Yottsu no Uso | 四つの嘘

Par , le 24 mai 2017

Comme trop souvent, à force de récupérer un tas de séries et de les laisser traîner maintes années, arrive un moment où l’on ne sait plus du tout de quoi il en retourne. Jusqu’à encore récemment, Yottsu no Uso faisait partie de cette catégorie digne d’une pochette surprise. Il s’agit d’une adaptation du roman d’Ôishi Shizuka dont le titre peut être approximativement traduit par quatre mensonges. Ses neuf épisodes furent diffusés sur TV Asahi entre juillet et septembre 2008 ; seul le premier d’entre eux détient quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Quand une de leur ancienne camarade de lycée décède dans des circonstances tragiques, au Canada, trois quarantenaires se retrouvent et découvrent que la défunte menait une double vie. En réalité, le quatuor semble étouffé par diverses cachotteries et autres non-dits. Alors que ces femmes essayent de reprendre une existence paisible, leur passé ressurgit constamment et les empêche d’avancer. Ne devraient-elles pas régler tous ces problèmes touchant parfois au plus profond de leur intimité ?

En ce qui concerne la romance, la télévision japonaise, voire internationale, préfère souvent choyer un jeune public. Voir des personnages plus âgés, même si l’on ne figure pas encore dans la génération étudiée, se révèle donc plutôt rafraîchissant et intrigant. Yottsu no Uso décide ainsi de s’attaquer à ce qu’elle nomme la période phare des femmes, celle de leur apparent épanouissement le plus complet : la quarantaine. Il est tout de même dommage qu’en dépit de son angle d’approche légèrement novateur, cette fiction se contente d’archétypes les plus basiques qui soient et se noie par moments dans plusieurs clichés fortement dispensables. Le rythme assez enlevé et la jolie musique de Sawada Kan (Doctor X) permettent heureusement de contrebalancer plusieurs de ces défauts d’écriture, surtout que le ton s’avère assez moderne et libérateur sur certains points. À travers diverses situations, le scénario veille à illustrer l’indépendance de la femme et la possibilité de toujours tout recommencer à n’importe quel instant, quitte à prendre des mesures allant à l’encontre des attentes sociétales. Les propos demeurent certes un peu timorés, mais l’idée est là et susceptible d’induire chez quelques téléspectateurs matière à réflexion. Afin d’ajouter un peu de piquant, les épisodes se dotent également d’une atmosphère mystérieuse puisque la vie cachée de l’amie s’évanouissant dès son arrivée à l’antenne est dévoilée au compte-gouttes, consécutivement aux secrets des autres protagonistes. Cette personne reste pour autant plus que présente, car elle officie en tant que narratrice, dans un style s’apparentant à Desperate Housewives. Sur un ton calme, elle se permet plusieurs gentilles railleries et tente de remettre les pendules à l’heure. Yottsu no Uso mélange beaucoup de registres, probablement trop, finalement. Le drame, la romance, les énigmes et l’humour s’associent maladroitement et cette absence de ligne directrice claire rend la production bancale. Ce manque d’hétérogénéité se ressent d’ailleurs au sein même du quatuor.

