne s’orientent qu’assez rarement vers une époque plus contemporaine. S’agit-il d’une frilosité de la part des producteurs ? Ont-ils peur de froisser l’opinion publique, de réveiller des susceptibilités ? Bonne question. C’est donc plutôt intriguée que je suis tombée sur Shukumei 1969-2010 transposant une partie de l’œuvre littéraire de Nire Shûhei publiée périodiquement entre 2004 et 2007. La fiction télévisée se constitue de huit épisodes de quarante-cinq minutes diffusés sur TV Asahi entre janvier et mars 2010. Aucun spoiler.

Arikawa Takashi rêve d’embrasser une carrière politique, mais dans l’attente, il travaille consciencieusement en tant que bureaucrate. Quand un intime du Premier ministre lui propose d’épouser sa propre fille, il voit là l’occasion de mettre les pieds dans cet univers l’attirant depuis toujours. En plus de satisfaire ses ambitions, il continuera aussi de plaire à sa mère dont il est très proche et qui, depuis sa naissance, veille à le pousser au sommet du pouvoir. Toutefois, c’est souvent lorsque l’on cherche à refouler un passé embarrassant qu’il finit par revenir et bouleverser des fondements familiaux finalement plutôt branlants.

Le récit et les rebondissements de Shukumei 1969-2010 amènent immédiatement à penser à l’atmosphère étouffante de Karei Naru Ichizoku. Il est impossible de trop en dire au risque de dévoiler des éléments clés de l’intrigue, mais les deux séries possèdent de nombreux points communs. Toutes deux ont d’ailleurs pour principale similarité d’axer leur propos sur une famille dysfonctionnelle en proie aux secrets et mensonges. Tout le monde manipule et personne ne peut réellement faire confiance à son prochain. Malheureusement, la production nous intéressant aujourd’hui s’avère nettement inférieure à la susnommée. Elle oublie par exemple de densifier son cadre socio-politico-historique et s’attarde sur des personnages antipathiques n’inspirant pas grand-chose. Un souffle tourmenté aurait permis d’asseoir la dimension shakespearienne de cette fresque familiale plongeant progressivement dans des abîmes de souffrance. À la place, les rebondissements mélodramatiques à souhait, les révélations de dernière minute et autres coïncidences inespérées pullulent. Les amateurs des soap opera y trouveront au moins en partie leur compte, mais ceux cherchant davantage de naturel et de subtilité lèveront assez régulièrement les yeux au ciel. D’ailleurs, la forme de cette série joue le jeu puisqu’elle se dote de musiques virevoltantes, d’un certain théâtralisme et de métaphores symboliques quelque peu kitsch.

La route d’Arikawa Takashi semblait toute tracée. En toute logique, il aurait effectivement dû prendre la relève de sa mère dirigeant d’une main de fer plusieurs hôpitaux. Pourtant, il a choisi une voie plus étonnante et, à première vue, moins clinquante. Jusqu’à présent, il travaille consciencieusement au sein du ministère des Finances. Son sérieux et sa rigueur sont bien vus, mais il reste malgré tout en retrait. Sa vie personnelle apparaît tout aussi discrète et personne n’est au courant qu’il fréquente une seule femme depuis dix ans, la trader Sasayama Nobuko (Koike Eiko – Shokuzai). La tradition nippone voudrait qu’il lui demande sa main, mais il ne le fait pas. Pire, il décide même de rompre abruptement, sans réelle explication, le jour où un pont d’or lui est offert. Le patriarche Shirai Shinichirô, un homme exerçant parmi les hautes sphères politiques, lui suggère d’épouser sa fille aînée, Naoko (Uehara Misa). Cette proposition n’est pas désintéressée, car ce requin aux dents longues constate que les richesses de sa belle-famille fondent comme neige au soleil. En s’associant aux Arikawa, ses caisses se regarniraient et il pourrait poursuivre ses activités. Le chef des Shirai campé par Okuda Eiji ne recule devant rien et se révèle hautement détestable. Takashi et sa mère ne sont pas naïfs, mais voient là aussi une opportunité. Cette union arrangée a vraisemblablement tout pour plaire. Sauf que l’ex-petite amie n’a pas dit son dernier mot et que, surtout, les futurs mariés sont bien plus liés qu’ils ne pourraient le croire. Leur père et mère respectifs ne sont pas des inconnus et, courant 1969, se sont rencontrés à plusieurs reprises alors que les violences estudiantines faisaient rage.

