Ben Hur (mini-série)

Que l’on soit amateur de péplum ou non, tout le monde a forcément déjà entendu de Ben Hur. On pense généralement au film de William Wyler sorti en 1959 avec Charlton Heston, mais il existe de nombreuses autres adaptations du roman de Lewis Wallace. Celle qui nous concerne aujourd’hui est une mini-série assez récente, car elle fut diffusée pour la première fois les 4 et 11 avril 2010 sur CBC, une chaîne canadienne. Composée de deux épisodes de quatre-vingt-dix minutes chacun, il s’agit d’une production de multiples pays, à savoir l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et le Canada. À noter qu’elle a été initiée par David Wyler, le petit-fils de William. Mes souvenirs du film remontant au collège, je dois avouer qu’ils sont assez flous. Je crois avoir beaucoup aimé à l’époque, mais cela ne m’a pas fait approfondir la question. De même, je n’ai pas lu le roman. Ceci pour vous placer le contexte, je serai incapable de dire s’il s’agit d’une adaptation fidèle ou non. Je vais seulement m’attarder sur les qualités de la mini-série en tant que telle. Aucun spoiler.

Judah Ben-Hur est l’héritier d’une riche famille juive et suit une existence tranquille parmi les siens. Celle-ci vole en éclats le jour où il se voit accusé à tort d’une agression menée contre Ponce Pilate, le préfet de Judée. Tandis qu’il pense à ses proches condamnés, il est envoyé aux galères, à la demande de son meilleur ami, Messala, citoyen romain et désormais haut placé dans les sphères politiques. Cependant, suite à un concours de circonstances, Judah réussit à quitter son triste sort et est bien décidé à se venger. Coûte que coûte.

Les péplums étant ma tasse de thé, je n’avais pas envie de rater Ben Hur malgré le peu d’enthousiasme que me procurait l’idée de savoir qui incarnerait le personnage-clé. Effectivement, c’est Joseph Morgan qui endosse les traits de ce juif devenu plus tard romain. S’il a dernièrement montré qu’il pouvait être relativement convaincant dans The Vampire Diaries, il n’empêche qu’il a un jeu très limité et sans réelle nuance. Malheureusement, il n’est ici que très rarement correct et n’aide vraiment pas à relever le niveau de la mini-série tant, de toute manière, l’interprétation est loin d’être au diapason pour l’ensemble de la distribution. D’ailleurs, ces deux épisodes abritent de nombreux visages connus. L’ancien ami de Judas Ben-Hur, Messala, est incarné par Stephen Campbell Moore (Titanic), la mère et la sœur, Ruth et Tirza Ben-Hur, par Alex Kingston (ER, Doctor Who) et Kristin Kreuk (Smallville), tandis qu’Esther, le grand amour de Ben-Hur est joué par Emily VanCamp (Everwood, Revenge). Dans des rôles plus secondaires nous pouvons y retrouver Marc Warren (State of Play, Terry Pratchett’s Hogfather) en David Ben Levi appréciant peu Ben-Hur, Kris Holden-Ried (The Tudors) comme émissaire romain, Hugh Bonneville (Downton Abbey) en Ponce Pilate ou encore Eugene Simons (Lancel Lannister dans Game of Thrones) en Ben-Hur adolescent. Il y a donc beaucoup de monde déjà croisé dans diverses séries télévisées et à part quelques rares exceptions comme Stephen Campbell Moore, presque personne ne se montre à la hauteur de ce que l’on attend d’eux. On peut blâmer le jeu des acteurs, mais il faut avouer qu’ils sont mal dirigés, ne possèdent que des dialogues creux et trop peu de matériel. Cela dit, ce n’est pas ça le plus gros problème, mais plutôt que l’on ne ressent absolument rien au fil des minutes qui s’écoulent.

