Nobuta wo Produce | 野ブタ。をプロデュース

Par , le 3 février 2008

Kon kon~ Cela fait maintenant de nombreuses années que je m’intéresse au Japon. Je lis des mangas, j’écoute pas mal de musique de là-bas, je visionne leurs films quand j’en ai l’occasion, mais avant décembre dernier, je n’avais encore jamais testé les séries télévisées, les fameux dramas. Je trouve ça assez amusant de réaliser seulement après-coup la curiosité de la chose, car comme vous devez vous en douter, le domaine du petit écran m’est désormais presque quotidien. Or, ne même pas avoir eu l’idée de voguer vers le pays du Soleil-Levant jusqu’à récemment a de quoi surprendre. Comme souvent lorsque l’on plonge dans un nouvel univers à première vue plutôt opaque, il n’est pas aisé de savoir par quel bout commencer. Je ne me suis pas totalement lancée au hasard et ai décidé de suivre les conseils avisés de certaines personnes ayant déjà mis les pieds dans la marmite – dont toi, Haruka, si tu passes par ici. Mon choix s’est ainsi porté sur Nobuta wo Produce, une production de dix épisodes diffusée sur NTV entre octobre et décembre 2005 ; en dehors du premier et du dernier, tous deux respectivement rallongés de vingt-cinq et de dix minutes, les autres durent trois-quart d’heure. Aucun spoiler.

Bien qu’il soit l’un des élèves les plus populaires de son lycée, Kiritani Shûji paraît très seul une fois les masques tombés. Inversement, la boule d’énergie qu’est le fantasque Kusano Akira ne semble pas avoir un quelconque ami, mais il virevolte et brille tel un soleil. Les deux ont beau partager la même classe, ils ne se fréquentent pas. Mais l’arrivée de la timide Kotani Nobuko bouleverse la donne et pousse les deux garçons à se rapprocher. Ils sont bien décidés à transformer cette fille introvertie et fade en la reine de l’établissement !

Impossible de le cacher, le récit de Nobuta wo Produce n’a clairement rien d’inédit et la lecture du synopsis laisse plutôt craindre une succession de rebondissements prévisibles et de poncifs. Ce n’est pas la peine d’aller jusqu’au Japon pour retrouver des histoires se déroulant en milieu scolaire et mettant en avant la popularité des uns et des autres. Les ressorts narratifs jouant sur la métamorphose d’une personne guère attirante sont aussi familiers du public depuis bien longtemps, avec un succès trop aléatoire. Sauf qu’au-delà de son cadre et de son concept galvaudé, le drama est surtout une jolie fable sur l’amitié. Il n’y arrive ni évènement spectaculaire ni révélation extraordinaire, uniquement des tranches de vie banales et magnifiques dans leur simplicité. Les épisodes dessinent l’évolution du trio phare, ensemble comme individuellement ; tous trois cheminent, trébuchent, se relèvent, mûrissent. La désarmante sincérité de l’écriture fait mouche d’autant qu’elle aborde des questionnements finalement universels, rendant le visionnage facile pour quelqu’un n’y connaissant pas grand-chose sur la culture japonaise, voire rien du tout. Son atmosphère parfois improbable mélange de l’humour, beaucoup d’énergie, de l’émotion à foison, un brin de romance, des éléments proches de l’absurde, des émanations fantastiques ne perdant pas trop en crédibilité et, au bout du compte, une grande dose de chaleur humaine et d’empathie. Car Nobuta wo Produce s’apparente à une sorte de conte excentrique, naïf et mettant du baume au cœur. Certes, le rythme souffre de baisses de régime, les activités périscolaires tournent en rond, le comique de répétition aussi, et plusieurs personnages se veulent exagérés, caricaturaux. La musique souvent sémillante d’Ike Yoshihiro (Keitai Sôsakan 7) comporte quelques beaux moments, tout comme la chanson du générique s’incrustant dans la tête, interprétée par les deux principaux acteurs. Mais là également, à l’instar d’une réalisation très classique en dehors d’une surutilisation de filtres jaunâtres, tout y demeure sans fioritures, sobre, toujours dans le but de convoyer au mieux les sentiments des protagonistes.

