Doctor Who – The Time of the Doctor (Christmas Special 2013)

Comme le titre du billet de ce jour l’indique plus ou moins explicitement, il est l’heure de faire ses adieux au Docteur, ou plutôt, à l’un de ses visages. À peine quatre ans après avoir endossé le costume du héros coloré de Doctor Who, Matt Smith s’en est allé au cours de cette aventure de Noël diffusée le 25 décembre 2013 sur BBC One. The Time of the Doctor dure une heure et représente également le huit centième épisode de la série. Aucun spoiler.

La dernière fois que le public a dit au revoir à une régénération de ce voyageur atypique, c’était avec le superbe duo The End of Time, qui marquait aussi la fin de l’ère Russel T Davies. Depuis, Steven Moffat a donc pris les commandes, mais si son protagoniste phare quitte le navire, ce n’est pas son cas à lui, malheureusement. J’avoue que j’aurais vraiment, vraiment aimé voir Eleven sous la houlette de l’ancien showrunner, mais bon, ça n’aura jamais été possible. Tant pis. Il n’empêche que ces épisodes symbolisant la conclusion d’une certaine époque gardent une tonalité particulière et sont davantage attendus que ceux s’insérant dans la trame routinière. En outre, il s’agit ici d’une histoire passée à la période de Noël, donc elle se doit également de disposer d’une atmosphère propice aux fêtes. Après une septième saison bancale, le défi semble par conséquent assez compliqué à relever. Tristement, ce n’est pas encore cette fois que l’on rangera ses critiques habituelles au placard, car l’unitaire en tant que tel laisse une sensation quelque peu mitigée malgré de jolies qualités.

Des vaisseaux abritant une multitude de races extraterrestres différentes se sont rassemblés en orbite autour d’une modeste planète quelque peu inconnue émettant un message dans tout l’Univers. Personne n’est parvenu à décrypter ce curieux signal, d’autant plus qu’un bouclier protège ce monde et empêche d’y mettre les pieds. Forcément, tout ceci intrigue le Docteur qui, lui aussi, souhaite comprendre ce qui s’y passe. Il embarque alors Clara fêtant de son côté Noël et choisit d’essayer de lever le voile sur cette affaire. Contre toute attente, il se pourrait bien qu’il ait un rôle très conséquent à y jouer…

Daleks, Cybermen, Anges Pleureurs, Sontariens, le Silence et plein de créatures diverses se regroupent autour de cet objet céleste anonyme ne dégageant pas grand-chose d’exaltant, mais attirant les foules. Et pour cause, il n’est autre que le lien vers les Seigneurs du Temps, car ces derniers envisagent vraisemblablement de réapparaître. Or, à part quelques rares individus, personne ne veut d’eux et chacun est prêt à tout mettre en œuvre pour éviter cette émersion soudaine. Le Docteur se retrouve coincé entre deux feux puisqu’il est le seul susceptible de ramener ses congénères. Pour cela, il lui suffit de répondre à une banale question transmise à travers une faille, une de celles de la saison cinq. The Time of the Doctor associe en effet tous les éléments apportés par Steven Moffat, quitte à ce que les téléspectateurs frôlent l’indigestion. Comme par hasard, en plus, Gallifrey revient sur le devant de la scène alors que l’on en parlait précédemment dans The Day of the Doctor. Quelle drôle de coïncidence, dites donc ! Le scénario cherche à relier tous ces pions, probablement dans le but de prouver qu’il a été pensé en amont et suit une logique implacable. Il y a de fortes chances que la réalité diffère et ce qui, de toute manière, nuit ici à l’ensemble, c’est que l’épisode ressemble à un vrai cafouillis. Bien sûr, boucler la boucle de la sorte est appréciable et illustre un certain savoir-faire, mais il importe de ne pas s’y adonner de façon aussi artificielle et parachutée. Les facilités, incohérences et raccourcis pullulent tout en s’acoquinant à un rythme effréné ne prenant jamais le temps de poser convenablement le cadre. Beaucoup d’hypothétiques intrigues sont disséminées, sauf qu’aucune ne s’installe dans la durée. Le personnage de Tasha Lem détenant maints points communs avec celui de River Song n’accentue que davantage cette impression de paresse scénaristique. En d’autres termes, malgré une volonté de répondre aux questions en suspens, le peu de subtilité ne permet pas à cette aventure de réellement convaincre. Tout y est expédié, à commencer par le départ d’Eleven qui n’a pas été suffisamment préparé auparavant.

