Mirai Kôshi Meguru | 未来講師めぐる

Par , le 30 mars 2016

Après avoir discuté de Manhattan Love Story, une série trop méconnue de Kudô Kankurô (Ikebukuro West Gate Park, Kisarazu Cat’s Eye), j’ai décidé de poursuivre mon exploration en donnant sa chance à une autre de ce scénariste traînant dans mes dossiers depuis Mathusalem : Mirai Kôshi Meguru. Elle comporte dix épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur TV Asahi entre janvier et mars 2008. Aucun spoiler.

Alors qu’elle vient de fêter son vingt-quatrième anniversaire, une professeure d’anglais se découvre un pouvoir insolite. Quand son estomac est bien rempli, elle peut voir ce qui attend les personnes l’entourant dans vingt ans. Naturellement, les déconvenues sont par moments terribles et la jeune femme est bien tentée d’essayer de changer le futur…

Autant plusieurs travaux de Kudô Kankurô figurent régulièrement dans les chouchous du public, autant certains sont totalement passés inaperçus. Ce constat s’avère d’ailleurs assez curieux, mais parfois, cette absence de lumière s’explique aisément. Ne faisons pas durer le suspense artificiellement, Mirai Kôshi Meguru n’est pas la série la plus réussie du scénariste, tant s’en faut. Qu’elle soit donc négligée par la majorité ne paraît finalement pas une seule seconde étonnant. N’importe qui ayant déjà côtoyé l’univers débridé de cet homme aux nombreux talents se prépare à plonger dans un quotidien excentrique, presque absurde, décalé et sensiblement plus intelligent qu’à première vue. Ses acteurs fétiches s’y multiplient, la structure narrative se révèle souvent originale et le visionnage se transforme en expérience assez fantastique en son genre. Ce serait mensonger d’écrire que les productions de Kudô Kankurô sont dénuées de défauts, mais elles s’en affranchissent facilement grâce à une identité indiscutable et à un certain doigté. Malheureusement, malgré de bonnes idées et de trop rares personnages adorables, ce Mirai Kôshi Meguru ne parvient jamais à convaincre. Son format demeure très classique puisque, outre une réalisation traditionnelle, le récit suit sa trame tranquillement, sans effet de style ou découpage anarchique. La protagoniste se retrouve confrontée toutes les semaines à une affaire qu’elle prend très à cœur et, en dépit d’un fil rouge plus dramatique vers la fin, tout devient répétitif et prévisible. Par chance, la série évite globalement le sentimentalisme gratuit même si l’approche se veut familiale et propice aux fameuses thématiques si chères à la télévision japonaise.

Yoshida Meguru se rend tous les jours dans une petite école préparatoire où elle donne des cours d’anglais à divers élèves. Le corps professoral se limite au flamboyant directeur (Takeda Shinji – Kimi no Te ga Sasayaite Iru) à la perruque changeant d’avis toutes les minutes sur le nom qu’il souhaite offrir à son établissement, un amateur de films érotiques à la coupe au bol (Hoshino Gen) et un homme plus âgé transpirant plus que de raison (Masana Bokuzô). Rapidement, une autre femme à fort accent (Kurokawa Tomoka – Cat Street) intègre leurs rangs. Ce quatuor se serre les coudes, veille sur les étudiants et passe surtout plus de temps à procrastiner et s’agiter dans tous les sens qu’à réellement travailler. L’alchimie entre eux est palpable et l’importance de la camaraderie prévaut. Chacun de ces personnages possède son quart d’heure de gloire, mais ils restent tous traités assez superficiellement en se résumant à une succession de gimmicks. Le comique de répétition représente l’un des ressorts de cette série et, d’ailleurs, quelques figures tertiaires s’y adonnent totalement comme le serveur du restaurant joué par Satô Jirô (Tumbling) complètement déphasé. Que les plaisanteries et gags reviennent plusieurs fois de suite ne dérange pas forcément, sauf lorsque l’écriture fait preuve de paresse et se révèle plus poussive qu’autre chose. Les répliques sont peu inventives, les situations s’empêtrent dans un mélange de genres peu heureux et l’humour ne fait que trop rarement mouche. Dans sa deuxième partie, la production se détache de l’avenir des élèves pour se focaliser sur un arc plus mystérieux et, avouons-le, totalement décousu. Dans tous les cas, Mirai Kôshi Meguru n’est pas suffisamment drôle et ne parvient donc pas à divertir. Pour cela, sa protagoniste et ses moult stéréotypes doivent sûrement être blâmés.