Tout le monde adore Kiritani Shûji (Kamenashi Kazuya – Gokusen) au lycée. Ses camarades de classe lui demandent continuellement son aval, l’invitent à toutes les fêtes et il a pour petite amie Uehara Mariko (Toda Erika), une fille extrêmement jolie et tout autant populaire. Bref, il est l’archétype du jeune à qui tout sourit et il ne pense qu’à polir jour après jour sa réputation tant chérie. Or, une fois chez lui, il jette son uniforme au placard, enfile des vêtements informes et attache ses cheveux lui tombant dans les yeux en formant une couette. Quand il est en cours, il joue un rôle, celui qu’il s’imagine que tout le monde attend de lui. La série le place en narrateur direct avec sa voix off nostalgique et permet de constater qu’il n’a vraiment rien du gentil et affable garçon qu’il paraît être. Découvrir son vrai visage ne le rend pas antipathique, loin de là, et l’audience réalise que cette posture n’est qu’une façade cachant des peurs intimes. Il n’est pas l’individu blasé et détaché que plusieurs de ses comportements égoïstes amènent à penser. Du fait d’un environnement familial un peu atypique, surtout pour la société nippone, il a dû vite s’occuper de beaucoup de tâches domestiques. Il ne se plaint de rien, bien au contraire, mais il porte en vérité un lourd fardeau sur ses épaules en cours de maturation. Si sa route n’avait pas croisé celle de Nobuko, la nouvelle arrivée au lycée, il aurait poursuivi ce chemin assez morne, pleutre et mensonger. Heureusement, la vie avait d’autres plans pour lui. La jeune fille, elle, ne passe pas inaperçue, mais pas pour les mêmes raisons. Mal habillée, avec une coupe de cheveux au sécateur, prostrée et manquant cruellement de présence, elle détonne dès son irruption en milieu d’année scolaire. L’adolescence étant un âge ingrat, qui plus est au sein d’une culture choyant la collectivité, sortir du groupe apporte son lot de chagrin. Et voilà Nobuko raillée, méprisée, persécutée. Elle reste passive, probablement en partie parce que son existence se résume à des brimades. Bien qu’elle ait un point de départ susceptible de favoriser le pathos, Nobuta wo Produce ne verse jamais dans le misérabilisme et en profite pour critiquer en filigrane le phénomène d’ijime. Outre le triste culte du paraître et du poids des apparences, elle aborde également des sujets plus triviaux, mais non moins fédérateurs comme le courage, la solitude, la prise de risques, l’importance d’écouter ce que crie son cœur et de terrasser ses craintes parfois viscérales. Et au milieu de tout ça, il y a l’amitié, avec un grand A.

Puisqu’il se moque de son avis, Shûji ose se montrer naturel devant Akira, l’excentrique du lycée, et il ne le fait pas fuir. Au contraire, celui-ci s’y accroche encore plus et entend bien qu’ils deviennent inséparables. La route s’annonce sinueuse, car le populaire n’en trouve aucun intérêt. Il faut dire qu’Akira (Yamashita Tomohisa – Kurosagi) n’a rien de conventionnel, lui qui marche comme s’il était ivre et battait des ailes, lui qui parle sur un ton traînant, lui qui rigole pour des raisons absconses. Effectivement, Shûji et lui sont diamétralement opposés et, en toute logique, ils ne devraient pas se fréquenter. Mais Nobuko bouscule leurs habitudes et les rapproche. Suite à certaines circonstances, les garçons se lancent dans une opération de grande envergure afin de prouver à autrui les maints talents cachés de l’adolescente. Il leur nécessitera beaucoup d’huile de coude étant donné que Nobuko (Horikita Maki), qu’ils surnomment affectueusement Nobuta, part de loin. Effacée, elle fuit les regards et ne parvient pas à sourire, seulement à arborer un rictus effrayant. Les trois s’apprivoisent, apprennent au contact des autres et se dévoilent aux téléspectateurs. Le narrateur désabusé n’est donc pas l’éternel populaire, Akira un fantasque trublion et Nobuko une insipide ratée. Contre toute attente, celui semblant le plus solide est peut-être le plus fragile. Diverses de leurs scènes demeurent gravées en mémoire pour leur humour et leur authenticité. La série veille à soigner ses relations et n’occulte pas les duos, qu’il s’agisse d’Akira et Shûji, de ce dernier et de Nobuko, et de celle-ci avec le premier. Ils sont drôlement mignons, avouons-le, à l’instar de leurs fines touches d’attention, dont ces références tournant autour du cochon (buta en japonais). L’intégralité de la galerie des personnages hauts en couleur n’est pas en reste et participe à cette ambiance tantôt survoltée, tantôt guillerette, tantôt dramatique, souvent douce-amère. La proviseure Catherine (Natsuki Mari), le libraire rigide (Imawano Kiyoshirô), le prof aspirant poète (Okada Yoshinori) et maints autres créent un petit univers délicieusement rigolo. C’est d’ailleurs aussi l’occasion de multiplier les jeux de mots et blagues un peu redondantes, avec les kon kon, Akira shock, Nobuta power, chunyû ou le couple de comiques en devenir versant dans le manzai.

