L’été 2016 des j-dramas

Par , le 6 juillet 2016

Vous devez dorénavant connaître le principe de ces billets, à savoir que les productions m’intéressant le plus – pour des raisons parfois hautement discutables – disposent d’une petite étoile (★) à la fin de leur description. Comme d’habitude, seuls les renzoku sont abordés, les tanpatsu étant volontairement mis de côté.

(Si l’affiche, le lien vers le site officiel ou la page Drama Wiki ne sont pas indiqués ici, c’est qu’ils ne sont pas encore disponibles ; je les ajouterai dès que possible. Il en va de même en ce qui concerne le synopsis de certaines séries.)

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Aogeba Tôtôshi

Chaîne : TBS
Début : 17 juillet 2016
Site officielFiche Drama Wiki

Après un accident, un ancien joueur de saxophone (Terao Akira) décide de tourner le dos à la musique, mais pas trop tout de même puisqu’il travaille désormais dans un lycée où il s’occupe d’un brass band. Ce nouveau professeur essaye tant bien que mal de pousser ses élèves en marge de la société vers le haut. Cette série transposant les œuvres d’Ishikawa Takako intitulées Brass Band Kids Rhapsody et Brass Band Kids Odyssey semble répondre au cahier des charges habituel de ce type de fiction. En d’autres termes, chaque épisode devrait s’attarder sur un problème et progressivement, à force d’aider son prochain, le héros retrouvera goût en sa passion. Bref, sur le papier tout sonne réchauffé et seul change le cadre orchestral. Reste à voir si l’écriture favorise le naturel et si l’ensemble bénéficie d’une solide bande-son. Notons la présence de Tabe Mikako.

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Black Sails (saison 2)

Par , le 29 juin 2016

Même si nous sommes en été et que la météo ne nous en donne pas réellement l’impression, au moins Black Sails ne peut nous décevoir avec ses paysages sentant bon le sable chaud. Sa deuxième saison, encore une fois constituée de dix épisodes d’une cinquantaine de minutes, fut diffusée sur Starz entre janvier et mars 2015. Rappelons qu’une quatrième a déjà été annoncée pour 2017. Aucun spoiler.

Après des débuts encourageants, je ne me voyais pas oublier cette série mettant à l’honneur la piraterie. Avec son souffle épique allant crescendo et ses personnages nuancés, il n’en fallait pas beaucoup plus pour m’enthousiasmer. L’année précédente se terminait notamment sur la capture de Flint par son propre équipage avant qu’ils ne finissent tous par s’échouer, découvrant par un heureux hasard que l’Urca de Lima et ses montagnes d’or étaient à leurs pieds. Ces aventures inédites ne laissent pas de répit et démarrent tambour battant. Se sachant condamné s’il n’agit pas, Flint propose un plan pour piller le galion espagnol et s’allie bon gré mal gré à John Silver. Les deux se lancent alors à l’attaque, dans l’espoir de mettre le grappin sur ce trésor ayant motivé leur long et dangereux périple. Sur New Providence, la situation s’avère aussi explosive, car la géopolitique n’a peut-être jamais été autant chamboulée. Vane et ses comparses ont aisément envahi le fort de Nassau et contrôlent désormais les canons pointés vers le port, ce qui leur offre un ascendant incontestable. Eleanor tente tant bien que mal de tempérer les envies et plaintes de ce microcosme en ébullition, mais se retrouve bien en peine, surtout quand le capitaine Ned Lowe arrive et semble prendre un malin et sanglant plaisir à s’occuper de son propre agenda. Chacun cherche comme d’habitude à satisfaire ses besoins, comme le prouve Max qui, après ses déboires de naguère, dirige les prostitués tout en gardant un œil sur les pirates et leurs exactions. Son alliance avec les esseulés Rackham et Anne promet certainement de dynamiter l’île d’autant plus que personne ne les attend au tournant. Les décors naturels, les costumes et les musiques continuent d’exalter, à l’instar d’une atmosphère létale où tous les coups sont permis. Trahisons, complots, jalousie, révélations surprenantes, embruns et retours dans le passé nourrissent le scénario de cette saison redistribuant régulièrement les cartes de ce jeu mortel.

