Yeonineui Hyanggi | 여인의 향기 (Scent of a Woman)

Après une petite pause, nous retournons encore une fois du côté de la Corée du Sud suite à la demande de RomanticNurse dans le cadre de l’animation de Noël de Luminophore.

Incroyable mais vrai, il va être question d’un kdrama qui vient presque tout juste de se terminer. Qui aurait cru que Luminophore serait autant à la pointe de l’actualité du pays du Matin Calme ? Hum. Bon, évidemment, sans RomanticNurse, cela ne serait jamais arrivé. Comme le laisse supposer ces quelques lignes, Yeonineui Hyanggi, Scent of a Woman pour le titre international, est une série sud-coréenne. Comportant seize épisodes d’environ soixante minutes, elle fut diffusée entre juillet et septembre 2011 sur SBS. L’intitulé anglais signifie l’odeur / le parfum d’une femme. J’avoue ne pas du tout voir pourquoi il s’appelle ainsi, si vous avez une idée, n’hésitez pas à m’en faire part via les commentaires. La série n’a rien à voir avec le film du même nom, Le temps d’un week-end en VF, de Martin Brest et avec Al Pacino. Aucun spoiler.

Lee Yeon Jae a la trentaine bien tassée et vit toujours avec sa mère, économisant le moindre de ses sous. Souffrant d’être célibataire et de n’avoir jamais connu l’amour, elle travaille dans une société d’agence de voyage où elle se fait traiter comme une moins que rien depuis plus de dix ans par son responsable et plusieurs de ses collègues. Elle espère avoir un jour la possibilité de se marier, d’être mère, de construire une belle maison et de partir en voyage. C’est pour cela qu’elle économise et mène presque une vie d’ascète. Un jour, après avoir encore une fois été malmenée et traînée dans la boue, elle apprend qu’elle a un cancer de la vésicule biliaire et qu’il ne lui reste plus que six mois à vivre. Sur un coup de tête et suite à une énième méchanceté proférée par son responsable, elle lui lance sa lettre de démission, prête depuis de nombreuses années, à la figure et décide de partir à Okinawa, au Japon, en vacances. Par pure coïncidence, elle y rencontre le jeune directeur de son ex-entreprise, en voyage d’affaires, Kang Ji Wook. Célibataire, charmant et riche, il a tout du beau parti. Depuis qu’elle l’a vu à Séoul, Yeon Jae a eu le coup de foudre mais lui, n’a aucune idée qu’elle est son ancienne employée. Sous le soleil et devant les superbes paysages japonais, les deux tombent amoureux mais c’est sans compter sur la fiancée de Ji Wook et évidemment, la maladie de Yeon Jae.

Allez, j’avoue. S’il y a bien une série parmi toutes celles que vous avez proposées qui ne me donnait vraiment pas envie de me lancer, c’est celle-ci. J’y voyais un mélo dans la plus pure tradition des séries sud-coréennes et j’en étais limite malade avant de la débuter. Je dois donc dire que j’ai été extrêmement surprise en la débutant car les premiers épisodes sont plutôt drôles. Jusqu’à la première moitié de Scent of Woman, le ton est effectivement assez enlevé. L’humour est léger et distillé par petites doses. Bien que l’héroïne soit mourante, il n’y a aucun pathos ou misérabilisme ambiant, c’est même tout le contraire. Si Yeon Jae subit quelques séances de chimiothérapie et que des effets secondaires apparaissent, ils ne sont jamais prépondérants et largement supportables. Forcément, au vu du thème, au fil de l’avancée de l’intrigue la bonne humeur et l’ambiance un tant toit peu fantasque sont nettement mis de côté sans que la série ne sombre pour autant totalement dans les travers du genre. Les épisodes sont davantage touchants que tristes. La très jolie fin est d’ailleurs à l’image de l’ensemble du kdrama, elle est autrement dit un peu douce-amère tout en étant éminemment positive. Yeonineui Hyanggi se rapproche sur certains point de Flowers for my life, avec cette envie de profiter de la vie, de la vivre jusqu’au bout sans regret et en essayant de l’exploiter à son maximum. À vrai dire, cette série ne s’axe absolument pas sur la maladie comme on pourrait le croire en lisant le synopsis. Elle est surtout sur le renouveau de son existence et sur l’importance de ne pas attendre éternellement une soi-disant meilleure période pour se lancer dans les projets qui nous tiennent à cœur. Yeon Jae s’approche à ses yeux un peu trop dangereusement de ses 40 ans et se rend compte qu’elle n’a rien fait jusque là. Elle va mourir et elle ne connaît rien à la vie. À quoi cela sert-il d’avoir passé tout son temps à économiser et se priver de tout si l’on ne peut même pas en profiter plus tard ? On a tous des rêves et des envies que l’on repousse continuellement et Yeonineui Hyanggi fait justement réfléchir à ce sujet en donnant envie d’oser et d’essayer d’aller de l’avant plutôt que de se cacher derrière de fausses excuses. L’héroïne dresse une liste de tout ce qu’elle souhaite connaître avant sa mort et tente de les rayer une à une. Ses désirs sont triviaux mais ce sont justement ces petites choses banales qui construisent une vie et qui font que l’on peut quitter les vivants l’esprit quelque peu reposé. Comme elle le dit au médecin qui la soigne, comment doit-elle occuper ces derniers instants ? En découvrant un miraculeux médicament ? En créant quelque chose de fantastique ? Non, quand bien même elle le voudrait, ce n’est pas possible. Elle a gagné le droit de penser d’abord à elle et à ceux à qui elle tient. Chaque jour de plus est dès lors une victoire et elle le vit comme s’il n’y avait pas de lendemain. Yeonineui Hyanggi est une série empreinte d’un superbe message d’espoir qui compense généralement les lacunes dont elle souffre.