Bien que la série vante initialement la quarantaine, en répétant qu’il s’agit d’une exceptionnelle période, ses héroïnes ne paraissent à première vue pas rayonner de joie, à l’exception de la placide Tokura Miwa (Hada Michiko – Keishichô Sôsa Ikka 9 Gakari), celle disparaissant en mer dans un accident de bateau. Que fait-elle au Canada, accompagnée d’un ancien amour de jeunesse campé par Nakamura Tôru (Soratobu Tire) ? Cette mort inattendue touche plus particulièrement Nishio Makiko (Terajima Shinobu – Onna wa Sore wo Yurusanai), une femme au foyer souffrant du détachement de son pleutre de mari (Watanabe Ikkei – Galileo) et de ses enfants la prenant pour la bonne à tout faire. Outre la caricature de sa caractérisation, ce personnage s’avère la majeure partie du temps insupportable. Têtue, immature et ridicule, elle se comporte comme une adolescente écervelée et agace plutôt que de provoquer de l’amusement malgré les velléités cocasses du récit en devenant presque incongrues. Yottsu no Uso ponctue ses épisodes de réguliers flashbacks, vingt-trois ans plus tôt, alors que les filles évoluaient au lycée. Elles n’étaient pas toutes amies, se sont disputées, jalousées et depuis lors, guère revues. La disparition de Miwa les amène à se retrouver et à enfin régler des inimitiés latentes. Haitani Neri (Takashima Reiko – Kekkon Dekinai Otoko), elle, travaille comme chirurgienne et dirige avec talent son service. Carriériste, arrogante, sûre d’elle et de ses compétences, elle a mis sa vie personnelle entre parenthèses et ne regrette rien même si elle est célibataire, sans enfant. Elle s’occupe toutefois de près de ses subordonnés, dont Fukuyama au tempérament assez ambivalent (Hasegawa Hiroki – Suzuki Sensei). Une fois de plus, la psychologie de cette femme ne brille pas par son originalité et le scénario pousse le vice jusqu’à lui offrir un développement assez ridicule et improbable digne d’un roman à l’eau de rose. Par chance, la verve de ce médecin, ses répliques enlevées et son fort caractère permettent de ne pas trop tiquer. Autrement dit, Yottsu no Uso emploie les ressorts éculés de la confrontation entre la douce représentée par Miwa, la désespérée avec Makiko et la vive d’esprit jouée par Neri. Et forcément, la quatrième roue du carrosse ne peut qu’avoir trait à la vipère !

Ne le nions pas, les trois quarts des héroïnes ne méritent pas le déplacement. La série gagne ses galons avec son dernier membre, Hara Shifumi, parfaitement interprétée par Nagasaku Hiromi (Magerarenai Onna). Exposée comme étant une sorcière, croqueuse d’hommes et vénale, elle n’a sur le papier rien de bien enthousiasmant. Or, l’histoire veille à nuancer ces propos et offrir un visage bien plus fin, troublé et attachant. Shifumi habite avec son père dément et son adolescente de fille dans une petite librairie désuète en proie à d’importantes difficultés financières. Elle n’a de cesse que d’économiser, sans jamais quémander ou trop se forcer. Fière à sa manière, elle choie l’instant présent et entretient une relation avec un jeune boxeur passionné (Katsuji Ryô – Cat Street) qui paraît l’aimer. Cet électron libre se sent mort de l’intérieur, tient à son indépendance et l’air de rien, se montre bien plus psychologue qu’au premier abord. Shifumi a beau jouer l’indifférence, elle ne l’est pas. Elle comprend parfaitement les tourments de Makiko constatant ne vivre qu’à travers sa famille ou les besoins charnels de Neri. Son rapport tendu avec son ex-belle-mère (Nogiwa Yôko) rigide et cossue propose également de jolis moments réalistes, pudiques. Tout au long de la série, ces trois femmes en vie se côtoient parfois bien malgré elles et finissent enfin par régler tout ce qui les travaille depuis plus de deux décennies. Si elles n’ont pas grand-chose en commun, elles se serrent consciemment ou non les coudes et en dépit des adversités, elles réussissent toujours à s’en sortir. Cette amitié particulière plaît pour son absence d’idéalisation, d’effusions et de promesses de grands sentiments éternels. Si les héroïnes représentent l’essence de cette œuvre télévisuelle, les hommes, eux, sont croqués de manière tantôt abstraite, tantôt stéréotypée. Les épisodes auraient gagné à les dépeindre avec plus de profondeur et à ne pas les assimiler à de banals ressorts scénaristiques.