Le Complexe Papal, une sorte d’église de l’espace, est arrivé le premier sur les lieux et, pour éviter tout débordement, a déployé un champ de force autour de la planète. La Mère supérieure, Tasha Lem, ne souhaite pas le retour des Seigneur du Temps parce qu’elle sait qu’une nouvelle terrible guerre s’annoncerait alors. Il se trouve que cette femme est une grande amie du Docteur et elle l’autorise exceptionnellement, avec Clara, à fouler le sol d’une commune appelée tout simplement Noël. Eleven est confronté à un dilemme moral en mesure de le diriger tout droit vers un sacrifice personnel. Le petit village méritait réellement d’être exploré, mais il demeure vide de contenu et ce n’est pas là qu’il faut chercher une quelconque empathie. Clara, elle, s’apparente à une jolie poupée sans identité véritable et la voir agir aussi bêtement à deux reprises n’arrange rien. Au moins, le scénario essaye vainement de lui adjoindre des antécédents familiaux, bien que tout cela se veuille peu concluant. Oui, comme répété à plusieurs reprises, l’épisode est un patchwork d’idées disparates. Dans tout ça, la onzième – enfin…, douzième si l’on se lance dans le nouveau méli-mélo dû au Docteur de la Guerre – version du Docteur tire sa référence. Le ton n’est pas grandiloquent et n’use pas d’emphase démonstrative. Non, Eleven s’en va tranquillement, s’éteignant presque comme une bougie arrivée en bout de course. Malgré tous les défauts précédemment relevés, la chronologie qui avance trop rapidement et les manques de l’écriture, ces adieux paraissent assez convenables. Le talent de Matt Smith n’est pas anodin tant il émeut à travers un regard et des dialogues, et c’est peut-être son départ à lui que l’on regrette… La vision d’une fameuse rousse figure dans les moments culminants de ce final touchant, à défaut d’être profondément bouleversant ou épique. Ce Docteur a vraisemblablement divisé l’audience en deux parties distinctes. Agaçant par ses enfantillages, son égoïsme, ses manipulations et le fait de ne jamais tenir en place plus de deux secondes, il a par la même occasion amusé. Derrière ces blagues et gesticulations se cachent des blessures vivaces, une mélancolie lancinante et des difficultés à porter le poids de l’Univers sur ses frêles épaules. La justesse du ton plaît, finalement, et ce n’est déjà pas si mal.

Pour conclure, The Time of the Doctor choisit de favoriser une ambiance intimiste et douce-amère avant de laisser s’envoler sa onzième régénération. Si l’épisode souffre d’un aspect bien trop compressé, que beaucoup d’éléments auraient daigné plus de développement, que d’autres s’apparentent à un puzzle aux pièces dépareillées, que la force émotionnelle n’est pas suffisamment intense ou que sa structure narrative manque singulièrement de fluidité, il a au moins le mérite de posséder de beaux moments. Pour cela, il convient sûrement de remercier Matt Smith qui, en dépit du temps imparti, réussit à toucher en plein cœur le téléspectateur dans les dix dernières minutes. Au bout du compte, cette aventure symbolise à merveille les écueils de la série depuis que Steven Moffat en a pris sa tête. Avec beaucoup de chance, tous ces tics d’écriture et facilités disparaîtront avec ce nouveau Docteur incarné par Peter Capaldi.

Par |2017-07-27T23:10:15+02:00juillet 14th, 2015|Doctor Who, Séries britanniques|0 commentaire

Doctor Who – The Day of the Doctor (50è anniversaire)

Après plusieurs mises en bouche favorisant le suspense, The Day of the Doctor, l’épisode spécial commémorant les cinquante ans de Doctor Who, est arrivé à l’antenne le 23 novembre 2013. En dehors de sa diffusion évidente en Angleterre, ce téléfilm de soixante-cinq minutes est également sorti simultanément dans plusieurs pays, dont la France. C’est une démarche suffisamment rare pour être notée et l’on en vient à rêver que cela se fasse plus régulièrement. Aucun spoiler.

À Londres, au XXIè siècle, l’organisation UNIT réquisitionne assez brusquement le Docteur et Clara dans le but d’éclaircir les mystères se cachant derrière des peintures illustrant Gallifrey en proie aux flammes. Au même moment, à une époque différente, un individu s’apprête à anéantir la planète des Seigneurs du Temps et ses habitants afin de sauver l’Univers. Sa rencontre avec deux de ses futurs pourrait très bien l’amener à changer sa décision, voire à bouleverser l’ordre pourtant établi depuis plusieurs centaines d’années.

