GTO (1998)

Il y a quinze jours je m’étonnais d’avoir attendu aussi longtemps avant de regarder Kaseifu no Mita. Que devrais-je dire alors en ce qui concerne GTO ? À l’origine se trouve l’illustre shônen manga de Fujisawa Tôru qui, fort de son succès, a donné suite à plusieurs adaptations, dont une assez récemment, en 2012. Celle nous concernant aujourd’hui est la toute première et fut scénarisée par Yukawa Kazuhiko (Magerarenai Onna, Gisô no Fûfu). Elle se compose de douze épisodes diffusés sur Fuji TV entre juillet et septembre 1998 ; le premier et le dernier disposent de quinze minutes additionnelles. L’épisode spécial datant de 1999 sera traité plus tard. À noter que le film de 1999 avec également Sorimachi Takashi dans le rôle-titre n’est pas une continuation, mais une autre transposition. Aucun spoiler.

Après maints déboires, l’ancien chef d’une bande de motards Onizuka Eikichi a enfin réussi à devenir professeur. Parce que personne ne veut de lui, il se retrouve dans un lycée de seconde zone à devoir prendre en charge une classe de délinquants connus pour pousser à bout leurs enseignants. Mais cela ne l’arrête pas du tout, bien au contraire. Il est plus que décidé à venir en aide à ses élèves, même s’il doit quotidiennement faire ses preuves et montrer que ses méthodes atypiques ne déméritent pas. Et si en plus il peut draguer des filles, c’est la cerise sur le gâteau !

Bien que GTO ne fasse probablement que suivre la route commencée par 3-nen B-gumi Kinpachi-sensei vingt ans plus tôt, c’est vraiment elle qui a lancé la formule du prof différent des autres capable de remettre sur les rails ses étudiants souvent très dissipés. Depuis, les fictions réutilisant ce canevas narratif se sont beaucoup trop multipliées, avec un résultat la majeure partie du temps guère enthousiasmant. C’est en partie pour cette raison que j’ai traîné autant les pieds, mais aussi parce que la transposition cinématographique de 1999 et la lecture des deux ou trois premiers tomes du manga il y a de ça très longtemps ne m’avaient pas convaincue. La curiosité étant trop forte, j’ai osé m’y plonger, en espérant ne pas trop soupirer devant ces ressorts éculés et un aspect vieillot compte tenu de l’âge maintenant presque canonique de la série. Eh oui, elle fête cette année ses deux décennies ! À ce propos, si la réalisation sonne assez datée, que les vêtements et coiffures provoquent quelques rires et que la musique de Hattori Takayuki (Nodame Cantabile) ne risque pas d’être écoutée seule, la forme reste plutôt correcte. Comme souvent avec des travaux de ce millésime, il semble facile d’y trouver un certain charme suranné surtout qu’en dépit de ses ficelles archiconventionnelles, GTO a pour elle de ne jamais se donner de grands airs et de capitaliser sur son attachant héros un peu benêt sur les bords.

Onizuka est aux anges, il peut enseigner. Il commençait à croire qu’il n’obtiendrait jamais son diplôme et si cela lui a demandé plus d’années que prévu, plus rien ne l’arrête désormais. Enfin, pas tout à fait parce qu’il est pris en grippe par le sous-directeur (Nakao Akira) qui n’a aucune envie de voir un tel élément dans son établissement et qui, à domicile, se sent émasculé par sa femme et sa fille. Sauf que cet homme au parcours bien plus drôle qu’à première vue n’a pas trop le choix, surtout que la sympathique et bienveillante proviseure (feue Shirakawa Yumi) impose la présence du jeune agitateur aux tendances violentes. Cela étant, il se retrouve face à des élèves marginaux, des têtes brûlées n’envisageant pas une seule seconde de suivre les instructions de ce pédagogue ne ressemblant pas à un. Ce Great Teacher Onizuka n’a effectivement pas le profil habituel. S’il n’arbore pas le blond peroxydé de sa version papier, il se montre nonchalant, vantard et plutôt pervers. Il n’hésite pas à dire tout ce qui lui traverse l’esprit, multiplier les mimiques lui donnant un air idiot et user de méthodes peu conventionnelles. La série s’arme d’un humour parfois un peu poussif, mais le rythme entraînant, l’ambiance chaleureuse et la tendre imbécillité de son héros bien plus fin qu’il le paraît font mouche. Sa bonne humeur constante est communicative et apporte beaucoup de piquant et d’autodérision d’autant que les répliques colorées amusent et participent à cette atmosphère délurée comme il faut. Avouons d’ailleurs que la grande force de GTO repose sur les épaules de son interprète principal, Sorimachi Takashi (Good Life), parfait dans le rôle de ce prof encore puceau et perpétuellement sans le sou. Derrière ces gesticulations et cette naïveté probablement légèrement feinte, la production cache toutefois un message plus sérieux et pertinent favorisant la réflexion et le développement des émotions.

