Gakkô ja Oshierarenai! | 学校じゃ教えられない!

Par , le 20 décembre 2017

Malgré toute la qualité de la plupart des travaux du scénariste Sakamoto Yûji, je me suis dit que ce ne serait pas un mal que de changer temporairement de fusil d’épaule. C’est pourquoi je me suis dernièrement consacrée à un autre ayant tout pour mon intérêt : Yukawa Kazuhiko (Magerarenai Onna, Mahiru no Tsuki). Attaquons-nous à la série Gakkô ja Oshierarenai!, constituée de dix épisodes diffusés sur NTV entre juillet et septembre 2008 ; le premier détient quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Le lycée Tôai était encore jusqu’à peu uniquement dédié aux filles. Parce qu’il commence à battre de l’aile, son équipe administrative accepte d’ouvrir les portes aux garçons. Seuls cinq d’entre eux intègrent les rangs de l’établissement dès la nouvelle rentrée. S’ils croient dans un premier temps arriver dans un harem, ils réalisent qu’il va peut-être plutôt leur falloir survivre dans cet environnement parfois presque hostile. Heureusement, leur jeune et fraîche professeure principale est là pour les aider et les mener vers le succès.

   

Impossible de le cacher, Gakkô ja Oshierarenai! ne me disait rien qui vaille sur le papier. Comme je l’ai déjà répété à maintes reprises, le cadre scolaire ne m’attire guère et j’estime avoir fait le tour de la question. Les débuts de la série ne m’ont d’ailleurs pas du tout rassurée et je me suis mise à penser que le visionnage s’annonçait compliqué. Mais je suis quelqu’un de persévérant et d’obstiné, donc je n’ai pas lâché le morceau. Contre toute attente, la suite s’améliore progressivement, mais ne le nions pas, tout reste ici profondément classique, souvent ridicule et très redondant d’autant que les protagonistes se résument pour la plupart à une unique caractéristique et peinent à intéresser. Alors, émouvoir l’audience… Tous les poncifs habituels sont de sortie et aucun élément ne surprend. Enfin, non, pas tout à fait. La touche de Yukawa Kazuhiko transpire à plusieurs reprises et permet d’élever un peu le niveau. Effectivement, le scénariste ne peut s’empêcher une fois de plus de jouer la carte de l’anticonformisme et de l’importance de ne pas se focaliser sur les attentes de la société. Le récit aborde plusieurs thématiques universelles et coutumières du genre, mais s’il s’y emploie de manière parfois pataude et grossière, il plaît pour son message de tolérance et de bienveillance. Cela se voit surtout avec l’un des principaux personnages s’interrogeant sur sa sexualité. Il aime son ami depuis des années et ne sait que faire. Sans lourdeur ou caricature trop appuyée, la série évoque les préférences de ce garçon et développe ce fil rouge de façon plutôt naturelle et simple. Chaque épisode commence par une question, qu’il s’agisse de la grossesse, de la masturbation, du but à donner à sa vie, du pouvoir de l’amour, etc. Tout y reste gentillet, superficiel et cliché, mais l’air de rien, Gakkô ja Oshierarenai! se montre un peu plus fine et ouverte que la moyenne. En revanche, sa réalisation s’avère anecdotique, tout comme sa musique.

