Sleepy Hollow (saison 3)

Par , le 22 mars 2017

Malgré une érosion progressive de ses audiences, Sleepy Hollow continue sa route sur le réseau Fox et si elle termine actuellement sa quatrième saison, discutons auparavant de la troisième. Les dix-huit épisodes la composant furent diffusés aux États-Unis entre octobre 2015 et avril 2016. Aucun spoiler.

Neuf mois se sont écoulés depuis la mort accidentelle de Katrina des mains d’Ichabod Crane. Probablement en partie parce qu’il a besoin de faire son deuil, il s’occupe l’esprit en s’envolant en Angleterre à la recherche de mystérieux artefacts et en s’offrant une nouvelle coupe de cheveux. Ce n’est qu’à son retour de l’autre côté de l’océan Atlantique qu’il contacte Abbie à qui il n’a pas parlé depuis. La jeune femme n’a pas chômé entre-temps puisqu’elle fait désormais partie du FBI et lance enfin sa carrière dans la direction qu’elle convoitait depuis un moment. La fin de saison précédente a permis de donner un bon coup de balai dans les intrigues de qualité douteuse et d’évacuer de la scène des personnages inutiles, voire irritants. Une fois de plus, Sleepy Hollow essaye alors maintenant de se créer une identité propre. À ses débuts, elle se montrait rafraîchissante, s’amusait de ses incohérences et ne prenait pas de grands airs. Malheureusement, certains ont visiblement souhaité simplifier les scénarios et employer une formule plus classique, procédurale même. Ces épisodes inédits continuent sur cet élan de récits à la semaine, tout en tentant bon gré mal gré de récupérer le sel d’autrefois et de broder une mythologie aux bases branlantes. Effectivement, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes et la fiction poursuit son inexorable chute vers l’insipidité. Elle n’est pas foncièrement mauvaise, non, elle induit uniquement un sentiment de tristesse, de gâchis. D’ailleurs, comme le note justement Fabien sur Critictoo, elle laisse espérer ses téléspectateurs qu’elle retrouvera un jour sa verve d’antan. Sauf qu’il faut être réaliste, ce ne sera jamais le cas. La preuve en est qu’en se délestant d’un indispensable élément, la conclusion de cette saison se veut honteuse, trahit totalement l’esprit général et se moque tout aussi ouvertement de l’audience. La suite s’annonce à nouveau différente, handicapée d’un atout phare et peu enthousiasmante. Ce qui sauve jusqu’à présent Sleepy Hollow de la débâcle, c’est la relation qu’entretiennent ses deux héros, attachants ensemble comme séparément.

Ichabod commence à se faire à l’idée de devoir vivre au XXIè siècle, ce qui ne l’empêche évidemment pas de s’étonner de nos manies actuelles, toujours sur un ton satirique amusant. Ce comique de répétition a beau perdurer depuis les débuts de la série, il fonctionne encore et ne se révèle pas du tout rébarbatif. L’aristocrate anglais réalise que son statut de voyageur dans le temps le dessert et c’est pourquoi il décide de prendre le taureau par les cornes en demandant sa naturalisation. Cette intrigue alimente quelques situations, mais rien de bien probant comme l’illustre le personnage campé par Zoe (Maya Kazan – The Knick) se bornant à un artifice amoureux sans relief. L’ex-meilleur agent de George Washington souhaite ainsi aller de l’avant, mais la conjoncture le force plus ou moins volontairement à se remémorer d’anciens souvenirs. La saison en profite donc pour insérer maladroitement divers flashbacks à l’intérêt discutable et aux grossières ficelles. Dans chaque épisode ou presque, le duo de compères est confronté à divers obstacles et comme par hasard, ces évènements sont systématiquement liés à un moment qu’Ichabod a partagé jadis avec Betsy Ross (Nikki Reed), une espionne aux multiples ressources qui l’obsède, ce qui tranche radicalement avec son parcours narré précédemment. Et pour varier un peu la donne, Sleepy Hollow joue la carte de la sorcellerie avec l’ancêtre d’Abbie, à savoir Grace Dixon. La production ne fait aucun effort pour affiner son écriture et se limite à un style artificiel, mécanique et peu inspiré. Chaque semaine provoque l’irruption d’un monstre et de souvenirs bien opportuns, la formule se répétant à l’infini. Heureusement, Abbie et Ichabod ne manquent pas d’allant, se serrent les coudes, se respectent mutuellement et après s’être quelque peu éloignés en raison de Katrina, il est bon de les revoir soudés, fidèles et prêts à tout l’un pour l’autre. Les amitiés mixtes aussi profondes sont tellement rares à la télévision, et les réussies encore plus, qu’en découvrir une de cette trempe met du baume au cœur. Les dialogues piquants et leur alchimie sautent aux yeux tandis que les composants leur gravitant autour essayent, eux, de garder la tête hors de l’eau.

