Boys Before Friends (web-série complète)

Par , le 28 décembre 2016

Les lecteurs les plus fidèles de Luminophore s’en doutent déjà, je suis persévérante et probablement masochiste. Je n’hésite pas à poursuivre des fictions ne m’intéressant guère et de surcroît, j’ose en tester certaines s’annonçant comme affreuses. Je n’y peux rien, les sirènes de la curiosité s’avèrent toujours aussi fortes et je pars du principe que si je n’essaye pas, je ne détiens aucun droit de critiquer. C’est ainsi que j’ai donné sa chance à Boys Before Friends, la libre adaptation du shôjo manga Hana Yori Dango, lui-même auparavant transposé à l’écran maintes fois. Rappelons par exemple la version japonaise, mais également la sud-coréenne qui, d’ailleurs, est certainement celle ayant amorcé ce remake étasunien. Cette web-série sortie sur Internet entre décembre 2013 et février 2014 ne comporte que six épisodes d’un peu moins de quarante minutes chacun et un spécial ; seize étaient pourtant vraisemblablement prévus. Dès le début, la production fut entravée par de nombreux bouleversements en coulisse amenant à une brutale interruption du programme. Entre les difficultés budgétaires, dont notamment une tentative échouée de financement participatif avec Kickstarter, des acteurs remplacés au pied levé ou encore des plaintes pour chantage et diffamation, la courte vie de cette fiction ne fut clairement pas de tout repos. Ce travail des sœurs Kel et Eriden Williams ne bénéficie donc pas de conclusion et, pour information, n’a pas été validé par Kamio Yôkô, la mangaka, ou par sa maison d’édition, la Shûeisha. À l’heure actuelle, elle peut être regardée sur Viki. Aucun spoiler.

L’établissement Ellison n’accepte que l’élite de la société, mais une fois par an, sa direction propose des auditions permettant au commun des mortels d’intégrer ses prestigieux bancs. La talentueuse danseuse Zoey Taylor réussit à passer le concours et voit son futur prendre une voie inédite. Malheureusement, elle réalise vite que cette structure n’est pas si idyllique que ce qu’elle s’imaginait. Un quatuor de garçons se faisant appeler les F4 y fait la loi et n’hésite jamais à humilier, voire violenter leurs camarades de classe. Car elle ne supporte pas les injustices, Zoey choisit de se rebeller contre le meneur de ce groupe, le basketteur Liam Montgomery qui, contre toute attente, tombe sous son charme. Avec le soutien de ses deux amies, l’héroïne essaye de se forger une place dans ce microcosme huppé.

Les amateurs des séries asiatiques à succès adaptant ce manga tout aussi classique ne doivent pas attendre de Boys Before Friends une quelconque fidélité. D’ailleurs, les auteures se targuent de proposer une histoire originale. Effectivement, en dehors de quelques attributs disparates reflétant le matériel de base, il ne reste plus grand-chose. De toute manière, cette fiction s’apparente à une farce inepte donnant l’impression de ne jamais pouvoir s’arrêter. À la rigueur, les lacunes liées aux fonds limités pourraient demeurer tolérables si le scénario suivait, que l’ensemble ne se montrait pas prétentieux et que l’équipe créative cherchait au moins à soigner un minimum le résultat final. Sur la forme, ces épisodes ressemblent à un sinistre. Qu’il s’agisse de la réalisation branlante, du montage improbable, des chansons irritant les oreilles au son trop fort, des dialogues presque inintelligibles du fait d’un mauvais micro, de la nullité de la mise en scène ou d’une multitude d’autres éléments, rien n’est fait pour immerger l’audience assistant à cette débâcle visuelle. Les F4 sont apparemment richissimes, mais les décors ne sont pas luxueux et semblent sortis tout droit d’une émission de téléréalité de bas étage. Le budget n’excuse pas quoi que ce soit, car plusieurs sont déjà parvenus à enthousiasmer avec trois bouts de ficelle. Sans aucune surprise au vu de la catastrophe esthétique, le récit se révèle encore plus indigent.