Sur le papier, Shukumei 1969-2010 entremêle donc la sphère politique à une plus intime. Or, la première est presque inexistante malgré quelques tentatives de développement. La majorité des épisodes tournent autour de la révélation de la fin de la deuxième semaine de diffusion, oubliant tout le reste sur leur passage. L’occasion aurait été d’explorer les jeux de pouvoir au sein du gouvernement et des hautes instances de la finance, de mettre en avant les manipulations et autres dissensions, ou encore de montrer l’influence de l’argent sur ce microcosme vérolé par les ambitions de chacun. Le scénario demeure malheureusement un peu trop simpliste d’autant plus que son cadre historique, avec les mouvements sociaux des années 1968-1969, n’est pas davantage exploité. Associer des images d’archives aux flashbacks des principales figures de la série n’est pas dénué d’intérêt, mais il importe alors d’expliquer le contexte et de prouver pourquoi cette époque fut aussi dure, pessimiste et presque traumatisante pour certains. La mère de Takashi paraît en être sortie peu indemne si ce n’est que ses blessures latentes se veulent à l’écran presque incompréhensibles. Ne comptez donc pas apprendre quoi que ce soit sur cette période trouble dont l’assaut par les forces de l’ordre du hall Yasuda de l’université de Tôkyô fut le point culminant. À la place, les épisodes se contentent d’illustrer scolairement les personnages agir parfois stupidement et de manière redondante. En revanche, l’instrumentalisation des enfants par les parents est cruellement mise en scène et source de passages dramatiques. Le père des Shirai en est le parfait représentant, lui qui n’hésite jamais à utiliser ses filles – dont la cadette est jouée par Fujii Mina (Bloody Monday) –, sa femme (Matsuzaka Keiko – Madonna Verde, Erai Tokoro ni Totsuide Shimatta!) et n’importe qui pour conserver une domination pourtant fort fragile. Son esprit retors le pousse même à oublier sa conscience et son sens moral. Le comportement ambigu et les retournements de situation dépeints dans cette production amèneraient quasiment à penser que les scénaristes ne sont pas japonais, mais coréens !

Le protagoniste de Shukumei 1969-2010 est un individu froid n’ayant guère fréquenté son géniteur, décédé quand qu’il n’était encore qu’un enfant. Sa mère, Mina (Maya Kyôko – Churasan), l’éleva de son mieux, mais ne parvint pas à annihiler ce sentiment de solitude parasitant son fils alors unique. Takashi n’est pas foncièrement désagréable ; il est en fait incolore et ne dégage rien. L’interprétation timorée de Kitamura Kazuki (Neko Zamurai, Tenchijin) favorise le côté constipé du héros, ce qui n’arrange pas la donne. Au début de la série, son couple avec l’enjouée Nobuko semble solide et tous deux ont apparemment tout pour être heureux. Le jour où il fait la connaissance de celle qu’il est supposé épouser, Naoko, il laisse tomber son ancienne compagne comme une vulgaire chaussette. Ses ambitions politiques ne sont pas les seules raisons de cette rupture, car il a le coup de foudre pour sa douce promise cherchant à plaire à son père, quitte à se transformer en martyre. La dynamique du futur ménage ne se révèle pas non plus extraordinaire et manque d’alchimie, de papillons dans le ventre et d’une véritable progression. La caméra suggère bien trop abstraitement des comportements et a la fâcheuse manie de ne pas illustrer des scènes d’affection qui, justement, permettraient de rendre ces figures plus attachantes et convaincantes. La réaction de l’ex-petite amie de Takashi se veut aussi caricaturale et peu crédible par rapport à sa caractérisation initiale ; tout ce qui gravite autour d’elle, avec son père et son frère, brise en plus le rythme déjà vacillant de la série. En réalité, Shukumei 1969-2010 a peut-être pour principale tare d’étirer sa grande déclaration et d’occulter tout le reste. Ironiquement, l’épilogue lance de nouvelles pistes stimulantes sortant enfin du registre jusque-là prépondérant, et le clap de fin retentit au moment le plus intéressant. Il semblerait qu’une seconde saison adaptant la suite du roman fut envisagée, mais elle n’a jamais été mise en chantier… dommage.

Pour conclure, malgré ses nombreux travers scénaristiques et des personnages peu agréables, Shukumei 1969-2010 dispose de plusieurs atouts pour proposer un divertissement relativement convenable. En embrassant pleinement les codes et ressorts éculés des soap opera, elle illustre le parcours de deux familles se réunissant pour le pire comme pour le meilleur. Les enfants veulent être maîtres de leur destin, mais apprennent à leurs dépens et bien trop tard que les dés sont pipés dès le départ. Derrière leur dos, les parents n’hésitent pas à les manipuler et à continuer de nourrir le feu d’une situation incontrôlable et diaboliquement tragique. Si les intrigues politiques demeurent bien trop en arrière-plan, les amateurs des thématiques propices aux secrets, corruptions et autres éléments dignes des mélodrames intergénérationnels seront peut-être ravis devant cette fiction à mon goût trop clichée.