Le printemps 2017 des j-dramas

Par , le 12 avril 2017

Les jonquilles, le soleil et les températures très douces ne trompent pas : le printemps est parmi nous depuis plusieurs semaines. Et donc cela signifie que de nouvelles séries japonaises s’annoncent. Comme pour l’hiver dernier, j’ai décidé de ne proposer qu’un récapitulatif plus succinct que d’habitude. Les productions m’intéressant le plus – pour des raisons parfois hautement discutables – disposent d’une petite étoile (★) à la fin de leur description. Comme d’habitude, seuls les renzoku sont abordés, les tanpatsu étant volontairement mis de côté.

(Si l’affiche, le lien vers le site officiel ou la page Drama Wiki ne sont pas indiqués ici, c’est qu’ils ne sont pas encore disponibles ; je les ajouterai dès que possible. Il en va de même en ce qui concerne le synopsis de certaines séries.)

4-go Keibi

Chaîne : NHK
Début : 8 avril 2017
Site officielFiche Drama Wiki

Ils ne se ressemblent absolument pas, mais doivent collaborer pour assurer la protection de leurs clients aux profils très variés. Deux gardes du corps n’ayant à l’origine aucune appétence pour ce travail se retrouvent dans des situations parfois compliquées, alimentées par l’insouciance du jeune et la couardise du plus âgé. Des scénarios de cette trempe pullulent depuis la nuit des temps et habituellement, je les fuis comme la peste. Mais je suis convaincue que le duo que forment Kubota Masataka et Kitamura Kazuki, deux acteurs pour qui j’ai beaucoup de sympathie, peut faire des étincelles, à condition que l’écriture suive. La série promet sur le papier action et vitamines, avec une dose féminine grâce à Abe Junko et Kimura Tae. (★)

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Braquo (saison 4)

Par , le 5 avril 2017

Contre toute attente, la quatrième et dernière saison de la série française Braquo ne s’est pas trop fait prier comme les autres et est sortie assez rapidement après la fin de la troisième. Enfin, il aura tout de même fallu patienter plus de deux ans. Ses huit épisodes de cinquante-deux minutes chacun furent diffusés sur Canal+ en septembre et octobre 2016, avec un scénario toujours signé d’Abdel Raouf Dafri. Aucun spoiler.

Les aventures précédentes se terminaient sur le démantèlement d’un vaste trafic de drogues impliquant les Russes et les Turcs. Si le succès de la police s’avère incontestable, les conséquences directes s’annoncent compliquées pour Caplan et ses collègues. Effectivement, Morlighem ayant tué le fils unique de Baba Aroudj au cours d’une opération, ce patron de la pègre turque entend bien se venger tout en continuant ses activités souterraines. Pour cela, il s’associe à des gangsters marseillais tombant dans le piège de la caricature et des stéréotypes du genre. Leur dirigeant âgé (Michel Subor) ne tolère guère la frustration, règne tel un tyran et abat quiconque le gênant, même un éventuel bras-droit. Braquo montre une certaine ressource en changeant du cadre parisien, mais comme d’habitude, elle s’y adonne maladroitement et range toute finesse au placard. Ce manque de subtilité représente de toute manière l’un de ses principaux écueils, la surenchère de violence gratuite en étant un autre. Alors qu’il veille à mettre de l’ordre avec cette mafia se croyant tout permis et se jouant de la police, Caplan décide de régler une bonne fois pour toutes la situation de Vogel. Le psychopathe a auparavant enterré vivante Roxanne et espère faire souffrir au maximum celui qu’il déteste viscéralement. Le scénario a la bonne idée d’évacuer rapidement le personnage qui, aussi amusant qu’il soit, est devenu totalement incontrôlable et ridicule. L’atrocité de son sort prouve toutefois que les héros de cette série sont arrivés à un point de non-retour et que cette saison ne s’apprête pas à prendre des gants. Maintenant, tout peut survenir et Caplan ne sera jamais plus en mesure de faire machine arrière. Le pessimisme ambiant étouffe pour tant de lourdeur, de drames oppressants et de tendance autodestructrice. Cette âpreté n’est pas une tare, mais la fiction en abuse, ce qui empêche de pleinement adhérer à ces situations critiques, souvent fatalistes. L’ensemble a par ailleurs pour défaut de multiplier les intrigues secondaires inutiles et de ne jamais préciser clairement ses enjeux. La caméra part à Marseille, revient à Paris, plonge dans l’univers carcéral avec de dangereux caïds, emploie divers visages à l’intérêt discutable, car initialement peu explorés, s’attarde sur un ancien braquage, dépeint le travail sans relâche de l’IGPN, etc. Le téléspectateur, pendant ce temps, ne comprend pas exactement de quoi il en retourne en dehors de bains de sang.