Suite à la mutinerie ayant failli lui coûter la vie, Flint se retrouve en bien mauvaise posture. Toujours obnubilé par le trésor de son maudit navire espagnol, il croit encore être capable de le récupérer malgré des conditions peu favorables. Dufresne, désormais incarné par Roland Reed en raison des ennuis de santé de Jannes Eiselen, accepte de laisser une ultime chance à son ancien capitaine aux motivations ambivalentes. John Silver entre alors en scène et décide de prêter main-forte à Flint parce qu’il aimerait quitter cet univers qu’il n’a jamais choisi, avec les poches alourdies d’or si possible. La saison joue beaucoup sur la relation atypique liant ces deux hommes à la personnalité radicalement opposée, mais comprenant rapidement qu’ils doivent s’unir pour mieux avancer. Leur association fonctionne parfaitement en mêlant méfiance, respect et une certaine amitié. Le froid silence de l’un se fond parfaitement avec la bonhomie engageante de l’autre. D’ailleurs, le malicieux et débrouillard Silver gagne vraiment en charisme et en intérêt en dépassant quelques stéréotypes l’ayant desservi précédemment. Il sait se rendre indispensable pour tout le monde et, l’air de rien, manipule à sa guise. Le voir naviguer à vue amuse grandement et injecte une légèreté agréable et bienvenue, car l’ambiance s’avère assez morose. Le récit a l’excellente idée de commencer à explorer en profondeur Flint et ses antécédents encore mystérieux. De multiples flashbacks laissent au départ assez perplexe, mais piquent rapidement la curiosité avec un rebondissement totalement inattendu. Ce procédé humanise l’ambivalent protagoniste et illustre ses fêlures et doutes, sa rencontre avec Thomas Hamilton (Rupert Penry-Jones – Spooks) et la raison de sa transformation en pirate. Miranda gagne également au change, elle qui ne disait rien qui vaille précédemment. Ces retours dans le passé permettent de mieux comprendre le personnage, tout en préparant le terreau à venir catalysé par le glaçant Ned Lowe.

La deuxième saison de Black Sails poursuit les tergiversations de la dirigeante implacable qu’est devenue Eleanor. Ambitieuse et souhaitant s’affranchir de son père, elle essaye de ne pas se laisser porter par ses sentiments. La route s’annonce semée d’embûches pour elle qui se retrouve confrontée à ses propres intérêts, allégeances et ceux de l’île. Flint et Vane la placent sur une chaise inconfortable et elle n’a de cesse que d’aller d’un bord ou de l’autre, ne sachant jamais vers qui se tourner. Son rôle paraît assez ingrat et ses décisions la rendent parfois presque antipathique, bien que tout à fait crédible. L’irruption du capitaine du Fancy, Ned Lowe (Tadhg Murphy), la pousse dans ses retranchements. Cet homme placide et imprévisible apprécie torturer et n’hésite pas à assassiner froidement n’importe qui se trouvant sur son passage. Le personnage reste peu à l’écran, mais marque à l’encre indélébile et permet d’introduire un élément lançant la saison dans une nouvelle direction. Si les scènes d’action et en mer répondent davantage à l’appel que précédemment, elles ne forment toujours pas le liant de la série. Cela dit, les confrontations gagnent en naturel, les dialogues souffrent moins de leur aspect verbeux, et la conclusion se révèle proprement explosive et rattrape les périodes de disette. Non, ces épisodes veillent encore une fois à approfondir les principales figures, les complots ourdis dans l’ombre et les rêves d’un futur différent. Le fil rouge le plus notable repose sur l’utopie de Flint et de son idéaliste ami, feu Thomas Hamilton, autrement dit celle de créer un Nassau indépendant. Black Sails s’inspire de faits réels et propose ici une peinture humaine. Au mépris des dissensions, meurtres, menaces et autres règlements de compte, certains voient plus loin et savent mettre leurs rancunes de côté. Ce développement offre aussi au séduisant capitaine Vane l’opportunité de changer de registre et de se détacher d’Eleanor dont il était un peu piégé. À ce sujet, Flint et lui se détestent cordialement, se le montrent bien et alimentent plusieurs scènes intéressantes. Comme souvent avec cette fiction enlevée, ses personnages ne manquent pas de panache, intriguent et se dotent d’une caractérisation plutôt complexe mêlant adroitement divers sentiments. Le soin de l’écriture fait plaisir malgré quelques écueils pardonnables de-ci de-là.

