Shûkan Maki Yôko | 週刊真木よう子

Par , le 15 février 2017

Aussi incroyable que cela puisse paraître au vu de mes propos répétitifs ces dernières années, j’approche vraiment du bout des séries japonaises traînant dans mes dossiers depuis trop longtemps. Effectivement, sans compter celle d’aujourd’hui, il ne me faut désormais plus qu’une seule main pour toutes les énumérer. Comme souvent, il m’arrive de ne plus savoir pour quelle raison telle fiction figure dans les parages. Avec son concept assez curieux, Shûkan Maki Yôko ne me donnait pas spécialement envie, je l’avoue. Il s’agit d’une collaboration avec les éditions Shinchôsha et leur mook mensuel Gekkan, un hybride entre magazine et livre mettant en avant diverses célébrités. Le travail nous concernant se compose de treize épisodes de vingt-trois minutes chacun qui furent diffusés sur TV Tokyo entre avril et juin 2008. Aucun spoiler.

Son titre l’indique explicitement, chaque semaine illustre l’actrice Maki Yôko (Saikô no Rikon) dans un univers radicalement différent. Durant douze épisodes, elle endosse le costume d’une ancienne prostituée, d’une droguée fuyant un gangster, de la compagne d’un yakuza ou encore d’une lycéenne amatrice de flipper. Ces courtes vignettes scénaristiques se suivent et malgré leurs dissemblances à de nombreux points de vue, elles partagent quelques points communs. Le premier d’entre eux est bien sûr leur vedette. Si d’aucuns doutent des talents de Maki Yôko, cette production ambitieuse détient de solides arguments pour réviser son jugement. À l’instar d’Ueno Juri dans Ueno Juri to Itsutsu no Kaban, série assez similaire sur la forme, la comédienne profite de ce matériel très dense pour démontrer l’étendue de sa palette de jeu et convainc de bout en bout. Drôles, ambiguës, langoureuses, touchantes, sensibles, colériques, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les héroïnes colorées qu’elle incarne. Elle se permet de chanter elle-même l’interlude du début bien que sa voix n’ait rien de mémorable. Ces épisodes ont aussi pour particularité de s’armer d’une atmosphère originale à travers des répliques régulièrement acérées, des génériques travaillés, un humour absurde et une liberté de ton plutôt inédite pour la télévision japonaise. La diffusion en plein milieu de la nuit explique en partie cela. Dans tous les cas, le second degré côtoie le cynisme, effectue un détour vers une pointe de nihilisme et nourrit les intrigues de références sexuelles plus ou moins discrètes. Le soin apporté au montage et à la musique prouve l’ambition de cette anthologie. Shûkan Maki Yôko est influencée par le cinéma de genre et n’hésite pas à proposer plusieurs clins d’œil à de grands noms de la trempe de Miike Takashi. Si des scénarios restent réalistes et parfois très simples, d’autres se dotent d’éléments fantastiques improbables ayant de quoi laisser circonspects une bonne partie des téléspectateurs. Inversement, ceux appréciant les bizarreries toléreront alors plus facilement les points faibles et vivront un moment enrichissant et stimulant.

Un des principaux risques avec ces florilèges de récits indépendants est justement de souffler le chaud et le froid. Malheureusement, Shûkan Maki Yôko ne déroge pas à la règle. La première semaine figure parmi les plus franches réussites et met le ton. La protagoniste est rattrapée par ses erreurs le jour où un détective privé ambivalent la surprend en faisant ses courses. La lenteur de l’action et le cadre en huis clos induisent chez l’audience un sentiment étouffant et une certaine fascination. Le septième épisode et le policier dérangeant s’engouffrant dans une voie obsessionnelle ne laissent pas non plus indifférent, voire provoquent un malaise indicible. La tristesse et la morosité se taillent la part du lion dans le neuvième quand une femme subit une opération esthétique et réalise que ce n’est pas un nouveau faciès qui modifiera sa morne vie. Au bout du compte, la mélancolie représente presque un fil rouge de cette fiction passant d’un registre à un autre diamétralement opposé et s’amusant des contre-pieds. Plusieurs récits, dont le onzième, mériteraient aussi d’être cités, car les bonnes idées répondent souvent présentes malgré une écriture parfois un peu légère et nécessitant davantage de soin et de développement. À noter que les scénaristes changent chaque semaine, tout comme les invités : Abe Sadao, Endô Kenichi, Tanaka Tetsushi, Ikeda Tetsuhiro, Nukumizu Yôichi, Nagasaku Hiromi… Le treizième épisode, sorte de documentaire sur les coulisses, s’avère totalement anecdotique et se rapproche de l’autosatisfaction comme savent trop bien le faire les Japonais.