Lee Yeon Jae est au départ une femme soumise, humiliée en permanence et ne bronchant jamais. Ce côté paillasson n’est pas du tout agréable à voir sur son écran. Il ne dure certes pas trop longtemps mais il aurait gagné à être moins prégnant. Quoiqu’il en soit, Yeon Jae finit par se réveiller suite à l’électrochoc qu’est l’annonce de son cancer. À partir de là, elle entre dans une période où elle suit ses instincts plus primaires en réagissant de la manière avec laquelle son cœur la guide et non plus sa raison. Elle n’hésite par exemple pas à rendre sa claque à une riche héritière imbue de sa personne ou à remettre à sa place des grossiers personnages. La voir prendre de l’assurance et s’affirmer est très agréable bien que l’on ne puisse se départir de cette triste impression qu’il ait fallu qu’elle soit au pied du mur pour qu’elle ose enfin prendre en main sa vie. L’interprétation de Kim Sun Ah est de qualité. Si la maigreur et le visage de l’actrice font assez peur au départ, on s’y habitue vite d’autant plus que son personnage, en changeant de vie, modifie totalement sa garde-robe. Yeon Jae est une femme attachante mais plus les épisodes passent et plus elle perd de sa saveur. Nous sommes d’accord, il s’agit d’une série sud-coréenne où la romance et la maladie se côtoient. Il n’est toutefois pas la peine de multiplier les scènes de larmes, d’inventer des prétextes fallacieux pour écarteler le couple phare et de diluer autant l’intrigue. Le résultat est alors bancal et s’avère parfois très lent et peu enthousiasmant. De la même manière, l’héroïne garde sa maladie secrète une très grande partie de la série, souffre en silence telle une brave et courageuse femme. Elle fait un pas en avant pour dix en arrière et la série subit un effet yoyo dont on se serait aisément passé. Il en est de même pour le héros, ce qui n’aide donc en rien. Cependant, il convient de dire que le kdrama évite habilement plusieurs obstacles ; tout n’est donc pas à jeter à la poubelle. Il est clair que le rythme est délétère, Yeonineui Hyanggi aurait gagné à posséder au minimum deux ou trois épisodes de moins. Les multiples flashbacks rappelant un moment de l’épisode s’étant déroulé dix minutes auparavant ne servent non plus à rien. Ceci semble toutefois être un souci inhérent aux kdramas. Quand bien même ces défauts soient au final assez légers, il empêche la série de pleinement décoller et de se rendre incontournable.