À force de s’amuser avec le feu, Eddy finit par être rattrapé par ses vieux démons. Son passé ressurgit et c’est l’occasion de découvrir son frère benjamin, Nathan (Boris Terral). Le calme rassurant de ce nouveau personnage plaît et permet au protagoniste de Braquo de montrer une facette familiale inédite, d’expliquer certains de ses choix. Néanmoins, ces scènes issues de nulle part créent une cassure trop appuyée parmi les autres allant tambour battant. Le cadet des Caplan fait sûrement office d’une voie de rédemption, d’une lueur d’espoir, aussi faible qu’elle puisse être. Quelques figures paraissent susceptibles de s’en sortir sans trop se brûler les ailes tandis que d’autres sont condamnées depuis le début. La dynamique que Nathan développe avec Roxanne sonne malheureusement trop forcée et peu naturelle, tout comme plusieurs évènements en découlant. La policière n’aura de toute façon jamais bénéficié d’une mise en valeur suffisante. Morlighem n’est pas mieux loti, ne le nions pas. Il n’empêche que la saison en profite une fois de plus pour dépeindre les liens indéfectibles de ce trio sur la brèche. Plus soudés que jamais, fidèles, ils s’aiment d’un amour sincère, désintéressé et joliment retransmis à l’écran bien qu’étonnamment, individuellement, ils peinent à provoquer une véritable empathie. La conclusion cherche justement à illustrer cette relation presque fusionnelle, intense et à l’image de ce qu’ils ont vécu au fil de ces années sur le qui-vive. Le dénouement final se montre beaucoup trop facile et prévisible en dépit d’une scénographie plutôt soignée, avec une inspiration évidente de l’épilogue de Breaking Bad. Sans mériter d’être fustigé, il confirme que Braquo était arrivée en bout de course et que ses souffrances nécessitaient d’être abrégées. Comme d’habitude, les ennemis de Caplan ne sont pas uniquement extérieurs puisque cette fois, il doit rendre des comptes à des supérieurs hiérarchiques, dont un (Thierry René) décidé à user de tous les moyens à sa disposition pour faire tomber coûte que coûte ce policier incontrôlable à la conscience morale bien fluctuante. Les dangers n’ont donc jamais autant ponctué le quotidien de cette unité aux tendances suicidaires souvent haïe, méprisée, jalousée, crainte. La voir foncer tête baissée et refuser les compromis laisse perplexe surtout que les dialogues empesés appuient le manque de réalisme.

Pour résumer, l’ultime saison de Braquo continue sur la lancée des trois précédentes et pour l’occasion, plonge notamment dans le milieu de la mafia marseillaise. Bien qu’elle cherche à renouer avec l’esprit d’antan à travers cette descente aux enfers dépressive correctement interprétée, elle ne parvient une fois de plus pas à se départir des écueils handicapant la série depuis trop longtemps. À trop souhaiter se montrer sombre et létale, elle apparaît surtout clichée, glauque et, par moments même, grotesque. Le rythme enlevé permet toujours de ne pas trop ennuyer, mais en y réfléchissant, derrière ces nombreux rebondissements éclatants, grosses cylindrées, coups de feu et de sang, le scénario demeure inconsistant, superficiel, voire anémique. Dire que ces épisodes déçoivent serait mensonger parce qu’en réalité, ils suivent la logique amorcée auparavant, mais ils rappellent de plein fouet qu’à ses débuts, ce polar français s’avérait nettement plus profond, désabusé et intense. En se voulant spectaculaire, la production est devenue démesurée et a perdu en humanité. Dommage.

Neko Zamurai | 猫侍 (film)

Par , le 29 mars 2017

Il y a quinze jours nous discutions par ici de l’adorable première saison de la série japonaise Neko Zamurai. En sus de sa deuxième salve d’épisodes, elle se dote de deux films. Le premier d’entre eux, tout simplement intitulé Neko Zamurai (Samurai Cat à l’international), est sorti dans les salles nippones le 1er mars 2014 et dure cent minutes. Contre toute attente, il ne s’inscrit pas du tout à la suite du matériel télévisé, mais s’apparente à une sorte d’histoire parallèle et indépendante. Aucun spoiler.

Avec son physique inspirant la crainte, Madarame Kyûtarô resplendissait autrefois en tant que samouraï. Désormais, il n’est plus qu’un rônin, un de ces épéistes sans maître. Puisqu’il a grandement besoin d’argent, il accepte la curieuse mission proposée par le fils héritier d’un clan amateur de chiens : assassiner le chat vénéré de leur grand ennemi. Or, arrivé devant l’animal en question, il ne peut s’y résoudre et sans même réfléchir, il maquille la scène et prend avec lui le joli félin, une femelle nommée Tamanojô.