Pour conclure, Shûkan Maki Yôko ne ressemble clairement pas à une série japonaise habituelle. Ce n’est pas tant sa formule qui marque, car les anthologies ne manquent finalement pas à l’écran, mais plutôt son aspect conceptuel, stylisé et expérimental. Chaque épisode s’attarde sur une femme en proie à divers démons incarnée avec talent par l’hypnotique Maki Yôko. Bien que la production souffre d’une certaine inconstance et d’histoires parfois légèrement expédiées, elle se déguste petit à petit et laisse sur l’impression d’assister à un spectacle original successivement dramatique, drolatique et définitivement unique en son genre.

The Librarian | Les Aventures de Flynn Carson (téléfilms)

Par , le 8 février 2017

Sauf rares exceptions, je n’aborde pas les téléfilms sur Luminophore, préférant me contenter de séries au sens strict du terme. Mais je trouve que ce ne serait pas un mal que d’évoquer la trilogie The Librarian (Les Aventures de Flynn Carson en version française) ici puisqu’elle a donné naissance dès 2014 à une production dérivée intitulée The Librarians (Flynn Carson et les Nouveaux Aventuriers chez nous) que j’envisage de regarder assez prochainement. À l’origine, The Librarian se limite à un unique unitaire, mais le succès ayant été au rendez-vous, il fut suivi de deux autres. Il n’est probablement pas nécessaire de les visionner pour lancer The Librarians, mais j’imagine que les références et clins d’œil n’y manquent pas et prolongent l’éventuel plaisir. Histoire de bien faire les choses, j’ai justement choisi de rafraîchir mes souvenirs surtout que je n’avais encore jamais testé le troisième et dernier volet. Aucun spoiler.

Il existe donc trois téléfilms formant cette trilogie. Tous durent une heure et demie et sont passés sur la chaîne étasunienne TNT un peu avant Noël.

  1. The Librarian: Quest for the Spear (Les Aventures de Flynn Carson : Le Mystère de la lance sacrée), diffusé le 5 décembre 2004
  2. The Librarian: Return to King Solomon’s Mines (Les Aventures de Flynn Carson : Le Trésor du roi Salomon), diffusé le 3 décembre 2006
  3. The Librarian: The Curse of the Judas Chalice (Les Aventures de Flynn Carson : Le Secret de la coupe maudite), diffusé le 7 décembre 2008

Malgré son âge maintenant assez avancé, Flynn Carsen – Carson en version française – continue d’user les bancs de l’université. Il a beau multiplier les diplômes et maints domaines de recherche, il semble incapable de sortir des quatre murs de cet établissement et entrer dans la vie active. Un de ses professeurs las de le voir aussi immature décide de le jeter dehors et de le forcer à se prendre en main. Contre toute attente, l’éternel étudiant réussit sans aucune difficulté à trouver un travail comme conservateur dans une bibliothèque. Il ne se doute pas que ce poste n’a rien de tranquille. Chasses au trésor, courses contre la montre et affrontements de forces naturelles rythment désormais son quotidien loin de tout repos. Si aux yeux des autres, dont ceux de sa mère rêvant d’une belle-fille, il n’est qu’un banal intellectuel caché derrière une montagne de poussière, il brave en vérité les dangers toutes les semaines de l’année !

Les trois téléfilms démontrent une qualité assez homogène, disposent des mêmes atouts et défauts, et répètent un unique canevas narratif. Le premier souffre d’une réalisation et d’incrustations franchement médiocres tandis que le dernier se perd dans quelques développements un peu trop fantastiques pour le genre, mais pour autant, l’ensemble s’avère globalement équivalent. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une fiction familiale décontractée ne se prenant pas au sérieux et assumant sans honte ses nombreuses lacunes. L’idée n’est pas d’en mettre plein la vue et de toute manière, le budget probablement limité ne le permet pas. Non, à la place le but est d’amuser en bonne compagnie, car une partie du charme de cet univers repose sur son protagoniste solidement incarné par le sympathique Noah Wyle (ER, Falling Skies). Flynn Carsen est, sur le papier du moins, le stéréotype de l’étudiant instruit manquant totalement de sens pratique et d’expérience de la vie. Plongé dans ses livres, il est assez déconnecté des autres et peine à entretenir une relation amoureuse convenable. Le scénario ne lésine pas sur les clichés du genre et se présente surtout comme une sorte de parodie de la fameuse franchise cinématographique Indiana Jones. Les références y pullulent, d’ailleurs, et participent à l’atmosphère plutôt rigolote.