Kang Ji Wook est l’unique fils héritier d’un chaebol, un groupement d’entreprises de plusieurs secteurs, ici toutes liées par le domaine du voyage. C’est Lee Dong Wook (My Girl) qui lui offre ses traits. Il s’agit de sa première série après son service militaire de deux ans. Un peu trop maigre mais toujours charmant, l’acteur est parfaitement mis en valeur avec du fanservice à tous les étages. Il change très régulièrement de chemise, il prend sa douche, il met la vie de son personnage en danger dans une scène ridicule avec sa voiture rouge de sport… Que les amateurs n’aient crainte, il y a largement de quoi se mettre sous la dent. Ji Wook suit à la lettre les ordres de son père, joué par Lee Jung Gil (Flowers for my life), jusqu’à sa rencontre avec Yeon Jae. Devant diriger une agence de voyage, il s’ennuie pas mal et trouve pénible le fait de devoir se marier avec une riche héritière dont la famille finance l’entreprise paternelle. Cependant, il n’essaye pas de changer quoique ce soit. Lorsqu’il fait la connaissance de l’héroïne, il découvre que lui aussi a envie de profiter de la vie et de la remplir de choses intéressantes et passionnantes. Tant pis si pour cela il doit se mettre tout le monde à dos. Il est un petit peu dork sur les bords et ce trait de sa personnalité le rend assez craquant. La relation entre les deux personnages principaux est correctement amenée et leur romance plutôt bien développée. Il est indubitable que l’alchimie entre les deux acteurs est plus que présente. Yeon Jae souhaitant apprendre à danser le tango, Ji Wook se jette également à l’eau en dépit de son côté guindé et s’en suivent plusieurs scènes de danse. Certaines d’entre elles sont sensuelles et langoureuses à souhait. Elles sont littéralement traversées par de l’électricité dans l’air et battent à plate couture les scènes de baisers, quand bien même celles-ci soient également réussies. Toutefois, comme cela a été écrit plus haut, les épisodes ont tendance à trouver des prétextes pour allonger inutilement l’intrigue. Les personnages se compliquent beaucoup trop la vie pour des broutilles. C’est d’autant plus dommage que leur dynamique est adulte et jolie mais perd dès lors en intensité. On en vient à croire que tous les Sud-Coréens passent leur temps à avoir la larme à l’œil. En outre, un des gros problèmes n’est autre que celui des parents et de la rivale de service.

Ji Wook et Yeon Jae n’ont plus qu’un seul parent, l’autre étant décédé. Le premier a donc toujours son père et la seconde, sa mère. Il est amusant de remarquer que les deux sont interprétés par les parents de l’héroïne de Flowers for my life, Kim Hye Ok (Capital Scandal) étant ici la mère de Yeon Jae. Sans être aussi insupportable que son pendant masculin, la mère de Yeon Jae n’est pas des plus agréable. Ne sachant même pas vivre par elle-même, elle passe une grande partie de son temps à rabâcher à sa fille qu’elle finira célibataire, que cela est anormal et qu’elle, elle ne sait plus où se montrer tant elle a honte. On sent bien sûr encore une fois ici la mentalité sud-coréenne et on ne peut s’empêcher de la trouver toujours autant irritante. Le père de Ji Wook est encore plus énervant tant il ne cherche pas le bonheur de son fils mais une bonne situation, le reste important bien peu. Il en va de même avec le père de la supposée future épouse de Ji Wook. Généralement, toutes les intrigues en lien avec les parents sont ennuyantes et dispensables. Les seules scènes méritant vraiment leur place sont celle où Yeon Jae révèle la vérité à sa mère et l’autre où sa mère toujours accuse le choc.

Une romance sud-coréenne ne serait pas complète s’il n’y avait pas les fameux rivaux bien que l’un d’entre eux sorte totalement de ce rôle préformaté. Ce n’est pas le cas de la fiancée de Ji Wook, Im Se Kyung. Riche héritière, orgueilleuse, sûre d’elle et condescendante, elle ne voit en les employés qu’un ramassis de pouilleux bons à rien. Si le scénario tend à faire comprendre son attitude par ses difficultés amoureuses, il n’explique absolument pas son attitude détestable. On la quitte toutefois en de bons termes mais elle laisse une empreinte peu sympathique. Son interprète, Seo Hyo Rim, peut être jolie au naturel sauf que son maquillage et sa coupe de cheveux la rendent ici encore plus insupportable. À l’inverse, la série s’attarde sur le supposé rival masculin de Ji Wook qui sort du chemin balisé. Chae Eun Suk est un oncologue froid et distant avec ses patients. Ne faisant preuve d’aucune empathie, il en vient à s’attirer les foudres de ses congénères tant il semble détaché de tout. Il devient le médecin s’occupant de l’héroïne. Bien qu’il ne l’avoue pas lors de leur premier rencontre, il a été à l’école primaire avec Yeon Jae. Les deux ne se sont donc pas vus depuis de nombreuses années mais se connaissent. À son contact, Eun Suk gagne en humanité et finit par devenir un médecin digne de ce nom. L’oncologue joué par Uhm Ki Joon est bien plus qu’un potentiel rival dans le cœur de Yeon Jae. Il est certes d’abord celui qui s’occupe de sa santé mais il fait surtout office de confident et d’ami. Sans posséder les étincelles de celles du couple de héros, cette dynamique se montre peut-être plus touchante car sincère et naturelle. Comme on peut le comprendre, ce fut ma préférée au cours de la série.

