Keopipeurinseu 1hojeom | 커피프린스 1호점 (The 1st Shop of Coffee Prince)

C’est Éclair qui a choisi le thème du billet pour cette troisième journée dédiée à l’animation spéciale Noël de Luminophore.

Ah Keopipeurinseu 1hojeom, plus communément abrégée en Coffee Prince… C’est LA série sud-coréenne régulièrement citée lorsque l’on demande les incontournables du petit écran du pays du Matin Calme. Ne serait-ce que pour cette raison, il était évident qu’elle allait un jour passer par mes écrans. Adaptée d’un roman de Lee Sun Mi, elle est composée de 17 épisodes d’une heure. Il existe un spécial montrant apparemment les coulisses, il sera traité ici au début de l’année 2012. Le kdrama fut diffusé entre juillet et août 2007 sur MBC ; les audiences furent alors très bonnes. La scénariste Lee Jeong A est également à l’origine de Capital Scandal. Fait extrêmement rare pour être noté, la série est visible en France sur des chaînes comme GONG ou KZTV et est également disponible en DVD en VOSTFR via DramaPassion. Aucun spoiler.

Go Eun Chan n’a pas une vie facile. Afin de rembourser les dettes de sa famille, elle cumule plusieurs petits boulots et a même décidé de mettre sa féminité de côté. Choi Han Kyul, lui, est le flamboyant héritier d’une grande société. Sa grand-mère pense qu’à près de 30 ans, il est maintenant temps pour Han Kyul de se ranger et c’est pourquoi elle lui organise de nombreux rendez-vous arrangés. Après qu’Eun Chan ait rencontré Han Kyul et que celui l’ait prise par erreur pour un garçon, Han Kyul lui propose de jouer le rôle de son amant afin de faire capoter les rendez-vous arrangés. Eun Chan, qui a terriblement besoin d’argent, n’a d’autre choix que d’accepter sa proposition. Entre-temps, la grand-mère de Han Kyul oblige celui-ci à prendre en charge un café crasseux sur le point de tomber en faillite. Eun Chan va le supplier de lui offrir un travail à ce café et, peu de temps après, des sentiments commencent à naître entre nos deux héros. Mais comment Han-Gyul va-t-il être capable d’accepter son « homosexualité » ?
Source : DramaPassion

Les médias faisant la part belle au travestissement sont monnaie courante. Il est ainsi très facile de citer de nombreuses séries se prêtant à ce ressort scénaristique. L’Asie semble d’ailleurs apprécier tout particulièrement cette thématique. Toujours en Corée du Sud mais plus récemment, l’excellente You’re Beautiful en fut un exemple concret. Il est plus ou moins amusant de remarquer que dans la très grande majorité des cas, ce travestissement se fait par la transformation d’une femme en homme et non l’inverse. Un des points forts de Keopipeurinseu 1hojeom est qu’elle se permet d’offrir une certaine réflexion sur l’homosexualité masculine. L’ensemble reste léger mais au vu des mentalités du pays sur le sujet, l’effort ne peut qu’être louable. Il y a quelques années, il n’était pas question de parler d’homosexualité en Corée du Sud. Si cela commence à changer, que des films et séries travaillent là-dessus, le chemin est encore loin avant qu’il y ait une véritable acception de la population, profondément ancrée dans le néo-confucianisme. L’héroïne, Go Eun Chan, se fait passer pour un homme pour des raisons plus ou moins variées. Petit à petit, son patron, Choi Han Kyul, commence à ressentir des sentiments pour elle. Or, il croit évidemment qu’elle est un homme et non une femme. La souffrance et le trouble de Han Kyul qui ne comprend pas pourquoi il est attiré par un homme sont palpables et parfaitement mis en scène. Il doit se remettre en question pour avancer mais cela ne se fait pas aussi facilement que ça, surtout arrivé à 30 ans. La séquence sur la plage où il semble prendre pleinement conscience de son amour sans pour autant l’accepter est tout particulièrement belle et douloureuse. Il lui faut un courage monstre pour assumer ses choix et ce qui est d’autant plus agréable est que lorsqu’il décide de faire passer ses sentiments en premier, il n’a toujours aucune idée du véritable sexe d’Eun Chan. La fameuse scène avec la toute aussi fameuse réplique sur l’alien est également superbe et pleine de significations. Cette approche est délicate, rafraîchissant et moderne. Keopipeurinseu 1hojeom est d’une grande richesse concernant les relations humaines qu’elle traite avec finesse et réalisme.

