Pride | プライド

Après avoir regardé et plutôt bien apprécié Engine, j’ai eu envie de tester un autre j-drama avec le fameux Kimura Takuya tant adulé au Japon – et ailleurs. Sans trop savoir pourquoi, mon choix s’est porté sur Pride. Composée de onze épisodes, la série fut diffusée sur Fuji TV entre janvier et mars 2004. Comme elle est passée le lundi à 21h, soit le créneau le plus renommé de la chaîne, on parle de getsuku. Si le premier épisode dure un peu moins d’une heure et le dernier soixante-dix minutes, tous les autres disposent de la quarantaine de minutes habituelles. Les audiences furent à l’époque tout simplement extraordinaires puisqu’elles flirtaient presque avec les 30% ! C’est le réputé Nojima Shinji qui s’est occupé du scénario, tout comme il a aussi pu le faire pour Bara no nai Hanaya, Kôkô Kyôshi (1993 et 2003), Love Shuffle ou encore pour Strawberry on the Shortcake. Aucun spoiler.

Satonaka Haru est le capitaine respecté d’une équipe de hockey. Entièrement dédié à son sport, il ne voit les relations sentimentales que comme un jeu superficiel ne l’intéressant pas réellement. En revanche, Murase Aki est une jeune femme très posée aspirant au grand amour. Attendant son petit-ami ne lui ayant plus donné signe de vie depuis deux ans alors qu’il lui a promis de revenir, elle continue toujours d’espérer. Un jour, les amies d’Aki l’emmènent voir un match de hockey. Et c’est ainsi que Haru rencontre Aki…

   

Encore un j-drama sportif ?! Décidément, les Japonais en semblent vraiment férus. Certes, Pride utilise par conséquent le cadre du hockey mais ce serait mensonger de limiter la série à cet unique sport alors qu’en réalité, elle réussit à mélanger les genres et troubler leurs frontières. Ne le nions pas, les personnages sont suivis dans les vestiaires, sur la patinoire, au cours des entraînements, des matchs, auprès des journalistes, etc. Toutes les thématiques habituelles flirtant avec les clichés sont sans surprise traitées, comme l’esprit d’équipe, la loyauté, le travail acharné afin d’espérer réussir un jour, l’espoir d’une meilleure carrière, les disputes avec l’entraîneur ou encore, bien évidemment, les blessures et parfois, l’impossibilité de pratiquer à nouveau le sport qui aura rythmé toute son existence jusque-là. Si la lecture de ceci donne des sueurs froides à ceux étant très réfractaires au sport, il ne faut tout de même pas se formaliser là-dessus. Effectivement, grâce à un rythme enlevé, un aspect exaltant et parfois quasi épique mais aussi en raison de personnages attachants vus à travers leurs problèmes personnels, le hockey n’est au final qu’une toile de fond catalysant les intrigues principales. Ce serait vraiment dommage de se priver de cette série pour cette raison car elle est tout à fait capable de dégeler ceux ayant pour bête noire le sport. Quant à ceux qui, au contraire, en sont fans, je vous avoue que je serai incapable de préciser si le hockey y est réaliste ou pas puisqu’à l’exception d’un match vu il y a quelques années, je n’y connais absolument rien. En tout cas, à l’écran, le résultat paraît tout à fait crédible et foncièrement enthousiasmant. De toute manière, le but premier du j-drama n’est en aucun cas de dresser un constat du hockey au Japon ou d’offrir une vision digne d’un documentaire. Son approche est définitivement humaine et authentique car il cherche surtout à privilégier la psychologie de ses personnages et des relations se tissant entre eux. Cependant, il est indubitable que l’écriture est parfois abrupte voire sensiblement mécanique et forcée, mais la volonté de densifier et d’apporter des clés de compréhension au public est plus que louable.