Outre ces personnages, Yeonineui Hyanggi met en avant une jolie amitié féminine que l’on aurait aimé être davantage développée. Elle méritait vraiment plus de scènes. Yeon Jae est amie avec Yoo Hye Won depuis qu’elle sont hautes comme trois pommes. Toutes deux vieilles célibataires, elles se donnent du courage et se supportent mutuellement. À l’hôpital, Yeon Jae est dans la même chambre que Yang Hee Joo, une jeune femme mignonne et lumineuse comme tout, malheureusement elle aussi atteinte d’un cancer. Ses apparitions sont souvent drôles et extrêmement fraîches. Autrement, les employés de l’agence de voyage sont régulièrement de la partie et le kdrama montre quelques danseurs de tango mais leurs développements restent au stade embryonnaire. Lee Won Jong (Iljimae) incarne quant à lui un pianiste renommé acerbe qui préfère laisser certaines situations prendre des proportions incroyables plutôt que de s’excuser. À noter sinon que les fans de kpop et plus particulièrement de Dong Bang Shin Ki / JYJ auront reconnu Xiah Jun Su qui joue son propre rôle et pousse la chansonnette.

Impossible de ne pas laisser un mot sur l’aspect visuel de Yeonineui Hyanggi tant il transcende littéralement la série. Il semblerait qu’une caméra novatrice spécifique ait été utilisée, lui permettant de capter la lumière. Aucune idée de ce qu’il est du côté de la technique mais une chose est sûre, à l’écran c’est magnifique. Ce sont surtout lors des premiers épisodes, lorsque les personnages sont à Okinawa, que l’on est subjugué. Mais même des moments plus banals comme un simple décor dans la nuit en deviennent ici presque magiques. En fait, on a tout simplement l’impression de baigner dans une lumière fantasmagorique avec des couleurs chatoyantes. Tout y paraît beau. Tout. La caméra a en plus tendance à se promener dans des champs de thé, sur la plage, dans des vallées, etc. L’atmosphère devient alors en très peu de temps reposante ainsi que chargée en douceur et en exotisme. C’est un sentiment extrêmement agréable et immédiatement, on est bien plus conciliant vis-à-vis des quelques soucis évoqués plus haut. La bande-son prolonge ce bien-être car si elle n’est pas inoubliable, elle possède quelques jolies chansons dont justement celle de Jun Su et surtout, les musiques de tango.

Alors que Yeonineui Hyanggi traite du douloureux sujet qu’est le cancer, la série prend le parti d’être sereine, assez drôle et gentiment légère. Plutôt que d’accumuler les poncifs du genre et de s’engouffrer dans la brèche du mélodrame et du pathos à outrance, les épisodes s’attardent sur la volonté inflexible de son héroïne qui est de profiter de la vie et de tout ce qu’elle a à offrir. Au diable ceux qui l’importunent et qui lui font du mal ! Elle, elle a du temps à rattraper. En cela, le kdrama porte un très joli message d’espoir et de bienveillance. La série souffre toutefois d’une certaine prévisibilité ainsi que d’un ventre mou. Mais surtout, les multiples crises de larme ne servent à rien, elles se montrent parfois même incompréhensibles tant la situation ne donne pas envie de pleurer. En cours de route, la série se perd donc un peu, oubliant son côté rafraîchissant mais elle le retrouve dans le dernier épisode. Quand bien même ces défauts auraient pu être facilement évités, des points positifs réussissent à contrebalancer ces difficultés. Yeonineui Hyanggi est une pure merveille visuelle avec ces superbes paysages, cette incroyable luminosité et communique une jolie leçon de vie. Le message de profiter de son existence jusqu’à plus soif est certes un peu déjà-vu mais il n’en demeure pas moins efficacement mis en scène. En bref, il s’agit là d’une série simple, reposante, à la fois douce et amère et mettant un avant un joli couple mature et parfaitement interprété. Une bonne surprise en somme.