Pour conclure, Nobuta wo Produce dépeint avec une bonne louchée de tendresse la rencontre et l’éveil d’un trio de camarades qui ne fonctionne que parce qu’ils sont, justement, ensemble. Au lieu d’abuser d’artifices scénaristiques, la série opte pour une approche bien plus simple et spontanée. Loin de se limiter à son caractère scolaire malgré tous les codes du genre en la matière, elle se dote d’une atmosphère polymorphe sachant allier nostalgie, bienveillance, humour et éléments légèrement surréalistes, bien que rarement hors-propos. Ne le nions pas, le sentimentalisme prédomine de temps à autre, l’interprétation souffre d’un léger cabotinage et le rythme manque parfois d’allant, mais cela n’annule en rien les qualités générales, dont cette incroyable émotivité désarmante pour sa candeur et sa fraîcheur. En tout cas, pour une première incursion dans le monde des dramas, je pense être plutôt bien tombée !

Criminal Minds | Esprits Criminels (saison 3) – Sometimes for an artist, the only difference between insanity and genius is success.

Par , le 1 février 2008

Alors que des rumeurs, comme quoi la fin de la grève pointerait peut-être le bout de son nez, font espérer des sériephiles en manque, certaines séries sont parvenues au bout de leurs épisodes en stock. C’est le cas de Criminal Minds (Esprits Criminels en VF, diffusée sur TF1) et de sa saison 3. Il s’agit là d’une n-ième série policière mais elle tire son épingle du jeu par le fait qu’elle a pour héros des agents du FBI se servant de la psychologie. Protagonistes qui traquent les pires psychotiques et/ou psychopathes que l’on peut espérer ne jamais rencontrer au cours de sa vie.
Personnellement, je ne suis pas très friande des séries policières. Pour que je m’y intéresse il faut que la série en question propose quelque chose de novateur. Etant étudiante en psychologie, Criminal Minds ne pouvait que m’intéresser (bien qu’en réalité je ne suis pas du tout dans cette spécialité de la psycho mais là n’est pas la question ^^;;). Aucun spoiler.

La saison 2 a permis le développement tout en douceur des personnages principaux, malgré le départ d’un d’entre eux suivi de son remplacement. Ce qui fait qu’à la fin de la saison précédente, le téléspectateur pouvait sentir une vraie cohésion entre les divers protagonistes et avoir le sentiment de voir une réelle équipe composée d’individus aux passés différents. Le problème des séries policières est que le postulat de base est toujours sensiblement le même : il y a un meurtre, une disparition ou toute autre chose du genre et la police / FBI ou n’importe quel représentant de l’ordre vont tenter de résoudre et/ou réparer ce qui ne va pas. Il est nécessaire, voire vital pour la série, de savoir se renouveler et d’innover afin de garder l’intérêt du spectateur toujours à son top niveau. Lors de la saison 2, Criminal Minds passa ce cap avec succès notamment grâce au développement de ses personnages, mais aussi par la présence d’un arc plus ou moins long lié à la relation malsaine entre Gideon et un serial killer plus que prolifique. La saison 3, raccourcie d’au moins 9 épisodes, y parvient moins bien malgré d’excellents épisodes.