La grande menace de la saison surgit dès le début et porte les traits de Pandora incarnée par Shannyn Sossamon (Moonlight). Le personnage s’installe au long cours, relie plus ou moins les histoires hebdomadaires entre elles, et s’il ne se révèle pas désagréable, il peine à causer un réel intérêt malgré une fin de parcours mieux amenée. Compte tenu de son nom, il paraît évident qu’elle n’arrive pas les mains vides, mais bel et bien avec sa fameuse boîte au contenu fort inquiétant. Son but est de conditionner la peur parmi les habitants de Sleepy Hollow, pour une raison initialement mystérieuse. Elle délivre ainsi sur un plateau des créatures malfaisantes telles qu’une version fantastique de Jack l’Éventreur ou de la Petite souris, et plus tard, un puissant mégalomaniaque sans relief, mais caricatural (Peter Mensah – Spartacus). Rapidement, Ichabod et Abbie cherchent à la contrer et pour ce faire, Jenny les seconde avec le soutien de Joe Corbin duquel elle se rapproche. À ce sujet, la série en profite pour injecter une dimension plus romantique, voire tragique, sauf qu’encore une fois, rien ne décolle et les émotions ne touchent que trop rarement. La sœur d’Abbie mérite davantage d’exploitation et de ne pas se contenter d’interagir avec d’autres. La famille demeure au centre des propos et la survenue d’un membre disparu rate également le coche. De toute manière, cette année n’est qu’idées lancées à la sauvette et associations approximatives. Cet aspect bancal transparaît à merveille à travers l’incursion dans l’univers de Bones avec le 3×05, Dead Men Tell No Tales. Sleepy Hollow possède de solides cartes dans le versant fantastique si elle ose tirer parti de son exubérance décoiffante, mais elle ajoute un registre policier très conventionnel et peu haletant. L’intégralité des intrigues se déroulant à Quantico et la dynamique qu’Abbie entretient avec son ex-collègue ne riment pas non plus à grand-chose de consistant.

Pour résumer, après une précédente saison commençant déjà à montrer de francs signes d’usure, cette nouvelle salve d’épisodes confirme la chute qualitative de Sleepy Hollow. La série essaye continuellement de se réinventer même si cela signifie devenir incohérente avec ses débuts. Dire qu’elle détenait à l’origine une formule certes imparfaite, mais délicieuse, car décalée et décomplexée… Les scénaristes y mettent du leur, ne le nions pas, puisque la créativité surnaturelle répond notamment à l’appel, sauf que la recette ne fonctionne plus ou alors de manière anarchique. Ce manque de suspense et d’enjeux impliquant réellement les téléspectateurs nuit à l’appréciation générale, voire au divertissement. Les récits stériles se succèdent, se conforment à une mécanique sérieusement éprouvée, introduisent divers personnages et idées, sans jamais les explorer un tant soit peu. La production ressemble maintenant à une fade association de pièces de puzzles disparates et non pas à une œuvre au caractère affirmé. Difficile, donc, de souhaiter suivre ce duo pourtant si sympathique ; l’épilogue donne d’ailleurs envie d’oublier une bonne fois pour toutes cette fiction générique jadis dotée d’un innocent charme désinvolte.

