Olympus (série complète)

Les années ont beau défiler, les mythologies n’ont toujours guère la cote à la télévision. Cela n’empêche nullement certaines fictions de tenter de les explorer, à l’instar d’Olympus. Cette série anglo-canadienne ne comporte qu’une petite saison de treize épisodes diffusés simultanément sur Super Channel et Syfy entre avril et juillet 2015. La chaîne étasunienne n’a jamais pris la peine d’officialiser l’annulation de cette production créée par Nick Willing (Tin Man, Alice), mais il paraît clair que depuis le temps, elle a rejoint le cimetière des disparues au combat. Aucun spoiler.

Athènes, 2015 av. J.-C. La cité et ses habitants traversent une période très compliquée entre pauvreté, guerres et luttes de pouvoir. Après avoir vécu une vingtaine d’années dans la forêt, un jeune homme choisit d’en sortir et de partir en quête d’une femme susceptible de lever le voile sur son existence. Il est loin de se douter de ce qu’il va découvrir et des conséquences en découlant. Cyclope, magie, prophéties, assassins et duperie ne sont que quelques-uns des ingrédients jalonnant son parcours parsemé d’embûches. Est-il le meneur tant attendu capable de défier et de renverser ces dieux tout puissants ?

C’est à croire que la grande majorité de séries s’attelant aux mythes gréco-romains a pour impératif d’être mauvaise, voire horrible. Parce que, oui, impossible de faire durer le suspense, Olympus s’apparente à un véritable carnage. Tout d’abord, elle ne ressemble esthétiquement à rien. Bien qu’elle date de 2015, elle semble avoir quinze ans de moins en raison d’effets spéciaux hideux lamentablement dissimulés derrière une luminosité digne d’une grotte. En clair, on n’y voit rien et le peu que l’on aperçoit n’inspire guère l’enthousiasme. Les créatures monstrueuses détiennent pour certaines un visuel assez intéressant, car tranchant avec les habitudes du genre, mais le traitement se veut tellement affreux qu’il devient compliqué de prendre quoi que ce soit au sérieux. L’absence de décors naturels au profit d’images de synthèse très artificielles prolonge ce sentiment d’infâme bouillie numérique, là où les personnages paraissent en plus seuls au monde puisque les figurants se résument à peau de chagrin. Certes, le budget limité ne joue pas en la faveur de la production, mais à ce stade, difficile de lui trouver de vraies excuses. La réalisation en tant que telle ne se montre pas mieux lotie, avec des mouvements de caméra hasardeux, des sortes de pauses temporelles et une mise en scène discutable. Pour la petite anecdote, Amanda Tapping (Stargate SG-1) s’est chargée de quelques épisodes. Histoire de se révéler encore plus ridicule, Olympus opte pour une approche à moitié violente et un style lorgnant vers 300 ou Spartacus, avec un résultat hautement navrant étant donné qu’elle ne va jamais jusqu’au bout de ses idées. À force de se donner de grands airs, elle se prend les pieds dans le tapis, autant sur la forme que sur son fond.

La série commence in media res avec son protagoniste enchaîné, prisonnier d’un cruel cyclope. Par chance, il réussit rapidement à se libérer et peut secourir par la même occasion l’oracle qu’il était venu chercher. Son nom doit être tu, au risque sinon de se statufier, et si les autres l’appellent dans un premier temps le mercenaire, il se transforme plus tard en Héros, au cas où le téléspectateur n’aurait pas compris qu’il camperait un rôle majeur. Bien sûr, la prophétesse est connue en tant qu’Oracle, son identité étant dévoilée dans l’ultime épisode. Tous deux s’entendent comme chien et chat, mais doivent plus ou moins collaborer pour déchiffrer le destin du jeune homme qu’ils savent hors du commun. Et pour cause, il est le fils d’Égée, le roi d’Athènes égoïste, irascible et incapable de gouverner correctement un peuple se languissant. Il possède également en lui une compétence énigmatique convoitée, celle de s’approcher de l’Olympe et d’acquérir des pouvoirs divins. Tout au long de sa courte durée de vie, Olympus joue la carte du mystère et du parcours initiatique. Elle divulgue les informations au compte-gouttes et transforme son histoire au gré du vent, selon les envies du moment. Bien qu’elle tire sa source de la mythologie grecque, avec notamment de nombreuses figures emblématiques telles que Dédale, Minos, Ariane et Médée, elle n’en profite jamais et propose une version inepte sortie de nulle part. En dépit de modifications improbables, les prises de liberté ne gênent pas plus que ça puisqu’elles sont noyées dans tout le reste, horrible et catastrophique. Outre les facilités scénaristiques, l’interprétation peu inspirée de la plupart de la distribution, les dialogues idiots et une autre pelletée de défauts, la production a surtout pour principale tare de cheminer de façon totalement ubuesque et incohérente.

