TROUBLEMAN | トラブルマン

Et voilà, nous arrivons déjà au terme de ces billets de l’animation de Noël. Pour la conclure, place à la demande de Sylvain Kieffer qui m’a ainsi permis de regarder ma cinquantième série japonaise.

Avant de commenter sur la page dédiée, Sylvain m’a envoyé quelque temps plus tôt un mail me vantant TROUBLEMAN. Pour m’appâter, il est même allé jusqu’à la comparer sur certains points avec Ikebukuro West Gate Park qui, rappelons-le, figure parmi mes fictions nippones favorites. Il n’en fallait pas beaucoup plus pour m’intriguer, mais vous savez tous que les journées ne sont pas extensibles. Bref, cette fois, je n’ai pas eu le choix et je me suis donc attelée à la visionner. Cette production japonaise se compose de douze épisodes de trente minutes chacun ayant été diffusés sur TV Tokyo entre avril et juillet 2010. Il s’agit du premier travail pour la télévision du réalisateur SABU à qui l’on doit déjà les films Kanikôsen, Postman Blues ou encore Monday. Aucun spoiler.

Tokuda Kazuo vient de se faire renvoyer de son emploi, car il se montre bien trop gentil et altruiste pour le monde féroce des assurances. En rentrant chez lui, dépité, il est pris à partie par des yakuzas cherchant à débusquer l’un de ses voisins. Subitement, la situation s’envenime et le jeune homme se retrouve confronté à une succession d’évènements improbables n’ayant de prime abord aucun rapport avec lui. Sauf qu’en vérité, il semblerait bien qu’il en soit le catalyseur. Au contact des habitants des environs, un mystère en entraîne un autre et les pièces du puzzle commencent à se rejoindre pour illustrer une peinture rocambolesque.

Admettons-le, les séries japonaises ne disposent quasiment jamais d’une réalisation exceptionnelle. Oh, elles ne s’avèrent pas forcément mauvaises, mais elles restent généralement très basiques et en arrière-plan. D’ailleurs, il est amusant de constater que contrairement aux États-Unis, par exemple, les metteurs en scène ne sont guère connus, les projecteurs tendant plutôt à se braquer sur les scénaristes. Quelques-uns comme Miike Takashi (QP) osent parfois s’aventurer à la télévision, mais ils sont rares. SABU leur emboîte le pas et sans aucune surprise, il utilise sa recette habituelle assez originale. Dès le départ, TROUBLEMAN marque avec son format puisque la production se dote de bandes noires, style cinémascope. Le cadrage, plusieurs séquences ou bien le soin apporté à la scénographie étonnent positivement, même si les filtres jaunes et une lumière trop blanche deviennent handicapants. Le dernier épisode représente le clou du spectacle avec ses plans larges sur une ville sens dessus dessous. SABU ne cherche pas à faciliter l’immersion de son public à travers des passages tantôt étirés à l’extrême, sans dialogue, où un personnage court, court, court et court encore. De même, le rythme démarre doucement et si les rebondissements s’y multiplient, rien n’est fait pour dynamiter l’ensemble manquant légèrement d’énergie brute. Cette approche esthétisée à l’extrême et volontairement atypique fascine autant qu’elle peut irriter, surtout que la musique, elle, a de quoi laisser perplexe. Si les compositions de Hayama Takeshi participent à l’ambiance burlesque et se fondent aisément dans les décors, la chanson de fin, BE FUNKY!, du groupe de Johnny’s NEWS, surprend par son aspect dansant et kitsch au possible. En plus de sa qualité intrinsèque fort discutable, elle n’a rien à voir avec le reste et l’entendre surgir de nulle part provoque des éclats de rire. Il est difficile de comprendre ce choix du réalisateur, mais une chose est certaine, il réussit sans mal à accentuer les contrastes de sa production ressemblant à un mélange des genres invraisemblable.