Outre l’homosexualité, la série s’attarde avec réussite sur des thèmes fédérateurs comme la naissance d’un couple avec les doutes, les premier émois amoureux, les papillons dans le ventre ou les couples qui au contraire existent depuis des années mais qui ont besoin de se reconstruire pour exister. Les liens entre un homme et une femme ainsi que ceux entre deux personnes du même sexe sont mis en évidence avec crédibilité. La série réussit généralement à faire preuve de justesse. Le message est au final simple, il est bon d’aimer, même si cela n’est pas conventionnel ou que cela ne répond pas aux mœurs traditionnelles. L’important est de savoir ce qu’il faut faire pour être heureux. Le questionnement sur l’identité sexuelle aurait pu être davantage exploité par contre car il y avait du matériel pour. Il est toutefois très appréciable que l’héroïne accepte dès le départ de ne pas entrer dans les standards féminins supposément requis et s’y tienne tout au long de la série. Au-delà de l’aspect purement romantique, le kdrama propose quelques pistes sur les aspirations personnelles, sur la découverte de sa propre personne, sur les mariages arrangés et la nécessité de répondre à la composante patriarcale, sur les préjugés, sur l’importance du milieu social ou encore sur les liens familiaux. Ceci demeure néanmoins très succinct.
Keopipeurinseu 1hojeom est d’une densité plutôt importante quant au développement des relations entre les personnages. En évitant soigneusement les clichés, elle brosse le portraits de jeunes et plus ou moins âgés avec une certaine sensibilité. Il est donc normal qu’elle ait autant touché de téléspectateurs tant on peut se reconnaître sur plusieurs points ou sympathiser pour les protagonistes. Cependant, elle souffre de nombreux défauts sur lesquels nous allons revenir et qui rendent le visionnage parfois pénible.

Go Eun Chan est une jeune femme de 24 ans vivant avec sa mère et sa petite sœur. Son père étant décédé il y a plusieurs années, elle multiplie les emplois précaires afin de subvenir aux besoins de famille sans le sou. Les autres membres la constituant sont effectivement peu fiables ou encore à l’école. Eun Chan ne ressemble pas au portrait type d’une femme de son âge. Sans le vouloir, elle est prise pour un homme. Cela ne la dérange pas particulièrement d’autant plus que cela a toujours été ainsi. Pour une fois, le travestissement est donc plutôt crédible, même si sa poitrine est parfois bien visible. Forte tête, volontaire et ayant un appétit d’ogre, elle se donne généralement à fond dans ce qu’elle fait. Son interprète, Yoon Eun Hye, propose de l’excellent travail mais cela ne suffit tout de même pas à rendre le personnage réellement agréable. L’héroïne hurle effectivement la plupart du temps, ne sait jamais s’arrêter de parler et lorsqu’elle se tait enfin, c’est pour afficher une mine de chien battu, les yeux humides. N’ayant pas d’argent, elle a un jour l’occasion d’intégrer le café Coffee Prince, notamment maintenu par Gong Han Kyul. Ce commerce est particulier car il ne part de rien, il faut tout y rénover, les patrons ont un poil dans la main et il n’emploie que des hommes. Cela n’arrête donc pas Eun Chan qui décide de se travestir.
Comme écrit plus haut, dès le départ, la relation entre Eun Chan et Han Kyul montre des signes d’amitié ambiguë. Cette relation est développée comme il faut et à l’origine de jolis moments. Il est vrai que voir des adultes dans la vingtaine être aussi innocents et prudes est curieux mais il s’agit probablement là de quelque chose de culturel. Han Kyul, joué par Gong Yoo, est un homme de 30 ans n’ayant jamais rien fait de sa vie. Amateur de Lego, il n’a aucune envie de d’investir dans quoique ce soit et aime parader, tel un playboy. S’il est au départ très peu sympathique car froid et parfois presque cruel par ses propos, il souffre surtout de solitude. Eun Chan et le Coffee Prince le font s’ouvrir sur le monde extérieur. Lui qui était jusque là dans son coin se retrouve entouré de personnes et il commence à y prendre goût. Il finit ainsi par devenir attachant et touchant par ses doutes quant à sa sexualité.