Pour être honnête, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec cette aventure très particulière. Ce n’est pas un secret, Doctor Who ne m’enthousiasme plus autant qu’avant depuis que Steven Moffat se trouve à ses commandes. J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer pourquoi donc je ne vais pas me répéter de nouveau, au risque de radoter encore plus. Il n’empêche que je garde une profonde affection pour ce microcosme haut en couleur et il n’en faut pas beaucoup pour me satisfaire au moins provisoirement. Si cet unitaire avait été écrit par Russel T Davies, je l’aurais lancé les yeux fermés, mais comme ce n’est pas le cas, j’avais l’impression de m’engager sur un terrain miné. Je craignais d’être déçue parce que ce n’est pas tous les jours que l’on fête un anniversaire de cette trempe et il convient de mettre les petits plats dans les grands. Avec un format aussi court, quelques invités de prestige et une exploration d’un pan de l’histoire du héros jamais montré jusqu’alors à l’écran, il y a de quoi avoir le tournis. Alors, quid du résultat final ? Eh bien, sans surprise, les bons côtés se frottent à d’autres, moins satisfaisants. L’important est peut-être de regarder cet épisode comme un vibrant hommage à la série et de ne pas chercher à trop l’analyser, car les références sont omniprésentes, mais un peu plus de souffle ou d’émotions n’aurait pas été refusé.

The Day of the Doctor dispose d’une chronologie éclatée, avec trois intrigues spatiotemporelles différentes gouvernées par trois individus singulièrement identiques. Le téléfilm commence avec Clara donnant des cours à quelques élèves avant d’aller rejoindre Eleven qui l’attend dans le TARDIS pour une nouvelle pérégrination. Sauf que Kate Stewart, travaillant toujours à UNIT, ne trouve pas mieux que de plus ou moins involontairement transporter par hélicoptère le Docteur et sa compagne à Trafalgar Square. Tout en leur montrant une représentation en trois dimensions de Gallifrey au cours de la Guerre du Temps, elle délivre au héros un message provenant d’Elizabeth I. Cette peinture n’est pas totalement anodine puisqu’en dehors de son aspect technique original, elle est désormais vide de ses personnages. Où sont-ils passés ? En réalité, des extraterrestres métamorphes, les Zygons, sont derrière cette affaire et tentent d’envahir la planète. Cette intrigue reste superficielle, avouons-le. Simultanément, Ten est auprès de la Reine vierge et se prépare justement à combattre l’une de ces créatures venues d’ailleurs, tout en se faisant ouvertement draguer par la souveraine d’Angleterre qui paraît bien moins prude que l’évoque son surnom. Et, de manière tout aussi parallèle, un vieil homme appelé le Docteur, mais refusant ce titre, choisit de recourir à l’utilisation d’une arme de destruction massive, le Moment, susceptible de désintégrer les galaxies et, donc, d’anéantir le terrible conflit opposant les Seigneurs du Temps aux Daleks. Racontée de la sorte, l’histoire de cet épisode semble éventuellement confuse, voire ambitieuse, avec si peu de minutes devant elle. Ce n’est pas réellement le cas et la structure narrative demeure claire malgré un nombre incalculable de prises de liberté, dont certaines pouvant grandement irriter.