Malgré tous les écueils la caractérisant, la première moitié d’Olympus demeure encore seulement très passable. Peut-être pour essayer de densifier ses personnages et leur apporter une dimension plus trouble, le récit décide en cours de route de métamorphoser Héros (Tom York) en individu détestable agissant cruellement. Et il n’est pas le seul, car quasiment tous ses congénères se révèlent peu sympathiques, voire méprisables. Le génie Dédale tente d’injecter quelques touches d’humour finissant par tomber à l’eau. Le fils d’Égée change d’avis et de sentiments comme de chemise, voue un amour éternel à une femme qu’il rabrouait trois secondes plus tôt, tue de sang-froid et se comporte de manière erratique. Au regard de son héritage, le mercenaire est sûrement une approximative mouture de Thésée, l’aspect légendaire en moins. Ce protagoniste ne dégage qu’une vague de désespérance. Oracle (Sonya Cassidy – The Paradise), elle, souffre d’une caractérisation binaire où elle se plaint constamment. Les autres ne servent pas à grand-chose et comblent le vide en oubliant le potentiel parfois latent. Les mensonges, complots, secrets familiaux et manipulations alimentent les couloirs du froid palais, avec un discours redondant sur l’amour. Les épisodes progressent et poussent le vice jusqu’à dégrader la qualité déjà anémique, avec des retournements de situation, un registre faussement noir et une complexification d’une intrigue imbécile en dehors d’exceptionnels éléments plus fins sur la foi. Quant à la conclusion qui n’en est donc pas une, elle symbolise à merveille tout ce qui cloche et risque de frustrer les rares amateurs.

Au final, la courte série Olympus essaye de proposer sa propre version de l’histoire d’un héros grec prêt à en découdre pour renverser les dieux omnipotents. Sauf qu’elle échoue sur tous les plans, si ce n’est celui de laisser l’audience consternée par tant de médiocrité et de débilité. En plus d’écorner la rétine avec sa surutilisation du fond vert, elle souffre d’une écriture à la truelle, de personnages sans relief changeant de tempérament douze fois en deux minutes, de rebondissements éventés et illogiques, de relations croquées sans subtilité, d’une absence totale d’un souffle épique ou émotionnel et de tant d’autres défauts prépondérants. En bref, cette production fumeuse se prenant très au sérieux est d’une rare indigence. À côté, Atlantis mérite maintes récompenses !

Par |2017-06-23T18:23:22+02:00juin 28th, 2017|Olympus, Séries britanniques, Séries canadiennes|0 commentaire

New Worlds | Les Nouveaux mondes (mini-série)

Alors que probablement personne n’attendait une suite, surtout au bout de six ans, la mini-série britannique The Devil’s Whore s’est vue octroyer de nouvelles aventures avec New Worlds, nommée en France Les Nouveaux mondes. Pour le coup, cette production inédite réalisée par une équipe plus ou moins similaire se constitue de quatre épisodes d’un peu moins d’une heure chacun qui furent diffusés sur Channel 4 en avril 2014. Aucun spoiler.