Avec son nouvel emploi, Flynn se lance à la recherche d’artefacts magiques que de vils personnages tentent de s’approprier pour régner sur le monde, devenir puissants, etc. Bref, ceux-ci agissent comme de vrais méchants cupides et le conservateur veille au grain malgré ses propres doutes sur ses compétences physiques. Au fil des épisodes, il gagne en assurance et démontre de sérieuses aptitudes à se sortir de n’importe quelle situation, aussi fantasque et dangereuse qu’elle puisse être. L’écriture n’apporte aucune originalité aux histoires de cette trempe et ressemble souvent à un patchwork d’éléments disparates avec ces objets mystérieux issus de tous les mythes existants, ces luttes de pouvoir, ces supérieurs bienveillants (Bob Newhart) cachant certainement une partie de leur exacte nature, ces sectes grandiloquentes prêtes à tout pour atteindre leur but… Aucune surprise réelle ne vient troubler le scénario qui suit une formule déjà éprouvée depuis plusieurs décennies, ce qui ne favorise cependant pas un quelconque ennui parce que les répliques assez vives contrebalancent ces difficultés et ponctuent les péripéties rocambolesques. Forcément, Flynn étant incapable de se défendre seul, il faut lui associer quelqu’un susceptible de l’aider dans sa quête. C’est l’occasion d’y rencontrer trois femmes aux atouts différents. L’une (Sonya Walger – Lost) est sportive, la deuxième intellectuellement stimulante (Gabrielle Anwar – Burn Notice) et la troisième (Stana Katic – Castle) fort énigmatique. Amour, amitié et succession de visages connus alimentent ainsi les intrigues non dénuées d’incohérences et d’inepties presque attendrissantes.

Pour conclure, les téléfilms The Librarian se nourrissent de tous les codes et poncifs des récits aventuriers de la trempe d’Indiana Jones, quitte à en devenir parfois un petit peu indigestes, ridicules et sans franche identité. Le visionnage demeure malgré tout satisfaisant grâce à une courte durée, un sens de l’autodérision, un rythme savamment dosé, un humour truculent et moult péripéties divertissantes. Certes, apprécier les contes, légendes et autres mythes permet certainement de s’avérer bien moins critique et de tolérer ces écueils, dont cette gentillesse permanente, mais la générosité de l’ensemble plaît. Pour peu que l’on ait un faible pour les productions sans prétention choyant à la fois les courses au trésor, la dimension romantique et la bonne humeur, celle-ci ne déçoit donc pas et effectue plus que correctement son travail. Espérons que la série dérivée conserve cette fraîcheur, ce ton décomplexé et ne souffre pas d’un aspect trop répétitif.

Galileo XX | ガリレオ XX (Épisode spécial)

Par , le 1 février 2017

Au grand dam de maints téléspectateurs, la deuxième saison de Galileo s’est passée des services d’Utsumi Kaoru et l’a remplacée par une plus jeune inspectrice jouée par Yoshitaka Yuriko. Le choix de la production semble assez curieux au vu du succès précédent, mais elle a tout de même veillé à offrir une jolie porte de sortie à cette femme avec l’unitaire Galileo XX. D’ailleurs, il porte le sous-titre Utsumi Kaoru Saigo no Jiken, soit la dernière enquête d’Utsumi Kaoru. D’une durée de cent dix minutes, il fut diffusé sur Fuji TV le 22 juin 2013 et peut être regardé indépendamment du reste de la série, même en ne connaissant absolument rien à l’univers du brillant physicien. Aucun spoiler.

Après plusieurs années à travailler à la police de Tôkyô, les supérieurs d’Utsumi Kaoru décident de l’envoyer aux États-Unis pour une supposée formation enrichissante. Avant de partir, elle se lance dans une affaire au demeurant facile, mais qui risque finalement de peut-être briser sa réputation.

Bien que Galileo XX se rapporte au monde de Galileo, il n’a pas grand-chose à voir avec le matériel initial. Déjà, beaucoup seront déçus de constater que Yukawa Manabu se contente de minuscules apparitions. La science est aussi rangée au placard. À la place, c’est bel et bien Kaoru l’héroïne. L’intrigue se déroule juste avant le début de la seconde saison de la série. Dans les faits, l’unitaire n’a rien d’exceptionnel et ressemble à une histoire typique du genre. Un homme se promène dans un parc et pousse dans un fauteuil roulant une femme âgée grotesquement maquillée. Or, cette personne est décédée. A-t-elle été assassinée ? La réponse ne traîne pas. Si elle souffrait de démence, elle est probablement morte d’épuisement physique. En revanche, l’individu en question travaillant à l’origine comme son auxiliaire de vie avoue avoir tué la fille de la vieille dame ; puis il se rétracte, accusant Kaoru de l’avoir menacé. Comment démêler le vrai du faux dans cette sordide affaire ? L’inspectrice a-t-elle fait arrêter un innocent ? Elle commence à douter de ses capacités, mais continue de faire preuve de pugnacité alors que ses collègues et supérieurs ne se gênent pas pour la maltraiter ouvertement. Plus que jamais, Kaoru réalise qu’être une femme au sein de la police s’avère compliqué. Contre toute attente, Galileo XX offre effectivement un registre féministe du plus bel effet et une certaine critique de la société patriarcale nippone.