Quelques semaines avant le début du tournage de la saison 3, gros coup de tonnerre parmi le casting de la série. L’acteur principal interprétant Jason Gideon, Mandy Patinkin (Dead Like Me) décide de tout quitter sans crier gare. Décision pas très sympa pour l’équipe et les fans de la série. Son personnage était le moteur de la série et quand bien même il n’était pas celui que je préférais, j’étais déçue… Comme il fallait bien créer « une fin » à son personnage, il a accepté de tourner quelques scènes mais aucun autre acteur de la série n’a voulu apparaître. Ca se comprend. Son poste vacant il était nécessaire de trouver un autre personnage. Il n’apparaît pas tout de suite après le « départ » de Gideon, ce qui est un bien. Pour être tout à fait franche, je le trouve assez antipathique mais la glace a un petit peu fondu lors des derniers épisodes. Néanmoins, bien qu’il ne ressemble en rien à Gideon et qu’il ne soit pas très agréable est un énorme plus. A quoi bon vouloir un clone de l’ancien personnage ? Il peut apporter des interactions intéressantes avec les autres personnages. Mais ça ne se verra vraiment que dans la saison 4, à moins que la grève ne s’arrête et que le tournage reprenne ?!

Du côté des épisodes, certains sortent du lot comme d’habitude. Gros coup de coeur pour le 3.10, True Night qui raconte l’histoire d’un jeune auteur de comics interprété par Frankie Muniz (Malcolm in the Middle). N’ayant jamais vu cet acteur dans autre chose que la série comique, je me demandais comment il serait dans Criminal Minds. En un mot : époustouflant. L’épisode jouant pas mal sur la subtilité et les rebondissements je ne vais pas en dire grand chose si ce n’est qu’il est triste et émouvant.
Le double épisode dédié au personne haut en couleurs qu’est Penelope Garcia est plus que bon et permet de se plonger dans son univers si acidulé bien qu’elle joue grandement sur les apparences. Cela permet aussi de revoir avec grand plaisir Nicholas Brendon que l’on n’a pas beaucoup vu depuis Buffy. Toujours dans les guest stars on peut noter la présence non négligeable d’Eddie Cibrian (que l’on voit actuellement dans Invasion sur France 4) dans le rôle d’un père de famille qui dérape totalement.
Par contre, l’épisode qui sert ici malgré lui de season finale est plus que moyen et ne sort pas franchement des sentiers battus, bien qu’il lance quelques pistes intéressantes sur le nouvel arrivé de l’équipe.

Une saison 3 raccourcie ce qui fait que de nombreuses choses restent un petit peu en suspens et donnent une impression de « non fini » même si le genre permet de ne pas être trop frustré. Certains personnages ont eu leur instant de gloire alors que d’autres non. D’un point de vue strictement personnel, j’aurais bien aimé voir un petit peu plus Spencer Reid mais c’est mon côté midinette qui s’exprime :D
Difficile de réellement juger sachant que la saison est plus que diminuée. En bref, ces 13 premiers épisodes étaient globalement agréables à suivre pour peu que l’on apprécie Criminal Minds. Ceux qui n’accrochent pas à la base ne changeront a priori pas d’avis. Les qualités restent les mêmes, c’est-à-dire un suspense et des émotions parfaitement mis en adéquation, des personnages intéressants et qui se complètent bien, toujours de très belles citations appropriées en début et fin d’épisode… Les défauts restent aussi les mêmes, par exemple le côté psychologique est parfois trop embelli dans le sens où non, on ne fait pas toujours un profil psychologique en quelques secondes même si on peut parfois y venir rapidement. Mais ces défauts sont nettement inférieurs aux qualités et permettent à Criminal Minds d’offrir une belle dynamique et des épisodes efficaces.

Merlin (mini-série)

Par , le 25 janvier 2008

Une chose est certaine, c’est que le mythe arthurien a été repris maintes fois au cours des siècles. Que ce soit à travers des films, des livres, des séries, des documentaires, des musiques, etc., tous les moyens sont bons pour parler de ces légendes qui fascinent les générations. Sans grande surprise, je m’inclus évidemment dans cette population et depuis mon enfance, je n’hésite jamais à tester une de ces adaptations. C’est pourquoi lorsque la mini-série étasunienne sobrement intitulée Merlin est passée dernièrement sur W9, j’ai sauté sur l’occasion. Cette production comporte deux épisodes d’une heure et demie chacun et respectivement diffusés les 26 et 27 avril 1998 aux États-Unis, sur NBC. Il existe une suite, Merlin’s Apprentice, datant de 2006 ; je ne l’ai pas encore regardée et serais donc en peine de dire ce qu’elle vaut. Aucun spoiler.