Les cinq personnages venant d’intégrer le lycée Tôai ne l’ont pas tous choisi. Mizuki Kazuki (Nakamura Aoi – Hanazakari no Kimitachi e (2011)) a suivi son grand ami d’enfance immature Nishikawa Tomu (Morisaki Win), tandis que les autres sont là sur pression familiale ou pour des raisons financières. Sans surprise, l’écriture travaille ces garçons les uns à la suite des autres en veillant bien à les associer à une des filles de l’établissement, dont une interprétée par Naka Riisa (Lucky Seven). La prof principale, Aida Mai, est le catalyseur de ces rencontres. Elle impose à ses nouveaux étudiants d’incorporer fissa un club et pas n’importe lequel, le sien dédié à la danse de salon. Certes, pour l’instant il n’a aucun membre et le conseil des élèves réfute son existence, mais elle a plus d’un tour dans son sac. Kazuki et ses comparses passent alors plus de temps à apprendre à danser qu’à se trouver en classe, sans que des scènes de danse apparaissent beaucoup à l’écran. Au fait, où diable sont les enseignants ?! Afin de pimenter la situation et créer facticement des embûches, s’y ajoutent un trio de filles infernales et mesquines ainsi qu’une vice-principale revêche et guindée. Mai essaye d’inculquer à son petit groupe l’importance de l’amitié, de l’entraide et de toutes ces valeurs relationnelles sur lesquelles elle compte beaucoup. Cette prof a pour défaut notable d’être jouée par Fukada Kyôko (Mirai Kôshi Meguru) bien qu’à la réflexion, ce rôle lui va à la perfection. Effectivement, Mai est une femme un peu simplette, toujours guillerette, se voulant mignonne, vêtue à la mode et s’exprimant d’un ton enjôleur. Elle croit au pouvoir de l’amour avec un grand A et, outre l’ouverture de chaque épisode digne d’un conte, elle ponctue toutes ses remarques d’une multitude de références aux princesses de Disney. Cela saute aux yeux, il n’y en a que pour ça, soit de façon très directe, soit à travers des métaphores filées. Or, si elle se place tel un cupidon excentrique, elle s’oublie et cache sa solitude… Forcément ! Sinon, le principal (Tanihara Shôsuke – Tsugunai) veille sur ce petit monde dans sa tour d’ivoire et n’ose sortir de son bureau pour de curieuses raisons. Bref, la production ne lésine pas sur les stéréotypes, avec une interprétation régulièrement bancale, des rebondissements préfabriqués et un humour assez lourd.

Au final, Gakkô ja Oshierarenai! fait partie de ce catalogue sans fond des séries japonaises se déroulant en milieu scolaire. Tout y sonne déjà-vu et souffre d’un sentiment diffus de redite, amplifié par un jeu souvent en roue libre et des traits comiques poussifs. Malgré tout, le visionnage demeure assez supportable à condition de procéder à un rythme homéopathique, cela grâce à un message de tolérance toujours bienvenu, une ambiance légère et une absence de réelle prétention. La fiction n’a pas pour objectif de révolutionner le genre, seulement de propager, certes très naïvement et superficiellement, de belles valeurs et de mettre un peu de baume au cœur et des étoiles dans les yeux. Les plus cléments en la matière apprécieront ainsi peut-être ce gros bonbon sucré, les autres passeront sans regret leur tour.

Grey’s Anatomy (saison 13)

Par , le 13 décembre 2017

Ne dit-on pas que le nombre treize est synonyme de malheur ? En tout cas, beaucoup de superstitieux l’évitent, le redoutent, mais Grey’s Anatomy a eu l’opportunité de dépasser cet âge avancé. Cette nouvelle saison, constituée de vingt-trois épisodes, fut diffusée sur ABC entre septembre 2016 et mai 2017. Aucun spoiler.