Pour résumer, Yottsu no Uso retrace le parcours de quatre quarantenaires confrontées à leurs actions passées, tentant d’aller de l’avant et de s’affranchir de leurs propres démons. Malgré un sujet susceptible de favoriser les tragédies, la série ne sombre pas vraiment dans les excès mélodramatiques et, au contraire, injecte une atmosphère souvent légère et amusante. Cet humour en devient d’ailleurs autant une qualité qu’un défaut, car plusieurs situations saugrenues s’avèrent contreproductives et rendent le visionnage parfois un peu laborieux. Les circonstances du décès d’une ancienne camarade de lycée alimentant des notes mystérieuses ne conduisent pas non plus à des révélations à couper le souffle et tombent assez vite à l’eau. Si l’alchimie du trio visible à l’écran fonctionne et apporte de sympathiques moments, c’est surtout la supposée vile manipulatrice qui transcende l’ensemble par sa grâce naturelle. Finalement, en dépit de quelques bons éléments et de sa capacité à divertir correctement, cette fiction se montre un peu trop caricaturale et bancale pour pleinement convaincre.

The Originals (saison 3)

Par , le 17 mai 2017

Si sa grande sœur vient de définitivement quitter l’antenne, la poursuite de The Originals a été annoncée il y a quelques jours. Mais avant tout ça, il convient de parler ici de sa troisième saison constituée de vingt-deux épisodes passés sur The CW entre octobre 2015 et mai 2016. Notons que la quatrième, toujours en cours de diffusion, a été sacrément raccourcie. Aucun spoiler.

Bien que plusieurs mois se soient écoulés depuis leur terrible confrontation contre leur tante Dalhia, Klaus et Elijah continuent de se disputer. Et pour cause, l’hybride semble se ficher royalement de la malédiction pesant sur Hayley qui, désormais, ne retrouve son corps d’humaine qu’à la pleine lune. Comme d’habitude, il se montre sans remords et agit à sa guise. Freya tente tant bien que mal de tempérer les ardeurs de ses frères jusqu’à ce qu’une ancienne connaissance arrive à La Nouvelle-Orléans, suivie de deux autres bien décidées à bouleverser le quotidien des Mikaelson. Cette nouvelle saison de The Originals délivre sur un plateau une prophétie annonçant l’anéantissement de ses héros d’ici un an. La série aime visiblement cette carte scénaristique puisqu’elle l’utilise un peu trop souvent. Si Klaus et le reste de sa fratrie ne la prennent au départ guère au sérieux, notamment parce qu’ils sont normalement immortels, ils finissent par s’en inquiéter et chercher à la briser. Les vampires sachant maintenant que lorsqu’un Originel trépasse, toute sa descendance décède également, l’atmosphère s’alourdit et souffle un vent allant crescendo de paranoïa et d’anxiété. Cette épée de Damoclès représente le principal fil rouge de ces aventures inédites mettant bien sûr en avant les dissensions latentes au sein de cette famille dysfonctionnelle, mais aussi une lutte ouverte entre les différentes lignées. Effectivement, plusieurs individus essayent de défendre la survie de leur créateur, voire d’éliminer les potentiels ennemis. Pendant ce temps, outre des électrons libres susceptibles de bouleverser tout équilibre précaire, les sorcières n’ont pas non plus dit leur dernier mot et entendent récupérer le contrôle de leur ville. Plus que jamais, les Mikaelson se retrouvent donc confrontés à un grand danger et risquent de ne pas en sortir indemnes.

La saison précédente avait pour majeure tare de se contenter d’une même formule et de répéter à l’infini des rebondissements plus ou moins similaires. Ne le nions pas, la troisième ne change pas foncièrement la donne. Encore une fois, les Originels tentent de limiter les conséquences de leurs terribles actions de jadis. Il paraît évident qu’à force de se comporter des millénaires durant telles des brutes sanguinaires, les adversaires vindicatifs ne manquent pas. Si le motif des disputes et de cette sorte de course contre la montre diffère des années passées, le fond demeure envers et contre tout le même. Klaus ne supporte pas d’être contredit, règne en tyran, se méfie de tous et autoalimente sa propre tragédie. Complots, trahisons, jalousie et cupidité jalonnent la route de ces protagonistes névrosés. Voir les personnages se lancer tête baissée dans n’importe quelle difficulté, sans jamais réfléchir, ne jamais apprendre de leurs erreurs et intervenir stupidement en ne se débarrassant pas directement de la cause de ces problèmes a de quoi laisser plus que perplexe. La qualité générale de l’écriture de The Originals n’a jamais été foncièrement élevée, mais la série gagnerait à s’avérer plus subtile, moins redondante et à embrasser pleinement son riche potentiel. Malgré tout, le rythme effréné de cette saison, la prise de risques en fin de parcours avec, enfin, de principales figures écartées pour de bon, portent leurs fruits et divertissent plutôt efficacement. À défaut d’être originaux ou toujours très bien exécutés, ces épisodes ne laissent pas le temps de respirer, enchaînent les péripéties et savent parfois se poser pour proposer des moments plus délicats et émotionnels. L’intéressant choix de chansons, certes un peu trop calibrées, participe à cette ambiance mêlant surnaturel et drames familiaux.