Angleterre, 1680. Vingt ans se sont écoulés depuis la restauration de la monarchie. Charles II siège dorénavant sur le trône et œuvre pour retrouver le pouvoir absolu, au détriment d’un Parlement de plus en plus affaibli. L’époque où Angelica Fanshawe luttait avec ses camarades est révolue, mais d’autres générations prennent la relève. Sa fille, Beth, un hors-la-loi et deux amis d’enfance évoluant dans la colonie américaine du Massachusetts décident de se battre corps et âme pour sauver le peuple de cette politique liberticide. Mais même les batailles les plus nobles imposent de cruels sacrifices.

Sans être dénuée de défauts, la fresque The Devil’s Whore possède de solides atouts, dont une scénographie tourmentée, des figures attachantes et une prestigieuse distribution. Plutôt que d’offrir une peinture historique précise, elle opte pour une approche plus intime, romantique et férocement tragique. Une suite ne paraissait à première vue pas nécessaire, mais après tout, pourquoi pas ? En réalité, New Worlds n’a pas grand-chose à voir avec celle lui ayant donné vie en dehors de similarités contextuelles et du personnage d’Angelica Fanshawe, références qui à l’arrivée se révèlent très mineures, voire handicapantes. L’ancienne héroïne ne dispose ici que d’un rôle tertiaire et ne ressemble en rien à la passionnée d’antan à la verve enlevée. Ce n’est pas tant qu’elle ait deux décennies de plus ou que son actrice (Eve Best – Nurse Jackie) ait changé qui posent problème, mais uniquement un souci de cohérence globale. Sans évoquer les éventuelles qualités propres de cette nouvelle mini-série, son héritage l’étouffe, car le téléspectateur en attend plus et ne peut que comparer avec ce qu’il a connu et qui l’a fait vibrer. Parce que là, difficile de retrouver un quelconque souffle dans cette histoire convenue ne s’embarrassant pas des clichés et de mélodrame. Le visuel s’est aussi éteint au passage puisque si la photographie demeure correcte, les plans naturels ne dégagent plus aucun lyrisme et la musique de Harry Escott, non désagréable mais très classique pour le genre, ne tient pas la barre face à celle envoûtante de Murray Gold. La recette ne fonctionne donc que cahin-caha, les épisodes se montrant plus convaincants vers la fin malgré un sens du rythme aléatoire et un sentiment de toujours tout esquisser. La série rend d’ailleurs très mal le temps qui s’écoule, des semaines ressemblant à des mois et des années à des jours. Ce n’est pas la peine d’y attendre une exploration pointue de cette période anglaise troublée d’autant que les néophytes en la matière tels que ma modeste personne risquent de s’y perdre parfois tant rien n’est explicité ou développé. Les protagonistes se contentent de grandes envolées idéalistes verbeuses déclamées dans un monde manichéen.

Beth Fanshawe (Freya Mavor – Skins) vit dans une belle cage dorée et ne se doute nullement de ce qui se trame dehors. Elle ne sait pas non plus que son père est le révolutionnaire Edward Sexby, décédé pour ses actions rebelles. Sa rencontre avec le révolté Abe (Jamie Dornan – The Fall) la bouleverse, comme ce fut le cas tantôt avec sa mère, Angelica. Le coup de foudre est total et réciproque, mais le jeune homme est dédié à sa cause, celle de soulager un peuple opprimé. La situation géopolitique ne fait que précipiter les envies de la jolie blonde aux yeux bleus. Le roi Charles II (Jeremy Northam – The Tudors) pourchasse ceux qu’il estime responsables de l’exécution de son père, Charles Ier, ne fait preuve d’aucune pitié et peut compter sur l’aide du machiavélique juge Jeffreys (Pip Carter) n’hésitant pas à torturer et tordre la vérité pour atteindre ses objectifs. Comme dans toute lutte de pouvoir, les complots sont légion, beaucoup ne jouent pas franc-jeu et plusieurs agissent sous couverture dans l’espoir de renverser ce monarque qu’ils ne reconnaissent pas pour mettre sur le trône, par exemple, le duc de Monmouth (Tom Payne – The Walking Dead). Les protestants combattent les catholiques, la religion ajoutant de l’huile sur le feu et cristallisant les rancœurs. New Worlds balaye d’un revers de main cette conjoncture complexe et n’a clairement ni la volonté ni la capacité de l’explorer convenablement avec ses quatre épisodes. The Devil’s Whore a confirmé que privilégier une tendance plus personnelle ne nuisait pas au divertissement sauf que là, outre toutes ces figures historiques traitées sans finesse, puisque les méchants le sont totalement, le message ne passe guère à travers deux fictionnels parcours romantiques. Beth et Abe s’aiment, mais ce vil univers les empêche de coexister. L’alchimie manque à ce couple plombé par une tonalité adolescente et sombrant dans tous les poncifs. La caractérisation plutôt binaire ne leur offre ainsi qu’une profondeur partielle. Le jeune homme se borne à exposer la situation et les rares actions qu’il paraît mener ne sont même pas illustrées devant la caméra. Les deux ne sont pas les seuls à truster l’antenne, car un autre duo s’agite en Amérique.

