Braquo (saison 4)

Contre toute attente, la quatrième et dernière saison de la série française Braquo ne s’est pas trop fait prier comme les autres et est sortie assez rapidement après la fin de la troisième. Enfin, il aura tout de même fallu patienter plus de deux ans. Ses huit épisodes de cinquante-deux minutes chacun furent diffusés sur Canal+ en septembre et octobre 2016, avec un scénario toujours signé d’Abdel Raouf Dafri. Aucun spoiler.

Les aventures précédentes se terminaient sur le démantèlement d’un vaste trafic de drogues impliquant les Russes et les Turcs. Si le succès de la police s’avère incontestable, les conséquences directes s’annoncent compliquées pour Caplan et ses collègues. Effectivement, Morlighem ayant tué le fils unique de Baba Aroudj au cours d’une opération, ce patron de la pègre turque entend bien se venger tout en continuant ses activités souterraines. Pour cela, il s’associe à des gangsters marseillais tombant dans le piège de la caricature et des stéréotypes du genre. Leur dirigeant âgé (Michel Subor) ne tolère guère la frustration, règne tel un tyran et abat quiconque le gênant, même un éventuel bras-droit. Braquo montre une certaine ressource en changeant du cadre parisien, mais comme d’habitude, elle s’y adonne maladroitement et range toute finesse au placard. Ce manque de subtilité représente de toute manière l’un de ses principaux écueils, la surenchère de violence gratuite en étant un autre. Alors qu’il veille à mettre de l’ordre avec cette mafia se croyant tout permis et se jouant de la police, Caplan décide de régler une bonne fois pour toutes la situation de Vogel. Le psychopathe a auparavant enterré vivante Roxanne et espère faire souffrir au maximum celui qu’il déteste viscéralement. Le scénario a la bonne idée d’évacuer rapidement le personnage qui, aussi amusant qu’il soit, est devenu totalement incontrôlable et ridicule. L’atrocité de son sort prouve toutefois que les héros de cette série sont arrivés à un point de non-retour et que cette saison ne s’apprête pas à prendre des gants. Maintenant, tout peut survenir et Caplan ne sera jamais plus en mesure de faire machine arrière. Le pessimisme ambiant étouffe pour tant de lourdeur, de drames oppressants et de tendance autodestructrice. Cette âpreté n’est pas une tare, mais la fiction en abuse, ce qui empêche de pleinement adhérer à ces situations critiques, souvent fatalistes. L’ensemble a par ailleurs pour défaut de multiplier les intrigues secondaires inutiles et de ne jamais préciser clairement ses enjeux. La caméra part à Marseille, revient à Paris, plonge dans l’univers carcéral avec de dangereux caïds, emploie divers visages à l’intérêt discutable, car initialement peu explorés, s’attarde sur un ancien braquage, dépeint le travail sans relâche de l’IGPN, etc. Le téléspectateur, pendant ce temps, ne comprend pas exactement de quoi il en retourne en dehors de bains de sang.

À force de s’amuser avec le feu, Eddy finit par être rattrapé par ses vieux démons. Son passé ressurgit et c’est l’occasion de découvrir son frère benjamin, Nathan (Boris Terral). Le calme rassurant de ce nouveau personnage plaît et permet au protagoniste de Braquo de montrer une facette familiale inédite, d’expliquer certains de ses choix. Néanmoins, ces scènes issues de nulle part créent une cassure trop appuyée parmi les autres allant tambour battant. Le cadet des Caplan fait sûrement office d’une voie de rédemption, d’une lueur d’espoir, aussi faible qu’elle puisse être. Quelques figures paraissent susceptibles de s’en sortir sans trop se brûler les ailes tandis que d’autres sont condamnées depuis le début. La dynamique que Nathan développe avec Roxanne sonne malheureusement trop forcée et peu naturelle, tout comme plusieurs évènements en découlant. La policière n’aura de toute façon jamais bénéficié d’une mise en valeur suffisante. Morlighem n’est pas mieux loti, ne le nions pas. Il n’empêche que la saison en profite une fois de plus pour dépeindre les liens indéfectibles de ce trio sur la brèche. Plus soudés que jamais, fidèles, ils s’aiment d’un amour sincère, désintéressé et joliment retransmis à l’écran bien qu’étonnamment, individuellement, ils peinent à provoquer une véritable empathie. La conclusion cherche justement à illustrer cette relation presque fusionnelle, intense et à l’image de ce qu’ils ont vécu au fil de ces années sur le qui-vive. Le dénouement final se montre beaucoup trop facile et prévisible en dépit d’une scénographie plutôt soignée, avec une inspiration évidente de l’épilogue de Breaking Bad. Sans mériter d’être fustigé, il confirme que Braquo était arrivée en bout de course et que ses souffrances nécessitaient d’être abrégées. Comme d’habitude, les ennemis de Caplan ne sont pas uniquement extérieurs puisque cette fois, il doit rendre des comptes à des supérieurs hiérarchiques, dont un (Thierry René) décidé à user de tous les moyens à sa disposition pour faire tomber coûte que coûte ce policier incontrôlable à la conscience morale bien fluctuante. Les dangers n’ont donc jamais autant ponctué le quotidien de cette unité aux tendances suicidaires souvent haïe, méprisée, jalousée, crainte. La voir foncer tête baissée et refuser les compromis laisse perplexe surtout que les dialogues empesés appuient le manque de réalisme.