L’héroïne de cette fiction reposant sur un concept improbable, mais normalement propice à des développements amusants, a l’opportunité de découvrir le futur de n’importe qui croisant son regard. À partir de l’instant où elle a mangé jusqu’à satiété, elle voit les personnes telles qu’elles seront vingt ans plus tard. Ce pouvoir n’est pas expliqué dans la série et, de toute façon, là n’est pas la question. Meguru réalise l’étendue de ses capacités lors d’un rendez-vous avec son amoureux. Et pour cause, en retournant des toilettes, elle aperçoit en face d’elle un quarantenaire un peu enrobé perdant ses cheveux (Taguchi Hiromasa) ! La jeune femme réside chez son sympathique grand-père (Chii Takeo) depuis que ses parents loufoques ont divorcé et l’ont abandonnée. Non, le récit ne favorise pas le misérabilisme et préfère tout tourner en dérision. À ce propos, la mère (Sakakibara Ikue) et le père de Meguru (Funakoshi Eiichirô) reviennent souvent à l’antenne et se veulent assez fatigants, car trop clichés. L’oncle (Hashimoto Jun) aux objectifs douteux surgissant en fin de parcours symbolise tous les défauts de cette production excessive cumulant un cabotinage permanent et des réactions idiotes. Quoi qu’il en soit, ce don extrasensoriel n’est pas tombé du ciel, mais paraît héréditaire. Le grand-père en question voit aussi dans le futur et explique à sa petite-fille de quelle façon vivre avec. En effet, Meguru est bien tentée d’essayer de changer l’avenir de ses proches, surtout quand elle remarque que son compagnon se dote d’un physique moins engageant, qu’un élève sera mort dans vingt ans ou qu’elle-même va se retrouver menottes aux mains ! Sauf que, techniquement, elle n’a pas le droit de se mêler de quoi que ce soit… Malgré la folie ambiante et des péripéties rocambolesques, les historiettes se veulent simplistes, mécaniques, de qualité hétérogène et finissent ainsi par ennuyer.

Durant chaque épisode, Meguru s’occupe donc de ce qui la préoccupe sur le moment tout en veillant à se gaver de nourriture. Elle confond parfois même la brosse du tableau noir avec des gâteaux tant elle est obsédée par le fait de manger. En dehors de la caractérisation artificielle de l’héroïne, elle a peut-être pour principale tare d’être incarnée par Fukada Kyôko (Kamisama Mô Sukoshi Dake) qui cherche à être mignonne. Sauf que non, elle devient essentiellement horripilante à minauder de la sorte. Frivole, niaise et puérile, cette prof répète inlassablement de sempiternelles erreurs et agit comme si elle n’avait qu’une dizaine d’années. Son amoureux, Yûki, lui permet de sauver légèrement les meubles parce qu’il se montre stupidement adorable. Katsuji Ryô (Cat Street, Rebound) lui offrant ses traits démontre de nouveau son talent à endosser le rôle de gentil garçon benêt sur les bords. Son personnage est sous le charme le plus complet de Meguru, ne quitte jamais ses rollers et arbore une allure détonnante. Il amuse et rafraîchit grandement l’ambiance quelque peu moribonde tant tourne autour de la jeune femme. Les affaires de Meguru la dirigent vers des situations assez différentes où les liens relationnels passent en priorité. En dépit de la vacuité du scénario, le message global s’avère agréable et assez convenablement mis en scène, l’idée étant de prouver que ce qui importe est de s’accepter soi-même et de ne pas s’occuper de ce que pensent les autres. Certes, tout ceci se veut lisse et conventionnel. Accessoirement, avec ce format schématique de futur à modifier, les invités défilent : Tsukamoto Takashi, Abe Tsuyoshi, Kaneko Ken, Arakawa Yoshiyoshi, etc.