Les six épisodes de Boys Before Friends se contentent d’une succession de séquences sans liant où des figures misérables au charisme inexistant défilent. La supposée pièce maîtresse de la série, Zoey, adore la danse, n’hésite pas à s’y adonner devant la caméra quitte à rompre le rythme laborieux, et ne tolère pas de voir le quatuor d’étudiants se moquer ouvertement de qui que ce soit. Si la protagoniste se limite à une caractérisation binaire, les autres personnages ne sont pas mieux lotis. Liam, le meneur, arbore une horrible coupe de cheveux, fait hurler les filles sur son passage pour une raison inconnue, et décide de forcer Zoey à l’apprécier. Une sorte de triangle amoureux tente de s’installer, maints individus gravitent autour des héros et se bornent à discuter de sujets futiles, prolongeant la confusion latente. L’espèce de développement se veut illogique avec des tempéraments unidimensionnels se transformant au gré du vent. L’histoire du manga n’est pas dépourvue d’éléments presque ridicules et caricaturaux, mais elle s’en amuse, les tourne en dérision et explore de manière rafraîchissante ses intrigues. Là, tout y reste au premier degré et, en sus de l’interprétation en roue libre de l’intégralité des acteurs, les répliques sidèrent par leur navrante vacuité. Impossible de prendre au sérieux cette fiction stupide à tous points de vue. Afin d’enfoncer définitivement le clou, la cinquième semaine de diffusion voit plusieurs des personnages changer de visage, voire Zoey affiche trois têtes différentes au sein d’un unique épisode. Consternant ? Oui, c’est le mot. Le spécial se rapproche même d’une critique à charge contre les supposés comédiens ayant quitté le navire.

En bref, Boys Before Friends ressemble à un effarant désastre. Avec le cabotinage de sa déplorable distribution, ses dialogues mortifères à peine compréhensibles du fait d’un son trop bas, son écriture grossière farcie d’incohérences, ses clichés à profusion, son horrible réalisation et son absence de véritable enjeu, elle ne raconte rien et se limite à une suite de scènes épouvantables et illogiques. Le visionnage de cette web-série grotesque et vaniteuse en devient alors immédiatement douloureux et se doit d’être évité comme la peste, que l’on soit curieux ou non. Croyez-moi, vous ne pouvez pas regretter de ne pas vous frotter à ce remake pitoyable ne possédant absolument aucun professionnalisme ou point commun avec l’histoire d’origine.

GARO: Asura | 牙狼: 阿修羅

Par , le 21 décembre 2016

Toujours dans l’optique de célébrer les dix ans de la franchise GARO, les producteurs ont visiblement décidé de voir les choses en grand. Après la série Makai Retsuden faisant vibrer la corde nostalgique, un court épisode spécial a été commandé. Cet unitaire intitulé GARO: Asura se présente comme une sorte de bonus et a été mis en chantier avec la collaboration de la New Japan Pro Wrestling, une fédération majeure de catch japonaise. Il fut diffusé sur TV Tokyo le 2 juillet 2016 et dure un peu plus de vingt minutes. Comme une grande partie des fictions de cet univers, il peut être regardé assez indépendamment du reste d’autant plus qu’il s’inscrit à une très lointaine période. Le terme asura se rapporte à des êtres démoniaques de la mythologie hindouiste. Aucun spoiler.

Avant de dormir, Kaoru raconte une histoire à son petit garçon, Raiga. Comme d’habitude, il est question du fameux chevalier doré, costume qu’arbore le père de l’enfant et qui le fascine. Mais pour l’obtenir quand il sera plus âgé, il devra batailler dur. Pour appuyer ses propos et expliquer pour quelles raisons ce combattant Makai diffère de ses confrères, la sympathique maman décide d’évoquer le récit de Gôki évoluant à une époque reculée où les Horrors n’existent pas encore sous leur forme habituelle.