Pendant que Flint, Eleanor et d’autres essayent d’éteindre les braises d’un feu nourri par des boucaniers et les Anglais, quelques-uns sur New Providence œuvrent de concert et cherchent à s’emparer d’or. Après avoir été humiliée et violentée, Max décide de prendre sa revanche. Propulsée au rang de gérante d’une institution de prostituées, elle comprend rapidement la mesure de son pouvoir. Les pirates y défilent, se rapprochent de ses employées et délivrent leurs secrets au lit. Sournoisement, la jeune femme commence alors à étendre sa toile et souhaite se tailler la part du lion. Pour mener ses ruses, elle choisit de s’allier à Jack Rackham et Anne Bonny, bien en peine depuis qu’ils ont été chassés par Vane. En dépit de rebondissements astucieux, cet arc se révèle plus discutable, probablement parce qu’il se dote de séquences et développements totalement gratuits. Black Sails n’hésite pas à proposer des scènes de sexe presque racoleuses ne cherchant qu’à attirer un certain public, bien que cela ne soit pas trop rédhibitoire. Quoi qu’il en soit, outre le charme sympathique de Rackham, Anne est enfin davantage mise en valeur et finit même par attendrir un tant soit peu. Les deux constituent un bien joli duo et leur évolution fait plaisir à voir. Leurs histoires donnent parfois l’impression d’être en retrait du reste, mais toutes ces intrigues se rejoignent pour former un ensemble convaincant. Au bout du compte, tous ces individus ont pour point commun de se battre contre l’ordre préétabli. En dépit de légères baisses de rythme vers le milieu et des retombées survenant plus lentement que prévu, quand la machine s’emballe, elle ne lésine pas sur les moyens. Les derniers épisodes, dont le magnifique 2×09, XVII., se dotent d’une incroyable montée d’adrénaline, bouleversent littéralement le devenir de ces personnages et relancent la série sur des bases encore à construire. Finalement, le suspense haletant et l’énergie exaltante de ce spectacle laissent bouche bée.

Pour résumer, la deuxième saison de Black Sails poursuit la route tortueuse empruntée par la précédente. En se montrant moins bavarde et en dépassant le cadre introductif légèrement poussif, elle parvient déjà à atténuer les lacunes initiales. Bien sûr, elle continue de dresser avec adresse les enjeux, de croquer les turpitudes de sa galerie de figures au visage souvent buriné, et de délivrer des moments armés d’une tension indicible où tout semble pouvoir arriver. À travers ses luttes de pouvoir, de stratégies et de dupes, elle n’a de cesse que d’approfondir ses héros et de troubler les frontières de ce maelström chaotique. Malgré un discret ventre mou en milieu de parcours et une narration parfois branlante, ces épisodes inédits réussissent à injecter une dimension épique, exotique, haletante et humainement très riche. Cerise sur le gâteau, vu la conclusion volcanique, la suite de ces aventures caribéennes s’annonce au moins aussi jouissive.

Shiroi Kyotô (2003) | 白い巨塔

Par , le 22 juin 2016

À force de lui tourner autour et de le laisser prendre de la poussière virtuelle dans mes dossiers, j’ai enfin donné sa chance à un mastodonte de la télévision nippone. Effectivement, j’ai souvent pour fâcheuse habitude d’hésiter avant de lancer de supposés classiques, probablement par crainte de finir déçue. Trêve de verbiage, discutons donc de l’une des adaptations de Shiroi Kyotô, un roman écrit en 1965 par Yamazaki Toyoko à qui l’on doit également Fumô Chitai et Karei Naru Ichizoku. Cette histoire a déjà été transposée à l’écran en 1978, mais aussi en 2007 en Corée du Sud à travers White Tower, appellation anglaise traduisant littéralement la japonaise. La version nous concernant aujourd’hui est celle scénarisée par Inoue Yumiko (Engine, Pandora), constituée de vingt-et-un épisodes diffusés sur Fuji TV entre octobre 2003 et mars 2004 ; le premier et le dernier durent presque une heure et, étonnamment, le onzième se dote de quatre-vingt-dix minutes. Il s’agit d’une production fêtant le quarante-cinquième anniversaire de la chaîne. Aucun spoiler.