L’histoire de Ben Hur est fondamentalement tragique. Un juif avait à l’origine tout pour lui : une famille chaleureuse, un meilleur ami, certes romain, mais sympathique, une fiancée s’apprêtant à l’épouser et de l’argent à ne plus savoir qu’en faire. Évidemment, quand tout nous sourit et que l’on est très gentil, on finit par trébucher sur un caillou. Ou plutôt, dans ce cas précis on fait tomber une tuile sur Ponce Pilate. Oui, le Ponce Pilate ayant par la suite supposément eu affaire à Jésus. Ben-Hur croyait que son camarade, Messala, l’aimait toujours malgré les années qu’il venait de passer à Rome, mais leurs divergences d’opinions les poussent dans leurs retranchements. Bref, le résultat est que Ben-Hur est envoyé aux galères, ne meurt pas rapidement en dépit de son physique de gringalet, revient en Judée chargé à bloc après être devenu romain et s’apprête à faire des petites miettes de Messala. Le scénario est par conséquent on ne peut plus classique, mais c’est normalement sa dimension tragique puis épique avec la fameuse course de chars qui est supposée combler les quelques lacunes. Or, dans cette mini-série ce n’est pas le cas parce que l’on ne croit pas à ce que l’on voit. Les personnages ont beau agir et parler sans véritable logique ou cohérence, ils ne dégagent rien. L’impact émotionnel est ainsi tout simplement absent et empêche le téléspectateur de se sentir concerné. Au final, Ben Hur n’a rien du drame tant attendu. L’ensemble manque clairement d’intensité et est d’une platitude à faire peur. À la rigueur, Messala est bien le seul qui pourrait inspirer une certaine sympathie, lui qui a tout détruit pour le pouvoir, mais il n’est toutefois pas suffisamment approfondi pour que l’on puisse en retirer grand-chose. Le constat est encore plus amer pour tous les autres personnages secondaires. Quant à Ben-Hur, avec une psychologie manquant cruellement de finesse, il n’est pas nécessaire d’espérer des miracles.

Quid de la religion ? Thématique importante de l’histoire originale, elle est ici traitée aussi superficiellement que le reste. Jusqu’aux derniers instants, on ne voit presque rien à son sujet. De temps en temps, la caméra s’attarde sur un homme entouré de fidèles, priant ensemble, et ça s’arrête là. Seule la conclusion change quelque peu la donne et se ridiculise en beauté. Découvrir Jésus portant le patibulum et sa couronne d’épines et le faire interagir avec Ben-Hur n’est pas trop dérangeant malgré un évident côté prêchi-prêcha. En revanche, l’espèce de fin miraculeuse où tout le monde baigne dans cette lumière supposément mystique associée au baiser typiquement hollywoodien donne envie de vomir.

Entre le début de l’histoire et son épilogue, il se déroule un certain nombre d’années que l’on peine à concevoir tant tout va très vite. D’un côté, cela empêche de foncièrement s’ennuyer, car chaque scène est balayée d’un revers de main, laissant à peine le temps de la digérer puisque l’on passe déjà à une suivante, sur un registre parfois différent. Il n’en reste pas moins que la mini-série manque quelque peu de rythme et accumule les lourdeurs ou les périodes de flottement. Par ailleurs, si la musique originale, composée par Rob Lane (Merlin -BBC-), est très agréable, elle ne convient que rarement à ce que l’on y voit tant elle veut forcer l’atmosphère normalement épique de cette fresque historique. Elle produit la conséquence inverse, car elle en devient rapidement étouffante ou source de sourires. Et sans grande surprise, la forme est moyennement satisfaisante bien que l’on puisse en partie déplorer le manque de budget. Si certains plans sont efficaces, que la photographie est relativement correcte ou encore que le cadre est sympathique (la maison des Ben-Hur n’est-elle pas celle de Vorenus dans Rome ?), les quelques effets spéciaux comme ceux sur la galère sont très moches.

En définitive, ce Ben Hur est très loin d’être une franche réussite, car la mini-série accumule les maladresses, les invraisemblances et n’offre qu’une vision expédiée et mal racontée de l’histoire désormais mondialement connue. Entre l’écriture manquant de rigueur, l’absence de caractérisation et de développement des personnages, la transparence d’un héros a priori charismatique, l’interprétation laborieuse d’une bonne partie de la distribution et un désintérêt total quant aux devenirs des protagonistes, elle ne possède pas de réelles qualités. La supposée vengeance n’est pas palpitante pour un sou et la course de chars est piteusement filmée en plus d’être soporifique. En d’autres termes, Ben Hur est une production presque médiocre qui, si elle se laisse regarder sans trop de difficultés en faisant plusieurs pauses, mérite juste d’être oubliée. À la place, autant préférer le film de 1959.

Carlos (mini-série)

Passée assez inaperçue dans le monde des blogs de sériephiles, il est l’heure de parler d’une mini-série franco-allemande, ayant aussi été traitée en tant que film. Carlos est disponible sous deux formats. C’est pour cette raison que j’ai un petit peu hésité avant de la traiter sur Luminophore puisque je ne sais pas trop de quelle manière la classer. Toutefois, ayant regardé la version télévisée, j’estime qu’on peut la considérer comme une mini-série. Comme écrit plus haut, il existe deux versions. La première, celle dont il sera question ici, fut diffusée sur Canal+ à raison de trois épisodes de 110 minutes en mai 2010. En juillet de la même année, elle fut adaptée au cinéma, en tant que film donc, et dure 160 minutes. Je n’envisage pas de voir ce film et d’après ce qu’on peut lire, il est préférable de visionner la mini-série. En partie écrite et réalisée par Olivier Assayas, elle traite de vingt ans de la vie de Carlos, le Chacal. Aucun spoiler.