Pas le temps de souffler, la série reprend exactement là où elle nous avait quittés, à savoir au mariage d’Owen et d’Amelia. Pendant que la fête bat son plein, Alex doit faire face à ses actions, à sa rage l’ayant conduit à massacrer son collègue, l’interne Andrew DeLuca. Dans son premier quart, la saison a l’excellente idée, du moins sur le papier, de se focaliser sur le chirurgien pédiatrique trop laissé pour compte depuis quelques années. Alex a beau faire partie de la distribution d’origine, il n’est guère utilisé à bon escient, tout comme beaucoup d’autres de ses comparses. Grey’s Anatomy pâtit effectivement plus que jamais de sa grande galerie de personnages et ne réussit pas à leur offrir du matériel suffisant, papillonnant au gré du vent, de manière schématique et peu heureuse. Quoi qu’il en soit, elle cherche visiblement à soigner le fidèle ami de Meredith sauf que le soufflé retombe rapidement. Ce fil rouge perd de sa saveur dès son commencement, avec une conclusion expédiée, un impact émotionnel quasi nul et des dynamiques finalement peu travaillées. Jo le représente clairement puisqu’elle ne sert à rien tout au long de ces aventures inédites. De toute façon, l’intégralité de cette saison souffre d’un traitement approximatif, poussif, rendant le visionnage laborieux, voire extrêmement désagréable. La fiction ne s’était en effet pas montrée aussi mauvaise sur la durée depuis bien longtemps. Les semaines défilent, l’intérêt ne remonte pas. Certes, de rares moments plus éclairés surgissent ponctuellement, mais c’est pour toujours mieux replonger dans la médiocrité. Quelques épisodes sortent du cadre hospitalier, avec un résultat aléatoire. Autant celui centré sur Jackson au Montana, avec une utilisation très pertinente d’Eric Roberts, mérite le détour, autant l’autre se déroulant en prison n’apporte rien. La prévisibilité des scénarios empêche toute implication d’autant que les incohérences, les raccourcis ridicules et les rebondissements préfabriqués prennent leurs aises. L’écriture oublie toute finesse au profit de ficelles grossières transformant progressivement la série en une véritable caricature d’elle-même, en une autoparodie puérile où évoluent beaucoup de protagonistes narcissiques, condescendants et se permettant de se mêler de la vie d’autrui en toute impunité. Le principal arc narratif symbolise tristement cette routine sentimentale n’ayant que les malentendus absurdes à la bouche.

Pour diverses raisons, Miranda Bailey choisit de révolutionner le programme de l’internat dirigé par Richard Webber, ce qui provoque inévitablement des remous. Cette intrigue susceptible au demeurant de proposer une critique en filigrane de l’éducation des médecins et de certains problèmes hospitaliers, s’enlise tout au long de la saison. Et la parasite. Le Seattle Grace se retrouve en proie à un conflit d’idéaux et de fidélité, là où les orgueils mal placés se taillent la part du lion. L’irruption de l’horripilante Eliza Minnick (Marika Dominczyk – Brothers & Sisters) cristallise les rancœurs et amplifie le phénomène. Pour faire simple, les épisodes donnent souvent l’impression de plonger dans une cour de récréation, avec des querelles grotesques par leur immaturité, des personnages ne se conduisant pas comme les adultes responsables qu’ils sont censés être. Grey’s Anatomy a toujours injecté une petite dose de folie douce, mais elle sombre ici dans les inepties. Ses héros, à force de tergiverser, de réagir n’importe comment, de répéter inlassablement les mêmes erreurs, en deviennent désagréables. Difficile alors de ressentir quoi que ce soit pour eux, de souffrir ou de s’émerveiller de ce qu’ils vivent. Owen et Amelia expérimentent une énième crise deux secondes après s’être passé la bague au doigt. Les récemment divorcés April et Jackson semblent pourtant ne pas pouvoir être développés indépendamment l’un de l’autre. Arizona se limite à la touche homosexuelle, comme si toutes les lesbiennes devaient forcément se mettre en couple. Maggie s’amourache de Nathan Riggs, se plaint et perd totalement de sa fraîcheur. Justement, ce dernier fait la cour à Meredith qui ne se laisse pas facilement conter fleurette. L’héroïne est sûrement l’une des rares avec la sympathique Stephanie Edwards à ne pas insupporter. Son absence dans plusieurs épisodes se fait d’ailleurs ressentir. Les deux sont les seules à se comporter de façon adaptée et un peu plus fine que la moyenne générale. Contre toute attente, résumer l’ensemble se transforme presque en gageure puisque les récits brassent de l’air et s’égarent dans des ingrédients convenus, déjà vus à maintes reprises. La production ne réussit alors même pas à capitaliser sur ses intrigues médicales, car elles aussi restent à la peine, oubliant les moments forts de jadis.