Les temps changent. Les anciennes traditions commencent à être progressivement oubliées au profit du christianisme, ce qui ne plaît pas du tout à la reine Mab, une sorcière majeure voyant ses pouvoirs se tarir proportionnellement à ce détachement. Dans le but d’enrayer cette montée en puissance de la religion, elle décide de modeler un être capable de renverser la tendance. Cet individu, ce magicien talentueux, devrait ramener les gens sur ce qu’elle qualifie le droit chemin. Avec lui, ils croiront de nouveau aux fées, lutins, gnomes et la situation redeviendra comme avant. Merlin est ainsi né. Mab est persuadée avoir pensé à tout, mais elle n’a pas tenu compte du fait que sa création dispose d’une propre conscience et de son libre arbitre.

Merlin est une production à destination de la famille et dès le départ, cela se sent ; la conclusion est décevante à ce niveau. Il ne faut donc pas s’attendre à une ambiance morose ou à un traitement très sombre, mais plutôt à une approche assez gentillette malgré quelques scènes plus dures. Les mythes arthuriens se veulent tout de même plutôt fatalistes et tragiques tant les protagonistes finissent par se perdre, mourir ou encore sacrifier leurs idéaux, voire leur vie. Le personnage de Frik, l’assistant de Mab, injecte beaucoup d’humour et d’autodérision aux situations, permettant dès lors d’en dédramatiser certaines. Merlin lui-même n’hésite pas non plus à s’amuser de ses erreurs, de ce qui se passe et, à travers une voix off, offre un regard lucide sur les évènements. La structure de la série reste quelque peu didactique, mais cela ne nuit pas réellement au visionnage. Avouons que les prises de liberté avec le canon, les raccourcis et moult remodelages laissent parfois sensiblement perplexes, comme un peu trop régulièrement dans toute adaptation d’un univers aussi dense et brumeux. Une mise en garde est énoncée dès le départ, le narrateur expliquant qu’il s’agit là d’une version romanesque parmi tant d’autres. Bien sûr, sachant que la production date de la fin des années 1990, il ne faut pas s’attendre à un visuel léché et spectaculaire, mais elle s’en sort assez correctement. L’aspect kitsch des maquillages et de quelques costumes apporte un charme suranné à l’ensemble. Merlin joue beaucoup sur les contrastes et métaphores, avec par exemple, la dichotomie entre la reine Mab, tout de noir, et sa sœur diaphane, la Dame du Lac. Sinon, bien qu’actuellement totalement dépassés, les effets spéciaux se révèlent honnêtes pour l’époque et les superbes paysages anglo-saxons verdoyants plongent dans l’atmosphère magique de Camelot. À noter d’ailleurs qu’Alan Lee, connu pour ses illustrations des œuvres littéraires de J. R. R. Tolkien, a travaillé sur l’esthétique de certains plans. Pour terminer sur la forme, la musique composée par Trevor Jones prolonge l’expérience avec ses sonorités tour à tour intimistes, épiques ou encore plus angoissantes. Pour peu que l’on soit capable de faire abstraction d’une réalisation ayant pris de l’âge, ce Merlin se regarde donc correctement d’autant plus que sur son fond, il détient quelques atouts pertinents.

Étonnamment, si la mini-série a pour principalement inspiration les légendes arthuriennes, elle essaye surtout d’opposer deux mondes distincts et qui ne semblent pas pouvoir coexister. La reine Mab a remarqué que ses pouvoirs diminuaient quand les habitants oubliaient les anciennes traditions, une sorte de polythéisme reposant sur les croyances des éléments naturels. Et si ces gens s’en détachent, c’est tout simplement parce qu’ils voient leurs esprits dominés par un sujet analogue : la chrétienté. Qui a tort, qui a raison ? Personne. Les deux épisodes ne cherchent pas à inculquer une véritable morale, mais plutôt à pousser la réflexion sur l’importance des convictions et le fait que si l’on ne pense plus à certaines coutumes, elles finiront par définitivement disparaître. Le scénario dépeint Mab comme une sorcière maléfique n’agissant que selon son propre intérêt ; sauf qu’au bout du compte, elle est surtout asservie par la peur. Le nouveau monde proposé par la religion chrétienne n’est pas forcément meilleur ou pire, car les dirigeants peuvent se montrer tout autant cupides, manipulateurs et condamnables. Mab (Miranda Richardson) est une femme vile, mais amusante à suivre tant elle choie l’imprévisibilité. Elle déteste son pendant positif, la Dame du Lac, également incarnée par la même actrice. Son fidèle compagnon, le peu gâté par la nature Frik (Martin Short), représente certainement la figure la plus sympathique de la série. Sa curieuse association avec Morgan permet d’humaniser la demi-sœur d’Arthur. Certes, les traits des personnages restent ici grossiers et la caricature n’est jamais loin. Ils ont en plus tendance à changer d’avis sur une simple parole et à ne pas faire preuve d’un minimum de bon sens. La fiction souffre quelque peu de son traitement maladroit d’autant plus que l’interprétation n’est pas toujours au diapason, avec des expressions exagérées et, en prime, des rebondissements sensiblement opportuns. Au moins, elle a pour elle de proposer un angle inédit avec le point de vue de Merlin et non pas d’Arthur. Encore mieux, le fameux magicien n’est pas un vieil individu à la barbe blanche, mais un individu à moitié humain rêvant, justement, de taire sa moitié merveilleuse.

