Rebound | リバウンド

Repéré parmi les nouveautés du printemps 2011, Rebound m’a immédiatement donné envie de le regarder et cela, pour diverses raisons. Diffusé entre avril et juin 2011 sur NTV, ce j-drama est composé de dix épisodes. Si le premier dure une heure, les autres possèdent le format habituel, à savoir celui de quarante-cinq minutes. Aucun spoiler.

Depuis toujours, Nobuko a toujours été une très grande gourmande et sans surprise, quelque peu potelée. Suite à une rupture, elle décide de perdre du poids ce qui lui permet alors de travailler dans le milieu de la mode comme elle en rêve depuis qu’elle est enfant. Mais lorsqu’elle rencontre Taiichi, un pâtissier plus que charmant, elle a beaucoup de difficultés à résister à l’appel du gâteau… Et si jamais il lui arrive de grossir, elle sait qu’elle sera virée !

   

Après Regatta puis Zettai Kareshi, c’est la troisième fois qu’Aibu Saki et Hayami Mokomichi rejouent dans la même série. Qui plus est, ils interprètent encore des personnages entre lesquels une romance a de fortes chances de se développer. Les deux acteurs se connaissent et ça se sent. Ils ont une alchimie assez incroyable et sont tous les deux plus qu’agréables. Il est vrai qu’ils ne sont pas forcément excellents, surtout Mokomichi, mais dans Rebound ils font exactement ce que l’on attend d’eux. Sans eux, la série n’aurait certainement pas eu la même saveur. C’est en partie pour ce couple que le j-drama m’intéressait mais également parce que son scénariste n’est autre que Yukawa Kazuhiko. Il est clair que le synopsis laisse songeur et peut effrayer. Attendez, ça parle de quoi ? D’une fille qui a peur de grossir et de manger trop de gâteaux ? Au secours. Sauf que Yukawa Kazuhiko sait être bien plus fin que ça, il l’a de toute manière largement prouvé avec Magerarenai Onna. Il aime parler de personnes un peu dehors de la société mais plutôt que de les cataloguer ou de tenter de les faire changer, il montre que tant que l’on est heureux et que l’on fait de mal à personne, où est le problème ? Il est donc évidemment question d’acceptation de soi dans Rebound. L’héroïne, Ôba Nobuko, incarnée par Aibu Saki, est une jeune femme ayant toujours eu des problèmes de poids. Ses parents maintenant un restaurant de tonkatsu, elle a littéralement baigné dans l’huile durant toute sa vie. Cependant, son poids ne l’a jamais rendue amère, elle a toujours su rester positive et possède un entrain assez incroyable. Elle donne l’impression d’être sous crack 24h/24 tant elle est surexcitée. Cela pourra par conséquent agacer certains téléspectateurs car elle est une véritable pile électrique, surtout au début de la série. Mais elle sait se poser et se montrer plus que touchante. Par ailleurs, la musique de Ike Yoshihiro (Magerarenai Onna, Nobuta wo Produce) participe à la folie douce collective et est très pétillante. Un jour, elle décide de se prendre en main et de maigrir, ce qu’elle réussit à faire. Elle passe ainsi de près de 80 kg à moins de 45. Comment a-t-elle fait ? Eh bien, Rebound n’est en aucun cas réaliste. Nobuko peut fondre en quelques semaines et faire régulièrement le yo-yo, d’où le titre du j-drama. Ceci dit, en dépit de ce manque de crédibilité, la série montre du doigt les techniques d’amincissement et plus particulièrement une certaine méthode qui a justement fait parler d’elle en France ces derniers mois… Chut, je n’en dis pas plus pour garder un minimum de surprise. Honnêtement, la série est loin de faire toujours dans la finesse et/ou d’éviter la caricature. Ce serait mentir d’affirmer qu’elle fait réfléchir profondément mais elle propose quelques pistes intéressantes concernant le poids. Si quelqu’un est gros, peut-on être attiré par lui ? Une personne en surpoids doit-elle se contenter d’une autre personne comme elle ? Et quand bien même on est ou on a été en surpoids, est-ce que cela signifie que l’on est tolérant face à ceux qui ont les mêmes soucis ? Sous couvert d’humour et de légèreté, la série parvient plutôt correctement à poser les bonnes questions. Techniquement parlant, les costumes que les acteurs portent pour paraître gros sont absolument géniaux et assez bien fichus.

Rebound se permet de traiter d’autres sujets plus larges comme l’ambition personnelle et ce que l’on désire réellement faire. À noter que ce sont aussi des sujets déjà évoqués dans Magerarenai Onna. Il est ici par exemple question de féminisme avec cette ambivalence entre ce que la société japonaise attend de ses femmes, c’est-à-dire qu’elles s’occupent de leur mari, et ce qu’elles, elles aimeraient réellement. Peut-on conjuguer vie de couple et carrière professionnelle ? La série dit que oui et si le mari en question ne le souhaite pas, autant le jeter. Si pour nous, Occidental, ça peut paraître évident, il faut savoir que les j-dramas qui le disent clairement sont très loin d’être monnaie courante. En ça, l’écriture de Yukawa Kazuhiko est toujours agréable car elle sort des sentiers battus et prouve que le plus important est de se faire plaisir et non pas de suivre la société. Et ce sera donc ici le moteur de Rebound.
Avant de parler de poids, la série est avant toute chose une romance. Le début est très drôle, hilarant même. Les répliques sont délicieuses, il y a beaucoup de rythme et l’histoire avance à la vitesse de l’éclair. Malheureusement, vers le milieu et notamment lors des derniers épisodes, la sauce prend moins et on retrouve plusieurs périodes de creux et de répétitions. C’est un petit peu dommage lorsqu’on compare aux premiers épisodes qui étaient enlevés comme tout. L’ensemble manque donc d’homogénéité sans toutefois que le j-drama n’en pâtisse de trop. Il aurait été en fait judicieux de raccourcir la série d’un ou deux épisodes.