Par |2017-05-01T14:00:31+02:00décembre 21st, 2011|Semaine spéciale Noël, Séries sud-coréennes, Yeonineui Hyanggi|2 Commentaires

Gyeongseong Seukaendeul | 경성스캔들 (Capital Scandal)

Et encore une série sud-coréenne ! Cette fois-ci elle fut demandée par Miaow lors de l’animation spéciale Noël.

Avant de me lancer dans les kdramas il y a environ deux ans, j’avais déjà repéré Gyeongseong Seukaendeul en raison de ses thématiques. C’est donc dans un bon état d’esprit que je l’ai lancée. Diffusée entre juin et août 2007 sur KBS2, la série comporte seize épisodes d’une heure. Elle fut créée par Lee Jeong A, également à l’origine de The 1st Shop Of Coffee Prince. Son titre international est Capital Scandal. Aucun spoiler.

Séoul, début des années 1930, l’État est sous l’occupation de l’Empire du Japon. Les mœurs ne sont évidemment pas les mêmes que les actuelles et le pays est partagé entre le respect de celles d’autrefois, datant de la dynastie Chosun, et les plus débridées qui arrivent directement d’Occident, plus particulièrement des États-Unis. Si Gyeongseong Seukaendeul n’est pas une série historique au sens le plus strict du terme, elle se déroule effectivement au siècle dernier. Par conséquent, cela signifie un univers assez différent de celui que l’on a l’habitude de côtoyer. Avant toute chose, je suis persuadée que l’on n’appréciera que davantage l’expérience si l’on connaît un minimum l’histoire du pays. Néanmoins, que l’on ne s’y trompe pas, les tonalités géopolitiques et historiques demeurent assez superficielles au cours de la série ce qui fait que quand bien même on ne soit pas un féru du genre, on ne devrait pas subir de gêne. De manière identique, ceux qui n’y connaissent rien à la base, comme ma modeste personne, ne seront pas non plus perdus. Essayons de ne pas écrire de bêtises, ne maîtrisant pas du tout le sujet coréen. La période Chosun (aussi écrite Joseon) s’est déroulée en Corée de 1392 à 1910. À l’époque, le confucianisme / néo-confucianisme était de mise. Cette école philosophique est actuellement bien moins prégnante mais elle est toujours présente. Il est donc évident que dans les années 1930, elle était d’autant plus importante. C’est elle qui est par exemple à l’origine des valeurs dites morales. On peut y regrouper quelques idées comme demeurer un homme de vertu, respecter ses aînés, le poids de la famille et la composante patriarcale, la pudeur et le fait de ne pas montrer des signes d’affection à son partenaire en public, la fierté de son pays, etc. Il est assez important de saisir ces valeurs qui sont parfaitement mises en exergue dans la série. Il est difficile pour certains personnages de concilier ce qu’ils jugent comme faisant partie intégrante d’eux-mêmes avec les nouvelles tendances apportées par l’Occident et que tout le monde ou presque adopte. Que faire ? Rester ancré dans le passé, le renier totalement ou tout simplement, opter pour un juste-milieu ? L’occidentalisation se fait nettement sentir par les vêtements, les attitudes moins prudes mais aussi par le vocabulaire utilisé. De nombreux mots anglais parsèment ainsi les dialogues. Quant à l’héroïne, Na Yeo Kyeong, elle est souvent moquée car elle a fait le choix de conserver ces traditions ancestrales. C’est pour cette raison qu’on dit d’elle qu’elle est restée à l’époque de Chosun. Son surnom, Jo Ma Ja, signifie la dernière femme de Chosun. Gyeongseong Seukaendeul montre ainsi une Corée en mutation qui tente de se faire sa place en allant de l’avant sans pour autant perdre sa propre identité.