Klaus profite encore de la place préférentielle de The Originals avec du matériel conséquent et une envie d’explorer davantage sa psyché. Par chance, il commence à se nuancer et accepter ses faiblesses. Cami n’y est probablement pas étrangère et leur jolie relation s’épanouit avec une certaine grâce poétique non dépourvue d’amertume. L’alchimie entre les deux interprètes permet par ailleurs d’atténuer quelques écueils d’écriture, dont des répliques trop didactiques. L’hybride gagne ainsi en maturité, ce qui se veut plutôt salvateur après des milliers d’années au compteur ! C’est pourquoi ses liens avec ses comparses s’apaisent aussi et qu’il devient capable de tolérer des secrets inavouables révélés à des moments scénaristiquement opportuns. Elijah, lui, passe un peu en retrait au cours de cette saison, ce qui ne l’empêche pas d’être toujours charismatique et fort séduisant. Les derniers épisodes, avec une action impulsive le bouleversant grandement, le font toutefois partir sur une bonne note. Et bien sûr, les autres Mikaelson ne sont pas oubliés même si Rebekah n’apparaît que de manière sporadique et que Freya, elle, n’est utilisée que comme arme de sorcellerie bien pratique. Cette sœur sortie de nulle part nécessite impérativement d’être développée par la suite. The Originals ne serait pas non plus elle-même si elle n’en profitait pas pour évoquer les frères techniquement morts, comme le dérangé Kol ou le rigide Finn… Ces querelles nourrissent à l’infini toute intrigue et sont d’autant plus décuplées lorsqu’une menace plus importante se manifeste. Cependant, les Originels savent se serrer les coudes quand leur unité est en ligne de mire, quitte à décimer le reste de la planète.

La prophétie prédit aux Mikaelson encore en vie qu’un d’entre eux périra des mains de la famille, le deuxième d’un ami et le troisième d’un ennemi. Qui est qui ? Cette annonce grandiloquente est amenée par Lucien Castle (Andrew Lees), engendré plusieurs siècles plus tôt, en France, par Klaus. Ce vampire apporte une énergie communicative et en dépit d’une caractérisation très stéréotypée et d’une impression initialement prévisible, il possède plus d’un tour dans son sac. Son ton badin contraste avec sa psychopathie et d’ailleurs, il ressemble beaucoup à son créateur qu’il dit vouloir protéger coûte que coûte. Après tout, il ne tient pas à disparaître simultanément. La relation compliquée de l’hybride avec Aurora (Rebecca Breeds) et Tristan de Martel (Oliver Ackland) risque de mettre le feu aux poudres à La Nouvelle-Orléans, car eux aussi viennent d’arriver. Ce frère et cette sœur peinent à s’installer dans le paysage et se révéler franchement enthousiasmants en raison de ressorts éculés. Leur mode de fonctionnement évoque un peu trop curieusement celui des Mikaelson avec ce côté fusionnel, malsain, obsessionnel et profondément toxique. Quoi qu’il en soit, ce trio, avec Lucien, occupe les protagonistes la majeure partie de la saison et n’hésite pas à s’arroger tous les moyens nécessaires pour atteindre leur but au demeurant obscur. Naturellement, les descendants d’Elijah ne demeurent pas non plus inactifs et, à l’image de leur créateur, ramènent sur le devant de la scène un groupe d’anciens vampires connu sous le nom du Strix. Les enjeux prennent leur temps avant de se dévoiler à l’audience, avec un début plutôt poussif, mais la suite démontre une structure mieux exécutée. En bref, les visages changent, mais depuis le retour des Mikaelson en Louisiane, le résultat reste sempiternellement le même avec des humains en payant toujours le prix fort.