Ceux ayant regardé au préalable la série télévisée comprendront immédiatement à la lecture de ce synopsis que quelque chose cloche. Effectivement, ce film se contente de réécrire le récit initial à sa manière. Ce n’est donc pas la peine d’y espérer découvrir la suite des aventures de Kyûtarô, ce qui s’avère au demeurant décevant. L’amertume est d’autant plus marquée qu’au bout du compte, ce long-métrage ne présente rien de nouveau et oublie en partie le sel des épisodes de naguère. Il en devient impossible de ne pas comparer avec ce que l’on connaît déjà. Cela ne signifie nullement que l’ensemble soit mauvais, tant s’en faut, mais il ne répond pas du tout aux attentes des téléspectateurs. En revanche, les néophytes devraient y trouver davantage leur compte. Le rythme se révèle cette fois beaucoup plus enlevé et la douce tranquillité laisse sa place à davantage de rebondissements. Le quotidien de Kyûtarô n’est que brièvement retranscrit à l’écran et la dimension légèrement sociale, avec le statut des rônin, ou plus dramatique à travers le passé du héros et de ses proches, beaucoup plus ténue nonobstant une intrigue essayant d’insuffler des émotions. Le registre favorise surtout l’humour et se veut moins absurde, plus accessible aussi probablement, malgré des moments volontairement ridicules améliorés par des figures jouant la carte de la parodie. Sur la forme, le résultat se montre identique et continue de bénéficier de la chouette musique d’Endô Kôji s’amusant de diverses sonorités et induisant un côté truculent, burlesque. Les décors demeurent crédibles, la photographie soignée. Notons par ailleurs que plusieurs séquences de la série sont reprises telles quelles, bien que le scénario, lui, change sur de nombreux points. Finalement, Neko Zamurai propose cette fois une comédie où deux clans ennemis s’écharpent gentiment tandis que le samouraï tente de mener sa vie sans faire de vague. Les personnages récurrents ont disparu et sont remplacés par d’autres, dont une fille (Renbutsu Misako – 37.5°C no Namida) forcée de travailler chez les passionnés de félins.

À Edo, deux groupes d’hommes se haïssent farouchement pour des raisons fallacieuses. À leur tête se trouve un patriarche adorant son animal de compagnie. L’un préfère son chat tandis que l’autre ne jure que par son chien. Afin de mettre la pagaille et humilier ses adversaires, le jeune successeur des friands de canidés, Yonezawa Saburôta (Totsugi Shigeyuki – The Quiz Show), demande à Kyûtarô d’aller tuer Tamanojô. Derrière sa mine austère, le héros cache un cœur tout mou et ne réussit pas à commettre ce crime qu’il juge en plus plutôt dégradant pour sa condition d’épéiste. Il dissimule cette jolie boule de poils blanche chez lui et cherche à reprendre ses activités habituelles. Peu d’informations transpirent sur ce protagoniste si ce n’est qu’il a quitté sa femme et sa fille pour la capitale. Il part tous les jours quémander du travail auprès d’un seigneur du coin et se heurte à chaque fois au refus catégorique et railleur de l’homme montant la garde joué par Nukumizu Yôichi (Tonsure). La solide interprétation de Kitamura Kazuki continue de plaire, lui qui parvient à se montrer attendrissant et quelque peu inquiétant. Le rônin se laisse rapidement toucher par son chat et commence à sourire. Forcément, le supposé meurtre de l’animal met le feu aux poudres dans cette ville animée et les deux bandes s’échauffent surtout que les héritiers n’hésitent jamais à fomenter des plans ridicules. S’y ajoutent un samouraï opportuniste, Shimazaki Shinuemon (Terawaki Yasufumi – Aibô), et un jeune garçon, Zenba Shinsuke (Asari Yôsuke – Môsô Kanojo), avide de vengeance après l’assassinat de son père. Le scénario ne se borne pas à la lutte entre les ennemis, mais injecte une dimension plus mélodramatique et un petit peu trop didactique et convenue pour passionner. La série a pour elle de faire preuve de beaucoup de naturel, ce qui n’est pas nécessairement le cas du film. Si les moments avec le félin se veulent toujours plaisants et attendrissants, ils se noient régulièrement dans le reste. De même, la finesse de la psychologie de Kyûtarô, ses doutes, tergiversations et ses difficultés à communiquer avec les siens se limitent à de vagues esquisses en dépit d’une réponse quant à la raison du renvoi de son ancien clan. Encore une fois, ceux n’ayant pas découvert le matériel original n’en tiendront sûrement pas rigueur, mais les autres, si. Tout y est ici beaucoup plus précipité, moins riche, bien qu’amusant à suivre.

En résumé, le long-métrage Neko Zamurai ne vaut pas du tout un visionnage si l’on a testé la première saison de la série télévisée tant il se borne à une banale réécriture. Les principaux éléments de l’intrigue de départ sont repris avec ce samouraï à la mine patibulaire s’attachant à un mignon chat tout blanc, mais il n’est plus vraiment question de son quotidien et des personnages récurrents. La simplicité initiale se transforme en un récit davantage enlevé s’émaillant de quelques traits plus grossiers et classiques. Certes subsistent l’humour sensiblement absurde, la perpétuelle bonne ambiance et les scènes adorables avec cette fameuse boule de poils, mais en comparaison avec ce que l’on connaît déjà, il s’avère compliqué de ne pas faire la fine bouche. Et tant qu’à plonger dans cet univers, autant se contenter de la fiction du petit écran qui, elle, mérite plus que le coup d’œil.