Grey’s Anatomy (saison 13)

Ne dit-on pas que le nombre treize est synonyme de malheur ? En tout cas, beaucoup de superstitieux l’évitent, le redoutent, mais Grey’s Anatomy a eu l’opportunité de dépasser cet âge avancé. Cette nouvelle saison, constituée de vingt-trois épisodes, fut diffusée sur ABC entre septembre 2016 et mai 2017. Aucun spoiler.

Pas le temps de souffler, la série reprend exactement là où elle nous avait quittés, à savoir au mariage d’Owen et d’Amelia. Pendant que la fête bat son plein, Alex doit faire face à ses actions, à sa rage l’ayant conduit à massacrer son collègue, l’interne Andrew DeLuca. Dans son premier quart, la saison a l’excellente idée, du moins sur le papier, de se focaliser sur le chirurgien pédiatrique trop laissé pour compte depuis quelques années. Alex a beau faire partie de la distribution d’origine, il n’est guère utilisé à bon escient, tout comme beaucoup d’autres de ses comparses. Grey’s Anatomy pâtit effectivement plus que jamais de sa grande galerie de personnages et ne réussit pas à leur offrir du matériel suffisant, papillonnant au gré du vent, de manière schématique et peu heureuse. Quoi qu’il en soit, elle cherche visiblement à soigner le fidèle ami de Meredith sauf que le soufflé retombe rapidement. Ce fil rouge perd de sa saveur dès son commencement, avec une conclusion expédiée, un impact émotionnel quasi nul et des dynamiques finalement peu travaillées. Jo le représente clairement puisqu’elle ne sert à rien tout au long de ces aventures inédites. De toute façon, l’intégralité de cette saison souffre d’un traitement approximatif, poussif, rendant le visionnage laborieux, voire extrêmement désagréable. La fiction ne s’était en effet pas montrée aussi mauvaise sur la durée depuis bien longtemps. Les semaines défilent, l’intérêt ne remonte pas. Certes, de rares moments plus éclairés surgissent ponctuellement, mais c’est pour toujours mieux replonger dans la médiocrité. Quelques épisodes sortent du cadre hospitalier, avec un résultat aléatoire. Autant celui centré sur Jackson au Montana, avec une utilisation très pertinente d’Eric Roberts, mérite le détour, autant l’autre se déroulant en prison n’apporte rien. La prévisibilité des scénarios empêche toute implication d’autant que les incohérences, les raccourcis ridicules et les rebondissements préfabriqués prennent leurs aises. L’écriture oublie toute finesse au profit de ficelles grossières transformant progressivement la série en une véritable caricature d’elle-même, en une autoparodie puérile où évoluent beaucoup de protagonistes narcissiques, condescendants et se permettant de se mêler de la vie d’autrui en toute impunité. Le principal arc narratif symbolise tristement cette routine sentimentale n’ayant que les malentendus absurdes à la bouche.

Pour diverses raisons, Miranda Bailey choisit de révolutionner le programme de l’internat dirigé par Richard Webber, ce qui provoque inévitablement des remous. Cette intrigue susceptible au demeurant de proposer une critique en filigrane de l’éducation des médecins et de certains problèmes hospitaliers, s’enlise tout au long de la saison. Et la parasite. Le Seattle Grace se retrouve en proie à un conflit d’idéaux et de fidélité, là où les orgueils mal placés se taillent la part du lion. L’irruption de l’horripilante Eliza Minnick (Marika Dominczyk – Brothers & Sisters) cristallise les rancœurs et amplifie le phénomène. Pour faire simple, les épisodes donnent souvent l’impression de plonger dans une cour de récréation, avec des querelles grotesques par leur immaturité, des personnages ne se conduisant pas comme les adultes responsables qu’ils sont censés être. Grey’s Anatomy a toujours injecté une petite dose de folie douce, mais elle sombre ici dans les inepties. Ses héros, à force de tergiverser, de réagir n’importe comment, de répéter inlassablement les mêmes erreurs, en deviennent désagréables. Difficile alors de ressentir quoi que ce soit pour eux, de souffrir ou de s’émerveiller de ce qu’ils vivent. Owen et Amelia expérimentent une énième crise deux secondes après s’être passé la bague au doigt. Les récemment divorcés April et Jackson semblent pourtant ne pas pouvoir être développés indépendamment l’un de l’autre. Arizona se limite à la touche homosexuelle, comme si toutes les lesbiennes devaient forcément se mettre en couple. Maggie s’amourache de Nathan Riggs, se plaint et perd totalement de sa fraîcheur. Justement, ce dernier fait la cour à Meredith qui ne se laisse pas facilement conter fleurette. L’héroïne est sûrement l’une des rares avec la sympathique Stephanie Edwards à ne pas insupporter. Son absence dans plusieurs épisodes se fait d’ailleurs ressentir. Les deux sont les seules à se comporter de façon adaptée et un peu plus fine que la moyenne générale. Contre toute attente, résumer l’ensemble se transforme presque en gageure puisque les récits brassent de l’air et s’égarent dans des ingrédients convenus, déjà vus à maintes reprises. La production ne réussit alors même pas à capitaliser sur ses intrigues médicales, car elles aussi restent à la peine, oubliant les moments forts de jadis.