En plus des deux héros tentant de s’instaurer comme un nouveau couple, un autre est également exploité. Ensemble depuis plus de dix ans, Choi Han Sung et Han Yoo Joo subissent un grand passage à vide. Tous deux adultes et posés, ils ont des différents qu’ils tentent de concilier. Ceci se fait dans la douleur mais toujours avec une grande finesse. Hang Sung est le cousin de Han Kyul. Compositeur de musique, il se prend d’affection pour Eun Chan qui lui livre du lait tous les matins. N’ayant jamais douté du sexe de la jeune femme, il est donc dans la confidence et cache la vérité à tout le monde comme le souhaite l’héroïne. Difficile de ne pas être sous le charme de son interprète, Lee Sun Gyun qui a une voix grave à vous faire frissonner. Il pourrait vous réciter l’annuaire durant des heures sans vous ennuyer une seule seconde. Si ces protagonistes sont d’abord montrés comme les éternels rivaux, ils n’entrent au final absolument pas dans ces critères et c’est tant mieux.
Les personnages secondaires sont nombreux. Mentionnons d’abord les princes du Coffee Prince. À l’exception du manager qui est juste sale et qui ne fait pas rire avec ses crottes de nez, les autres sont mignons et attachants comme tout. Malheureusement, la plupart d’entre eux sont assez vides. Bien sûr, le Japonais qui cuisine des gaufres, joué par Kim Jae Wook, est magnifique mais son histoire est insipide. Le simplet Min Yeop, le larbin de l’irritante sœur de Eun Chan, est mieux loti et se montre adorable à longueur d’épisode. Découvrir en plein milieu de visionnage que son interprète, Lee Un, est décédé un an après la série vous crève le cœur. Autrement, les histoires romantiques de la mère d’Eun Chan sont ennuyantes et ne parlons même pas de l’intrigue familiale autour de Han Kyul qui ne sert strictement à rien si ce n’est rallonger inutilement la série.

Le rythme de Keopipeurinseu 1hojeom est assez fluctuant. Le kdrama aurait gagné à comporter au moins quatre ou cinq épisodes de moins. Du fait du travestissement, la série se découpe en deux grandes parties. Dans un premier temps, le secret d’Eun Chan est bien gardé et dans l’autre, il est éventé. C’est justement dans cette seconde période que le dynamisme se perd. Le couple principal en revient sempiternellement à la même chose. Les héros se disputent très fréquemment, se remettent ensemble, se disputent encore et devant son écran, on est vite fatigué par ces répétitions. La fin est quant à elle précipitée, ce qui est un comble lorsque l’on reproche un important essoufflement. Si la série est une comédie romantique, l’humour n’est au final pas si présent que ce que l’on pourrait penser. Il est en plus parasité par des discussions « pipi-caca » plus que dispensables. À côté de tout ça, la bande-son est par contre jolie, généralement bien choisie quoique, comme souvent avec les séries sud-coréennes, trop forte.

Vous l’avez compris à la lecture de ce billet, Keopipeurinseu 1hojeom ne fut malheureusement pas la pépite attendue. La série est loin d’être mauvaise mais elle souffre de trop nombreux défauts phagocytant l’ensemble. Elle tire effectivement en longueur, s’affadit et perd donc en dynamisme. Le couple principal est certes vecteur de jolis moments mais se révèle parfois agaçant. Il aurait été plus agréable que la répartition entre la comédie et la romance soit mieux gérée tant l’humour se révèle trop peu présent. Pourtant, à partir d’un scénario à première vue banal et usant d’un ressort désormais éculé, Keopipeurinseu 1hojeom réussit à être originale, sensible et émotive. L’approche de l’homosexualité est intéressante, surtout lorsque l’on connaît les mentalités de la Corée du Sud sur le sujet. Au final, Keopipeurinseu 1hojeom se révèle être correcte mais sans plus, d’autres comédies romantiques lui étant bien plus supérieures.