Son titre l’indique d’emblée, cette mini-série parle du Nouveau Monde, l’Amérique. L’Angleterre entreprend à l’époque une extension de son empire colonial. En dépit de l’océan les séparant qu’ils traversent en deux secondes, ces immigrés doivent normalement respecter les demandes de leur souverain. Les Amérindiens se sont voler leurs terres, massacrer. Bien que tombant comme un cheveu sur la soupe, la production en profite pour y appuyer son message égalitaire avec l’intrigue romanesque tournant autour d’un autochtone, Masca (Alex Meraz), rêvant de voir son peuple retrouver sa gloire d’antan. Outre-Atlantique, l’accent est surtout mis sur Ned (Joe Dempsie – Skins) et Hope (Alice Englert – Jonathan Strange & Mr Norrell), eux aussi voués à des malheurs résultant de la fureur d’individus cupides et ambitieux. À l’instar de Beth et Abe, ils alimentent la rébellion à leurs manières, dans l’espoir sûrement vain de renverser cette monarchie despotique. Si tous finissent par se rencontrer à un moment ou à un autre, les points de vue et les lieux se multiplient trop au sein des épisodes. Ce découpage rompt régulièrement le semblant d’homogénéité et empêche d’adhérer autant au récit d’ensemble qu’à ces personnages presque similaires à des coquilles vides. Les femmes sont d’ailleurs les moins bien traitées, Beth agissant la plupart du temps de façon improbable. Heureusement, l’interprétation d’une grande partie de la distribution demeure correcte et les amateurs de Game of Thrones y repéreront avec un certain amusement maints visages familiers. Jamais la fiction ne cherche à nuancer ses propos. Elle préfère répéter à l’infini son message de liberté et de démocratie, Cromwell et sa république méritant toutes les louanges pendant que les Stuart sont assimilés à des assoiffés de pouvoir. La mini-série aurait gagné à critiquer le système en place et non diaboliser ses principaux acteurs.

Pour conclure, à travers cette plongée dans les agitations anglaises du XVIIIè siècle, New Worlds échoue à la fois comme suite de l’exaltante The Devil’s Whore et comme production indépendante. Malgré sa volonté de dessiner les tourments d’une époque, elle privilégie un angle sociopolitique manichéen, simpliste et décidément falot. Mais surtout, jamais ses personnages aux ambitions pourtant fédératrices n’inspirent une vague de sympathie ou d’émotions. Ces épisodes ont beau traiter de thématiques importantes, ils s’embarrassent de romances insipides, mièvres et mal construites. Ajoutons à ces intrigues historiques touffues une tendance à la dispersion et le divertissement peine à la tâche, ce qui s’avère d’autant plus ennuyant quand on ne peut s’empêcher de comparer avec la dramaturgie narrée six ans plus tôt sur la chaîne. Finalement, si la seconde moitié relève le niveau, prime une fadeur patente.

Par |2017-06-16T17:44:45+02:00juin 14th, 2017|Mini-séries, New Worlds, Séries britanniques|0 commentaire