Pour résumer, à travers les pérégrinations d’une sorte de voyante immature, Mirai Kôshi Meguru accumule les clichés et maints stéréotypes. Au lieu d’épater la galerie et de proposer un véritable divertissement débridé, la fiction semble ne pas savoir si elle doit plonger dans une vraie excentricité ou, au contraire, favoriser son ton romantico-familial. En sus d’intrigues faméliques et régulièrement idiotes, le résultat en devient alors bancal, voire incohérent, et l’héroïne agaçante finit par donner envie de couper court au visionnage. Pourtant, de jolis moments ne manquent pas à l’appel et le potentiel de ce récit absurde se révèle palpable, mais la comédie n’atteint que peu son but. Comme quoi, si des séries demeurent parfois tapies dans l’ombre, il convient de les laisser y reposer encore longtemps.

Dominion (saison 2)

Par , le 23 mars 2016

Souhaitant visiblement renouveler sa programmation de manière parfois discutable, Syfy a annulé plusieurs de ses séries courant 2015. Outre Defiance avec qui elle partage de nombreuses similarités, Dominion fait partie de celles tombées au combat. La fiction s’est en effet arrêtée au terme de sa seconde saison constituée de treize épisodes diffusés sur la chaîne étasunienne entre juillet et octobre 2015. Malheureusement, la production n’a pas eu l’opportunité de tirer sa révérence en bonne et due forme et se termine sur un cliffhanger susceptible d’irriter maints téléspectateurs. Aucun spoiler.

En se montrant très ambitieux avec leur fresque politico-familiale où les anges représentent une dangereuse menace, les débuts de Dominion se voulaient intrigants, à défaut d’être totalement convaincants. Le potentiel était effectivement indéniable, mais l’approche stéréotypée, les moult maladresses et quelques autres lacunes rendaient l’ensemble approximatif, voire prétentieux. Cela étant, la qualité de cette première année allait crescendo et laissait sur une note assez optimiste. La suite nous prouve qu’un peu de patience ne nuit à personne. Ces épisodes inédits ne parviennent pas à enrayer tous les défauts, tant s’en faut, mais ils se dotent de vrais enjeux, d’un souffle parfois presque épique et, de surcroît, le héros gagne enfin en prestance. Jusqu’à présent, Alex, le supposé élu, se révélait falot et manquait cruellement de substance. Il ne suffit pas de répéter à outrance qu’un homme est le sauveur de la planète pour lui apporter du charisme. Maintenant qu’il a embrassé son statut et quitté Vega avec Noma, il part en direction de New Delphi. Sa quête est simple, il espère trouver dans cette cité les renforts nécessaires pour combattre Gabriel et ses sbires. Le protagoniste mûrit, se détache de son rôle alors trop lisse et sort de la dynamique convenue qu’il entretenait avec Claire Riesen. D’ailleurs, cette dernière en profite également. L’ancien soldat arrive même à amuser, lancer des répliques piquantes et à fédérer les foules. La prophétie handicapant auparavant ses actions se révèle aussi plus ténue, l’écriture cherchant plutôt la subtilité en distillant au compte-gouttes des informations sur les fameuses marques physiques et les pouvoirs leur étant liés. Pour le coup, cette deuxième année se veut donc plus intéressante, car elle réussit à davantage impliquer son audience, bien que l’empathie ne soit pas systématiquement de mise. Ce serait mensonger de dire qu’Alex est le personnage à retenir, mais sa progression améliore le reste. Son association avec la toujours plaisante Noma fonctionne convenablement et apporte de l’amitié, de la romance et du rythme. La jeune femme abrite un corps d’ange qu’elle dévoue entièrement à son protégé, mais les sacrifices amènent par moments à réévaluer ses valeurs. La saison joue beaucoup sur la notion de perte et n’hésite pas à multiplier les points de vue, sans oublier pour autant son homogénéité.