Pour conclure, cette treizième saison de Grey’s Anatomy rate le coche du début à la fin. En plus de ne rien raconter de palpitant et de se borner à des artifices redondants, elle a la déplaisante manie de rendre la majeure partie de ses personnages au mieux insipides, au pire détestables. Les épisodes se suivent, se fourvoient dans des rebondissements exagérés et des développements brutaux laissant une impression globale d’indifférence et d’enfantillage consternant. En dépit de sa longue durée, elle ramène le Seattle Grace et la plupart de ses occupants quasiment au point de départ, si ce n’est qu’avec son manque de liant et son traitement fastidieux, elle a anesthésié au passage ses téléspectateurs. Allez, espérons qu’il ne s’agit là que d’une erreur de parcours et que la série saura reprendre de ses couleurs. Il le faut.

Mondai no Aru Restaurant | 問題のあるレストラン

Par , le 6 décembre 2017

À force de disséminer dans ses séries des réflexions féministes, il fallait bien qu’un jour, Sakamoto Yûji (Saikô no Rikon, Woman) ose s’y attaquer plus directement. Pour le prouver, direction Mondai no Aru Restaurant et son restaurant aux nombreux problèmes, une fiction constituée de dix épisodes diffusés sur Fuji TV entre janvier et mars 2015 ; comme souvent, le premier et le dernier disposent de quinze minutes additionnelles. Un remake chinois est sorti sous le titre Solaso Bistro début 2017. Aucun spoiler.

Fatiguée d’être victimisée par des hommes condescendants et méprisants, la restauratrice Tanaka Tamako décide de prendre le taureau par les cornes et de se battre pour de meilleures conditions. Avec plusieurs de ses amies, elles aussi ayant souffert à divers degrés du machisme ambiant, elle lance un établissement de cuisine concurrençant celui qu’elle vient de quitter avec pertes et fracas. Peu importe si leurs rivaux masculins sont capables de tout pour leur barrer la route, elles sont prêtes à en découdre !

Au-delà des qualités propres de Mondai no Aru Restaurant, il convient de la replacer dans son contexte. Même encore en 2015, le Japon reste profondément marqué par ses valeurs traditionnelles et paternalistes. Si les mentalités évoluent, elles le font très lentement et persiste une considérable discrimination de la femme à divers niveaux, dont au sein du monde du travail. Par son message libérateur et son ton ouvertement militant, cette production étonne et plaît, d’autant que rares sont les fictions nippones à se permettre une telle liberté. La population locale n’a pas la culture de la critique franche, ce qui explique en partie cela. Certes, l’écriture ne manque pas de maladresses et souffre d’une tendance manichéenne desservant certainement ses propos, mais tout de même, rien que pour le principe, cette série revêt presque un caractère d’utilité publique. Incroyable, elle a profité d’un passage sur une chaîne de grande écoute, à un horaire tout à fait convenable. Et, oui, Sakamoto Yûji est bel et bien et un homme. Le premier épisode effraye légèrement tant il illustre de manière pêle-mêle et un peu poussive une multitude de conduites aussi révoltantes qu’elles sont le banal lot du quotidien de nombreuses femmes. Attouchements, humour gras, sous-entendus explicites et harcèlement de rue ponctuent leurs journées. L’évènement amenant l’héroïne à remuer ciel et terre pour changer les choses paraît assez surréaliste, mais tristement crédible pour un pays comme le Japon. Le visionnage en devient alors éprouvant et choquant. Heureusement, le récit décide par la suite de ralentir le rythme, de ne pas ressembler à un catalogue de tout ce qui fonctionne mal, sans que son message général perde au passage de sa puissance. Il ne se contente pas de pointer du doigt les comportements parfois abjects des hommes, il souligne toutes les réactions contrastées de ces femmes, les conséquences de ce que cela implique chez elles avec, par exemple, une tendance à l’autodénigrement, à se moquer des mamans au foyer ou à rentrer inconsciemment dans ce jeu misogyne. Avec un de ses personnages, Mondai no Aru Restaurant soutient également les membres de la communauté LGBT, toujours avec beaucoup de bienveillance et de respect. Dans l’ensemble, plus de subtilité et moins de stéréotypes auraient été bienvenus, ne le nions pas, mais répétons-le, l’effort est ici louable et mérite d’être perpétué. À force de parler de ces attitudes discriminatoires, la situation évoluera. Il le faut. Elle le doit.