Kkot Chateureo Wattdanda | 꽃 찾으러 왔단다 (Flowers for My Life – I Came in Search of a Flower)

Cette deuxième journée de l’animation spéciale Noël fait suite à la demande de Mila.

Dites-donc, cela faisait un petit moment que je n’avais pas regardé de séries sud-coréennes. À force d’entendre parler de Kkot Chateureo Wattdanda avec Mila et Éclair, j’étais persuadée que si l’un d’entre eux participait à cette petite festivité sur Luminophore, j’allais devoir la visionner. Ça n’a pas raté. Ce k-drama, composé de seize épisodes d’un peu moins de 70 minutes chacun, fut diffusé sur KBS2 entre mai et juillet 2007. Ses audiences furent assez catastrophiques mais nous savons tous que cela ne veut pas forcément dire grand chose. À noter que son appellation internationale varie, comme souvent avec les séries coréennes, puisqu’on peut la retrouver sous l’intitulé Flowers for My Life mais aussi I Came in Search of a Flower. Aucun spoiler.

Yoon Ho Sang est un homme qui n’a jamais rien construit de sa existence. Irresponsable et se retrouvant à chaque fois dans des situations ubuesques, il a fini par se mettre à dos toute sa famille qui préfère l’éviter. Il n’a rien de méchant, il est même l’archétype du nounours en peluche attendrissant mais c’est pathologique, tout ce qu’il touche, il en fait des confettis. Résultat des courses, il est seul, pauvre et ne sait pas quoi faire de sa vie. Suite à un concours de circonstances, il prend la place d’un richissime inconnu dans un hôpital, passe une série d’examens médicaux, clame haut et fort qu’il a une grave maladie et qu’il va mourir très tôt, laissant beaucoup d’argent derrière lui. Vu son attitude, on se doute bien que tout est faux et qu’il agit de cette manière afin de fuir des usuriers. Mais la réalité peut parfois être diaboliquement ironique car Ho Sang est bel et bien malade et il ne lui reste effectivement plus beaucoup de temps devant lui. Sauf que tout ça, il ne le sait pas, lui ! Seules quelques personnes sont dans la confidence puisqu’elles ont vu les résultats médicaux. L’une d’entre elles, Na Ha Na, compte bien en tirer parti en l’épousant puis en récoltant le pactole. Toutefois, il y a plusieurs choses qu’elle ne prend pas en ligne de compte comme le fait que contrairement à ce qu’elle croit, Ho Sang est pauvre, il ne sait pas qu’il est mourant et ne va-t-elle pas se brûler les ailes en jouant autant avec le feu ? Kkot Chateureo Wattdanda s’amuse ainsi avec les quiproquos et les imbroglios. D’un côté, Ha Na est persuadée d’avoir trouvé le pigeon idéal car il est riche et mourant mais de l’autre, Ho Sang n’a en fait pas un rond et ne sait même pas que son temps est limité. Les deux se rapprochent et finissent par cohabiter chez les parents de la jeune fille qui maintiennent une entreprise de pompes funèbres, dans un petit village où tout le monde semble se connaître.