Le héros, Satonaka Haru est un joueur de hockey passionné et très exigeant ne vivant qu’à travers son sport. Capitaine de son équipe, les Blue Scorpions, il ne s’intéresse pas à grand-chose d’autre n’ayant trait à la glace et aux palets. Ses amis sont certes très importants mais évidemment, ils sont tous eux-mêmes joueurs ou l’ont été à un moment donné. Légèrement monomaniaque sur les bords et quelque peu arrogant, Haru aime son existence telle qu’elle est si ce n’est que derrière cette carapace, cette désinvolture et cette supposée invulnérabilité, il est très sensible, se préoccupe énormément de ceux comptant à ses yeux et a une grande peur de l’abandon. Son attitude est son unique moyen de se protéger et d’ailleurs, il ne prend au final jamais guère de risques dans sa vie sentimentale étant donné qu’il ne voit la romance que comme un jeu sans grande importance susceptible d’entraver le hockey. Difficile de ne pas tomber sous le charme naturel de ce personnage incarné par le Johnny’s Kimura Takuya (Karei Naru Ichizoku, Engine, Nemureru Mori, Tsuki no Koibito), définitivement magnétique par ce qu’il dégage et cette voix pénétrante. Il faut dire qu’ici, l’écriture fait tout pour que l’on ne puisse lui résister. Sa manie de dire toujours maybe ou cette habitude de sucer des sucettes sont plusieurs de ses caractéristiques irrésistibles. Lorsqu’il rencontre Murase Aki, jouée par la jolie Takeuchi Yûko (Bara no nai Hanaya, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), il est rapidement attiré par la fidélité de celle-ci malgré sa propre propension à ne pas s’engager totalement. Aki dégage elle aussi beaucoup d’élégance avec sa personnalité en retenue, très droite, dévouée et fidèle ; cela ne l’empêche nullement d’être fière et de posséder un franc parler appréciable. Comme le dit Haru en se moquant gentiment d’elle, elle est assimilable à une femme du siècle dernier tant elle ne déroge pas de certaines règles et principes moraux. Il y a plus de deux ans, son petit-ami (Tanihara Shôsuke – Magerarenai Onna, Love Shuffle, Tempest, Deru Toko Demasho!, Gokusen 2, Nodame Cantabile), est parti travailler à l’étranger et lui a demandé de l’attendre sur un pont de Tôkyô. Alors qu’il ne lui a plus donné aucune nouvelle depuis cette date, elle persiste et se rend régulièrement à cet endroit bien précis, en espérant l’y retrouver. Cette abnégation est assez curieuse et reflète assez correctement la caractérisation d’Aki. Les choses commencent à bouger le jour où elle tombe sous le charme de Haru. Cependant, tous les deux décident de ne prendre ce rapprochement que comme un jeu, sans chercher grand-chose en retour si ce n’est de bons moments ; ceci en attendant la fin quand le fameux petit-ami reviendra. Après tout, Haru part du principe qu’Aki ayant quelqu’un dans son cœur, ils pourront entretenir une relation superficielle. Bien évidemment, on imagine tous que cela ne va pas durer de cette manière et que ce supposé jeu dépassera son simple cadre… Avec une alchimie très intense associée à de l’électricité dans l’air, ce duo apprend à se connaître puis se développe progressivement jusqu’à parvenir à un point où ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. En dépit des divers obstacles et du détachement feint de Haru, cette relation gagne en profondeur et il va de soi que cette romance s’avère magique. En y insufflant autant d’émotions, Pride communique au téléspectateur des frissons de ravissement et de véritables papillons dans le ventre. Sans aucun doute possible, la dynamique liant Haru à Aki est très belle et parfaitement retranscrite à l’écran. Fondamentalement, cette histoire est tout ce qu’il y a de plus classique et pourrait s’apparenter à une énième romance mais elle est tellement bien écrite qu’elle en devient convaincante. En outre, comme la série ne repose pas que sur elle, cela lui permet de ne devenir redondante.