Neko Zamurai | 猫侍 (saison 1)

Par , le 15 mars 2017

Malgré ce que je serine, comme quoi je me contente des séries japonaises traînant dans mes dossiers depuis trop longtemps, j’avoue en avoir récupéré quelques-unes en douce. Neko Zamurai fait partie du lot. Cette fiction comporte deux saisons télévisées, chacune étant suivie d’un film. Pour l’heure, discutons uniquement de la première, constituée de douze épisodes de vingt minutes diffusés entre octobre et décembre 2013 sur STV. À noter que neko signifie chat en japonais. Aucun spoiler.

Avec sa mine sinistre, Madarame Kyûtarô effraye tout le monde, ce qui s’avère finalement souhaitable compte tenu de son statut de samouraï. Pour autant, il n’est plus qu’un rônin, un de ces guerriers sans maître cherchant vainement une nouvelle maison à laquelle se rattacher. En attendant, il accepte par désespoir les rares contrats susceptibles de lui être proposés, quitte à blesser son amour-propre. Sa mission du jour consiste cette fois à tuer le chat d’un puissant seigneur qui, aux dires de son fidèle serviteur, serait démoniaque et aurait corrompu l’esprit de son employeur. Bien que cette tâche répugne Kyûtarô, il se laisse attirer par son aspect financier. Sauf que le soir du supposé crime, il préfère maquiller la scène et prendre l’animal sous son aile. Ce choix totalement impulsif et surprenant de sa part annonce maints changements dans l’existence de cet individu au demeurant fort rigide.

Comment pouvais-je ne pas craquer devant cette histoire totalement farfelue ? Un jidaigeki avec un chat ? Franchement ! Une fois de plus, la créativité des scénaristes japonais transpire à travers ce synopsis improbable, mais délicieusement intrigant. Révélons-le immédiatement, cette première saison de Neko Zamurai ressemble à un réel festin. Malgré son titre, il importe de ne pas s’attendre à une fiction virevoltante truffée de moult duels et d’une tension létale à couper le souffle. D’aucuns à l’imagination débordante penseraient à un félin combattant à sa manière de vils sacripants. Ce n’est rien de tout ça. Les épisodes se contentent d’un rythme lent, paisible et très reposant, magnifié par une photographie léchée et des paysages très verts et assez montagneux. Le récit en tant que tel ne comporte pas de véritable rebondissement, se limite à des tranches de vie, et quand bien même le héros est confronté à quelques obstacles, le sang n’éclabousse jamais quoi que ce soit. Tout y demeure simple, visuellement acceptable à tout âge. Cela ne signifie nullement que la série en devienne aseptisée ou multiplie le sentimentalisme à outrance. En réalité, elle se dote d’une douce atmosphère jouant à la fois la carte de la comédie absurde et celle plus intimiste grâce à un registre dramatique reflétant les tourments de ce samouraï malheureux commençant enfin à s’ouvrir aux autres. L’humour loufoque et très fin se révèle délicieux et gentiment idiot. Le scénario se permet aussi plusieurs références actuelles comme les bars à chats et prouve par la même occasion son intemporalité. Ce n’est pas parce que Neko Zamurai se déroule à l’époque féodale qu’elle en perd de sa modernité et, de surcroît, la reconstitution de cette période reste tout à fait honorable en dehors de postiches en latex un peu trop visibles. Certes, ce subtil mélange ne peut plaire à tout le monde pour, justement, son aspect atypique, mais il a toutes les chances de subjuguer les amateurs d’originalités employant à bon escient leur richesse culturelle, l’empathie et la dimension humaine. D’ailleurs, la musique composée par un Endô Kôji inspiré participe sans conteste au succès avec cette utilisation d’instruments traditionnels, ces notes souvent cocasses et ces chansons hilarantes vantant les mérites du guerrier Kyûtarô. Difficile d’oublier l’énergique Waga Michi yo de NOAH, entendue dans le générique du début, qui annonce la couleur à travers des sonorités inattendues symbolisant à merveille l’incongruité permanente de cette série frôlant la parodie.