L’effervescence contamine l’hôpital universitaire Naniwa d’Ôsaka avec les élections à venir du nouveau chef de service de chirurgie. Pour beaucoup, le successeur du professeur actuel ne fait aucun doute, mais les surprises sont toujours possibles. L’ambitieux Zaizen Gorô attend avec avidité les résultats, lui qui brigue ce poste depuis maintes années et paraît être le candidat idéal. Si ses talents sautent aux yeux, son absence de véritable d’empathie et d’implication auprès de ses patients pose question pour l’un de ses anciens camarades de promotion, Satomi Shûji. Celui-ci exerce au sein du département de médecine interne et préfère s’adonner à la recherche plutôt que de favoriser les rouages politiques d’un microcosme vérolé. Les deux se respectent, mais leur personnalité contrastée risque de finir par rompre leur relation, surtout quand l’éthique médicale se voit bafouée de la sorte.

La qualité des travaux de la romancière s’avère indiscutable tant elle parvient à croquer des figures pluridimensionnelles évoluant dans des cadres aussi riches que divers. La réflexion de ses intrigues et son sens de la narration font souvent mouche. C’est donc avec une certaine attente que j’ai osé commencer Shiroi Kyotô, espérant être autant subjuguée qu’avec le superbe Fumô Chitai. Aucun livre de l’auteure n’est pour l’instant traduit en français donc je serai bien incapable de préciser la fidélité de cette adaptation. Je n’ai pas non plus eu l’occasion de regarder les autres versions. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à critiquer les sous-titres anglais. En une phrase, ils sont médiocres. Je suis persuadée qu’ils m’ont gâché une bonne partie de mon appréciation, car je n’ai pas pu m’empêcher de tiquer à maintes reprises sur les coquilles, tournures approximatives, fautes d’orthographe et de transcription. Et je ne parle pas japonais, donc je suis peu à même de constater les erreurs ! Par exemple, le professeur Azuma est transformé en Asuma tout au long de la série. Pour peu que vous soyez à l’aise avec la langue ou capable de faire preuve d’une immense patience probablement vaine, je vous conseille soit de vous passer de cette traduction inepte, soit d’en attendre une plus tolérable. L’amertume est d’autant plus vive que les répliques enlevées et la finesse des propos de l’ensemble transparaissent à plusieurs reprises, mais sont souvent atténuées, voire parasitées par ces sous-titres. J’avoue avoir hésité à poursuivre les épisodes, de peur d’en finir dégoûtée. Car si Shiroi Kyotô ne manque pas de défauts et souffre d’une écriture parfois grandiloquente et exagérément symbolique, elle plaît grâce à son ton subversif, les facettes nuancées de plusieurs de ses personnages et cette peinture au vitriol de la médecine nippone. Elle se permet même de tenir un discours sur la cigarette plus qu’atypique pour la télévision japonaise. Sur la forme, bien que le budget semble conséquent comme le prouve ce voyage mémorable en Pologne, elle ne sort pas des sentiers battus et dispose d’une réalisation traditionnelle. La musique composée par Kako Takashi reste également assez classique et tend à légèrement forcer les émotions.