Makai Retsuden n’ayant que peu favorisé les Saejima, c’est un vrai plaisir que d’en retrouver deux en démarrant cet épisode. Si les faits narrés par Kaoru se passent dans l’ancien temps, elle et son fils se trouvent entre la fin de Sôkoku no Maryû et le lancement de Makai no Hana. Autrement dit, le futur successeur de Kôga doit grandir avant de terrasser des monstres. Au risque de me répéter, n’hésitez pas à consulter ce billet récapitulatif afin de mieux vous repérer dans ce dédale chronologique. Bien que ces personnages se contentent d’une brève apparition, l’accent étant justement mis sur Gôki, le clin d’œil plaît et permet de reconnecter tous ces bonus et autres productions dérivées/parallèles. Le reste est dans la lignée de ce que fabrique GARO depuis ses débuts. La forme surprend toutefois un peu puisque les décors ne sont pas du tout naturels et jouent ouvertement la carte du numérique. Si la franchise n’a jamais lésiné sur les effets spéciaux, les paysages demeuraient jusqu’à présent généralement tout à fait traditionnels. Or, ils sont cette fois presque comme esquissés abstraitement à l’ordinateur et induisent une atmosphère assez hors du temps digne d’une sorte de conte. Le résultat ne s’avère pas désagréable et offre un certain charme à condition de ne pas être allergique au genre. D’ailleurs, cette approche artistique est probablement à mettre en parallèle avec la passion de Kaoru et ses maintes peintures. Après tout, elle officie ici en tant que narratrice.

En plein milieu d’une forêt, le chevalier Makai bataille contre une espèce de scorpion et s’il parvient à affaiblir le monstre, il est blessé et s’évanouit, protégé par l’aura d’une curieuse statue. À son réveil, il constate avoir été soigné par une jeune femme nommée Ren vivant avec ses deux adolescents de frères, Shin et Taku. L’un des garçons prend en grippe Gôki, car il exècre tout individu portant un sabre depuis que son village a été massacré. Les jours défilent, le combattant recouvre progressivement ses forces et s’attache à ce trio. Sauf que la grande sœur est enlevée par une créature surnaturelle qu’il importe de poursuivre puis d’anéantir. Le récit de cet épisode ne sort pas du tout des sentiers battus et se termine sur une morale également déjà entendue dans GARO. Les personnages ne se départent pas non plus d’une caractérisation stéréotypée bien que, pour leur défense, le temps imparti et le but de cet unitaire empêchent toute véritable originalité. Contre toute attente, malgré cette collaboration avec la fédération de catch, l’insertion de ce sport se révèle plutôt subtile et ne ressemble pas à une publicité éhontée. Les amateurs y reconnaîtront Tanahashi Hiroshi dans le rôle principal et Makabe Tôgi comme antagoniste à annihiler.

Au bout du compte, ce GARO: Asura n’apporte pas grand-chose à l’univers et permet surtout de revoir la charmante Kaoru accompagnée de Raiga alors encore tout jeune. L’histoire en elle-même n’a rien de mauvais, mais elle ne fait que répéter un canevas scénaristique initialement sérieusement éprouvé. Bien que tout à fait regardable, ce bonus se borne donc à un récit basique amélioré par une esthétique atypique et n’est nullement indispensable, à moins de vouloir vraiment tout tester de la franchise. Il laisse cependant espérer un retour sur le devant de la scène des Saejima.

Entre terre et mer (mini-série)

Par , le 14 décembre 2016

Bien avant l’ouverture de Luminophore, je regardais évidemment déjà des séries. Enfant, j’étais amatrice des sagas françaises s’installant souvent au cours de la période estivale. Ça m’amuserait assez d’en revoir quelques-unes et de les passer à la moulinette sur ce blog, d’ailleurs. Dès décembre 1997, je me trouvais donc devant ma télévision pour tester sur France 2 Entre terre et mer. Hervé Baslé adapte ici son propre roman du même nom sorti un peu plus tôt et y ajoute le sous-titre Le grand banc. Depuis 2015, l’histoire est également transposée en BD dans un triptyque d’Erwan Le Saëc et Pascal Bresson. La mini-série nous concernant aujourd’hui se constitue de six épisodes durant chacun approximativement cent cinq minutes. Pour l’anecdote, notons que l’affiche annonce un film, probablement pour une question de prestige, car nous savons tous que le petit écran ne mérite pas ses lettres de noblesse… Aucun spoiler.

1920, les monts d’Arrée, en Bretagne. Pierre Abgrall vient d’inhumer sa mère et choisit de quitter sa campagne natale pour aller travailler comme saisonnier sur le littoral. Il se rapproche de Saint-Malo où il s’y fait embaucher par Jeanne, l’épouse du patron du bateau La Charmeuse, parti en mer depuis plusieurs mois y pêcher la morue. Le contact avec l’océan lui plaît, le fascine et le retour au pays de ces marins lui donne envie de voguer avec eux sur le grand banc, autour de Terre-Neuve. L’intérêt qu’il porte à Marie, la jolie lavandière, n’est pas étranger à cette décision susceptible de bouleverser son existence.