Pour conclure, cette treizième saison de Grey’s Anatomy rate le coche du début à la fin. En plus de ne rien raconter de palpitant et de se borner à des artifices redondants, elle a la déplaisante manie de rendre la majeure partie de ses personnages au mieux insipides, au pire détestables. Les épisodes se suivent, se fourvoient dans des rebondissements exagérés et des développements brutaux laissant une impression globale d’indifférence et d’enfantillage consternant. En dépit de sa longue durée, elle ramène le Seattle Grace et la plupart de ses occupants quasiment au point de départ, si ce n’est qu’avec son manque de liant et son traitement fastidieux, elle a anesthésié au passage ses téléspectateurs. Allez, espérons qu’il ne s’agit là que d’une erreur de parcours et que la série saura reprendre de ses couleurs. Il le faut.

Par |2017-12-08T22:27:03+01:00décembre 13th, 2017|Grey's Anatomy, Séries étasuniennes|0 commentaire

Supernatural (saison 12)

La vie est décidément injuste pour les Winchester parce que même après avoir écarté un être aux pouvoirs divins, ils doivent continuer d’œuvrer pour sauver la planète. Et comme Supernatural ne semble toujours pas vouloir s’arrêter, ils risquent de pourchasser les démons et autres créatures encore un petit moment. La douzième saison comporte vingt-trois épisodes diffusés sur The CW entre octobre 2016 et mai 2017. Aucun spoiler.

En dépit de son âge presque canonique pour la télévision, la série avait réussi l’an passé à nous confirmer qu’elle détenait de solides atouts dans sa manche, qu’elle était capable de sortir légèrement de sa routine un peu trop visible, de choyer son capital sympathie et d’oublier au moins provisoirement ses défauts les plus handicapants. Autrement dit, elle se montrait plaisante, surtout après une dixième année guère concluante. Hélas, la nouvelle ne parvient pas à maintenir le cap de bout en bout et laisse la majeure partie du temps perplexe. Le visionnage n’en devient heureusement jamais désagréable puisque les personnages se révèlent toujours aussi attachants à leurs manières. L’écriture continue de jouer la carte de la nostalgie avec maintes références et divers flashbacks remontant parfois aux tous débuts de la fiction, ce qui prouve justement la maîtrise en la matière des nouveaux showrunners que sont Andrew Dabb et Robert Singer. Mais avouons que tout traîne, manque d’envergure et délivre une impression de brouillard constant, comme si les scénaristes ne savaient pas où ils se dirigeaient. Arrivé en bout de course, le lien général saute enfin aux yeux sauf que pendant trop de semaines, les enjeux restent anecdotiques, avec des aventures indépendantes s’apparentant à du pur remplissage et des intrigues plus globales peu enthousiasmantes. Blâmons un traitement approximatif et quelques incohérences finissant par handicaper. Qui plus est, Supernatural oublie pour l’occasion de proposer des interludes plus drolatiques et décalés comme elle en avait pourtant l’habitude ; si l’humour n’est évidemment pas occulté, ces épisodes spéciaux font cruellement défaut – non, Hitler ne suffit pas. La série nous avait quittés précédemment par la découverte de la branche britannique des Hommes de Lettres, branche à première vue peu commode étant donné que l’une de ses membres, Lady Toni Bevell (Elizabeth Blackmore – The Vampire Diaries), ne trouvait pas mieux que de tirer sur Sam à bout portant. Cette saison inédite commence immédiatement après ce coup de feu et donne le ton d’emblée, car ces Européens sont prêts à tout pour obtenir ce qu’ils désirent. Mais justement, que veulent-ils ? Et puis, diable, ne sont-ils pas du même côté que celui des chasseurs ?!