Les jours défilent et le maigre pécule de Madarame Kyûtarô se raréfie. Le propriétaire de son modeste logement vient encore une fois réclamer son dû et le menace d’expulsion. Cette situation inconfortable humilie le samouraï qui refuse d’effectuer un quelconque travail n’employant pas ses talents. Or, le Japon traverse une période assez stable et plus personne n’a envie d’embaucher qui que ce soit pour un assassinat. Il a beau toquer aux portes, il se fait systématiquement rejeter par d’éventuels futurs maîtres. Avec quelques répliques et attitudes, Neko Zamurai reflète parfaitement le statut difficile des rônin, leur marginalité et leur honte presque perpétuelle. Souvent sans le sou, méprisés par les leurs et mis au ban de la société, ils errent, parfois englués dans un vague à l’âme. Kyûtarô excelle dans son domaine, mais il a été renvoyé de son clan quelque temps plus tôt. C’est pourquoi il a laissé dans sa région sa femme et leur fille pour déménager à Edo, cela dans l’espoir de raviver sa gloire d’antan. Malheureusement, les mois défilent et sa condition dégénère. Pour toutes ces raisons, quand Sakichi (Mizusawa Shingo), le peureux serviteur d’un grand seigneur, l’aborde pour lui proposer un contrat ridicule, il ne parvient pas à refuser. Tuer un félin ? Et puis quoi encore ?! Certes, cet animal serait démoniaque, mais tout de même. Kyûtarô s’y résout et part trucider la fameuse Tamanojô. En la voyant avec ses beaux yeux verts, il ne résiste pas et décide de l’adopter, tout en cachant le pot aux roses à Sakichi. Après tout, il a besoin de cet argent ! Tout au long des épisodes, le rônin découvre les joies et mineurs désagréments de ces boules de poils, car c’est bien connu, elles ont leur caractère. À l’écran, trois chattes sont utilisées pour incarner Tamanojô et la différence est parfois flagrante, mais heureusement, surtout celle de quatorze ans, Anago, est mise en avant. Le chat ne semble pas toujours très à l’aise, bien que la production s’en accommode assez bien et de toute manière, le public n’a de cesse que de s’esclaffer devant cette bouille mignonne comme tout. Par chance, Kyûtarô peut compter sur le soutien d’Oshichi (Takahashi Kaori), une femme tenant une boutique fort curieuse où elle y soigne les félins, donne des conseils et fournit des remèdes. Alors qu’il commence assez malgré lui à familiariser avec son petit compagnon et essaye surtout de trouver un travail digne de ce nom, sa pétillante voisine vendeuse de donuts (Hirata Kaoru) cherche à le dérider un peu. Et en parallèle, l’ancien propriétaire du chat croyant sa bien-aimée morte embauche deux samouraïs pour retrouver le vil assassin. Le protagoniste n’a donc pas fini d’en voir de toutes les couleurs.

Les épisodes se déroulent généralement selon un même schéma. Le crispé Kyûtarô arbore son visage de tueur, démarre son entraînement quotidien et est perturbé par la jolie Tamanojô. Il part en direction d’Oshichi quémander des conseils, bougonne en apprenant les tarifs pratiqués par cette commerçante rusée, craque face à sa chatte, laisse transparaître quelques signes de tendresse et se remémore des moments vécus avec sa famille qui, décidément, se méprenait toujours sur ses pensées. Avec des flashbacks, le passé du guerrier se dévoile ainsi au fur et à mesure. La courte durée de ces vignettes scénaristiques permet d’atténuer les éventuels soucis de cette structure narrative assez codifiée bien qu’en y réfléchissant, celle-ci participe aussi au charme d’ensemble où chaque semaine se conclut par une leçon de vie sous forme de haïku. Neko Zamurai illustre le cheminement personnel de Kyûtarô qui, au contact de son animal, s’ouvre sur les autres. L’interprétation de Kitamura Kazuki (Tenchijin) offre ses lettres de noblesse à cet homme très attachant. Taciturne et ténébreux, il inspire la crainte partout où il va. Autrement dit, Kyûtarô est le stéréotype du samouraï fier, vertueux, droit et suivant à la lettre le code des principaux moraux des siens. La série s’amuse beaucoup de ce portrait qu’elle n’hésite pas à pasticher avec beaucoup de piquant. La personnalité du rônin n’a rien à voir avec son aspect physique et du fait de son incapacité à sourire et transmettre ses sentiments, il passe pour quelqu’un de froid, cela même auprès des siens. En vérité, sous cette rigidité, il abrite un cœur tout mou, ne sait jamais comment réagir et se sent régulièrement mal à l’aise devant les autres. Pour pallier l’introversion et le tempérament taiseux de son épéiste, la fiction plonge directement dans ses pensées qu’elle partage avec l’audience. C’est l’occasion d’y découvrir un homme sensible, un peu ridicule et totalement faible dès qu’il est question de son chat ou de ceux qu’il aime. L’écriture ne manque jamais de chaleur et induit un ravissant climat où évoluent des figures bigarrées aux diverses facettes. Derrière cet aspect proche du vaudeville se cachent aussi toujours de discrètes notes plus dramatiques comme le prouve le passé de la joviale Wakana aux cheveux courts. En sus de sa prédominance humoristique, la production ne cherche pas à créer artificiellement de la misère, conserve au long cours une sobriété appréciable et densifie l’air de rien ses héros, preuve de son talent.