Si le héros meurt à petit feu, ne laissant que très peu de doutes sur l’issue finale de la série, il n’y a jamais de volonté de surdramatisation. La maladie est traitée avec finesse et subtilité, sans entrer dans les détails mais sans non plus totalement l’occulter. Kkot Chateureo Wattdanda respire tout simplement la joie de vivre. Elle fait l’apologie du carpe diem, autrement dit de profiter de tout ce qui est à notre portée et ce, chaque jour. À première vue l’histoire est assez basique. En débutant le kdrama, on sait pertinemment de quelle manière les personnages vont évoluer mais même si l’originalité n’est pas toujours de mise, la série réussit à surprendre sur certains points. Il est évident que la mort est une thématique très délicate. Ce constat est valable dans la plupart des cultures mais il n’en est que davantage valable dans des pays comme la Corée du Sud. On ne se moque pas des défunts, on ne fait pas d’humour et on reste tout simplement à sa place en honorant ceux qui nous ont quitté. Pourtant, sans non plus être extrêmement novatrice, Kkot Chateureo Wattdanda ose s’aventurer sur ce chemin tout en insérant quelques blagues et petites piques. Elle se permet d’approcher ce sujet tabou d’une manière plutôt atypique et ne laissant définitivement pas de marbre. Si la série traite de maladie incurable et nous montre l’envers du décor des pompes funèbres dans un petit village de Corée du Sud, elle ne se veut jamais déprimante, dure ou malsaine. C’est au contraire tout l’inverse. La première partie du kdrama est marquée par un humour omniprésent et très rafraîchissant. Plutôt orienté vers le caustique, il ne se veut pas grinçant mais juste un tant soit peu piquant. À vrai dire, les dialogues sont assez enlevés et parfois presque irrévérencieux, évitant en plus parfaitement le sensationnalisme. Kkot Chateureo Wattdanda réussit le pari de trouver le juste milieu. La série n’hésite pas à bousculer les conservateurs et ce, sans méchanceté ou animosité. Il en ressort beaucoup de tendresse envers ces défunts. Vers la fin, l’humour est bien moins présent sans qu’il soit pour autant absent. La mort n’est pas nécessairement au centre de tous propos mais elle est toujours là, sans être diabolisée, un peu comme si elle pouvait attraper n’importe qui, à n’importe quel tournant de rue. Ce qui est au final crédible, n’est-ce pas ?

Avant toute chose, Kkot Chateureo Wattdanda est une série d’ambiance. Guillerette au départ, un brin burlesque par moment, elle est surtout douce-amère et nostalgique. Elle donne l’impression que font ces souvenirs enfouis au plus profond de soi-même et que l’on a forcément un petit peu enjolivé au fil du temps. On aime bien les ressortir en en parlant et on ressent alors des petits picotements au cœur, les yeux un peu embués mais l’esprit parfaitement reposé. Cette impression est probablement d’autant plus valable chez ceux ayant perdu quelqu’un de proche et ce, bien trop tôt. Kkot Chateureo Wattdanda c’est tout ça à la fois. On se sent bien en la regardant, même si cela veut dire que l’on rit ou que l’on pleure. L’excellente fin et plus particulièrement la dernière séquence sont d’ailleurs à son image : joyeuses, drôles et en même temps émouvantes.
Les couleurs sont chaudes et reposantes, la nature est visible à de très nombreuses reprises et on apprécie cette balade au gré de superbes paysages coréens. La caméra prend le temps de s’attarder sur des petits détails sans ralentir le rythme globalement entraînant. La bande-son est indissociable de ces sentiments provoqués par la série. Certes, elle est parfois trop forte ou trop présente, des passages plus silencieux en auraient par exemple gagné en intensité, mais elle demeure relativement agréable et bien choisie. Il est très difficile de rester de marbre lorsque la superbe ’74 – ’75 de The Connells se fait entendre.

La série propose une galerie de personnages intéressants et généralement attachants. Si le duo phare est évidemment celui sur qui on s’attarde le plus, les autres ne sont pas oubliés. La quasi totalité du kdrama se déroule chez les parents croque-morts de Ha Na. Typiques représentants des valeurs coréennes, ils suivent les règles et sont un brin protecteurs vis-à-vis de leur fille. Si le père paraît au premier abord bougon et peu amène, il finit par se montrer davantage ouvert. Son épouse suit le chemin inverse car elle se referme au fil des épisodes comme une huître, ceci étant parfaitement explicable et crédible par l’avancée du scénario. Quoiqu’il en soit, bien que les deux soient en partie là pour mettre des bâtons dans les roues et faire valoir de référence morale, ils se révèlent plutôt fins et sympathiques. L’oncle de Na Ha, Choi Pil Goo, aux tendances alcooliques, assez dragueur et surtout, pas fiable pour un sou, est la source d’une des plus jolies évolutions de la série avec celle de Ha Na. Tout ce petit monde côtoie régulièrement la charmante Gong Madam, maintenant un café où elle passe son temps à faire les yeux doux à ses clients. N’oublions pas non plus la jeune Vietnamienne ne parlant presque pas coréen. Assez hauts en couleur pour certains, ces personnages secondaires et tertiaires sont à l’image de la série car ils sont lumineux et tour à tour amusants et touchants.