Chaque matin, une ribambelle d’internes, d’externes et d’infirmiers se pressent aux portes de l’ascenseur pour accueillir le chef de service. Une fois les courbettes effectuées, cette troupe se lance dans les couloirs au blanc clinique, allant de chambre en chambre pour discuter des patients. Les lits et pathologies défilent. Le professeur Azuma Teizô (Ishizaka Kôji) s’occupe depuis plusieurs années du département de chirurgie. Il s’approche de la retraite et devrait prochainement quitter son siège qu’il affectionne beaucoup. Tous les yeux sont braqués sur son assistant, Zaizen Gorô, qui sur le papier, a tout du futur dirigeant. Pourtant, Azuma ne l’apprécie guère. Il ne parvient pas à l’expliquer, mais quelque chose en son élève le rebute. Au lieu d’appuyer sa candidature, il tient des discours assez ambigus et, dans l’ombre, commence à chercher un collègue susceptible de le remplacer. Son antipathie est telle qu’il n’hésite pas à faire venir des professionnels d’autres villes, voire continents, comme Kikukawa Noboru (Sawamura Ikki – Doctors) exerçant jusqu’alors aux États-Unis. La jalousie n’étouffe-t-elle pas Azuma qui constate que Zaizen, celui qu’il a jadis formé, le dépasse ? Il ne tolère pas la corruption, mais finit par accepter d’en être un acteur à part entière à condition de conserver sa dignité et son sens de l’honneur. Ce professeur vieillissant doute et essaye tant bien que mal de faire bonne figure, surtout que son épouse, la mondaine Masako, s’évertue à mettre son grain de sel. D’ailleurs, cette femme se révèle horripilante et l’interprétation maniérée de la décidément passable Takahata Atsuko (Atsu-hime) accentue le problème. Le chirurgien pense ainsi à sa carrière périclitante et à l’héritage qu’il laisse, mais aussi à sa fille, Saeko (Yada Akiko – Last Christmas) qu’il aimerait voir s’unir à un riche parti travaillant dans un domaine similaire au sien. Sauf que cette dernière ne supporte plus les manœuvres politiques de la médecine, univers qu’elle croyait autrefois juste et désintéressé. Ses quelques rencontres avec Zaizen lui donnent envie de vomir tant l’homme est bouffi d’orgueil et semble avoir oublié les fondements de sa mission. Les rapports de force entre les différents et nombreux acteurs du milieu sont explorés avec beaucoup de densité et d’intensité, chacun ayant sa pierre à ajouter à l’édifice dans ce système où les frontières entre le professionnel et l’intimité n’existent plus.

À l’exception de quelques rares personnages, Shiroi Kyotô illustre une galerie naviguant en eaux troubles et pour lesquels il paraît très compliqué de les apprécier. Le protagoniste, le chirurgien Zaizen Gorô en est le chef de file. Depuis son enfance vécue dans une certaine désuétude, il s’est juré de gravir les échelons. Il est parti de rien et s’approche du sommet. Il ne lui manque plus que le poste de professeur, mais son mentor, Azuma Teizô, lui met des bâtons dans les roues. Tout l’hôpital ne parle plus que des élections du futur dirigeant de chirurgie. Zaizen semble être le plus qualifié pour une multitude de raisons. Déjà, ses compétences en la matière impressionnent les plus grands. Véritable prodige du bistouri, il enchaîne les opérations tel un virtuose. Son sang froid lui permet de se sortir des situations les plus inextricables. Atone, insondable et arrogant, cet individu ne provoque aucune sympathie. L’intérêt de ses patients n’existe que s’il répond à son propre agenda. Brutal face à ceux qu’il juge inférieurs et arrondissant les angles devant ses supérieurs, il trouble par son attitude méprisable. Bien qu’il intrigue et fascine à sa façon, sa suffisance constante finit par irriter, lui que l’on souhaite voir tomber de son piédestal. Néanmoins, n’est-il pas prisonnier de ses désirs, de son appétit obsessionnel d’être reconnu par ses pairs ? À l’instar de la majorité de la distribution, Karasawa Toshiaki (Fumô Chitai) propose là une solide interprétation. Sans aucune surprise, la série dépeint la montée en puissance de cet homme avant une chute qui s’annonce vertigineuse. Dans le fond, les prétentions de cet antihéros se veulent compréhensibles, car il court après la gratitude et tente de combler la vacuité de son quotidien. Mais son austérité et son absence de remise en question dans la plupart des épisodes lui ôtent une humanité qui aurait été bienvenue. Son épouse, la superficielle et vénale Kyôko (Wakamura Mayumi), horripile tout autant qu’Azuma Masako, même si elle révèle une facette plus étonnante et nuancée en bout de chemin. La caractérisation de l’aspirant professeur souffre d’une légère caricature d’autant plus que l’emphase de la caméra et de la photographie cherche trop régulièrement à accentuer cet aspect métaphorique, voire ostentatoire. Au bout du compte, Zaizen s’est peut-être perdu au passage et ne se souvient plus de ses motivations passées. Il ne montre son vrai visage qu’au contact de sa maîtresse et dirigeante du bar Aladdin, Hanamori Keiko (Kuroki Hitomi – Scapegoat). Intelligente et cultivée, elle regarde ces batailles risibles d’un œil mi-amusé mi-ironique. Finalement, Shiroi Kyotô s’apparente presque à une fresque théâtrale où tous les coups sont permis, quitte à oublier par moments la finesse et la subtilité.

