Class (série complète)

À l’image du TARDIS plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur, l’univers de Doctor Who semble parfois presque impossible à limiter. Ses séries dérivées Torchwood et The Sarah Jane Adventures l’ont déjà prouvé ces dernières années. Plus récemment, Class a aussi tenté de laisser sa marque dans le paysage télévisuel en faisant patienter les téléspectateurs avant le retour alors attendu des aventures du Docteur. Cette production britannique n’ayant toutefois pas rencontré le succès espéré, elle a été annulée au terme de sa première saison, constituée de huit épisodes diffusés sur BBC Three entre octobre et décembre 2016. Aucun spoiler.

Au premier abord, l’école londonienne Coal Hill School est tout ce qu’il y a de plus classique. Sauf que le Docteur s’y est auparavant rendu à diverses reprises et depuis, les extraterrestres y reviennent trop régulièrement pour jouer de mauvais tours à la population. Comme le Seigneur de Temps ne peut être partout à la fois, il charge un petit groupe d’élèves de s’occuper de ces créatures. Sans surprise, conjuguer aventures surnaturelles, études et adolescence n’est pas de tout repos.

Cet établissement scolaire ne sort pas de nulle part puisqu’il a été mentionné dès les débuts de Doctor Who avant de prendre une plus grande ampleur au sein de la huitième saison. Rappelons d’ailleurs que Clara Oswald y a enseigné l’anglais. Malgré cet héritage et de sporadiques apparitions de Twelve, Class n’a pas de lien direct avec la série d’origine. Il s’agit plus ici d’une sorte de déplacement de l’univers, le nom du Docteur étant surtout là pour cautionner les fondements de ce qui se déroule. Que l’ambiance et la mécanique narrative diffèrent ne paraît donc pas anormal, bien au contraire. Malheureusement, au départ Class donne l’impression de ne pas trop savoir sur quel pied danser. Si elle met en avant des personnages encore jeunes, le public visé ne semble pas du tout être celui des enfants tant certaines scènes se montrent psychologiquement éprouvantes et violentes. Les morts brutales sont par exemple monnaie courante avec, en sus des corps parfois fort malmenés. Mais simultanément, la série essaye de garder une atmosphère légère au moyen d’humour, ruinant par moments la crédibilité de développements. Ce n’est guère étonnant qu’elle n’ait pas trouvé son audience en raison de défauts assez handicapants, dont ce registre caractériel reprenant certains traits de Torchwood. Ses effets spéciaux limités dus à un budget tout aussi restreint ne sont pas non plus les seuls à décrier d’autant que jadis, Doctor Who a prouvé qu’il était possible de s’en affranchir. Il convient également de critiquer l’irrégularité des intrigues, les facilités, un rythme maladroit et une interprétation globale branlante. Malgré tout, Class gagne en assurance au fur et à mesure grâce à quelques idées pertinentes, un ton rafraîchissant et une certaine simplicité dans son envie de divertir, ce qui empêche de se montrer trop dénigrant.

Coal Hill School n’aurait pas à rougir devant le lycée de Sunnydale. En dépit de sa récente rénovation, l’école est marquée par des fissures, ou plutôt par des failles spatiotemporelles causant l’irruption d’extraterrestres. Suite à certaines circonstances, cinq élèves et une professeure se mettent à enquêter sur les curieux phénomènes prenant parfois une place considérable dans leur quotidien. Derniers survivants d’une guerre, asservissement, génocide, jambe robotique, retour des morts et invasion de pétales tueurs alimentent la partie fantastique des scénarios. D’autres thématiques au fondement dramatique apparaissent, dont le deuil, la scolarité, la romance, etc.. Elles se limitent cependant souvent à une approche classique, voire convenue et sentimentale. Si les membres de cette équipe s’annoncent au départ caricaturaux avec le sportif arrogant ou l’affable irréprochable, les caractères s’affinent heureusement. De même, les dynamiques évolutives et des révélations inattendues concernant la nature de certains d’entre eux se veulent intrigantes. Les personnages représentent clairement le maillon fort de Class, à défaut de réussir pleinement à créer une unité crédible. En effet, pour corser les situations et les relations, ces héros ne s’entendent pas et peinent à communiquer. Sans surprise, ils parviennent alors encore plus difficilement à combattre les monstres, au demeurant peu palpitants. Le fil rouge principal, avec le peuple de l’Ombre et le lien complexe entre Charlie et la prof de maths, densifie néanmoins la mythologie et offre de jolis moments et pistes de réflexion.