Un des griefs des épisodes passés était lié au cloisonnement du lieu. Cette fois, le récit se déroule simultanément sur plusieurs endroits. Tandis qu’Alex et Noma s’approchent de New Delphi, Claire demeure à Vega et doit s’occuper d’une rébellion, Michael erre l’âme en peine et découvre un curieux village, Gabriel survole le tout en s’agaçant tout seul, et quelques-uns leur gravitent autour. Sortir de l’enceinte fortifiée de l’ancienne Las Vegas apporte beaucoup de fraîcheur à la série. C’est l’occasion de repérer les environs désolés de cet univers post-apocalyptique ainsi que d’autres modes de vie. Progressivement, les différents arcs se rejoignent et dirigent Dominion vers un antagoniste attendu – pour peu que l’on connaisse les fondements célestes –, mais que l’on ne rencontrera malheureusement pas en raison de l’annulation de la production. Le passage à New Delphi représente le maillon fort de cette saison grâce à une tension sous-jacente et à Julian, le chef de cette ville retranchée n’ayant rien à voir avec Vega. Cet homme ambigu campé par Simon Merrells (Spartacus) s’avère rusé, vindicatif et plus que dangereux. Cachant son jeu, il semble en prime partager des souvenirs avec Gabriel et Michael. Ce personnage fournit de multiples flashbacks moyennement insérés, bien que se révélant pour certains intéressants tant ils éclairent les archanges, leur fonctionnement et leurs comparses ailés. La dualité existant entre les jumeaux revient naturellement sur le tapis et se montre un peu redondante d’autant plus que le principal ennemi d’Alex, Gabriel, souffre encore une fois d’une certaine caricature ; le cabotinage de son interprète n’arrange pas la situation, avouons-le. Ces figures ont par ailleurs tendance à changer d’avis au gré du vent. Michael profite toutefois de cette année pour gagner en sympathie et s’humaniser. Il doute et perd la foi avant de mettre les pieds à Mallory, un village protégé par un feu bien curieux ; il y rencontre plus tard un prophète joué par Hakeem Kae-Kazim (Black Sails). La religion chrétienne est de nouveau au centre de nombreux propos, sans en devenir prépondérante ou étouffante. L’envie de croire et la crainte de ne pas être soutenu par un être supérieur prévalent dans l’esprit des personnages. L’idée est plutôt encore une fois d’injecter une mythologie foisonnante et d’illustrer des guerres intestines et diverses luttes de pouvoir. D’ailleurs, le contexte à Vega est propice à cette approche définitivement humaine.

Maintenant que son père est parti, Claire Riesen se retrouve à administrer la cité fortifiée. Elle doit donc composer avec la menace que représente Gabriel, essayer d’atténuer les inégalités sociales, surveiller du coin de l’œil le retors David Whele ou encore oublier Alex qui l’a quittée alors qu’elle est enceinte de lui. La jeune dirigeante laisse un peu indifférent, mais la voir garder la tête haute, ne pas baisser les bras et tenter de construire son idéal apporte de jolies choses. Subsistent quelques ratés et développements moyennement engageants. Par exemple, Arika manipule dans son coin, mais demeure assez insipide. L’intelligent ingénieur Gates Foley (Nicholas Bishop) n’est pas désagréable si ce n’est qu’il peine à marquer plus que de raison. Au moins, la série a la bonne idée d’éviter des triangles ou carrés amoureux, la romance restant clairement en filigrane au fil des épisodes et les situations vaseuses étant vite écartées. À Vega, le principal fil rouge est symbolisé par la rebelle Zoe Holloway (Christina Chong) cherchant à faire valoir les droits des classes inférieures. Les deux femmes se ressemblent bien plus qu’elles ne le croient bien qu’elles se trouvent radicalement opposées. Cet arc révolutionnaire se veut assez bien mené et injecte aux aventures du dynamisme ainsi que des rebondissements inattendus. Pour cela, il convient notamment de remercier David Whele agissant comme un électron libre capable de tout. Depuis qu’il a envoyé son fils dans le désert, il perd pied et plonge littéralement en enfer. Un homme qui pense avoir tout perdu est toujours prêt à tout pour conserver sa vie. Cet individu était déjà l’un des intérêts notables de la série et cette saison ne le dément pas. Sa relation compliquée avec William délivre des scènes riches en émotions. La subtilité n’est pas forcément de mise et plusieurs développements souffrent de nouveau de ficelles grossières, mais dans l’ensemble, le résultat demeure divertissant surtout que la musique désormais composée par Bill Brown insuffle une vraie dimension intrépide ou envoûtante. Les héros tombent pour la majorité de leur piédestal, peinent et le côté aseptisé de l’atmosphère gagne en mélancolie et en âpreté comme le symbolise l’apparence des personnages visiblement usés. La foi et son propre rapport avec un supposé dieu, la révolution, la morale ou encore l’éthique figurent parmi les thématiques fédératrices abordées au long cours, démontrant que la production a beau disposer d’une mythologie atypique, elle reste rassembleuse.