Souhaiter approfondir cette fameuse société secrète d’érudits n’est en soi pas une tare, bien au contraire. Or, la production le fait avec ses gros sabots, se limite à une peinture manichéenne et ne profite presque pas de ce qu’elle a à portée de main. L’Angleterre respire depuis plusieurs années grâce au scrupuleux travail de ces personnes. Et pour cause, elles se sont débarrassées de tous les monstres de la nuit, qu’il s’agisse des vampires, des loups-garous ou moult dangers surnaturels. Cela étant, cette purge ne s’est pas effectuée sans accroc et repose sur une politique inflexible, quasiment dictatoriale et fanatique. Et voilà que les Hommes de Lettres ont maintenant décidé de s’attaquer aux États-Unis qu’ils estiment être peuplés de chasseurs incapables, grossiers, arborant des chemises en flanelle et buvant de la bière. Bref, la confrontation des deux cultures se fait dans la douleur et provoque de graves remous. Mais sachant qu’elles ont normalement des objectifs communs, la logique voudrait qu’elles s’associent et cheminent de concert. L’audience réalise rapidement que toute cette intrigue sent le soufre, surtout quand l’un des personnages les plus intéressants et montrant une autre manière de penser est brutalement écarté. Le récit progresse par à-coups, avec des figures comme Ketch (David Haydn-Jones) se limitant à l’archétype de la machine sans cœur, des grands et mystérieux pontes lovés dans leur tour d’ivoire. Y inclure une dominante technologique sortant tout droit de Mission: Impossible détonne et rappelle une fois de plus que cette saison inédite oublie trop régulièrement la subtilité d’antan, qu’il est l’heure de retourner à des fondamentaux. Et ce constat s’avère d’autant plus ironique que dans le fond, la série n’efface jamais ses origines, tente de développer le monde des chasseurs en apportant à ses protagonistes de nouveaux comparses et en ramenant les quelques rares survivants comme Jody et Eileen. Les ingrédients sont donc bel et bien présents, mais l’agencement des histoires entre elles et l’omission d’une ambiance létale, d’une franche tension, nuisent à l’appréciation. D’ailleurs, garder Lucifer sous le coude n’est pas non plus l’idée la plus lumineuse.

Comme à son habitude, le Diable berne la Terre entière et ne tient pas en place. Avoir fait la paix avec son père, Dieu, ne l’a pas du tout assagi et il reprend vite du poil de la bête. Encore plus en roue libre, incontrôlable et agaçant par ses mimiques, il est au départ gêné par son absence d’hôte. C’est pourquoi il saute d’humain en humain, Crowley et Castiel le pourchassant. Le démon et l’ange n’ont évidemment pas les mêmes motivations. Tandis que le premier rêve d’humilier Lucifer, le second se sent coupable de tout ce qui s’est passé et espère enfin aider les Winchester, ne plus se comparer à un boulet. Tristement, Supernatural n’arrive toujours pas à exploiter Castiel et cela désole, car le personnage est agréable, surtout quand il interagit avec ses grands amis, sa famille. En voulant protéger coûte que coûte ses proches, il commet de multiples erreurs et favorise l’ascension du Diable. La saison se perd un peu avec le costume du vieux rockeur ringard (Rick Springfield) et prend davantage d’envergure avec l’irruption plutôt inattendue, mais pertinente, d’un élément biblique qui, étonnamment, n’avait pas encore été évoqué dans la série. Néanmoins, cette intrigue sera développée l’année prochaine, celle-ci se bornant à amorcer le terrain, avec une fois de plus un succès relatif. Qu’il s’agisse de Kelly (Courtney Ford – Dexter), de la course contre la montre qui s’annonce et des alliances intéressées entre les différents clans, tout y reste superficiel et peu mémorable même si, contre toute attente, Rowena tire son épingle du jeu grâce à une utilisation inhabituelle. Les aventures défilent et s’oublient rapidement la télévision éteinte. Crowley n’est pas beaucoup mieux loti que son comparse angélique et ce qui se produit en toute fin se veut étonnant, bien que cohérent avec sa nature de revanchard imbu de sa propre personne. L’ultime épisode rate le coche en plus d’exagérer avec l’arrivée sur le devant de la scène d’une faille, d’un moyen narratif poussif pour probablement plaire aux fans et faciliter grossièrement la tâche des scénaristes. Quoi qu’il en soit, les Winchester sont sur tous les fronts entre les luttes intestines dans leur supposé groupe et la menace que représente Lucifer avec ses préoccupations héréditaires. L’irruption invraisemblable de leur mère, décédée depuis vingt ans, promet également de sacrées étincelles.

