Bicheonmu – Bichunmoo | 비천무 ~ Fei Tian Wu | 飞天舞

Apparition d’un nouveau pays sur Luminophore : la Chine ! Enfin… disons que c’est à moitié la Chine puisque la série dont nous allons parlons aujourd’hui est une collaboration entre ce pays et la Corée du Sud. De ce fait, ce drama a deux titres officiels. En Corée du Sud, il est question de Bicheonmu, parfois orthographié Bichunmoo ou encore Bichunmu. En Chine, la série est disponible sous le titre Fei Tian Wu. Seul Bicheonmu sera utilisé dans cet article. L’histoire de cette coproduction est assez chaotique donc on va prendre le temps d’expliciter globalement ce qu’il s’est passé. A l’origine, il existe le manhwa de Kim Hye-Rin dont la série est une adaptation. En 2000, un film coréen, Bichunmoo, de Kim Young-Jun sortit en salles et reprend la trame de la version papier. Puis, c’est en 2006 que la version télé apparut. Diffusée en 2006 en Chine sur GDTV, la Corée du Sud a dû attendre début 2008 pour en profiter sur SBS en raison de problèmes de droits d’auteur. Le nombre d’épisodes est différent et le contenu n’est peut-être pas similaire. Sur la toile, on ne trouve que la version sud-coréenne qui contient 14 épisodes d’approximativement soixante minutes. C’est donc celle-là que j’ai eu l’occasion de regarder. Aucun spoiler.

Jin-Ha est un jeune paysan élevé par son oncle dans la pure tradition du BiChun, un art martial unique et très puissant. Tous deux originaires de Goguryeo (Empire Coréen fondé par Jumong et So Seo No), ils se retrouvent à vivre chez leurs ennemis, les Chinois, suite à une tragédie. Jin-Ha, qui se croyait être un simple esclave, est en réalité d’origine noble. Ses parents étaient autrefois très proches du Roi de Goguryeo, mais ils furent assassinés. En effet, depuis toujours les secrets de la famille de Jin-Ha sont convoités, à savoir, les secrets du BiChun. Maintenant que ses parents sont morts, c’est lui qui est visé par ces assassins puisqu’il est désormais le seul détenteur des secrets du Bi Chun.
Son oncle l’a obligé toute sa vie à vivre reclus dans les montagnes de Chine, pour le protéger, sans jamais lui dire pourquoi, ni qui il était en réalité. Mais un jour, Jin-Ha fait la connaissance d’une jeune mongole, Sul-Ri, dont la beauté est sans pareil. Celle-ci mène une vie paisible avec sa mère mais elle est constamment harcelée par le Seigneur de la région qui veut faire d’elle sa concubine. Un jour, alors qu’elle se fait enlever sous les yeux de Jin-Ha, celui-ci oublie toutes les interdictions de son oncle et cours la délivrer. Révélant ainsi au grand jour ses capacités, les anciens hommes à la recherche des secrets du Bi Chun se remettent en chasse. Jin-Ha est désormais en grand danger. Ainsi débutent les aventures de Jin-Ha et Sul-Ri, de même que leur magnifique amour, que rien ni personne ne peut arrêter.
Source : NewsAsia

Bicheonmu étant une coproduction, les acteurs ne sont pas tous Chinois ou tous Coréens. Si cela pouvait passer inaperçu, ce n’est pas du tout le cas. En effet, tout le monde ne parle pas la même langue et dans le cas de la version coréenne, les Chinois sont doublés. En clair, c’est une horreur. Sans faire mention des qualités intrinsèques du drama, cela m’a gâché assez l’appréciation que j’aurais pu avoir. Au bout d’un moment on s’y fait mais parfois, difficile de ne pas tiquer, surtout lorsque les voix ne correspondent pas du tout au physique du personnage. Ce problème doit être identique dans la version chinoise, voire même pire puisque les deux héros sont interprétés par des acteurs coréens.
Puisqu’il est question de l’aspect plus technique de la série, continuons dans ce domaine. Bicheonmu est un drama historique. Les costumes et décors sont relativement soignés. Les paysages sont à couper le souffle et donnent des envies d’évasion. Mais ce qui marque en premier lieu est la mise en avant des combats. La plupart des personnages étant à la recherche du BiChun, un livre recelant les secrets concernant un art martial des plus puissants, il ne se passe pas un épisode sans apercevoir une bataille. Et, c’est là où la série change par rapport aux standards du genre, la réalisation fait furieusement penser aux films wu xia pan. Ca saute haut, très haut, ça voltige, ça virevolte, ça tourbillonne. C’est une pure merveille. Rien que pour cela, cette série mérite que l’on s’y attarde si l’on apprécie ce style. Par ailleurs, il est tout aussi nécessaire de se pencher sur la musique qui est d’une beauté assez incroyable, distillant un souffle épique mêlé à une mélancolie marquante. Les chansons sont mélodieuses et ne laissent pas de marbre et tout particulièrement Ya Sang Gok par Park Ji Yoon.