Pour résumer, cette deuxième et dernière saison de Dominion commence enfin à exploiter le potentiel remarqué par le passé. En se montrant mieux construite, elle avance rapidement et lance la fiction sur des pistes intéressantes où une guerre civile se mêle à un combat de plus grande échelle. La tension létale, les retournements de situation, coups fourrés et autres secrets alimentent les épisodes qui se veulent dynamiques et plutôt agréables à suivre en dépit de réactions parfois incohérentes. L’éclatement du cadre permet en plus de le nourrir, de complexifier l’univers et de multiplier les enjeux avec succès. Si l’approche politique symbolise l’une des caractéristiques de la série, l’aspect davantage psychologique n’est jamais oublié comme l’illustre la relation compliquée entre les deux archanges s’aimant autant que se haïssant. Il est dommage que la production se termine sans réelle conclusion, car malgré quelques approximations, elle semblait avoir réussi à s’affranchir de plusieurs de ses écueils initiaux.

Jûi Dolittle | 獣医ドリトル

Par , le 16 mars 2016

Chaque saison, les billets dédiés aux nouveautés japonaises me servent notamment à faire le tri dans ce qui m’intéresse. D’aucuns pourraient répliquer qu’au bout du compte, je regarde très peu d’entre elles. Ce n’est pas tout à fait vrai ; non, je prends seulement mon temps. La preuve, je discutais de Jûi Dolittle il y a… euh, plus de cinq ans, et voilà que je viens enfin de la terminer. Il s’agit d’une adaptation du seinen manga de Natsu Midori, composé de vingt volumes sortis au Japon entre 2001 et 2014, et présentement indisponible en France. Cette histoire est également connue sous l’appellation Veterinarian Dolittle. Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, la série télévisée se constitue de neuf épisodes diffusés sur TBS entre octobre et décembre 2010 ; comme souvent, le premier et le dernier disposent de quinze minutes de plus que les quarante-cinq habituelles. Aucun spoiler.

Tottori Kenichi a beau être un excellent vétérinaire, il s’avère un peu trop froid et condescendant pour les humains. Qui plus est, il n’hésite pas à pratiquer des tarifs exorbitants, considérant que ses talents méritent d’être convenablement payés. Il se fiche royalement de sa réputation et ne pense qu’au bien-être des animaux. L’irruption dans sa vie d’une jeune femme devenant rapidement son assistante bouleverse son quotidien. Tous deux continuent de panser les plaies de leurs patients régulièrement laissés pour compte et doivent simultanément composer avec les maîtres de ceux-ci, mais également avec leurs propres confrères.