Si ce n’est son message féministe, cette série ressemble malheureusement un peu trop au combat de David contre le méchant Goliath, avec tous les codes propres à la télévision nippone. Tanaka Tamako est une femme altruiste, dynamique et tenant à suivre ses principes moraux à la lettre. Forcément, quand une de ses amies d’enfance subit une terrible humiliation, elle voit rouge et décide de se venger de ses supérieurs, dont le perfide et mesquin Ameki Tarô (Sugimoto Tetta – Shôta no Sushi) dirigeant l’entreprise. Elle réunit cinq de ses camarades ne se connaissant pas sur le toit d’un immeuble et parmi ces gravats et autres déchets, elle leur propose de lancer leur restaurant. Bon, le délabrement avancé des lieux nécessitera un peu d’huile de coude, mais pour elle, ce pari n’en est pas un puisqu’elle sait s’entourer de personnes compétentes. Toutes ont fréquenté Tamako à un moment donné de leur existence et toutes apprécient sa joie de vivre et son optimisme. L’héroïne, si elle ne manque pas d’allant, peine à fédérer, car elle ressemble plus à un archétype qu’autre chose. Il est tout de même sympathique de voir Maki Yôko (Shûkan Maki Yôko) dans un rôle aussi positif. Les femmes gravitant autour se veulent plus intéressantes, avec une psychologie étudiée, bien que le scénario tende à dessiner trop grossièrement ce qui les anime. Effectivement, les épisodes cheminent de façon un peu mécanique et usent de flashbacks moyennement insérés, avec une voix off légèrement trop intrusive. Bistrot Fou accueille ces personnages hauts en couleur et plutôt attachants même si quelques-uns sont plus développés que d’autres, ce qui paraît assez logique compte tenu de leur nombre conséquent. L’hikikomori Chika (Matsuoka Mayu – Suizokukan Girl) se cache derrière des vêtements informes en raison d’un cadre familial compliqué, Kyôko (Usuda Asami – Poison) croit être une mère divorcée bonne à rien et accepte de son ex-mari les pires bassesses, Yumi (Nikaidô Fumi – Woman) se laisse marcher dessus par ses supérieurs condescendants alors qu’elle est surqualifiée pour son emploi, Nanami (You) a pris sa retraite et espère retrouver l’étincelle, l’adorable et solaire Haiji s’habille en femme et aime les hommes tout en étant né homme (il n’est pas vraiment précisé si elle·il se considère transgenre). À ce propos, Yasuda Ken l’incarnant se montre excellent et, en dépit du risque de verser dans la caricature avec un tel sujet, ce n’est nullement le cas, bien au contraire. L’électron libre Airi (Takahata Mitsuki – Toto Nê-chan) regarde ce microcosme de haut et joue à l’écervelée pour mieux se faire apprécier de sa direction masculine. Mondai no Aru Restaurant présente à travers cette sorte de récit initiatique de beaux portraits et donne une grande leçon d’amitié féminine.