Avant même de naître, le futur de Merlin était écrit dans la roche : il devait faire oublier la chrétienté au peuple. Point à la ligne. Dès qu’il fut en âge de réfléchir, ce grand enchanteur en devenir comprit sa différence avec autrui et n’eut pas d’autre choix que de suivre un enseignement de sorcellerie. Malgré la pression de Mab, il quitte sa formation qu’il juge inutile et contreproductive, rentre auprès de sa nourrice qu’il chérit de tout son être et se jure de ne plus être instrumentalisé de la sorte. Tout au long des deux parties, le récit se focalise donc sur ce protagoniste veillant sur les habitants de la région, mais ne prenant jamais réellement parti pour qui que ce soit. Tout du moins, c’est ce qu’il souhaite, même si cela lui coûte régulièrement et s’avère compliqué à mettre en pratique. Qui plus est, ce détachement forcé ne l’empêche pas de ressentir pleinement ce qui se déroule et de voir son cœur se briser face à des réactions égoïstes, de la jalousie et maints péchés. Le cheminement de Merlin demeure assez conventionnel, ce qui n’est pas forcément handicapant. Tout le monde essaye tant bien que mal d’obtenir de la part du sorcier des avantages et en tirer profit, mais il résiste. Sam Neill (The Tudors) offre ses traits à ce Merlin souvent déçu et effectue un travail tout à fait satisfaisant. Le héros prend à chaque fois les échecs des autres pour les siens, comme il le prouve avec son protégé, Arthur (Paul Curran). Dommage que ce dernier et les chevaliers de la Table ronde – dont un Gawain joué par Sebastian Roché (Supernatural) – soient aussi fades et peu attachants. La romance connue entre Guinevere (Lena Headey) et Lancelot (Jeremy Sheffield) ne convainc non plus que très partiellement, mais elle s’apparente en fait surtout à un stratagème de la conspiratrice Mab. Cela étant, la dimension amoureuse est surtout traitée avec la relation contrariée liant Merlin à Nimue (Isabella Rossellini – Alias, Earthsea). Les deux ont beau s’aimer passionnément, ils ne réussissent jamais à vivre ensemble sans être perturbés par un évènement ou quelqu’un de plus ou moins malintentionné. Morgan, interprétée par Helena Bonham Carter, figure au rang des antagonistes. Elle compense son manque de confiance en elle par des actes discutables, provoque des successions de catastrophes et se fait honteusement manipuler par Mab. Les ennemis comme Vortigern (Rutger Hauer), Excalibur, Avalon, le rocher qui parle avec la voix de James Earl Jones, la conception de Mordred, la quête du Graal, tous les ingrédients du mythe sont présents, bien que parfois refaçonnés.

Pour résumer, la mini-série Merlin s’apparente à un court divertissement plutôt satisfaisant si l’on souhaite visionner une représentation des légendes arthuriennes romanesque favorisant l’histoire de son protagoniste. Le parcours de ce sorcier puissant ayant pourtant les mains liées s’avère nourri par de réguliers échecs et plusieurs réussites, ce qui permet d’alimenter en rebondissements le scénario. Tout ce qu’il désire et ne peut obtenir, c’est être mortel. Malgré ses maints écueils, dont un visuel daté, un rythme effréné, des personnages manquant un peu de profondeur et une succession de clichés, cette production tantôt amusante reste suffisamment agréable à suivre d’autant plus qu’elle met en avant un nombre assez incroyable d’acteurs connus.