Pour en revenir aux personnages, si Nobuko est l’héroïne, le héros n’est autre qu’Imai Taiichi, incarné par le toujours aussi charmant Hayami Mokomichi. Taiichi est le fils d’un pâtissier réputé. Après la mort de son père, il décide de reprendre l’affaire familiale, Ange (en français dans la série). Toutefois, il ne met pas réellement de cœur dans ses pâtisseries. Elles ne sont pas mauvaises, juste banales. Il adore parler en langage Moomin (les gros bonhommes blancs finlandais) ce qui donne des phrases bizarres, et passe son temps à râler. Il est un petit peu lavette sur les bords et manque cruellement de courage. L’arrivée de Nobuko dans sa vie lui permet de se bouger un peu surtout que cette dernière, en dépit de son ton enjoué, pète parfois un câble, prenant une voix grave et parlant de manière enfantine. Impossible de ne pas penser encore une fois à Magerarenai Onna, on sent bien les gimmicks du scénariste. Ces scènes sont assez répétitives si ce n’est qu’elles finissent heureusement par se tasser. Une fois ça fait rire mais à chaque épisode, on frôle l’overdose. Taiichi n’est pas un mauvais bougre bien que son manque de caractère fasse quand même défaut. Puisque Rebound se déroule à cheval entre le milieu de la mode avec Nobuko et celui de la pâtisserie avec Taiichi, on a le droit à des gâteaux et ce, à gogo. Si la série ne vous donne pas faim, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Que de gâteaux appétissants ! Peut-être que c’est fait exprès ou pas mais une des pâtisseries de Taiichi est un chou à la crème, le même que celui qui sera au centre des discussions dans Zettai Kareshi. En parlant de Zekkare, Ueno Natsuhi est également de la partie et joue le rôle d’une collègue de Nobuko.
Entre Taiichi et Nobuko, les étincelles et l’alchimie sont bien présentes mais comme toujours, la vie est plus compliquée qu’elle en a l’air et les défauts de l’un ou de l’autre empiètent parfois de trop sur leur relation vacillante. Ils sont de plus perturbés par d’autres personnages qui viennent leur tirer dans les pattes. S’il existe effectivement un triangle amoureux presque inhérent au genre, il n’est pas forcément celui auquel on pourrait penser… À vrai dire, la plupart des protagonistes pourraient très bien finir avec un autre auquel on n’aurait jamais pensé. De ce fait, les surprises amoncellent et jusqu’à la fin, on ne sait pas du tout si le couple a priori presque déjà construit du début sera véritablement un couple en bonne et due forme. En cela, la série est réussie car elle laisse place au suspense.

En dehors des héros, Rebound montre plus spécifiquement deux autres personnages. Nobuko est ainsi amie depuis l’enfance avec Mimura Hitomi. Interprétée par Kuriyama Chiaki (Ashita no Kita Yoshio, Hagetaka, Woman’s Island, Tsukahara Bokuden), Hitomi est une artiste désabusée. Mince et pouvant manger n’importe quoi, elle semble n’avoir aucun point commun avec Nobuko. Cela ne les empêche pas de vivre ensemble et d’être unies comme les doigts de la main. Au fil des épisodes, elles passent par diverses épreuves mais s’en sortent grandies. Le second protagoniste régulièrement à l’honneur est l’ex petit-ami de Nobuko, Kazami Kensaku. Portant les traits de Katsuji Ryô (Cat Street, Tôkyô DOGS, Bunshin), Kensaku est un jeune homme jouant avec les apparences. Il donne l’impression d’être sûr de lui mais ce n’est qu’une façade. Il passe son temps sur son iPad à twitter afin d’avoir l’avis de ses followers sur sa vie. S’il a rompu avec Nobuko ce n’est pas parce qu’il ne l’aimait plus mais parce qu’il avait honte d’elle et de son poids. Kensaku est adorable (si, si) notamment car il ne lâche jamais l’affaire et est très drôle. À côté de ce beau monde on pourrait parler de la patronne de Nobuko qui sous ses airs de dragon est absolument géniale car possédant du caractère, de la petite fille et de l’ado qui suivent Taiichi comme une ombre, des parents de Nobuko, de l’espèce de diététicien apprenti sorcier ou encore de la top-modèle pimbêche et attirée par tout ce qui brille ; même si avouons-le, cette dernière n’a rien de particulièrement intéressant ou d’attachant.

Au final, bien que le postulat de Rebound puisse faire peur puisque l’on dirait une série stupide / horrible parlant d’une fille enrobée qui ne veut pas (re)grossir, la série mérite le coup d’œil et met de bonne humeur. En dépit d’un coup de mou et de répétitions vers la fin, les premiers épisodes sont excellents car rythmés et hilarants tout en étant assez critiques. Le couple phare est en outre attachant et possède une véritable alchimie. Il est néanmoins clair qu’il ne faut pas être allergique aux mignonnes comédies romantiques, à l’absence de réalisme et aux personnages parfois à la limite de l’hystérie. Le jeu des acteurs est d’ailleurs pour certains en conséquence. Mais si tout cela ne vous rebute aucunement, vous pourrez voir que Rebound est avant toute chose une série sur l’acceptation de soi-même et qu’importe ce que demande la société. Si elle manque parfois de subtilité ou n’évite pas certains stéréotypes, le message est tout de même clair et fait toujours plaisir, surtout dans une série japonaise.