Bistrot Fou comme feu, en français. Comment ça, feu n’est pas fou ?! Tamako réalise seulement après un commentaire éclairé de Haiji qu’elle s’est trompée dans la traduction du nom de son restaurant. Elle ne s’en formalise pas parce qu’après tout, ils sont tous un peu fous, non ? À l’instar des jeux en rythme avec les couverts, cette petite scène reflète parfaitement l’ambiance bon enfant, tendre et joviale de la série. Malgré le sérieux de son message et de plusieurs de ses moments, elle injecte au long cours un vent positif. Les hommes nuisent au bien-être de ces femmes, mais elles savent se serrer les coudes et c’est pour cela qu’elles s’en sortent la tête haute, grâce à cette solidarité. Les disputes arrivent et se suivent de réconciliations. En dépit d’un sentimentalisme parfois appuyé et d’une certaine mièvrerie, Mondai no Aru Restaurant évite plutôt habilement certains écueils habituels, dont cette tendance à limiter ses héroïnes à leurs romances. Effectivement, si l’amour n’est pas étranger à la fiction, il passe vraiment en arrière-plan ou reste platonique. Les personnages existent avant tout en tant qu’individus propres et ne sont pas montrés qu’à travers le prisme de leurs relations. Les indécrottables romantiques seront peut-être déçus sauf que Mondai no Aru Restaurant n’a pas pour objectif de favoriser des papillons dans le ventre. Non, elle souhaite donner envie aux femmes de se battre, de réfléchir sur leur condition et d’essayer de faire bouger les choses. La vengeance n’est pas du tout le moteur, contrairement à ce que les débuts laissent imaginer. Les épisodes illustrent surtout des tranches de vie. Dommage que les antagonistes, tous des hommes, soient aussi anecdotiques et unilatéraux. Entre le dirigeant détestable, ses sbires caricaturaux presque idiots et le jeune trublion (Suda Masaki – Tamiô), il n’y a pas grand monde à qui se raccrocher. Le chef Monji Makoto (Higashide Masahiro – Gochisô-san) s’en sort mieux, comme l’ex-collègue de Tamako (Fukikoshi Mitsuru – Yasha) finissant par évoluer un peu. En fait, tout va trop vite dans cette production partant dans tous les sens. L’humour existe, mais est moyennement géré, avec des blagues tombant à plat et empêchant parfois de prendre au sérieux ce qui se passe. Le ton est donc branlant, comme si le scénariste n’avait pu choisir entre la comédie et le drame. De surcroît, plusieurs intrigues auraient nécessité davantage d’exploration et les difficultés sont évacuées en deux coups de cuillère à pot. Pire, celles-ci ont de temps à autre leur résolution derrière l’écran, ce qui se révèle très frustrant ; le dernier épisode en souffre beaucoup, d’ailleurs. À noter que la nourriture revêt une place plutôt triviale, quand bien même les héroïnes montent leur restaurant et parlent souvent de leur plat favori qu’est le pot-au-feu. Les voir batailler ferme pour réussir met toutefois beaucoup de baume au cœur. La musique assez sympathique de Dewa Yoshiaki et de Habuka Yuri apporte du peps à cet ensemble doté d’une réalisation classique, avec la chanson énergique Mondai Girl de Kyary Pamyu Pamyu. Et les connaisseurs savoureront quelques clins d’œil à d’autres travaux de Sakamoto Yûji, dont la présence amusante des chats, probablement Matilda et Hassaku de Saikô no Rikon.

Pour résumer, malgré un traitement pas toujours très heureux du fait de grossières ficelles et de caractérisations parfois limitées, Mondai no Aru Restaurant ressemble à un pamphlet féministe encourageant et très pertinent. En plus de critiquer ouvertement le sexisme sous toutes ses formes et les conséquences plus ou moins directes que celui-ci favorise, la série célèbre les femmes dans leur individualité et essaye de leur donner la force de se battre pour leurs idéaux, de ne pas se laisser étouffer par ces signaux misogynes insidieux, constants. L’écriture induit par moments un arrière-goût de déception, car avec plus de finesse et une tonalité moins versatile, la production aurait pu avoir un impact beaucoup plus marqué ; d’autant qu’avec cette lutte contre ces grands méchants caricaturaux, elle se perd un peu dans ses propos. Mais répétons-le, outre cette tendresse communicative et cette énergie lumineuse, elle plaît pour la portée de son message éclairant, bienveillant et devant être propagé.