Cette production a beau se dérouler dans le milieu hospitalier, elle ressemble surtout à une histoire humaine aux multiples ramifications. Il n’est nullement question d’affaires médicales au sens strict du terme, mais d’une réflexion sur la nature des individus, l’éthique ou encore sur la mission des établissements de soin. Le lieu de l’intrigue importe peu parce que les luttes intestines ponctuent aussi le quotidien de grandes et plus modestes structures analogues en France comme ailleurs. Avant tout, Shiroi Kyotô dépeint une guerre d’égo. Le pragmatique Zaizen désire le poste de chef de chirurgie qu’Azuma essaye coûte que coûte de lui refuser. La première partie de la série s’attarde ainsi sur cette course menée de manière plus que discutable. Effectivement, le protagoniste ne s’y adonne pas directement et plutôt que de se borner à ses qualités propres, compte sur le soutien de son beau-père, Zaizen Mataichi (Nishida Toshiyuki – Tiger & Dragon), obstétricien en clinique privée. Ce grossier personnage rêve de voir celui qu’il considère comme un fils au sommet de la hiérarchie et n’hésite pas à flatter et sortir les pots de vin comme s’il vendait des petits pains. Cossu et logorrhéique, il n’a aucune honte, laisse régulièrement pantois et amuse. Il va de soi que le mariage de Gorô avec son épouse n’a pas été motivé par l’amour ; les deux ne se le cachent pas. Les Zaizen complotent ainsi tout au long des épisodes et font ressembler ces futures élections à une vraie campagne politique. La médecine ne semble pas peser dans la balance. Les autres professeurs, dont le cupide Ugai Ryôichi (Ibu Masatô – Fûrin Kazan) à la fidélité changeante, ne sont pas en reste. Les repas secrets, les cadeaux empoisonnés, la corruption effrontée et les regards détournés alimentent une atmosphère mettant plus que mal à l’aise. Ce petit monde n’inspire pas confiance et savoir que ces hommes, car les femmes doivent se contenter pour la majorité du rôle d’écervelées avides de richesse, tiennent en leurs mains la santé et le devenir de la population provoque des hauts le cœur. Toutefois, ne nions pas que l’intrigue pimentée pique la curiosité et divertit efficacement. Si les onze solides premiers épisodes représentent alors l’ascension de Zaizen Gorô et ses tentatives de ravir ce poste désiré, la suite ne peut que symboliser sa décadence. À force de jouer avec le feu, arrive toujours un moment où l’on se brûle les ailes.

Shiroi Kyotô délivre un message pessimiste et amer concernant le milieu médical. Le récit pousse une réflexion pertinente sur les missions de l’hôpital, ses problèmes inhérents tels que la compétition entre les différents services, le mépris des médecins pour les infirmiers, le nombre limité de lits, l’absence d’annonce de diagnostic fatal quitte à cacher la vérité, l’apparente nécessité d’être financièrement rentable, le souci des patients en phase terminale, la valeur d’une vie sur une autre, l’effort de recherche, etc. Maints personnages secondaires gravitent autour de la distribution principale et apportent un réalisme appréciable. C’est en plus l’occasion d’y retrouver des visages familiers : Sasaki Kuranosuke, Itô Hideaki, Nishida Naomi, etc. Pour peu que l’on ait un intérêt pour ce genre de thématique, cette production mérite un certain investissement. D’ailleurs, malgré son âge maintenant avancé et sa nationalité, les difficultés qu’elle met en avant existent malheureusement toujours. Si l’écriture souffre d’un discret didactisme, elle compense régulièrement par sa dimension plus intime en plaçant à chaque fois au cœur du propos l’être humain, ce qui l’empêche justement de perdre au passage ceux n’ayant que peu de goût pour ces fictions médicales. Tandis que Zaizen œuvre dans l’ombre, l’un de ses anciens comparses de l’université continue tranquillement son chemin. Le ressort de la série repose en grande partie sur l’opposition entre deux personnages ayant commencé leur carrière simultanément, mais prenant un parcours différent. Si Zaizen est gouverné par sa quête de pouvoir, Satomi Shûji (Eguchi Yôsuke – Chase) ne pense qu’à ses patients et leur confort. Idéaliste convaincu, il passe ses journées à soigner des malades et ses nuits dans son laboratoire, à chercher divers remèdes. Son abnégation et son dévouement tranchent avec le comportement de ses autres confrères. Sa petite famille, avec sa femme et son fils, en pâtit forcément. Outre des coïncidences parfois trop fortuites, là où Shiroi Kyotô perd notamment de sa force, c’est en oubliant une vraie demi-mesure. Le médecin est ici trop lisse et propre sur lui. Un peu d’aspérité l’aurait rendu plus attachant. Zaizen et lui forment les deux faces d’une pièce. Leur dynamique conflictuelle touche et propose de jolies scènes, car les deux s’apprécient en tant que confrères et du fait de leur spécialité différente, ne se considèrent pas comme ennemis. Ils aiment leur profession, cela s’avère indéniable. Bien que le chirurgien se veut sûr de lui, il semble avoir peur de Satomi et essaye de l’atteindre tandis que ce dernier ne vit que pour ses patients, occultant tout le reste. Cet homme affable prend de l’importance alors que son collègue commence à être pointé du doigt.