Kaoru n’est pas dupe, si elle est envoyée aux États-Unis, c’est parce que ses patrons ne savent que faire de cette trentenaire célibataire s’accrochant à sa carrière. Généralement, aucune de ses consœurs ne poursuit cette voie tant elles finissent par toutes se marier et demeurer au foyer. Pour l’État, il paraît inconcevable de donner des responsabilités plus importantes à la policière maintenant assez chevronnée et de toute manière, cette idée ne vient même pas sur le tapis. Trop âgée, plus assez malléable et de sexe féminin, elle cumule les tares. Kaoru ne se formalise pas trop de cette situation inconfortable puisqu’elle comprend qu’il s’agit là d’un combat perdu d’avance. Cela ne l’empêche toutefois pas de soupirer à maintes reprises, d’être plutôt blasée et de rêver d’un monde plus égalitaire. Son affaire en cours ne fait qu’accentuer sa fatigue psychique, car ses supérieurs la malmènent, l’instrumentalisent et ne la considèrent jamais à sa juste valeur. Tout au long de Galileo XX, l’héroïne cherche à lever le voile sur une enquête bien plus complexe qu’à première vue tout en bataillant contre le système masculiniste, la politique de l’établissement, les préjugés et autres embûches apparentées. Quasiment seule contre tous, elle ne baisse pas les bras et croit réussir à obtenir le soutien d’une dirigeante incarnée par Yo Kimiko (Churasan). Cependant, celle-ci suit son propre agenda et ne désire que couvrir ses arrières, la police paraissant être vérolée de l’intérieur. Cette rapide analyse de la société refusant l’égalité des genres ne favorise pas du tout la carte du manichéisme et prouve à sa manière que le sexe d’un individu ne conditionne pas ses actes ou compétences.

En filigrane, l’unitaire se permet ainsi d’illustrer les difficultés pour une femme d’évoluer dans un univers aussi conservateur. L’interprétation de Shibasaki Kô et la richesse de la caractérisation du personnage apportent à l’ensemble une densité, une vulnérabilité et une sensibilité appréciables. Autant la série ne parvient guère à fédérer et toucher l’audience avec son registre bancal, autant cet unique épisode atteint aisément son but que d’émouvoir, de pousser la réflexion et de divertir convenablement. Effectivement, l’affaire criminelle se veut correctement menée et tient en haleine jusqu’à l’épilogue. L’ambigu auxiliaire de vie incarné par un solide Yûsuke Santamaria (Anata no Tonari ni Dareka Iru) se joue de Kaoru et semble cacher divers éléments pour des raisons totalement obscures et au demeurant incompréhensibles. S’y enchevêtrent un vieux dossier, des luttes de pouvoir, une conspiration, des mensonges, du maquillage de preuves, des secrets enfouis depuis des décennies et des menaces plus ou moins déguisées. Kaoru a d’autant plus de peine à se faire entendre que l’investigation ne se déroule pas à Tôkyô, mais à Nagano, et que la presse s’en mêle. La mécanique de l’intrigue ne sort pas des sentiers battus sauf que l’écriture reste suffisamment habile pour ne pas ennuyer d’autant plus que quelques points d’humour transparaissent de-ci de-là. La patronne de l’hôtel fort particulier dans lequel séjourne l’inspectrice ainsi que son collègue du moment (Yagira Yûya – Yutori desuga Nani ka), otaku sur les bords, insufflent une sympathique légèreté. Notons aussi la présence d’un enquêteur local interprété par le convaincant Ibu Masatô (Fûrin Kazan).

Pour résumer, sans la science et Yukawa Manabu, l’unitaire Galileo XX s’écarte fortement de la série de laquelle il se rattache, ce qui s’avère une excellente idée. S’il n’a rien d’indispensable et se contente au bout du compte d’une histoire policière classique, il démontre un certain savoir-faire dans son déroulement et ne manque pas d’allant. En plus de se révéler donc suffisamment intrigant et d’injecter des touches parfois moins dramatiques, il se dote surtout d’une critique féministe subtile et tellement inattendue qu’elle en devient encore plus agréable. Les amateurs de l’inspectrice passionnée seront par ailleurs ravis de constater qu’elle détient l’opportunité de quitter la tête haute l’univers du brillant physicien cartésien, car elle mène elle-même l’affaire du début à la fin et sort psychologiquement grandie de cette expérience émotionnellement éprouvante. En un unique épisode, l’unitaire réussit là où la fiction mère a échoué, c’est-à-dire apporter davantage de dimension à cette protagoniste.