Un pneu en feu dévale une pente, un homme court, s’écroule par terre, des bruits de sirène résonnent au loin, une équipe de baseball s’entraînant passe à côté en trottinant, voilà les premières minutes de TROUBLEMAN. À la suite de cette curieuse scène, la série repart en arrière. Le protagoniste est le même, mais cette fois, il travaille avec cœur dans une société d’assurance et se fait remercier par maints clients vantant sa générosité. Sauf que son attitude ne plaît pas à son patron qui le renvoie sans ménagement. De prime abord, Tokuda Kazuo est un vingtenaire tout ce qu’il y a de plus banal. Sa vie prend un nouveau tournant quand il rentre chez lui et découvre des yakuzas tambourinant sur la porte de son voisin. Rapidement, il rencontre les autres habitants du coin cherchant eux aussi à fuir ces criminels prêts à tout pour récupérer ce qu’ils considèrent être leur bien. Ce petit groupe s’enferme alors dans une pièce et n’en bouge plus. Si la fiction se déroule sur douze semaines de diffusion, il ne se passe en réalité que quelques heures entre le début et la fin. Les personnages ne sortent guère des quatre murs du minuscule immeuble et se contentent de discuter, se remémorant de diverses manières leurs souvenirs, et plus particulièrement un évènement ayant fait basculer leur existence. Ce huis clos ennuiera plusieurs en raison de son scénario éclaté, de son faux rythme et de son absence de véritable révélation extraordinaire. La structure narrative nourrie par de nombreux flashbacks induit une confusion déroutante et laisse imaginer que la production se borne à reproduire un schéma analogue au long cours, là où chaque épisode s’attarde sur les réminiscences du parcours d’un des héros. Or, ce pas du tout le cas. Effectivement, au fur et à mesure, le récit s’approfondit et prouve que dans ce microcosme, tout est lié de près ou de loin. Le fond du propos comme la façon de le raconter importent tout autant au sein de cette série insérant des moments ubuesques improbables. Sortis du contexte, ils sembleraient d’ailleurs idiots. TROUBLEMAN s’amuse beaucoup de son aspect boule de neige et demande un certain investissement, dévoilant tout son potentiel et son intérêt vers le milieu. La curiosité va crescendo et chaque écran final donne envie d’enchaîner sur le chapitre suivant afin de résoudre ce puzzle humain à l’humour décalé.

Ces voisins vivent les uns à côté des autres et ne se connaissent pourtant pas plus que ça. Tandis que des yakuzas cherchent à leur trouer la peau pour des raisons peu claires, ils se retrouvent enfermés dans une unique pièce. En évoquant leur parcours, ils réalisent progressivement être reliés par un élément s’apparentant presque à un chat noir. L’un d’entre eux, sûrement le plus normal, cause des perturbations partout où il passe. Il a beau être pétri de bonnes intentions, le moindre de ses actes conditionne la pire des catastrophes, le cycle ne s’arrêtant en plus jamais. Cette galerie de personnages représente le liant de TROUBLEMAN et leur caractérisation certes un brin clichée permet à la série de délivrer un sympathique et attachant divertissement. Tous bénéficient d’un rapide développement et leur association mérite à plusieurs reprises le détour. L’ancien agent d’assurance candide (Katô Shigeaki) côtoie ainsi une mamie braqueuse (Kino Hana), une hypnotiseuse (Iwasa Mayuko), un amnésique arborant un imperméable (Rijô Gô), un supposé pervers aux pouvoirs parapsychiques (Nakayama Yûichirô), un gangster repenti (Takezai Terunosuke – Sunadokei) et le chef d’un clan de yakuza un brin mélancolique. À ce propos, Terajima Susumu (Bara no nai Hanaya) incarnant ce dernier est un habitué des travaux de SABU. Le metteur en scène en profite aussi pour offrir à Ôsugi Ren une apparition éclair remarquée et amusante. TROUBLEMAN intrigue avec son ton jouant sur différents registres. L’histoire illustre les déboires sentimentaux fort tragiques de ces individus bigarrés, mais elle les dédramatise avec ses excentricités et des incursions irréelles à deux doigts de sombrer dans l’ineptie. Malgré cette cocasserie et cette absurdité transpirant au long cours, cette production constamment sur le fil du rasoir réussit à créer un pont émotionnel avec son audience. L’humour caustique en filigrane, le ridicule de certains passages et l’attitude faussement détachée de quelques personnages rendent le visionnage truculent à souhait. Le scénario n’hésite pas non plus à aborder vaguement la thématique du destin, de la chance, et délivrer un message d’espoir un peu trop optimiste et gentillet, mais sûrement à l’image de son protagoniste phare.