Cette année, une autre thématique importante se rapporte à la sorcellerie. En tant que nouvelle régente, Davina espère ressusciter Kol, mais est dans un premier temps obligée de répondre aux demandes pressantes de ses ancêtres et aux attentes des siens. La jeune femme n’a jamais été en mesure de convaincre et ces épisodes continuent sur cette fade lancée. Heureusement, Vincent figure maintenant sur les rangs des personnages principaux de la série et, en sus de ses capacités manifestes, n’hésite pas à amuser avec son humour moqueur et son mépris des vampires. Il se rapproche de Marcel dont l’ambivalence pose question à Klaus comme aux téléspectateurs. Au bout du compte, ce dernier saisit-il réellement ce qu’il désire au plus profond de lui-même ? Lui aussi gagne en intérêt en fin de parcours et annonce des rebondissements futurs assez exaltants. La production a probablement pour faiblesse de détenir trop de différents héros et de ne pas toujours savoir qu’en faire. Hayley, par exemple, n’est qu’une ombre depuis presque les débuts. Au départ, elle se bornait à attendre Hope et là, que fait-elle ? Pas grand-chose à part s’accrocher à un insipide Jackson tout en rêvant d’Elijah. Ne parlons surtout pas de l’incursion brève et oubliable de Jason Dohring (Veronica Mars) en inspecteur de police se méfiant de Cami qu’il juge fort suspecte.

En résumé, la troisième saison de The Originals rectifie un peu le tir de la précédente, sans pour autant se départir au passage de sa mécanique trop formatée. Ces épisodes ont effectivement pour défaut de se contenter d’une formule devenue routinière depuis un sacré bout de temps et de présenter régulièrement de fâcheux airs de déjà-vu. À travers une prophétie annonçant la fin des Mikaelson et des guerres de lignée, cette famille cherche une solution à ses maints problèmes, mais se retrouve prise à son propre piège. Trahisons, complots et vengeance continuent ainsi d’alimenter un scénario peu innovant et peinant à installer rapidement ses principaux enjeux, mais habilement construit. Si plusieurs personnages manquent cruellement de coffre et que l’ensemble démarre tranquillement, le rythme plutôt musclé et la multiplicité des jeux de dupe emportent l’adhésion. Le divertissement répond donc à l’appel et permet de ne pas se focaliser sur les diverses lacunes de cette série où romance et filiation se disputent au fantastique.

Umi no Ue no Shinryôjo | 海の上の診療所

Par , le 10 mai 2017

Si je ne m’abuse, la série nous intéressant aujourd’hui, Umi no Ue no Shinryôjo, est l’une des dernières que j’ai récupérées avant de décider d’arrêter les frais et de me contenter de tout ce que j’avais en stock jusqu’à épuisement. D’ailleurs, je suis loin d’avoir sauté sur cette clinique sur la mer puisqu’elle date d’il y a un moment. Ses onze épisodes furent diffusés sur Fuji TV entre octobre et décembre 2013 ; comme souvent, le premier d’entre eux dispose de quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Suite à certaines circonstances, le médecin Sezaki Kôta est recruté pour travailler sur un bateau navigant sur la mer intérieure de Seto. Ce navire sort de l’ordinaire étant donné qu’il abrite une clinique et passe d’une petite île isolée à une autre ; son personnel essaye ainsi de soigner ces autochtones en majorité vieillissants. Sauf que ce nouveau venu n’a lui non plus rien de traditionnel. Fanfaron et cœur d’artichaut, il ne peut s’empêcher de tomber amoureux de toute belle et jeune femme croisant son chemin, mais aucune ne semble vouloir répondre aux attentes de ce rêveur gentiment ridicule.