En résumé, l’absence de rigueur de Class l’empêche de convaincre bien que dans le fond, elle ne manque pas forcément d’atouts et d’un probable potentiel. Le classicisme de ses débuts laisse peu à peu place à une identité plus marquée et distille au gré de ses aventures des éléments permettant de s’affranchir d’une formule trop schématique. Grâce aux rebondissements et à un rythme plutôt enlevé, l’ennui ne se ressent pas trop, mais parallèlement, l’investissement émotionnel lui, reste limité surtout que l’inégalité des épisodes rend le visionnage parfois curieux. Les personnages ont beau pour certains comme Matteusz s’avérer attachants, une vraie cohésion d’ensemble fait une fois de plus défaut. Bref, cette série maladroite ne fait clairement pas le poids face à Doctor Who, mais son idée n’a jamais été de la concurrencer, seulement d’offrir une approche différente.

Par |2020-04-05T22:23:50+02:00mai 25th, 2020|Class, Séries britanniques|0 commentaire

Doctor Who – The Husbands of River Song (Christmas Special 2015)

Il faut encore patienter deux bons mois avant l’irruption du gros barbu sur son traîneau, mais rien ne nous empêche de discuter par ici de l’avant-dernier épisode de Noël en date de Doctor Who intitulé The Husbands of River Song. D’une durée d’une heure et scénarisé par Steven Moffat, il fut diffusé sur BBC One le 25 décembre 2015. Aucun spoiler.

Le Docteur se trouve dans son TARDIS, probablement en train de ronchonner sur les chanteurs de Noël qu’il ne veut pas voir frapper à sa porte. Jusqu’à ce qu’un individu connaissant visiblement son identité lui demande de venir, car il a besoin d’aide. Intrigué, il obtempère et arrive devant une grande soucoupe volante où l’accueille… River Song ! Sauf qu’elle ne le reconnaît pas du tout et attend de lui qu’il opère son époux, le roi Hydroflax. Comment ça, elle est mariée à quelqu’un d’autre que le Seigneur du Temps ?!

Après une fin de saison neuf éprouvante, cette aventure inédite joue la carte humoristique, ce qui en soi n’est pas un mal. D’ailleurs, assez rares sont les épisodes de Noël à s’y atteler. En revanche, il est vraiment dommage que l’aspect festif soit autant en retrait. Certes, la neige et quelques décorations répondent à l’appel, mais elles restent en arrière-plan et il manque le fameux esprit typique de cette période. Ne boudons tout de même pas notre enthousiasme devant cet unitaire sympathique comme tout reposant beaucoup sur le duo énergique que forment Twelve et River Song. Et pourtant, il paraissait légitime de se montrer circonspect en constatant le retour de celle qui avait normalement disparu. N’était-ce pas vouloir contenter les fans et tirer sur la corde que de la faire revenir ? Le récit n’allait-il pas définitivement égratigner le personnage ? Non, pas du tout. C’est un vrai plaisir de la voir évoluer surtout qu’elle ne réalise pas sur l’instant que son comparse du moment est le Docteur. Il a beau lui lancer un tas de clins d’œil, elle n’y prête guère attention, car pour elle, il est arrivé au terme de ses visages avec celui d’Eleven, cette version qu’elle a tout particulièrement fréquentée. La River apparaissant ce jour n’est pas n’importe laquelle comme le public le remarque progressivement avec une certaine mélancolie. Bien que The Husbands of River Song soit drôle, il ne se départ effectivement pas d’une atmosphère nostalgique, les quinze dernières minutes convoyant beaucoup d’émotions et de tendresse.