Pour conclure, l’adorable première saison de Neko Zamurai se place sur les rangs de ces histoires capables de toucher en plein dans le mille et d’enchanter par leur générosité et leur bonne humeur. En mettant en avant un morose samouraï sans maître, véritable parodie du genre, et du chat qu’il devait tuer de sang-froid, elle illustre un truculent quotidien pétri de joie et de tendresse. Son protagoniste à la mine patibulaire se déride enfin au contact de sa boule de poils, s’ouvre sur le monde et gagne en maturité. Malgré l’ineptie sur le papier de son postulat de départ, elle charme par son naturel désarmant, ses personnages récurrents, la tranquillité relaxante de son rythme, son ton burlesque et ses musiques enthousiasmantes. Drôle, pétillante, pleine de malice et non dénuée d’une légère mélancolie, cette série atypique détient là de solides arguments pour amuser autant que faire rire, fédérer, émouvoir et coller un sourire niais le restant de la journée. Il s’agit pour ma part d’un petit coup de cœur qu’il me tarde de poursuivre, en espérant que la suite garde de cette fraîcheur et de cette sincère authenticité.

Prehistoric Park (mini-série/docu-fiction)

Par , le 8 mars 2017

Si beaucoup ont découvert le concept de faire venir des animaux préhistoriques au XXIè siècle avec la passable série britannique Primeval, celle-ci n’a en réalité rien inventé. Effectivement, elle s’est fortement inspirée de la mini-série Prehistoric Park provenant de la même société de production, mais s’apparentant plutôt à un docu-fiction. Celle-ci, constituée de six épisodes de quarante-cinq minutes chacun, fut diffusée sur ITV en juillet et août 2006. Aucun spoiler.

Avec son équipe, le présentateur et zoologiste Nigel Marven utilise une machine à remonter le temps afin de ramener à notre époque des espèces animales éteintes depuis des millions d’années. Son but est justement de les sauver de l’extinction et de leur offrir une nouvelle vie dans une réserve privée, le Prehistoric Park.

Pour une raison qui m’est inconnue, je n’avais regardé que les quatre premières parties de cette courte série lors de son passage sur M6, fin 2006. Depuis lors, je me disais qu’il faudrait bien que je trouve la suite. Et me voici dix ans plus tard, enfin prête à la conclure. Histoire de rafraîchir mes souvenirs et une opinion somme toute correcte, j’ai bien sûr décidé de recommencer à zéro. Malheureusement, le constat s’avère dorénavant nettement moins positif tant ce Prehistoric Park ne rime pas à grand-chose et peine à la fois en tant que travail pédagogique et comme simple divertissement ludique. Son âge maintenant avancé ne joue pas forcément en sa faveur, car l’omniprésence de médiocres incrustations numériques détonne et empêche de se plonger dans cet univers improbable, bien que susceptible de mettre des étoiles dans les yeux. Effectivement, qui n’a jamais rêvé un jour de côtoyer des dinosaures, imaginer qu’ils pourraient, par le plus grand des hasards, être ressuscités ? La franchise cinématographique Jurassic Park témoigne elle-même de ce désir presque collectif. L’angle d’approche de ce docu-fiction a donc de quoi piquer la curiosité, à condition d’accepter d’emblée son postulat de départ irréaliste puisque pas une seule fois, le scénario n’explique le fonctionnement de cette machine à remonter le temps. Non, le protagoniste s’en va à l’aventure de manière assez inconsciente, traverse les millénaires et retourne à notre époque accompagné de diverses créatures qu’il entasse ensuite dans son parc situé quelque part sur la planète. Ses choix initiaux paraissent obscurs et s’il se prend pour un sauveur, il s’y adonne fort étrangement et presque stupidement. Par exemple, pourquoi décider de récupérer un des derniers mammouths encore en vie, mal en point, plutôt qu’un autre à une période moins délétère pour son espèce ? Bonne question. De même, l’équipe de scientifiques semble très pressée, comme si une course contre la montre se jouait, alors qu’ils détiennent les clés du voyage dans le temps ! Bref, oui, Prehistoric Park ressemble à un vaste condensé d’idées abstraites jetées à la sauvette, sans réelle réflexion appuyant l’ensemble. Au moins, les décors naturels se révèlent souvent éblouissants.