Malgré une distribution fort sympathique, ce Jûi Dolittle ne me tentait pas trop et c’est d’ailleurs pourquoi il a veillé aussi longtemps dans mes dossiers. Je n’ai jamais eu l’occasion de lire le manga et je serai donc bien en peine de spécifier si cette transposition à l’écran se révèle fidèle. Quoi qu’il en soit, il semble évident que des coupes et autres simplifications doivent être présentes puisque l’on ne résume pas un récit s’étalant sur vingt volumes en neuf petits épisodes. De toute manière, le j-drama est paru bien avant la conclusion de la version papier. Je craignais retrouver ici un format bien routinier où les aventures se suivaient et se ressemblaient. Sans aucune surprise, c’est effectivement le cas. Une sorte de fil rouge prend racine, mais il demeure ténu et peu intéressant. À la place, la production préfère répéter un canevas similaire devenant rapidement redondant. Tristement, l’emballage ne sort aucunement des sentiers battus, et en dehors d’une jolie ballade entendue de-ci de-là, Otoshimino de miwa, tout y sonne trop basique ou médiocre pour marquer positivement. À la rigueur, certaines lacunes se toléreraient si la série veillait à soigner ses détails, mais elle ne le fait nullement. La réalisation accentue d’autant plus l’amateurisme ambiant avec des plans mal mis en scène et des choix discutables. Rien que les premières minutes le prouvent avec cette séquence totalement idiote où un chat tombe d’un immeuble suite à un coup de vent. La supposée jument du premier épisode avec son attribut purement masculin en est un autre exemple criant de vérité. En clair, l’écriture se montre paresseuse, voire honteuse du fait d’une multitude d’incohérences et de rebondissements stupides. Le récit tient à illustrer l’importance du travail de vétérinaire si ce n’est qu’à travers maints ingrédients factices, il perd en crédibilité.

Chaque semaine, Jûi Dolittle s’attarde sur un cas particulier permettant en plus de rencontrer plusieurs invités : Kuninaka Ryôko, Ryô, Kaho, Masuda Takahisa, Konno Mahiru, Matsushita Yuki, Ishimaru Kenjirô, Nishimura Masahiko, Ôhashi Nozomi, Saotome Taichi… Un animal est malade ou blessé, son maître ou quelqu’un l’ayant recueilli veut le faire soigner, vient voir un vétérinaire, mais se heurte à différents problèmes. Certains d’entre eux n’ont pas les moyens de payer, d’autres n’ont aucune envie de dépenser une telle fortune, quelques autres cachent des motivations diverses, etc. Pendant tout l’épisode, le propriétaire de la petite créature à guérir est d’abord réticent, peste et, bien sûr, finit en pleurs avant de remercier avec grande effusion l’acariâtre Tottori Kenichi qui, derrière son discours capitaliste clamant qu’être vétérinaire est un business, a toujours raison. Ce schéma scénaristique prouve d’emblée ses faiblesses en raison d’un sentimentalisme prédominant, d’une prévisibilité fâcheuse et de ficelles trop grossières. Déjà, il ne paraît pas nécessaire de s’y connaître pour constater que rien n’est réaliste. Entre les propos ubuesques des soignants ou le fait que quatre spécialistes s’affairent auprès d’un hamster dans le bloc opératoire, il y a de quoi ricaner dans son coin. Le devenir de ces animaux ne fédère guère et peine donc à impliquer le public. La psychologie des humains ne s’avère pas beaucoup plus mesurée ou logique, les personnages secondaires agissant n’importe comment et répétant continuellement des erreurs pourtant faciles à gommer. Certes, la profession de vétérinaire a de quoi fasciner et mérite des louanges, mais la transformer en vrai sacerdoce et accentuer la caricature pouvaient être oubliés. Au moins, même si elle s’y adonne très maladroitement à travers sa morale, la série cherche à éveiller les consciences sur l’importance de ne pas voir les animaux comme des choses matérielles. Comparées au reste, les tentatives de réflexion sur l’euthanasie piquent légèrement l’intérêt et, de même, le rapport avec l’argent est également plutôt correctement traité, le héros expliquant régulièrement que son travail mérite salaire ; franchement, la vie d’un être cher n’induit-elle pas bien des sacrifices ?