En dépit d’un doublage assez désagréable, le superbe esthétique rattrape sans difficulté ce point, notamment car il possède sa propre identité. Toutefois, le contenu pourrait se révéler dès lors bien fade. Rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Quand bien même les thématiques abordées, à savoir la vengeance, les complots, l’histoire d’amour impossible ou encore les destinées tragiques sont vues et parfois revues, le drama n’en pâtit guère. Ce classicisme est certes parfois un peu trop présent dans le sens où les ressorts scénaristiques sont prévisibles mais l’atmosphère héroïque et assez déchantée fait que l’on est assez aisément pris dans les tourments des personnages. Bicheonmu prend toutefois un peu trop son temps au démarrage puisqu’il faut attendre plusieurs épisodes avant de rentrer réellement dans l’histoire. Il faut aussi avouer que les multiples clans et alliances entre les peuples sont assez difficiles à appréhender lorsque l’on ne connaît presque rien à l’Histoire de cette partie d’Asie (ou de l’Asie tout court ^^;). Pour ma part, il m’a fallu un petit temps d’adaptation pour réussir enfin à comprendre un tant soit peu les enjeux géopolitiques. Cependant, cela n’excuse pas tout car le rythme au départ est assez lent, les personnages se découvrant peu à peu. Ce n’est que lorsque Jin-Ha prend conscience de sa destinée que la série débute réellement. A partir de là, l’action est davantage présente et les évènements s’enchaînent de manière agréable. Ceci étant dit, en quatorze épisodes l’histoire est convenablement maîtrisée.

Si les personnages sont nombreux, seuls quelques uns d’entre eux tirent réellement leur épingle du jeu. Le couple phare, Jin-Ha et Sul-Ri, est la clé de voûte de l’histoire. Ils s’aiment et ne cesseront jamais de s’aimer, malgré les difficultés, les manipulations, les morts et autres évènements malheureux. Si leur relation est belle, elle ne m’a malheureusement que peu touchée comparativement à ce que j’attendais/espérais. Disons que certes, on est ému mais ce ne fut jamais les grandes eaux alors que pourtant, je peux vite me transformer en madeleine. Mais ce n’est pas pour autant que l’on ne se sent pas investi dans leur histoire ô combien tragique. Ils paraissent juste inaccessibles tant le lien qui les unit est indestructible et pur. Leur conclusion est parfaite et dans la continuité de la totalité de la série. Jin-Ha n’est autre que Joo Jin Mo que je ne connaissais qu’à travers le film A Frozen Flower (Ssanghwajeom) de 2008 où il incarne un des rôles principaux, celui du roi homosexuel. Jin-Ha est au départ un jeune homme enjoué, attachant et un brin naïf. Il tombe rapidement sous le charme de Sul-Ri, une jeune Mongole, incarnée par la superbe Park Ji Yoon qui se révèle un peu trop froide pour ce rôle. Cette dernière n’a pas la vie facile et en raison de son statut, se retrouve enchaînée à de nombreuses conventions. Les deux, au fil des épisodes, changent énormément. Ils murissent, se renforcent quitte à se couper de tous sentiments mais lorsqu’ils se retrouvent, finissent toujours par faire tomber leur masque. Sul-Ri se révèle ainsi être une femme forte, devenue amère et n’ayant aucune pitié pour ses adversaires. Il en est de même pour Jin-Ha mais dans son cas, la rage et la vengeance qui l’animent sont certainement bien plus profondes et peut-être trop ancrées…

Un des personnages qui fera notamment basculer pour de bon le couple dans la tragédie est Jun Kwang, joué par Wang Ya Nan. Meilleur ami de Jin-Ha, il finit par le trahir et de là en découlent des évènements bien malheureux. Son acteur n’est pas extraordinaire, le doublage n’arrangeant rien puisqu’il est chinois et ce personnage se révèle désagréable, si ce n’est lors de ses derniers moments dans la série.

Au-delà du trio, plusieurs protagonistes importants sont à dénoter. Du côté de Jin-Ha, deux sont plus présents que d’autres, à savoir Jin Yu Jin (Niu Li), une noble qui tombe vite sous le charme du combattant mystérieux, et son fidèle « serviteur », Shi Jun, interprété ici par King Kang Woo (Story of a Man) que j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver. Quant aux personnages en lien avec Sul-Ri, mention spéciale à son demi-frère, Yahoolai (Zhao Shuai), partagé entre ses obligations et sa conscience. Au niveau des têtes connues, Bicheonmu est l’occasion de voir une jeune Park Shin Hye, la fameuse héroïne de You’re Beautiful mais aussi le bras-droit de Dam Deok dans The Legend, Park Jung Hak que j’apprécie décidément beaucoup.

Bicheonmu est une série intéressante dans le sens où il s’agit d’une collaboration, chose qui ne semble pas très fréquente en Asie. Si justement, cela pose des soucis comme le doublage, il serait dommage de ne pas se pencher sur la question pour cette raison. Malgré une histoire somme toute classique, mêlant la vengeance, la destinée, les complots et autres malversations avec la romance, les tragédies, les quiproquos et les arts martiaux, l’ensemble dégage un souffle épique indubitable et une grande mélancolie poétique. Pour cela, il faut remercier la musique, les paysages et l’aspect cruel et déchirant. Le drama est de ce fait vibrant et intense. Les quatorze épisodes sont beaux et marquent, ne serait-ce que pour leur esthétique. Un indispensable si l’on apprécie l’historique, le style wu xia pian et la tragédie !