Dévoué corps et âme à son emploi, Onizuka ne s’arrête pas une fois les murs de son école franchis et répond toujours présent quand on l’appelle, quitte à devoir se battre avec ses poings, défoncer des cloisons à la masse ou jouer au plus malin avec un camion. Il ne raisonne pas, il fonce dans le tas, partant du principe qu’il avisera sur l’instant. Passionné par ce qu’il considère comme être une vocation, il ne recule devant rien pour mener à bien ses missions. Et pourtant, il en a des obstacles à surmonter. Le corps enseignant le déteste, lui met régulièrement des bâtons dans les roues et se révèle en majorité méprisant. La série critique beaucoup ces professeurs condescendants pétris de préjugés ne pensant qu’à eux, à leur propre statut, et non pas à ceux qu’ils sont supposés éduquer. Pas étonnant que les étudiants soient aussi méfiants et aient perdu confiance en ces derniers. Par chance, Onizuka est arrivé ! Bien que l’écriture soit grossière et prévisible, le visionnage demeure agréable et même plutôt enthousiasmant. Voir ce prof exalté poursuivre ses aventures truculentes a quelque chose de stimulant et d’amusant. Si certaines situations se veulent improbables et limite surréalistes, le fondement des évènements ne l’est pas du tout. Au contraire, les épisodes abordent des thématiques terre-à-terre et susceptibles de fédérer le public. Le harcèlement scolaire, le manque d’estime en soi, le divorce des parents, la pression sociétale, les familles monoparentales ne sont que quelques-uns des sujets développés, souvent avec tact et intelligence. Qui plus est, si le schéma reste très classique avec un cas par semaine, le scénario se montre suffisamment subtil pour ne pas trop donner le sentiment d’assister à un spectacle mécanique recyclant ses idées. Les personnages évoluent en plus au long cours et ne disparaissent pas du tout une fois leur histoire traitée. Résultat, GTO ressemble à une petite famille fantasque capable autant de divertir que de toucher bien que tous les poncifs soient de sortie avec, par exemple, les parents bornés, l’omnipotence du conseil des parents d’élèves, etc.

Certes, Onizuka a le métier de professeur dans le sang, mais il est aussi sacrément perturbé par ses hormones. Cette adaptation atténue grandement le côté polisson du manga, ce qui n’est pas un mal. Ce jeune vingtenaire craque sur toutes les filles croisant son chemin et concurrence son meilleur ami, le policier Saejima Ryûji (Fujiki Naohito – Hotaru no Hikari), ex-compagnon de ses heures en tant que loubard. Ces deux individus indolents sont inséparables en dépit de leurs perpétuelles gentilles railleries. L’équipe pédagogique du lycée se moque dans un premier temps ouvertement d’Onizuka avant de finir par réaliser que ses élèves s’assagissent et que lui, il reste encore en poste et n’a pas fui, terrorisé. Assez peu de ces enseignants détiennent une présence notable à l’écran en dehors de la délicieuse et évolutive Fuyutsuki Azusa (Matsushima Nanako – Majo no Jôken). Pondérée et affable, elle ne rêve pourtant que d’une chose : partir à toute vitesse. Ça et rencontrer le séduisant Takenouchi Yutaka dont elle a le poster affiché en grand chez elle ; il s’agit là d’un savoureux clin d’œil à la série Beach Boys où ce dernier et Sorimachi Takashi se donnent la réplique. Elle n’aime pas ce travail et ne s’y trouve que parce qu’elle échoue constamment au concours d’hôtesse de l’air. L’immature Onizuka s’en amourache immédiatement et la drague à sa manière, autrement dit avec ses gros sabots. L’alchimie entre les deux acteurs, qui sont depuis mariés, saute au visage et rend le divertissement encore plus délectable, car il est évident que ce duo explosif finira par se construire. Quid des élèves ? Eux aussi ne manquent pas de sympathie et de caractère et, pour ne rien gâcher, ils sont incarnés par de jeunes comédiens dorénavant beaucoup plus connus : Oguri Shun dont la voix n’avait pas encore mué, Kubozuka Yôsuke, Ikeuchi Hiroyuki, Tamaki Hiroshi, Mabuchi Erika…