Au risque de passer pour une inculte, lorsque l’on me parle de Carlos, j’ai un peu tendance à penser en premier lieu au chanteur français. Oui, oui. Bon, évidemment il n’est pas du tout question de lui ici (oh, étonnant xD). On va dire que c’est bien moins joyeux. Ilich Ramírez Sánchez est plus reconnaissable sous ses pseudonymes Carlos ou Le Chacal. Toujours en vie et emprisonné en France depuis 1994, il est surtout connu pour ses nombreux attentats durant les années 1970 – 1980. Tour à tour révolutionnaire et terroriste, ses principaux champs d’action étaient la libération de la Palestine et/ou encore la cause du marxisme. Pour être honnête, je ne connaissais presque rien de lui avant cette mini-série. Sans que cela ne soit une raison valable, j’ajouterai juste qu’à l’époque où il sévissait, je n’étais même pas née et il n’a jamais été question de lui à l’école. Par conséquent, j’ai sauté sur l’occasion de me cultiver en visionnant cette mini-série. Ces trois épisodes font figure de reconstitution assez extraordinaire. Comme écrit plus haut, je ne connais rien à ce sujet et je ne suis pas du tout calée en géopolitique. Néanmoins, cela n’est pas nécessaire pour se rendre compte du travail effectué. Il y a un souci du détail et la série parvient toujours à ne pas trop en faire, sans tomber dans de l’académisme et donner l’impression de réaliser un film d’histoire. Assayas ne prend pas parti pour qui que ce soit, ce qui est une bonne chose. L’ensemble est neutre. Il est par ailleurs bon de préciser que cette biographie est libre car la vie de Carlos contient bien trop de zones d’ombre. La mini-série est à la fois riche et complexe. Elle glisse aisément le téléspectateur dans le climat de l’époque pour lui faire comprendre les enjeux. Elle s’appuie sur de nombreuses vidéos d’archive bienvenues, choisies avec soin car pertinentes.

La mini-série débute lors de l’entrée de Carlos au sein du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) jusqu’à son arrestation par la DST, en 1994. Vingt ans sont ainsi narrés en presque six heures. En raison de cette durée, le soufflet retombe par moments mais c’est généralement pour mieux repartir. La mise en scène y est pour beaucoup tant elle est maîtrisée, la photographie est d’ailleurs fort réussie. Côté technique, que l’on soit un amateur de langues étrangères ou pas, il faut voir la mini-série en VO. C’est un vrai délice car si l’anglais prédomine, on entend parler français, espagnol, japonais, arabe, allemand, etc. L’immersion est de suite plus aisée et par voie de conséquence, plus intense.

Qu’en est-il de l’interprétation ? Si Carlos est bien écrite, et montée avec grand soin, parvenant ainsi à tenir en haleine, elle n’aurait pas la même portée sans sa distribution. De nature internationale, généralement les Français sont joués par des Français, les Allemands par des Allemands, etc. Cela peut paraître trivial mais cela apporte davantage de crédibilité à l’ensemble, ne serait-ce que lorsqu’on entend les acteurs parler. L’interprétation est de qualité plus que convenable. Il est important de saluer la performance de celui qui porte les traits de Carlos, à savoir Édgar Ramírez. Déjà vu pour ma part dans le film de Tony Scott, Domino, je le connaissais un tant soit peu. Quel charisme et quelle prestance ! Tout comme le véritable Carlos, il est Vénézuélien et parle plusieurs langues couramment. De ce fait, l’entendre s’exprimer en anglais ou en français n’écorche pas du tout l’oreille et ne nécessite donc pas le regard des sous-titres. Son implication est telle qu’il n’a pas hésité à prendre de nombreux kilos pour coller au mieux avec le vrai Carlos.
Au-delà de la reconstitution historique/politique passionnante, la mini-série est une plongée dans l’homme que fut Carlos. Sans le vénérer ou le diaboliser, Assayas dresse le portrait d’un homme imbu de lui-même, collectionnant les femmes, narcissique, paranoïaque, opportuniste, ambigu et résolument complexe.

Tour à tour spectaculaire et intime, la mini-série Carlos est en définitive une belle découverte. Si elle manque parfois de rythme, ce qui en soit peut se comprendre en raison de son format, elle n’en reste pas moins intense, haletante et assimilable à un véritable thriller. Brillamment interprétée et écrite, elle nous plonge dans le contexte politico-historique de l’époque. S’il est complexe, il n’est assurément pas nécessaire d’avoir des connaissances poussés pour adhérer à ces épisodes. La personnalité riche de Carlos est peinte avec brio et l’ensemble se révèle palpitant, intelligent et crédible.

Par |2020-04-03T18:46:47+02:00novembre 30th, 2010|Carlos, Mini-séries, Séries allemandes, Séries françaises|0 commentaire