Une fois de plus, ce getsuku est une comédie romantique. Je l’avais sélectionné dès son arrivée à l’antenne, au cours de l’automne 2013. Pourquoi m’y être intéressée alors que, justement, je ne suis pas du tout friande du genre ? Les fidèles lecteurs de Luminophore l’auront compris, son acteur principal a motivé mon choix. Ma faiblesse me perdra. Le héros est effectivement incarné par Matsuda Shôta pour qui j’ai beaucoup d’affection et que je n’avais pas vu depuis bien longtemps. À l’instar de son rôle fantasque dans la délicieuse série Meitantei no Okite, il prouve sa versatilité et son aisance dans le registre humoristique, voire cocasse. En revanche, la qualité d’ensemble s’avère nettement inférieure tant ce Umi no Ue no Shinryôjo se borne à une recette schématique ne sortant pas du cadre consensuel de la télévision familiale nippone. Si la musique composée par Kamisaka Kyôsuke ne marque pas les foules ou que la réalisation demeure classique, les décors naturels, eux, sont magnifiques. Le soleil rayonne, les paillettes de la mer turquoise éblouissent et la clinique saute d’île en île, soixante-quatre d’entre elles ne détenant pas de médecin propre. Les paysages spectaculaires et presque paradisiaques figurent au premier rang des atouts de cette fiction même si, à la longue, ils finissent par se révéler plus discrets à l’écran, la caméra préférant s’attarder sur les atermoiements de ses personnages à la caractérisation binaire, mais réussissant malgré tout à se montrer attachants.

Chaque épisode repose sur un concept analogue et ne cherche jamais à rompre la monotonie ambiante. Systématiquement, Kôta traîne les pieds pour aller travailler jusqu’à ce qu’il aperçoive dans les environs une charmante femme. Par chance, elle ou une de ses connaissances nécessitent des soins donc il en profite pour se rapprocher d’une manière peu subtile et vouée à l’échec. Il s’imagine que sa dulcinée partage ses sentiments fulgurants, se prend les pieds dans une montagne de quiproquos et malentendus, tire des plans sur la comète et notifie théâtralement dans la foulée à ses collègues que dès le lendemain, il quitte le navire pour rester sur l’île. Et là, il exercera comme menuisier, jardinier ou n’importe quelle profession qu’il ne maîtrise absolument pas, mais qui lui permettra d’apporter un salaire ou une aide à sa future supposée épouse. Malheureusement pour lui, la douche s’annonce froide, car il se fait constamment rejeter et il remonte dans le bateau en direction d’un autre port, la vague à l’âme, se jurant de ne plus jamais tomber amoureux. Il n’en rate pas non plus une pour se comparer au médecin phare du manga Dr. Kotô Shinryôjo de Yamada Takatoshi, adapté à la télévision entre 2003 et 2006, évoluant lui aussi en pleine campagne. Bien sûr, pendant que Kôta papillonne, il prend le temps de sauver au moins une vie grâce à ses extraordinaires compétences de clinicien et de chirurgien, quitte à ce que ces maladies ressemblent à des prétextes narratifs ineptes sortis de nulle part. L’écriture ne se gêne pas pour employer de très grossières ficelles, force les évènements, cela toujours dans le but d’ajouter une morale convenue et du sentimentalisme gratuit. Malgré ces drames préfabriqués, des thématiques pertinentes comme la violence conjugale ou le vieillissement pathologique sont traitées, l’ambiance se veut bon enfant et l’humour pittoresque permet de tolérer quelques-uns de ces divers écueils, à condition d’opter pour un visionnage à dose homéopathique.