Malgré mon appétence pour les mini-séries et fictions en costumes, il paraît sûrement curieux de découvrir Entre terre et mer sur ces pages. L’explication s’avère toute simple. Mes parents ont acheté le DVD à l’époque et en triant leurs possessions, je me suis dit qu’avant de m’en débarrasser, pourquoi ne pas rafraîchir mes impressions ? J’en gardais effectivement des souvenirs positifs et, en prime, le contexte et le cadre me sont assez familiers. Je partais ainsi dans de bonnes conditions, sans préjugé aucun. Plus que l’histoire, c’était surtout la musique de fin qui m’avait marquée. Malheureusement, l’ensemble ne dispose pas d’arguments suffisants pour convaincre de bout en bout. En dépit de son âge maintenant très avancé, cette production réussit à s’en affranchir, peut-être aussi parce qu’elle se déroule à une période révolue depuis plusieurs décennies. La mise en scène n’a rien de fantastique et se contente du minimum syndical, les décors naturels aidant certainement à oublier les lacunes formelles. La reconstitution, avec les vêtements, accessoires, véhicules et autres, reste plutôt honnête compte tenu d’un budget probablement limité. La non-utilisation de la langue bretonne, ou plutôt son absence d’évocation, paraît logique au vu des circonstances et ne déplaira qu’aux puristes ; effectivement, si je ne m’abuse, elle n’était pas parlée à Saint-Malo, mais par le protagoniste venant des terres finistériennes, bien sûr que si. Par ailleurs, certains acteurs donnent l’impression d’avoir été doublés, ce qui en devient fort curieux, voire dérangeant. Le constat se révèle également peu probant en ce qui concerne les séquences maritimes, car il semble assez clair qu’elles n’ont pas été tournées sur un océan Atlantique tempétueux, mais dans un studio. Ce manque de naturel saute aux yeux et empêche de pleinement s’immerger dans ces moments dramatiques et imprévisibles, surtout que la fiction accuse un rythme laborieux. La bande originale composée par Jean-Paul Peron a beau plaire par ses sonorités folkloriques, magnifiées par le bagad de Lann-Bihoué, elle est presque phagocytée par les maintes chansons de marins répétées à outrance. Ce traitement rompt la dynamique d’une œuvre télévisée déjà entravée par des épisodes beaucoup trop longs. À la rigueur, que chacun dure presque deux heures pourrait se tolérer, mais Entre terre et mer étire à l’infini des scènes inutiles. Croquer le quotidien et montrer sa simplicité est une excellente chose, mais il importe de ne pas non plus oublier d’injecter un semblant d’allant. La production cherche une véritable authenticité, ce qui est tout à son honneur, sauf qu’elle s’empêtre dans un registre convenu, une effusion de bons sentiments et des clichés à ne plus savoir qu’en faire.