Si Nigel Marven est assez inconnu en France, il possède dans son pays, en Angleterre, une certaine cote de popularité. Il incarne ici son propre rôle et se transforme pour l’occasion en aventurier de l’espace-temps pas une seule seconde crédible, incompétent et guère charismatique. Depuis plusieurs mois, ses collègues se dépêchent de construire des enclos pour les futurs habitants de la réserve. Les personnages en question se contentent de la place de faire-valoir et servent surtout à lancer des répliques artificielles, mais plus ou moins éclairées, sur les soins vétérinaires ou la sécurité. La présentatrice de documentaires animaliers Saba Douglas-Hamilton y apparaît aussi en tant que spécialiste des félins. L’interprétation générale n’a rien d’extraordinaire et s’approche parfois d’un vrai surjeu. Au départ, Nigel Marven sait qu’il doit taire ses ambitions, car s’il a le désir d’élever diverses espèces, il faut d’abord les récupérer. Et c’est ainsi que dans le premier épisode, il active sa machine en direction de l’actuel Montana, aux États-Unis, à la recherche d’un Tyrannosaurus rex vivant il y a plus de soixante-cinq millions d’années. Cette mini-série a l’excellente idée de ne pas se contenter des créatures les plus populaires. La caméra s’envole aux quatre coins du monde, montre des insectes, des petits dinosaures, des mammouths, etc. Sans surprise, le protagoniste est rapidement confronté à moult imprévus et, face au danger des situations dans lesquelles il se trouve, il ne revient pas forcément toujours à notre époque avec le passager qu’il souhaite… Ces six parties manquent tout de même cruellement d’une dimension didactique et technique en raison d’erreurs, approximations et divers propos sujets à discussion. Le héros se montre trop sûr de lui, du bien-fondé de sa démarche et ne se remet guère en question. À la rigueur, cela pourrait se tolérer s’il en ressortait un souffle aventurier et émotionnel, une envie de sauter dans cette machine et de partir en direction du Crétacé, du Jurassique ou de toute période propice à l’émerveillement ; or, ce n’est pas le cas.

Pour conclure, Prehistoric Park a beau se laisser regarder si l’on apprécie un minimum les dinosaures et autres créatures préhistoriques, sauf qu’il passe allègrement à côté de son potentiel et cumule les incohérences. Le côté documentaire s’associe ici difficilement à l’aspect plus fictionnel et vient s’ajouter aux nombreux défauts de cette production illogique. Avec son intrigue cousue de fil blanc, sa caution scientifique limitée et parfois presque inexistante, son présentateur falot, ses images de synthèse peu engageantes et la platitude de son ambiance, cette mini-série ne mérite pas de s’y intéresser. Malgré une absence de valeur éducationnelle, les enfants parviendront peut-être à y adhérer et tolérer ces faiblesses, mais les plus exigeants ne réussiront qu’à se contenter de paysages terrestres de toute beauté avant de se tourner à bon escient vers le solide Planet Dinosaur. Finalement, au regard de ces épisodes laborieux, que Primeval ait été aussi ratée n’étonne pas !