Dès le début, cet épisode respire l’absurdité et l’écriture s’en amuse avec facétie en dépit d’un rythme un peu plus laborieux vers le milieu. Le scénariste oublie heureusement de tarabiscoter son intrigue et se contente de simplicité bien que les éléments partent un peu dans tous les sens, comme pour accentuer la folie douce ambiante. Pour la première fois, le Docteur sous sa forme de Twelve rencontre River Song qui n’a aucune idée de qui est cet individu ne faisant que lui répéter qu’elle le connaît. Elle croit d’ailleurs dans un premier temps qu’il est le chirurgien qu’elle a recruté pour sauver son mari (Greg Davies) qui s’apprête à mourir à cause d’un diamant logé dans son crâne. Du moins, c’est ce qu’elle explique à son supposé cher et tendre parce qu’en vérité, elle aurait épousé la pierre précieuse et attend du praticien qu’il décapite le pauvre condamné. S’en suivent des retournements de situation, des fidèles voués à la cause d’un souverain mégalomaniaque, un androïde géant et deux acolytes, dont un amusant se prénommant Nardole (Matt Lucas). Comme à son habitude, River manipule son monde avant de se retrouver dans des positions fantasques. Si le Docteur essaye d’emblée de lui rappeler son existence, il finit plus ou moins par laisser tomber et accepte de jouer le jeu. Pour une fois, les rôles sont ainsi inversés puisqu’il occupe la place du compagnon, l’archéologue dynamique empruntant sans tergiverser le TARDIS. Le plaisir manifeste de Peter Capaldi est contagieux et voir le protagoniste s’extasier s’avère délicieux à souhait. De même, ses moments de choc en constatant les petites habitudes de River ou ce qu’elle fabrique quand elle est seule divertissent et permettent de découvrir une facette moins familière du héros. Insidieusement, l’écriture distille quelques éléments plus tristes prenant leur envol en bout de course.

Twelve et River se lancent des répliques du tonnerre, cherchent à rester vivants tandis qu’ils sont pourchassés par des créatures ennemies, et la recette fonctionne. Mais The Husbands of River Song divulgue aussi les pensées plus intimes, les incertitudes de cette femme, elle qui aime véritablement le Docteur et qui sait pertinemment qu’il a fréquenté beaucoup d’autres, qu’il le fera encore et que ses sentiments ne sont pas au même niveau que ceux d’un humain. Elle le comprend et n’attend pas quoi que ce soit de lui. Son discours au restaurant brise le cœur surtout qu’au-delà du visage suffisamment éloquent du Seigneur du Temps, il laisse un doute : croit-elle réellement ce qu’elle dit ou n’essaye-t-elle pas sur l’instant de tromper l’antagoniste en face d’elle ? Elle serait sûrement surprise de découvrir la vérité et devrait faire davantage confiance à sa propre valeur. Alors quand le public entend parler d’un lieu déjà évoqué et se souvient de ce qu’il symbolise, la tristesse survient, sans non plus se révéler étouffante grâce à la nature desdits personnages, souvent excessifs, et de beaux raccords et références au reste de l’univers, dont ce cadeau inopiné. Dommage toutefois que la musique de Murray Gold se montre un peu trop intrusive, car l’écriture n’en a vraiment pas besoin pour toucher.

Au final, cet épisode de Noël à l’ambiance douce-amère marque avec une simplicité appréciable les retrouvailles du Docteur et de l’illustre River Song que l’on ne pensait plus revoir, mais qui finit toujours par trouver un moyen de revenir sur le devant de la scène. Bien que The Husbands of River Song manque un peu d’esprit festif pour en devenir un incontournable du genre et souffre de légères baisses de régime, il laisse une jolie impression grâce à plusieurs de ses moments croustillants ainsi qu’à son ton équilibrant parfaitement humour loufoque et émotions. En bref, il apporte toute la chaleur et la tendresse requises pour la conclusion de cette relation paraissant perpétuellement sans fin.

Par |2017-10-12T21:58:35+02:00octobre 18th, 2017|Doctor Who, Séries britanniques|0 commentaire