Une grande force de Pride est de s’attarder sur plusieurs protagonistes secondaires et de ne pas hésiter à les montrer en-dehors du spectre des héros. Le premier d’entre eux, le sensible Hotta Yamato, incarné par un Sakaguchi Kenji méconnaissable par rapport à Ikebukuro West Gate Park, est le meilleur ami de Haru. Véritable supporteur du couple naissant entre Haru et Aki, il devient aussi très rapidement proche de la jeune femme, sans que ce lien possède une quelconque ambiguïté. Romantiquement, il s’attache à la vénale Aizawa Yuri (Nakagoshi Noriko – Woman’s Island, Aru Ai no Uta), peu agréable par son attirance d’un bon parti envers et contre tout. Même si elle finira par évoluer au contact de Yamato, elle n’inspire pas quoi que ce soit de sympathique. Sinon, Aki, en plus d’être amie avec Yuri, l’est également avec Ishikawa Chika (Megumi – Last Christmas), une autre office lady séduite par un joueur de hockey, le riche dandy Ikegami Tomonori (Ichikawa Somegorô, le frère de Matsu Takako). En fait, Pride est un véritable microcosme car tout le monde se connaît ! Les six forment dès lors un groupe assez soudé, des fois malmené parce qu’il y a toujours des évènements douloureux et autres reproches, mais on y sent une véritable cohésion. Tous les personnages ne sont pas intéressants néanmoins, le point positif est surtout de prôner l’authenticité et de ne jamais chercher le sensationnalisme. Ajoutons à cette galerie le joueur un peu benêt sur les bords et en faisant légèrement trop, Shimamura Makoto, portant les traits de Satô Ryûta (Kisarazu Cat’s Eye, Ikebukuro West Gate Park, JIN 2) souvent abonné à ce genre de rôles, le nouvel entraîneur a priori peu amène (Satô Kôichi) ou encore Anzai Yôko (Ishida Yuriko) ayant un passé commun avec Haru, raison d’ailleurs pour laquelle ils se rencontrent souvent. Pour l’anecdote, on peut aussi y voir dans des rôles plus secondaires Takizawa Saori, Mizukawa Asami, Arai Hirofumi ou encore Matsuzaka Keiko.

Avec un rythme globalement enlevé et dans l’ensemble maîtrisé, nonobstant une fin peut-être précipitée et une seconde partie plus convenue, le visionnage s’avère donc on ne peut plus plaisant. Le titre du renzoku, Pride (fierté en anglais) n’est pas du tout usurpé car à plusieurs reprises, les personnages sont confrontés à leurs propres démons et doivent savoir demeurer humbles, assumer certaines choses et faire taire leur orgueil pour mieux avancer. Ce constat est valable dans toutes les thématiques sportives mais aussi dans celles concernant l’intimiste. Il est par conséquent très clair que le j-drama réussit à doser les deux aspects et trouver une juste-mesure capable de satisfaire tout le monde grâce à des sujets fédérateurs et des personnages dans l’ensemble attachants. Si plusieurs drames sont mis en avant et que certaines séquences sont émotionnellement chargées, l’humour n’est pas non plus oublié et de nombreux dialogues très rapides sont savoureux à souhait. Bien que les bons sentiments soient parfois présents, ils ne gênent pas réellement, évitent habilement d’être trop consensuels et ne sombrent pas dans la morale bien pensante.

Enfin, ce qui marque au premier abord puisque l’on commence par là, c’est que Pride utilise des chansons occidentales. Le générique, assez long mais joli, a pour fond I Was Born To Love You de Queen. Les amateurs de ce groupe seront d’autant plus ravis que ce n’est pas leur unique composition à être entendue au fil des épisodes. C’est toujours assez étrange d’entendre des musiques non japonaises dans un  j-drama mais ici, l’association prend bien et elle permet d’asseoir la tonalité mémorable de l’ensemble. Autrement, la bande-son réalisée par Yoshimata Ryô (Bara no nai Hanaya, Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi) ne restera pas dans les annales mais délivre tout ce qu’il faut ici pour se montrer non désagréable. Toujours sur la forme, la réalisation est plutôt soignée avec une jolie photographie et quelques plans plutôt intéressants.

En définitive, si Pride s’apparente à une série tout ce qu’il y a de plus classique car substantiellement, elle n’apporte rien de neuf, elle demeure prenante grâce à une association nuancée entre la romance, l’amitié et le sport. Tout en faisant preuve de tendresse voire de délicatesse en mettant en avant une belle histoire d’amour à fleur de peau, le j-drama n’hésite pas à exploiter les dynamiques et la personnalité d’une grande partie de ses protagonistes de manière à gagner en profondeur et en justesse. Le hockey n’est alors ici que le moteur permettant de dynamiser l’ensemble et ne se révèle ni laborieux, ni ennuyant pour qui n’apprécie guère le sport, quand bien même il soit un élément important. En d’autres termes, pour la solidité et l’authenticité de son écriture ainsi que pour le charme de son couple principal, Pride est une franche réussite.