Un autre point important à savoir est que dans les années 1930, la Corée vit sous l’annexion de l’Empire du Japon. Le fameux hakkô ichiu, traduit par les huit coins du monde sous un seul toit, devenu populaire à la fin des années 1930, montre la volonté de suprématie japonaise sur l’Asie. Cette doctrine part du principe que leur nation est supérieure aux autres et a donc le droit de les dominer. Elle reflète particulièrement bien l’état d’esprit de l’époque. De tous temps, le pays du Soleil Levant a essayé d’envahir la Corée (et une bonne partie de l’Asie). C’est en 1910 que le Japon annexe le territoire mais il était déjà sous protectorat depuis cinq ans. Cela durera jusqu’en 1945, la Corée étant alors divisée en deux parties (le nord et le sud). Cette fusion nippo-coréenne n’était évidemment pas souhaitée par la Corée. Ce qui est dommage et qui dessert Gyeongseong Seukaendeul est que cette colonisation est assez peu détaillée. On sait par exemple que les Coréens veulent libérer leur pays, la résistance étant tout particulièrement mise à l’honneur, mais on ne saisit pas vraiment les difficultés du moment. La série se montre un peu trop frileuse et lisse, rendant l’ensemble quelque peu consensuel. Certes, certains Japonais dans le kdrama sont exécrables et racistes car ils diminuent les Coréens, les jugeant peu intelligents et paresseux mais à part ça, que reste-t-il ? Pas grand chose. Or, le Japon menait une politique très dure, ayant mené le peuple à plusieurs révoltes généralement réprimées dans le sang. Le gouvernement, la police et toutes les instances les plus hautes étaient représentées par des Japonais. Dans ce kdrama, le fait que ces Nippons soient interprétés par des Coréens parlant qui plus est leur propre langue (et cela, même entre eux) n’aide pas non plus à crédibiliser la série. Pour cette raison, il est en plutôt difficile au départ de comprendre qui est japonais et qui ne l’est pas ! À noter qu’à la fin des années 1930, l’oppression du Japon fut telle qu’il était interdit de parler coréen ou de l’écrire. Seul le japonais était autorisé. On peut évidemment comprendre le choix de la production mais il n’en demeure pas moins regrettable. Néanmoins, en dépit du ton très critique que peut prendre le début de cet article, il faut préciser qu’une fois tout ceci assimilé et accepté, on oublie assez rapidement ces défauts. Certains, comme celle qui écrit ces mots (^^’), ne peuvent s’empêcher de râler un petit peu parce qu’ils sont très tatillons lorsqu’il est question d’Histoire. Les autres ne seront pas dérangés ou n’y verront que du feu. Si vous souhaitez en savoir plus, cette page et celle-ci sur Wikipedia sont particulièrement intéressantes.

Après cette minute plus ou moins culturelle, parlons davantage en profondeur de la série. Seon Woo Wan est un jeune homme fanfaron, un invétéré dragueur qui occupe son temps en chassant les scandales pour le Jirachi, un journal spécialisé dans ce genre de sujets. Il lui arrive d’aller fréquemment au Japon acheter des magazines interdits afin de les faire discrètement entrer en Corée. À part ça, il aime danser au Paradise, y boire du soju et s’amuser. Ne s’investissant dans rien, il virevolte et ne s’attache réellement à qui que ce soit. Cette extraversion et cette absence d’intérêt pour des évènements plus profonds comme la colonisation du Japon s’expliquent par la carapace qu’il est forgé au cours de son adolescence. Ayant alors été au contact de quelques résistants et s’étant senti trahi, il fait désormais l’autruche et est bien décidé à persister ainsi. Difficile de ne pas succomber au charme presque magnétique de Seon Woo Wan, incarné par le tout aussi séduisant Kang Ji Hwan (Hong Gil Dong) à qui ce rôle va comme un gant. Il lui offre toutes les nuances nécessaires pour en faire un héros convaincant et presque extraordinaire. Pour peu que l’on apprécie les costumes trois pièces, qu’ils soient très colorés (jaune, rouge, vert, à pois, à rayure, multicolores, etc.) ou non, l’association se révèle alors difficilement critiquable. C’est bien simple, le héros est irrésistible grâce à ses capacités de séducteur, son élégance ou encore ses répliques blagueuses et piquantes. Ce personnage gagne d’autant plus en finesse lorsque son passé qu’il essaye d’oublier ressurgit, montrant ainsi ses faiblesses et ce à quoi il est réellement destiné. Sa relation avec son richissime de père est difficile, d’autant plus que ce dernier collabore avec le Japon. Seon Woo Wan peut alors se révéler plus fragile, luttant face à ses émotions et à sa sensibilité.