Depuis ses études à l’université, quelques proches de Tottori Kenichi le surnomment Dolittle, car il ressent de l’empathie pour ces créatures sans paroles qu’il soigne. En revanche, il est plus que misanthrope, arrogant et ne fait aucun effort pour plaire à leurs maîtres, quitte à se les mettre tous à dos en deux secondes. Oguri Shun incarne ce vétérinaire peu amène et, honnêtement, l’acteur n’y est pas à son avantage avec une horrible coupe de cheveux et des vêtements informes. Le protagoniste n’est pas attachant bien que, comme par hasard, il ne se veut pas aussi détaché qu’il ne le laisse paraître. Ce héros évolue assez peu au fil de la série, au contraire d’autres le côtoyant se révélant plus sympathiques. Suite à certaines circonstances, Tottori accepte d’embaucher Tajima Asuka, la propriétaire d’un cheval de compétition. Pour rembourser ses dettes, elle travaille pour lui gratuitement et n’en rate pas une pour essayer de le rendre plus agréable envers ses congénères. La jeune femme représente la conscience morale et la bonne humeur de son interprète, Inoue Mao, permet de ne pas trop tiquer devant autant de clichés. Il est d’ailleurs plaisant de retrouver les deux acteurs après leurs aventures dans Hana Yori Dango. À ce duo s’ajoute un troisième larron, le vétérinaire adulé du public, Hanabishi Masaru (Narimiya Hiroki – Stand Up!!, Orange Days). En sus de sa clinique, il anime une émission de télé, se balade dans sa Ferrari et est un ancien camarade de fac de Tottori. Les deux ne se ressemblent pas du tout, mais partagent le même amour pour cette carrière et leurs missions. Contre toute attente, cet individu populaire tait la vérité au sujet d’une blessure handicapante et compte alors encore plus sur son ami qu’il place sur un piédestal. Afin de pimenter un tant soit peu son histoire, Jûi Dolittle injecte une intrigue en lien avec un antagoniste cupide. Par contre, ceux espérant y trouver une romance peuvent tout de suite passer leur tour parce qu’il n’y a rien de rien. Non, le scénario ne cherche qu’à créer des situations simplistes et sirupeuses.

Comme partout, la profession de vétérinaire n’est pas constituée de perles humanistes. Quelques-uns d’entre eux sont attirés par l’appât du gain et prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Le patriarche Domon est l’un d’entre eux. Il désire succès, renommée, et oublie l’intérêt des animaux pour son propre profit. Un de ses souhaits est de rattraper le retard du Japon dans cette discipline bien plus avancée en Occident. Pour cela, il essaye d’obtenir un haut poste et n’hésite pas à manipuler du mieux qu’il peut Hanabishi, tout en rêvant d’agir de même avec Tottori. Sauf que ce dernier voit clair dans le jeu de cet individu sobrement campé par Kunimura Jun (Soratobu Tire). Dans sa course, cet homme d’affaires aux dents longues ne réalise pas qu’il blesse ses enfants, à savoir son fils aîné, Yûzô (Kasahara Hideyuki – Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), avide d’être considéré par son père autoritaire, et le cadet, Junpei (Suda Masaki – Kamen Rider W), encore au lycée, mais n’ayant pas envie de suivre la voie familiale. Les épisodes dépeignent les manigances de Domon, la réaction des héros qui, au fil du temps, gagnent en assurance, acceptent leurs lacunes et avancent pour se dépasser. Asuka et Hanabishi progressent assez, ce qui fait toujours plaisir, même si leur chemin reste scrupuleusement convenu et qu’aucun ne sort de la sphère professionnelle. Tout s’y veut bien bancal, finalement, surtout que les développements sont brutaux et parfois illogiques. La fiction a beau essayer d’apporter de la tension et du drame, le dénouement demeure systématiquement lisse afin de ne pas heurter la sensibilité de quiconque. Un peu plus de subtilité, d’originalité et de fêlures n’auraient pas froissé qui que ce soit, au contraire. Le j-drama se prend trop au sérieux et manque d’humour et d’un minimum de second degré.

Pour résumer, Jûi Dolittle fait partie de cette myriade de séries japonaises consensuelles ne valant clairement pas un quelconque investissement, que l’on ait une appétence pour la distribution ou non. Les plus jeunes se laisseront peut-être séduire par cette effusion de bons sentiments et d’animaux en situation de faiblesse puisqu’en dépit d’une curieuse absence d’émotions, tout est préfabriqué pour appuyer la mièvrerie ambiante. Les autres, en revanche, auront sûrement des difficultés à se passionner devant ce récit bien trop répétitif pâtissant d’une écriture poussive et caricaturale. Si ce n’est une interprétation somme toute assez correcte et l’évolution de quelques personnages, cette fiction familiale cumule les défauts, à commencer par une crédibilité inexistante.