En résumé, TROUBLEMAN fait partie de ces séries japonaises originales sortant du registre habituel sensiblement préformaté grâce à une réalisation soignée, un récit éclaté et un mélange des genres saugrenu. Rien que pour cette raison, elle mérite le détour. S’il paraît indiscutable qu’elle ne révolutionne finalement pas quoi que ce soit et que ses débuts s’avèrent légèrement poussifs, elle propose une balade tragi-comique étonnante souvent amusante. Avec l’histoire antichronologique de huit personnes colorées ayant bien plus en commun qu’elles ne le croient, cette fiction s’arme d’une ambiance noire, d’un humour parfois ridicule et s’accorde le temps de dévoiler progressivement ses cartes, prouvant ainsi l’aspect réfléchi de son écriture se jouant des contrastes. Les amateurs de travaux expérimentaux ne craignant pas la confusion devraient au moins essayer cette œuvre télévisuelle non dénuée de défauts, mais délicieusement absconse.

Par |2017-05-01T14:01:25+02:00décembre 25th, 2010|Semaine spéciale Noël, Séries japonaises, TROUBLEMAN|3 Commentaires

Waraeru Koi wa Shitakunai | 笑える恋はしたくない

Les fêtes de Noël n’ayant pas la même résonance au Japon que par chez nous, ce n’est pas vraiment étonnant qu’elles soient aussi peu mises en avant. Et même lorsque c’est le cas, il n’est pas évident d’y retrouver leur esprit particulier. Néanmoins, en cherchant bien, on finit toujours par trouver quelque chose à se mettre sous la dent ; côté renzoku de Noël, il y en a au moins trois. Précédemment, nous avons ainsi vu le sympathique Last Christmas et l’exécrable Xmas Nante Daikirai. Place donc au troisième, Waraeru Koi wa Shitakunai, dont le titre signifie approximativement je ne veux pas d’un amour dont on puisse se moquer. Composée de trois épisodes de 46 minutes, cette série japonaise fut diffusée sur TBS au mois de décembre 2006. Aucun spoiler.

Nagai Suzune et son ami, Tonaka Ippei, font le pari de trouver l’amour avant le réveillon de Noël. Le perdant devra offrir à l’autre la possibilité de voir un de ses vœux être réalisé. Qui des deux va réussir en premier et vont-ils passer de bonnes fêtes ?

   

Vous êtes à la recherche d’une série japonaise sur Noël ? Qui met réellement la fête à l’honneur de toutes les manières possibles et inimaginables ? Vous pouvez arrêter, vous l’avez trouvée. Waraeru Koi wa Shitakunai, c’est tout ça. A contrario, si vous détestez les fêtes de fin d’année, il vaut probablement mieux éviter ce j-drama. Il y a des décorations partout : à chaque coin de rue, dans la galerie commerciale dans laquelle travaillent les personnages principaux, dans l’espèce de bar dans lequel ils passent leur soirée, etc. On a dit partout. Ces mêmes protagonistes arborent en plus de nombreux costumes de circonstance tels qu’un renne ou le fameux Père Noël. La fête est aussi vue à travers le choix musical puisqu’il n’y a quasiment que des chansons traditionnelles ou mettant dans l’ambiance festive. Ceci dit, celle de fin, Hikaru de Fayray, n’a rien à voir mais est tout simplement magnifique. Cerise sur le gâteau, il y a bien une sorte d’esprit de Noël qui ressort de ces épisodes. On y sent cette volonté d’entraide, de bonne entente et ce désir de fête. Les blasés pourront maugréer dans leur coin en ronchonnant parce que pour eux, il y a trop de sentimentalisme mais n’est-ce pas plus ou moins habituel avec Noël ? Tout le monde n’est-il pas un peu niais ? Pourtant, même en étant un peu trop cynique de nature, on peut se plaire à suivre les aventures de ces personnages parce qu’ils sont extrêmement attachants et que l’on en ressort avec le cœur réchauffé.

L’histoire est, somme toute, extrêmement classique car il s’agit d’une comédie romantique. Or, en trois épisodes on n’a guère le temps de s’ennuyer face à ces multiples péripéties d’autant plus que l’émotion est toujours mise en avant avec tact et nuances. En dépit d’un thème propice à la guimauve, on ne peut pas dire que l’on croule sous le niais notamment parce que l’ambiance décontractée, le ton parfois quasi doux-amer et l’humour permettent facilement de passer outre. Contre toute attente, la fin réussit en plus à ne pas tomber dans le pré-fabriqué consensuel. Sinon, la construction est d’ailleurs relativement particulière puisqu’il y a beaucoup de retours en arrière, un peu comme dans Kisarazu Cat’s Eye. L’intrigue n’est donc pas linéaire et cette technique permet de mettre dès lors en avant l’importance de certaines actions sur la vie d’autres personnages.