Un soir, avec ses collègues du Jirachi, très hauts en couleur, donnant l’impression de sortir de nulle part et généralement hilarants, Woo Wan fait le pari qu’il peut séduire n’importe quelle femme. Il ose même jouer son futur. S’il ne remplit pas cette mission digne de sa condition de playboy, eh bien il se rangera du côté des résistants ! Ses amis, un brin farceurs, lui demandent alors de réaliser l’impossible. Autrement dit, Seon Woo Wan doit charmer Na Yeo Kyeong, une jeune femme surnommée Jo Ma Ja car elle est restée à l’époque Chosun. Ne portant que le hanbok (le vêtement traditionnel coréen) et se limitant au blanc et au noir, elle mène une vie sobre. Idéaliste, assez naïve et ne pouvant toucher un homme sans défaillir, elle suit de très près les rebelles tout en maintenant une bibliothèque et donnant des cours de lecture. Mais si elle reste vertueuse, elle n’est pas passive ou soumise. Loin de là. Elle n’hésite pas à tenir tête, à se battre de toutes ses forces et Seon Woo Wan en subira d’ailleurs les frais. Le héros se rapproche ainsi de l’héroïne, tout d’abord pour réussir son pari mais comme on s’en doute, une véritable relation finit par se tisser entre eux. Alors que l’un va libérer ses démons et s’ouvrir sur le monde, l’autre gardera certes ses morales tout en découvrant l’amour. Le « apprend-moi à combattre et moi je t’apprendrai à aimer » de Woo Wan résume parfaitement la dynamique qui les lie. La romance est effectivement importante au cours de Gyeongseong Seukaendeul mais les protagonistes sont loin de se résumer uniquement à ça. Chacun d’entre eux navigue avec ses propres problèmes et tente de s’en départir avec plus ou moins de succès.

Outre le couple phare, le kdrama met à l’honneur un autre duo peut-être même davantage intéressant et surtout, bien plus adulte et mature. Contrairement aux idées reçues, ces personnages ne sont absolument pas assimilés aux éternels rivaux typiques des séries sud-coréennes. Fraîchement de retour à Séoul après dix ans au Japon, le taciturne Lee Soo Hyeon travaille désormais dans la police, pour les occupants. Froid et à première vue unilatéral, il cache un lourd et tragique secret qui le torture. Ses véritables motivations sont aisément décelables dès le départ mais en soit, cela n’est pas dérangeant. Ce n’est pas tant ce qu’il tente de masquer qui est important mais plutôt les sentiments s’en dégageant et l’implication en amont qui méritent l’intérêt. Plus jeune, il rencontra et aida Cha Song Joo, une jeune fille devenue depuis une femme. À l’instar de Woo Wan qui se montre irrésistible, il est également difficile de ne pas tomber amoureux de Song Joo. Magnifique, intelligente, distinguée, forte et féminine tout en ne se laissant pas marcher sur les pieds par les hommes, elle cache bien son jeu. Vendue alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle travaille comme gisaeng depuis lors tout en nourrissant une haine féroce envers la société et le Japon. Étant courtisane, elle vend donc son corps mais son esprit reste quant à lui, intact. Hang Go Eun qui porte ses traits offre à son personnage ses lettres de noblesse. Du fait de sa condition, la série nous fait pénétrer dans les coulisses des gisaeng. Il s’agit là d’un superbe portrait de femme. Les amateurs de personnages féminins forts devraient d’ailleurs être aux anges tant la série en fait la part belle. Song Joo est une grande amie de Woo Wan depuis plusieurs années. Bien qu’ils aient tout pour se plaire, leur relation ne dépassera jamais le cadre de l’amitié. L’alchimie, ça ne s’invente pas. En cela, Gyeongseong Seukaendeul se veut rafraîchissante et assez atypique. A contrario, la relation entre Soo Hyeon et Song Joo est bien plus complexe, mêlant le passé au présent et au futur. Il ressort de ce couple beaucoup d’émotions et leur évolution est tragiquement belle. Elle est inexorablement liée à celle tout aussi compliquée entre l’officier de police et Woo Wan, ce dernier ne lui ayant jamais pardonné un de ses actes dix ans auparavant. La série utilise de nombreux flashbacks afin d’appuyer à bon escient ses propos.