Outre les protagonistes évoqués dans le paragraphe précédent, Kkot Chateureo Wattdanda met plus particulièrement l’accent sur quatre jeunes adultes. En dépit de la nationalité de cette série, les coups bas, les rivaux amoureux et les liens familiaux compliqués ou contre-nature ne sont pas de la partie et cela fait un bien fou. Quand bien même on puisse avoir peu de kdramas à son actif, la production télévisuelle de ce pays est tellement codifiée qu’en très peu de temps, on y remarque les traits particuliers qui sont parfois désagréables. Point de souci de ce côté-là. La série s’attarde ainsi sur Go Eun Tak, apprenti croque-mort investi d’un secret pesant sur ses épaules, et sur Oh Nam Kyung, une jeune femme volontaire et agréable qui se berce d’illusions afin de préserver son cœur. Si chacun d’entre eux peut avoir des vues sur le couple phare, on ne ressent jamais d’animosité. Théoriquement, il s’agit là d’un carré amoureux ; sauf que l’on ne ressent que très peu ces effets et les personnages ne deviennent jamais détestables. Ils sont abordés avec toute une palette de nuances, les stéréotypes étant mis de côté. Une amitié sincère se noue alors entre le quatuor et certains liens se montrent indéfectibles.

Pour terminer, il est bien évidemment important de s’attarder sur les deux qui font office de moteur. Expansif et rigolo, Ho Sang est au départ l’exact opposé de Ha Na. Ne vivant que pour l’argent, elle n’a jamais eu d’amis et est d’un abord très particulier. N’ayant aucunement peur de la mort et des morts, elle apprécie passer plusieurs heures dans un cercueil histoire de réfléchir. Lorsqu’elle rencontre Ho Sang, elle ne voit en lui qu’une poule aux œufs d’or. Il meurt, elle empoche le jackpot. Et puis pour être sympa, elle va lui faire passer de bons moments avant qu’il soit six pieds sous terre. Tout le monde y gagne après tout. Cependant, à son contact, elle finit par se trouver, commence à se comprendre et à découvrir la vie. Il est clair que l’arrivée de la romance est détectable dès les premières secondes de la série mais ce qui compte ici est son cheminement. Les sentiments naissent doucement des deux bords et si leur chemin est parsemé d’embuches, ils n’en deviennent que plus forts jusqu’à atteindre leur paroxysme. Ha Na n’est au départ qu’une fille blasée, cynique, peu empathique, comparant les morts à des poupées (mais oui, ça ne parle pas !). On la quitte en femme épanouie et ouverte sur les autres. Ce changement, elle le doit à Ho Sang, la poule mouillée. De son côté à lui, il apprend à se poser, à gagner en stabilité et en amour propre. Leur histoire d’amour est tendre et jolie. Ces personnages ne seraient pas aussi attachants sans l’excellente interprétation des acteurs, investissant juste ce qu’il faut pour être convaincants.

Le hasard fait bien les choses car le billet concernant cette série arrive justement très peu de temps après ceux dédiés à Dead Like Me et Six Feet Under. À l’instar de celles-ci, Kkot Chateureo Wattdanda traite de la mort à sa propre manière, sans volonté de la désacraliser mais sans non plus en faire une montagne. Après tout, tout le monde y passera un jour et ce n’est sûrement pas si terrible que ça. Aussi bizarre que cela puisse être possible, la série brise à la fois le cœur tout en le réchauffant. Elle n’est pas triste et bien que cela sonne cliché, elle est juste vivante. Particulièrement drôle, assez sarcastique et rythmée, elle n’ennuie pas en dépit de quelques longueurs de-ci de-là. Possédant un ton presque irrévérencieux, de belles chansons, des personnages évolutifs et une ambiance chaude et tendre, la série est tout simplement douce et amère à la fois. Que ceux qui ont peur d’y voir une lente agonie ou de s’ennuyer ne s’y trompent pas, Kkot Chateureo Wattdanda ce n’est pas du tout ça. C’est une aventure amusante, nostalgique, rythmée, caustique et vivifiante. Pas mal pour une série avec la mort en toile de fond, non ?