Oser faire revenir Mary Winchester des morts ne ressemble-t-il pas à un procédé surgi de nulle part ? À une très mauvaise idée ? Sur le papier, si. À l’écran, pas vraiment. Pour elle, Sam et Dean ne sont que des enfants qu’elle apprécie encore choyer, border dans leur lit. En sortant de sa tombe, elle retrouve l’aîné bien plus âgé, abîmé par la vie, rongé par plusieurs tourments qu’il cherche à camoufler derrière ses blagues pas toujours très fines. La saison a beau se perdre en circonvolutions, elle a au moins le mérite de traiter ce retour comme il se doit. Certes, Mary n’est pas facile à cerner, mais cela paraît logique au vu de tout ce qu’elle a déjà vécu, de ce qu’elle doit assimiler, du choc psychologique que cette résurrection provoque. Elle a été arrachée du Paradis avec une rare brutalité et elle est obligée de faire le deuil de son mari, de ses fils devenus grands, de tout ce qu’elle a raté. Le père est en partie présent grâce aux amusants petits clins d’œil à Jeffrey Dean Morgan et à son rôle dans The Walking Dead. Supernatural n’a jamais été très douée pour écrire ses personnages féminins et là, pour le coup, elle s’y adonne assez adroitement, ne serait-ce qu’en ne limitant pas Mary au statut de mère. Elle bataille ferme pour reprendre les rênes de son existence, jouir de sa vie de femme dans tous les sens du terme. Cette chasseuse sait se débrouiller seule et elle n’attend rien de personne, pas même de Sam et Dean. Il est par ailleurs agréable de voir les réactions des deux, de constater la résurgence de vieilles blessures, notamment avec Dean, tellement fragile derrière cette carapace. Les épisodes continuent aussi d’approfondir la relation des frères et prouvent que le stade des chamailleries répétitives de jadis n’est plus que du passé, au profit du respect mutuel et d’une certaine fierté réciproque. Les Winchester sont clairement arrivés à un apaisement, bien que cela n’empêche évidemment pas les disputes. Les déboires avec les satanés Britanniques où la fin justifie les moyens symbolisent en plus à merveille le cheminement de mentalité des héros, surtout chez Dean. Ses actes et ses propos ne font nul doute parce qu’il l’explique sans demi-mesure : chasser ne se résume pas à tuer, mais se rapporte en réalité à faire ce qui est juste. Cette évolution enthousiasmante témoigne de tout le travail effectué en amont par la production.

Pour conclure, cette douzième saison de Supernatural ne réitère pas le succès de la précédente et se montre irrégulière. Si les personnages et la mythologie de cet univers n’ayant plus beaucoup de surprises pour le téléspectateur chevronné continuent de séduire, l’écriture précise à retardement ses objectifs avec les Hommes de Lettres ; et à travers Lucifer, elle ne délivre pas une montée en puissance nécessaire pour une fiction de cette trempe. Les menaces demeurent ainsi trop longtemps superficielles et abstraites pour convaincre, et quand la roue commence enfin à tourner, le rythme s’emballe de manière déraisonnée, avec des développements brusques empêchant d’installer une solide atmosphère émotionnelle. Bref, certes la déception n’est pas vraiment de la partie malgré des figures parfois trop mises sur le banc de touche et une absence d’aventures désopilantes faisant la marque de fabrique de la série, mais quand bien même celle-ci souffle ici sa douzième bougie, elle est encore en mesure de se dépasser, alors qu’elle s’en donne correctement les moyens ! Non mais.

Par |2017-11-24T18:32:11+01:00novembre 29th, 2017|Séries étasuniennes, Supernatural|0 commentaire