Gyeongseong Seukaendeul, en plus des romances et des belles amitiés, offre une ouverture sur le monde de la résistance coréenne du temps de l’occupation japonaise. Honnêtement, elle se montre ici assez limitée et n’ayant au final qu’assez peu d’effets. Comme écrit plus haut, les Japonais sont pour la plupart condamnables par leurs propos mais ils se révèlent surtout plus idiots que réellement méchants. Le fait que les résistants tuent de sang froid certains collaborateurs n’est pas non plus en faveur de la série tant ces assassinats paraissent presque gratuits. Il aurait été intéressant d’approfondir cette question. Ainsi, Ueda Mamoru, le chef de la police, interprété par un Ahn Seok Hwan (Hong Gil Dong, My Girl) toujours aussi fantasque, n’a absolument pas l’étoffe d’un représentant digne de ce nom. Pleutre et n’y comprenant rien, il se laisse marcher sur les pieds par sa terrible femme, l’égocentrique Sachiko, jouée par Kim Hye Ok (Flowers for My Life). Irritante au possible, elle croit que le monde tourne autour d’elle et n’en rate pas une pour humilier qui que ce soit. Les employés du Jirachi la surnomment Psycho et elle ne l’a clairement pas volé ! Un autre policier japonais, Yamashita Kôji, est de la partie mais il demeure fade et brutal. Je l’avoue, j’ai mis du temps à comprendre qu’il était nippon, n’associant jamais son nom à ce personnage. Qui dit occupation, dit toujours collaboration et si encore une fois, Gyeongseong Seukaendeul n’entre pas dans les détails, un des protagonistes s’avère plutôt correctement étudié. Kim Tak Goo, Coréen, travaille également pour la police japonaise mais use de méthodes peu recommandables. Ses derniers instants dans la série et sa relation avec Na Yeo Kyeong sont jolis et à son image. La résistance s’organise alors, tente de monter des coups et de libérer son pays mais immanquablement, paye parfois le prix fort. Certains passages sont difficiles et cruels et comme on peut s’en douter, quelques personnages n’en sortiront pas indemnes.

Si les coups bas, les traîtrises, les attentats, les meurtres et les armes à feu sont présents dans la série, le ton se veut assez joyeux et surtout, optimiste. Essentiellement dans la première moitié, l’humour n’est jamais oublié. Les personnages vont au Paradise se divertir, danser jusqu’à leur saoul, certains d’entre eux sont derrière des répliques piquantes et l’association entre les deux héros ne se fait pas sans heurts. C’est là où Gyeongseong Seukaendeul tire une de ses grandes forces. Sous couvert de résistance, elle dresse le portrait d’une Corée en mouvements avec ses habitants colorés et fiers de leur patrie. Sans s’apitoyer sur leurs sorts, ils essayent juste de profiter de la vie tout en la faisant évoluer sous de meilleures auspices. En multipliant ses thèmes sans pour autant les oublier de les développer un minimum, la série gagne en richesse et se veut dense sans être pour autant académique ou prétentieuse. En cela, elle peut aisément contenter le téléspectateur lambda qui cherche un divertissement un peu plus poussé. L’émotion et les sentiments sont palpables, les mouchoirs peuvent être de sortie mais à côté de ça, on rit et on a envie de swinguer en même temps que les personnages. Ça chante, ça danse et il en ressort beaucoup de dynamisme. En plus des vêtements soignés, les décors sont plutôt bien réalisés et la bande-son endiablée, jazzy et entraînante ne font qu’augmenter le capital sympathie du kdrama. Le résultat des courses est que mine de rien, la série traite de faits difficiles mais ne sombre pas dans les clichés et le mélodrame. Bien que la fin eut gagné à être davantage détaillée et nuancée, le développement de la série se fait instinctivement, les éléments s’emboitant les uns avec les autres correctement.

Gyeongseong Seukaendeul est une série sachant manier à la fois le fond et la forme. Presque classieuse grâce à des personnages séduisants et à des musiques jazzy, elle fait ainsi palpiter le cœur d’autant plus que les romances se veulent maîtrisées, crédibles, naturelles et sans triangles ou carrés insupportables. Bien que le sujet de l’occupation japonaise soit sombre et difficile, la série prend le parti d’y insuffler une dose d’absurde et d’humour importante, allégeant grandement l’ensemble mais perdant parfois légèrement un peu de son propos. Si l’association entre ces histoires d’amour, ces vêtements tape-à-l’œil, ce délicieux humour avec des thématiques comme le sens du sacrifice et la rébellion peut sembler dysfonctionnelle, le résultat est ici globalement maîtrisé. Gyeongseong Seukaendeul est une série légèrement lisse mais surtout touchante, drôle, féministe et méritant assurément que l’on s’y attarde. Pour cela, il n’est même pas la peine d’être un amateur de fictions d’époque tant elle aborde des sujets universels. Quant à ceux qui en sont friands, l’ambiance des années 1930 devrait grandement les satisfaire. En d’autres termes, Gyeongseong Seukaendeul est une jolie série imparfaite mais attachante et faisant preuve d’une grande richesse.