Dans la deuxième moitié de ses épisodes, Shiroi Kyotô quitte régulièrement les couloirs hospitaliers pour arpenter ceux des tribunaux. Après avoir conspué l’attitude parfois déplorable de ces médecins, le scénario illustre l’acharnement d’individus pour faire valoir leurs droits. Comme partout, les fautes ne manquent pas au sein des établissements de soin. Si Satomi se révèle consciencieux, beaucoup d’autres ne le sont pas autant et au lieu d’agir selon l’intérêt des malades, pensent d’abord à eux. Les erreurs médicales et la négligence nourrissent le récit qui, progressivement, montre le parcours du combattant d’une famille ayant tout perdu suite à un diagnostic discutable. Cet arc, bien qu’écrit dans les années 1960, conserve une incroyable et sidérante modernité. Attaquer un hôpital s’apparente à une lutte titanesque, voire impossible, surtout devant une vraie institution. Un seul avocat (Kamikawa Takaya – Warui Yatsura) accepte de prendre en charge les demandes des supposées victimes et doit subir les menaces plus ou moins déguisées d’un consortium de praticiens prêts à tout pour étouffer l’affaire. Cette partie plus judiciaire manque un peu de rythme, s’oublie dans quelques redondances et des intrigues secondaires, et délaisse une véritable stratégie. Les arguments et plans du défenseur restent au placard, ce qui est bien dommage. De même, malgré les convictions de Satomi et son courage valant des louanges dans cette société tuant dans l’œuf l’individualisme, son sens de la morale et sa rigidité asphyxient sensiblement. Son association avec la fille Azuma, Saeko, et l’espèce de triangle amoureux s’installant insidieusement n’apportent pas non plus grand-chose. La jeune femme se révèle tout aussi idéaliste et innocente que l’unique médecin qu’elle vénère. Les deux détiennent une caractérisation trop manichéenne. Dans la vie, rien n’est jamais simple et ne pas suivre les règles ne signifie pas toujours mériter une quelconque condamnation. Contre toute attente, en dépit d’un bouillonnement incroyable et d’un suspense électrisant, le sort des protagonistes laisse parfois indifférent. Ce manque d’émotion palpable nuit sûrement à l’appréciation de cette fiction pourtant très dense favorisant la thématique du destin, de l’importance de la hiérarchie et des dérives quand des intérêts financiers entrent en considération.

En résumé, la longue série Shiroi Kyotô délivre une fresque plutôt fascinante par sa capacité à jouer sur plusieurs registres. Tour à tour médicale, politique, légale, morale et sociétale, elle relate le parcours de deux individus passionnés à la personnalité opposée démarrant leur chemin au même endroit. Tandis que l’un n’écoute que son orgueil et sa soif de reconnaissance, l’autre fait preuve d’une humilité permanente. Avant toute chose, cette production presque désillusionnée propose un drame où chacun de ses moments est pesé en amont pour mieux asseoir sa dimension tragique, sa tension indicible et cette constante vanité étouffant un système hospitalier nippon non dénué de lacunes. Après une quête d’influence et de pouvoir, elle explore les tréfonds de la négligence médicale, n’oubliant jamais au passage de placer en son centre la nature humaine. Bien que l’ensemble souffre de quelques limites, comme une corruption trop appuyée, un manque de finesse et une seconde partie moins enlevée, il délivre un solide et riche divertissement choisissant de traiter avec beaucoup de réalisme critique des problématiques complexes.