En dehors de son aspect purement festif, Waraeru Koi wa Shitakunai est une série extrêmement drôle. Si le troisième épisode fait un peu moins rire que les deux autres, cela ne l’empêche pas de posséder quelques moments bien croustillants. L’humour n’est heureusement jamais lourd mais il est accentué par les références omniprésentes, les nombreux jeux de mots, le surjeu de la plupart des acteurs et plusieurs bruitages bien choisis. De ce fait, ceux détestant ce côté très japonais n’auront aucun regret s’ils passent leur tour. Pour les autres, ce n’est que du bonheur car le drama est plutôt délirant et pétillant de bonheur et de bonne humeur. Une caractéristique propre est que l’on entende souvent les pensées des protagonistes qui sont généralement à l’opposé total de ce qu’ils racontent. Le contraste entre leur figure on ne peut plus sérieuse et leurs messes basses est souvent très drôle. Le maître pour cela est le gérant des boutiques de la galerie commerciale, interprété par le toujours aussi génial Sasaki Kuranosuke (Zettai Kareshi). Cruel parce que selon lui, il faut l’être, il fait tout pour que le héros, Tonaka Ippei, ne puisse garder sa pâtisserie dans la galerie. Incarné par Kômoto Junichi (Tiger & Dragon), Tonaka n’a pas un physique de jeune premier mais est un pâtissier passionné. Malheureusement, les clientes préfèrent généralement avoir un joli vendeur et il peine dès lors à faire suffisamment de recette en dépit de gâteaux de très bonne qualité. Un soir de décembre, il parie avec sa grande amie, Nagai Suzune (Yamasaki Shizuyo), elle aussi peu gâtée par la nature, qu’il trouvera l’amour d’ici le réveillon avant elle. Les deux rêvent de trouver un jour l’amour et commencent à désespérer. Hôtesse dans un ascenseur, Suzune ne plaît pas à grand monde compte tenu de son physique assez atypique et de sa voix grave. Durant les trois épisodes, ils vont ainsi tout tenter pour trouver le compagnon idéal et bien évidemment, tout ne se passera pas comme prévu. Ces deux amis, touchants à leur manière, sont entourés par de nombreux personnages très hauts en couleur souvent joués par des acteurs connus dans la petite sphère de la télévision japonaise. On retrouve ainsi le charmant Kiritani Kenta (Tiger & Dragon) comme le fidèle assistant de Tonaka ou encore le charmant Okada Yoshinori (Kisarazu Cat’s Eye) en tant qu’homme très riche mais fort simple. Les fans de Johnny’s et plus précisément de NewS retrouveront avec délice Masuda Takahisa portant ici le prénom de Santa. Doit-on rappeler qu’au Japon, le gros barbu est appelé Santa ? Il y aura donc quelques quiproquos et jeux par rapport à cela. Il est extrêmement chou et semble martyrisé par ses sœurs ne le lâchant pas d’une semelle. Santa est attiré par Yukiko, une jeune journaliste incarnée par Sakai Wakana (Kisarazu Cat’s Eye, Umareru.). Ajoutons par dessus des présentateurs loufoques d’une émission de télévision et le j-drama se montre totalement excentrique par moments.

Au final, Waraeru Koi wa Shitakunai est une série colorée extrêmement réussie sur Noël. Grâce à un humour perpétuel n’oubliant jamais les émotions, l’entrain communicatif de ses personnages et la tonalité quasi burlesque, l’ensemble se révèle définitivement rafraîchissant. S’il est indéniable que les bons sentiments soient présents, la fin évite les écueils habituels, les clichés et la mièvrerie consensuelle. En outre, esthétiquement le j-drama est un véritable succès étant donné que presque tous les plans font penser aux fêtes de fin d’année ; il est alors très facile de se retrouver dans l’ambiance. Cela dit, il ne s’agit pas que d’une série sur Noël et c’est pour cette raison qu’il est tout à fait possible de la regarder à une autre époque et d’être emporté par ce mignon divertissement très agréable racontant les aventures de protagonistes truculents.
Bonus : la magnifique chanson de fin, Hikaru par Fayray