En résumé, GTO a beau commencer à prendre sérieusement de l’âge et utiliser un concept aux ressorts usés jusqu’à la corde, elle continue de marquer positivement. Malgré le classicisme de ses intrigues et la profusion de sentiments débordant de guimauve, elle amuse autant qu’elle émeut grâce à son dynamisme, sa sincérité, sa galerie de protagonistes et sa personnalité truculente. Son héros, l’impulsif trublion Onizuka, apporte beaucoup de cachet à cette production énergique veillant notamment à critiquer la rigidité d’une éducation traditionnelle ne voyant que par les résultats scolaires et oubliant qu’il existe toujours un être humain derrière ces cahiers. Cette ode à l’anticonformisme dopée à l’humour, au romantisme et aux idées délicieusement saugrenues met ainsi du baume au cœur et de bonne humeur. S’il ne faut regarder qu’une seule fiction réemployant les codes de l’enseignant original redresseur de torts, c’est probablement ce classique-ci et non pas tous ses facsimilés.

Par |2020-04-05T16:35:53+02:00avril 13th, 2020|GTO (1998), Séries japonaises|0 commentaire

Au revoir.

Difficile de rédiger un billet quand on sait, finalement, qu’il sera l’un des derniers, si ce n’est le dernier. Fin février, cela a fait deux ans que je n’ai rien publié sur Luminophore. J’ai décidé, à cette époque, d’arrêter le blog ou au moins, de faire une pause. Je n’étais pas certaine de mon choix, me répétant que j’allais probablement finir par changer d’avis, que cela allait me manquer. Force est de constater que ce n’est pas le cas ; je suis convaincue depuis plus de douze mois que je ne compte pas revenir. Avant que ce blog ne s’en aille, je souhaite remercier et dire au revoir aux quelques rares lectrices et lecteurs demeurant dans les parages.

Il y a plus d’un an, je pensais que j’allais expliquer clairement la raison de cette disparition. Il s’avère que je n’en ai plus la foi, en tout cas pas dans le détail. Pour faire très simple, courant 2015, à l’instar d’autres personnes (blogueurs, journalistes, universitaires), j’ai été sollicitée par une maison d’édition que je ne nommerai pas. On m’a proposé d’écrire un ouvrage sur les séries japonaises. De prime abord, j’avoue ne pas avoir pris très au sérieux cette demande, car je ne voyais pas trop où ça me mènerait, sans même parler de mon sentiment d’illégitimité, du temps monstrueux que ça requerrait. Mon contact étant toutefois sensé et convaincant, tout comme la maison d’édition, j’ai fini par accepter et signer un contrat. Le livre en question a été rédigé, dans les délais impartis. Ensuite, pendant plusieurs mois, j’ai répondu de mon mieux aux changements suggérés par la maison d’édition. Alors qu’il devait entrer en édition et par conséquent, sortir en librairie quelques mois plus tard, nous, les auteurs, avons appris à la rentrée 2017 que cette maison d’édition annulait toutes les commandes. Les trois livres déjà publiés ne se vendaient manifestement pas assez à son goût.

(suite…)

Par |2020-04-06T21:47:47+02:00avril 6th, 2020|Annonces en tous genres|6 Commentaires