Après le décès de sa mère l’ayant élevé seule, Pierre Abgrall (Didier Bienaimé) part sur le littoral malouin dans le but d’offrir ses services aux fermes environnantes. De mars à novembre, les côtes se vident chaque année de leur population masculine et manquent de bras vigoureux pour travailler dans les champs. Et pour cause, tous sont en mer, à braver le danger. Le campagnard aperçoit pour la première fois ces grandes étendues d’eau et commence à fantasmer sur ces maris voguant au loin que ces femmes attendent inlassablement. Il les voit toutes s’échiner, se serrer les coudes, souffrir de cette cruelle absence et prier jour et nuit pour ne pas découvrir sur le seuil de leur porte le maire accompagné de l’abbé, toujours annonciateurs d’une funeste nouvelle. Dès qu’il pose son regard sur Marie, la lavandière éprise d’un pêcheur, il tombe sous son charme et ne peut s’empêcher de rêver. Pourtant, dans les monts d’Arrée, une amie d’enfance, Léa (Marina Golovine – Le Cri), anticipe son retour normalement prévu à l’hiver et l’arrivée au port des marins. Pierre se prend d’affection pour sa patronne, Jeanne, l’épouse du capitaine de la goélette La Charmeuse, qui le lui rend bien. Calme, réservé, intelligent, réfléchi et poli, il plaît immédiatement à toutes ces femmes vaillantes et contraste avec les autres saisonniers souvent gouailleurs. Le personnage n’a rien de désagréable, mais il se montre surtout fade et presque niais. À l’instar de beaucoup, il est desservi par une caractérisation archétypale et des dialogues peu naturels donnant l’impression d’être récités. L’interprétation des acteurs s’avère d’ailleurs très fluctuante, seuls quelques-uns comme Bernard Fresson dans le rôle de l’attachant père Lebreton et Anne Jacquemin (Les Maîtres du pain) en tant que la paysanne Jeanne  s’en sortent avec les honneurs. Les enfants, dont les deux frères mousses, sont franchement mauvais. Sur une note bien triste, une grande majorité des comédiens est désormais décédée. La galerie des principales figures se contente ainsi d’une succession des poncifs habituels de ce type de récit. Le protagoniste naïf et affable a la chance d’être pris sous l’aile d’une gentille famille avec un capitaine bienveillant (Roland Blanche – Le Fils du cordonnier) ; il s’amourache d’une belle et douce lavandière (Florence Hebbelynck) se bornant à stationner face à la mer, le regard dans le vide ; un vieux couple avec un marin assez bourru et une femme au fort tempérament pimente le village ; la fille restée dans les montagnes se perd dans des délires passionnels et mélodramatiques ; l’armateur aime les gros sous et se moque de son épouse superficielle ; le grand méchant se montre justement très méchant, etc. En bref, la finesse psychologique ne caractérise pas Entre terre et mer dont le scénario vante les mérites de ces fidèles et braves héroïnes angoissant toujours pour leur mari exerçant une profession tout aussi enjolivée.

Pendant huit mois, les hommes partent loin de leurs proches, sur un modeste voilier. Seuls au milieu d’une nature régulièrement survoltée, ils jouent leur vie dans l’espoir de remplir les cales de morues. En plus de dépeindre les femmes demeurées à terre à grand renfort de qualités et de défauts s’apparentant presque à des attributs sympathiques, l’écriture veille à agir de même avec les conjoints. Le courage de ces individus se révèle évident, car pour s’en aller de la sorte, affronter le mauvais climat météorologique, l’incertitude et les démons déchaînés de l’océan, il faut le vouloir ou être désespéré. Mais transformer ces marins en figures héroïques tend à desservir la crédibilité et l’impact émotionnel. Au lieu de forcer le trait de la sorte, des aspérités les auraient humanisés. Il n’empêche que derrière cette peinture idéalisée de l’époque, la mini-série propose une représentation intéressante des conditions de travail. Malgré un ton trop didactique, grossièrement alimenté par l’apprentissage de Pierre et des mousses, elle apporte des éléments culturels plutôt riches. Le quotidien de ces protagonistes, à terre comme en mer, est rondement illustré avec la recherche de matelots, la réparation du bateau, les stocks de nourriture à prévoir, la préparation des appâts, les moments de félicité et de tranquillité au beau milieu de nulle part, les méthodes de pêche et de conservation du poisson, le prix évoluant selon le marché et les directives de l’armateur, les tragédies inévitables, les doutes sur la fidélité de leur femme, les envies d’accorder du bon temps sur l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon avec les prostituées, les difficultés liées à la vie en communauté aussi restreinte, les correspondances épistolaires, les périodes de longue attente… Les amateurs du genre apprécieront cette approche éclairée même si, une fois de plus, le traitement ingénu dessert l’ensemble.

Pour conclure, la mini-série Entre terre et mer tente de délivrer un double registre, à la fois intellectuel et affectif, à travers la peinture de ces forçats du large et de ces épouses s’angoissant huit mois de l’année sur le continent. Malgré son ambition de choyer l’authenticité et la sobriété, elle botte en touche, car en se contentant de rebondissements éculés, de dynamiques sentimentales convenues, d’une tonalité souvent mélodramatique et de personnages stéréotypés, elle tombe dans les travers caricaturaux qu’elle semble pourtant vouloir esquiver. L’absence de naturel des dialogues et le rythme languissant ne font alors que majorer les lacunes de cette écriture approximative béatifiant à l’extrême ces hommes et femmes vivant sur la côte malouine au début du XXè siècle. Le visionnage n’en devient pas foncièrement désagréable, mais il ne réussit jamais à fédérer ou émouvoir comme il essaye ouvertement de le faire.