La Grande Guerre du Temps n’a, jusqu’à présent, jamais été illustrée à l’écran. Le Docteur l’a évoquée à maintes reprises et l’on sent systématiquement dans son regard et ses paroles la douleur sourde qui l’anime rien que d’y repenser. Il ne s’agit alors que de vagues zones d’ombre funestes. Tristement, l’approche proposée ici ne convainc que fort rarement. Ce qu’il y a d’autant plus regrettable, d’ailleurs, c’est que bien qu’habituellement, les travaux de Steven Moffat disposent d’une cinématographie léchée, celui-ci s’avère plutôt terne. Gallifrey s’apprête à disparaître et le téléspectateur ne ressent que trop partiellement la tragédie qui s’annonce. Parler de la mort de millions d’enfants est facile et ne permet aucunement de créer un véritable impact. D’aucuns répliqueraient qu’avec soixante-cinq minutes et un budget sûrement peu exaltant, les contraintes se veulent nombreuses. Certes, mais personne n’a jamais forcé qui que ce soit à l’illustrer, cette guerre. À ce niveau, la déception est donc de mise et pour pouvoir totalement adhérer au cas de conscience du Docteur, il faut en comprendre les enjeux. À la rigueur, tout ceci serait excusable si l’unitaire ne se fourvoyait pas dans un retournement de situation exécrable et des Seigneurs du Temps dépeints comme de pauvres victimes loin de tout reproche. Sans trop dévoiler ce qu’il en est, il convient uniquement de préciser que Steven Moffat choisit, encore une fois, de détruire ce qui a été construit auparavant pour le remodeler à son goût. Bien sûr, arrivées à la fin de l’épisode, les cartes sont redistribuées et en mesure d’alimenter à bon escient la mythologie de la série, mais là n’est pas la question. Le Docteur est un individu foncièrement perturbé par plusieurs de ses anciens comportements, dont ceux qu’il a commis au cours de cette guerre innommable. Avoir le culot de bouleverser la donne et, de surcroît, passer outre des points fixes supposés immuables, laisse pantois. The Day of the Doctor agace dans une certaine mesure avec son écriture présomptueuse, mais heureusement, malgré son récit imparfait, il ravit au plus haut point grâce à la réunion de ces trois visages du Docteur.

Ma version préférée du voyageur spatiotemporel étant celle de Nine, je dois admettre que j’aurais grandement apprécié qu’il soit de la partie, mais son interprète, Christopher Eccleston, ne l’entendait pas de cette oreille. Quoi qu’il en soit, l’épisode s’apparente à un délicieux régal avec ces retrouvailles étranges se dotant d’une alchimie assez incroyable. Effectivement, Ten, Eleven et le Docteur de la Guerre sont obligés d’interagir. Déjà, précisons que de revoir Ten fait extrêmement plaisir et rend presque nostalgique, car il rappelle l’enthousiasme et l’exaltation ressentis autrefois devant Doctor Who. Qui plus est, David Tennant est en grande forme et le scénario a la bonne idée d’employer un Ten proche de sa fin. Sa dynamique avec Eleven se révèle absolument jouissive, drôle et diablement enlevée. Les deux sont différents, portent le poids du monde sur leurs épaules à leurs manières tout en tentant régulièrement de donner le change à travers des phrases rigolotes. Les répliques savoureuses ponctuées de nombreux clins d’œil et le rythme entraînant occultent aisément les maintes faiblesses de l’histoire. Le Docteur de la Guerre n’est pas en reste et surprend même étant donné qu’il est loin d’opter pour une attitude grave et sombre. Au contraire, il se montre assez blagueur, ce qui semble en définitive presque normal compte tenu de ses diverses identités. John Hurt lui offrant ses traits effectue correctement son travail et laisse une impression somme toute satisfaisante. En tout cas, le trio fonctionne parfaitement à la télévision comme sur le terrain. Ils s’allient, se serrent les coudes et veillent à prendre des décisions parfois terribles ensemble. Après tout, les choix de l’un impactent ceux des autres. L’ajout quelque peu artificiel de Billie Piper amenait lui aussi une certaine crainte, mais elle se révèle totalement infondée et l’actrice possède un rôle discret, mais remarqué, indispensable au cheminement du Docteur de la Guerre, et apprécié. Inversement, Clara ressemble à une plante verte et la voir si proche d’Eleven chiffonne, car l’épisode a beau tenter de nous faire croire que les deux entretiennent une relation indéfectible, sa progression n’a jamais été croquée à l’écran…

Pour résumer, ce téléfilm célébrant le cinquantième anniversaire de Doctor Who a de quoi exalter les amateurs grâce à ses références et diverses apparitions surprises, ses dialogues ciselés et à la réunion délectable de plusieurs visages complémentaires de son superbe héros. Rien que pour son ambiance bon enfant et la tendresse dont il s’arme, cet unitaire plaît et divertit plus que convenablement. Pourtant, quelques éléments viennent légèrement gâcher ce tableau à première vue idyllique. L’absence de véritable souffle épique ou tragique, des procédés scénaristiques plus que discutables et une mise en scène moyennement engageante peuvent frustrer et amener à relativiser cet hommage qui, bien que sympathique, aurait pu être davantage mémorable.

Par |2018-07-06T17:47:46+02:00juin 30th, 2015|Doctor Who, Séries britanniques, Téléfilms|0 commentaire