Le concept de cette clinique sur la mer n’est pas inédit puisque quelques-unes de ce type circulent au Japon. Il faut dire que la multiplicité de ses petites îles, avec une population souvent âgée, rend la médicalisation compliquée. Néanmoins, le nombre d’autochtones en chute libre mérite-t-il d’injecter autant d’argent dans une entreprise de cette envergure ? Dommage que la série ne mette pas plus l’accent sur les difficultés inhérentes à cette existence reculée et se limite à des vignettes superficielles cumulant les clichés. Kôta est un doux naïf attendrissant à sa façon, vêtu parfois curieusement. Le regarder batailler pour remporter le cœur de ces belles femmes apporte un soupçon comique et le scénario joue beaucoup sur sa dynamique piquante avec la sérieuse infirmière Togami Mako n’en ratant pas une pour le houspiller. Cette ancienne délinquante voit d’un mauvais œil l’irruption de ce médecin en apparence désinvolte et veille à bien le lui faire comprendre. Mais au fil du temps, elle apprécie les bêtises de ce benêt et le taquine plus pour la forme que par animosité. L’interprétation de Takei Emi (Asukô March!), assez peu habituée à des rôles de cette trempe, demeure honorable. Les deux forment une paire hétérogène, mais ne dit-on pas que les contraires s’attirent ? Les plus romantiques seront déçus en découvrant le traitement très léger de cette relation et pour cause, Kôta ne tient jamais en place. D’ailleurs, la conclusion opère un retournement de situation arrivant comme un cheveu sur la soupe. Comment prendre au sérieux un homme qui change d’avis comme de chemise ? Le scénario veille à ajouter un mystère avec la mère du médecin (Asô Yumi) et une personne tout aussi énigmatique campée par Toda Erika, sauf que le mélange bancal des genres, avec l’humour burlesque et un éventuel drame latent, retombe comme un soufflé. En fait, dans Umi no Ue no Shinryôjo, tout est superficiel et caricatural, mais diablement optimiste. Les autres professionnels exerçant sur le bateau se limitent à une particularité distincte, comme s’ils n’existaient qu’à travers elle.

Toutes les semaines, le dirigeant du navire, Hiuchi Akira (Arakawa Yoshiyoshi – Tiger & Dragon), panique parce que ses supérieurs demeurant à terre lui imposent diverses règles. Il tente de freiner les ardeurs de ses subordonnés toujours susceptibles de provoquer des bêtises, tout en entretenant le désir de son indépendante femme au fort tempérament, Aoi (Fujiwara Norika – Star no Koi). Les deux se lancent à corps perdu dans la danse salsa, mais ne peuvent s’empêcher de régulièrement se disputer, quitte à assombrir l’ambiance au travail. Le chef cuisinier et fan de rugby (Terajima Susumu – Bara no nai Hanaya), lui, alimente son blog avec l’aide de ses seconds, dont un parlant à peine le japonais et comprenant systématiquement tout de travers. Le petit jeune infirmier, Misaki Noboru (Fukushi Sôta – Omukae desu.), assimile Kôta à un modèle et boit ses paroles qui, pourtant, méritent d’être oubliées aussi vite que possible. Il rêve en silence de la jolie Mako et se plaît à espérer qu’un jour, il osera lui déclarer sa flamme. Ce microcosme haut en couleur vogue donc sur cette mer, vit plusieurs adversités rapidement évacuées et en dépit de moult chamailleries, la camaraderie prévaut. Ils s’aiment tous et prennent n’importe quel prétexte pour organiser des fêtes imprévues, quitte à provoquer l’affolement d’Akira veillant à conserver des finances saines. Évidemment, avec ces aventures bigarrées sur les îles où les patients se succèdent, les invités ne manquent pas : Kaho, Katô Ai, Kitano Kii, Sasaki Nozomi, Eikura Nana, Mizuno Miki, Takahashi Tsutomu, Abe Tsuyoshi, Ishiguro Hideo, Maruyama Tomomi…

Pour conclure, Umi no Ue no Shinryôjo raconte les péripéties d’une clinique atypique où exerce un excentrique médecin ingénu passant la majeure partie de ses journées à badiner et courtiser maladroitement la gent féminine. En raison de ses situations archiconvenues, de son scénario redondant et de sa psychologie inexistante, cette série ne remplit pas avec assez de constance sa mission de divertissement. Pourtant, son atmosphère fantaisiste, son humour légèrement idiot, la splendeur de plusieurs de ses paysages maritimes et l’affabilité de ses personnages drolatiques auraient pu permettre de s’affranchir du classicisme et de cette volonté de toujours inculquer aux téléspectateurs une leçon de morale gratuite. Ce serait cruel et mensonger d’écrire que cette production prévisible s’avère mauvaise, car elle se range seulement dans l’immense carton des inoffensives, simplettes et totalement dispensables.