Pour résumer, l’ultime saison de Braquo continue sur la lancée des trois précédentes et pour l’occasion, plonge notamment dans le milieu de la mafia marseillaise. Bien qu’elle cherche à renouer avec l’esprit d’antan à travers cette descente aux enfers dépressive correctement interprétée, elle ne parvient une fois de plus pas à se départir des écueils handicapant la série depuis trop longtemps. À trop souhaiter se montrer sombre et létale, elle apparaît surtout clichée, glauque et, par moments même, grotesque. Le rythme enlevé permet toujours de ne pas trop ennuyer, mais en y réfléchissant, derrière ces nombreux rebondissements éclatants, grosses cylindrées, coups de feu et de sang, le scénario demeure inconsistant, superficiel, voire anémique. Dire que ces épisodes déçoivent serait mensonger parce qu’en réalité, ils suivent la logique amorcée auparavant, mais ils rappellent de plein fouet qu’à ses débuts, ce polar français s’avérait nettement plus profond, désabusé et intense. En se voulant spectaculaire, la production est devenue démesurée et a perdu en humanité. Dommage.

By |2017-05-01T13:57:53+01:00avril 5th, 2017|Braquo, Séries françaises|0 Comments

Les Maîtres du pain (mini-série)

Toujours dans l’optique de faire du tri dans diverses affaires, je suis tombée sur un DVD que mes parents avaient visiblement obtenu gratuitement avec leur magazine de télévision. Je me suis dit que c’était l’occasion de rafraîchir de vieux souvenirs, car effectivement, j’ai regardé Les Maîtres du pain lors de son passage à l’antenne. Pourtant, si je calcule bien, j’étais très jeune ! Ou bien était-ce dans le cadre d’une rediffusion ? Bref, on s’en fiche. La grosse blague, c’est que j’ai réalisé après coup que le DVD en question ne comporte qu’une partie de la production, mais il s’agit là d’une autre histoire. Cette mini-série française créée par Hervé Baslé (Entre terre et mer) adaptant le roman de Bernard Lenteric se constitue de trois épisodes de cent cinq minutes chacun qui furent diffusés sur France 2 les 20, 21 et 22 décembre 1993. Aucun spoiler.

Nuit de Noël 1928, Perpezac, en Corrèze. Le boulanger Jérôme Corbières s’active au fournil pendant que Jeanne, son épouse, s’apprête à accoucher pour la première fois, après une décennie à attendre un miracle. Malheureusement, l’enfant tant désiré ne vient pas, ce qui plonge le couple dans une tristesse d’autant plus que accablante que la jeune femme apprend sa stérilité. Connaissant le souhait de son mari de devenir un jour père, elle décide de quitter le foyer et retourner chez ses parents. Mais c’est sans compter sur l’amour de Jérôme qui choisit d’adopter deux garçons d’une dizaine d’années pour notamment leur transmettre son goût du pain, en espérant que leur nouvelle maman revienne rapidement au sein du cocon familial.

À moins d’être un grand amateur de récits de terroir, le synopsis de cette fiction ne donne pas l’eau à la bouche. Il me semble l’avoir plutôt bien appréciée à l’époque, mais je n’avais même pas dix ans, alors… Malgré son âge maintenant avancé, elle tient encore la route et ne se révèle pas trop démodée. Comme souvent, les histoires en costumes passent mieux les décennies que d’autres contemporaines à leur date de création. Certes, la réalisation n’a rien d’exceptionnel et se contente du minimum syndical, mais au regard de la simplicité et de l’authenticité visiblement visées, tout y paraît logique. En revanche, et il s’agit là d’un écueil typique des séries françaises assez anciennes, Les Maîtres du pain souffre de son canevas narratif avec ses trois longues parties. Des épisodes plus courts et denses n’auraient pas été de refus. Le rythme branlant, la succession de scènes assez plates et les dialogues parfois peu naturels provoquent ainsi un certain ennui d’autant plus que les redondances ne manquent pas et que le mélodrame finit par se frayer un chemin trop prépondérant. Il existe au bout du compte une totale absence de constance au sein de cette production, car si le premier chapitre séduit par sa tendresse, le deuxième commence à afficher des signes d’usure et le troisième, lui, laisse perplexe dans le meilleur des cas tant il change de registre. Pire que tout, la mini-série ne dispose d’aucune conclusion en bonne et due forme, ce qui s’avère totalement ubuesque puisqu’elle en avait l’opportunité. La fin n’est pas ouverte, non, elle oublie seulement d’apporter des réponses quant au devenir des personnages. Cette frustration induit chez l’audience une désagréable sensation d’irrespect et amène justement à se montrer bien plus négatif que lors du début promettant beaucoup de chaleur humaine agrémentée d’humour.

Alors qu’il s’imaginait passer toute son enfance dans un orphelinat, le petit Jérôme est adopté par un couple de boulangers. Il apprend auprès de son père son métier et y prend immédiatement goût. Ce n’est guère étonnant qu’il rêve de poursuivre la tradition et de transmettre son savoir à son fils. Sauf qu’avec Jeanne, son épouse, ils ont beau essayer, s’aimer à la folie et ne pas se presser, rien ne fonctionne. Quand le couperet fatidique de la stérilité tombe, le ménage se prépare à traverser une grande épreuve. Sa femme se réfugie chez ses parents et le père n’ayant jamais apprécié son gendre en profite pour semer la zizanie. La situation s’annonce donc fort compliquée. Les Maîtres du pain propose une histoire au demeurant classique prônant la carte de la famille, du travail et bien plus en filigrane, de la religion. Les Corbières forment un petit groupe attachant en dépit de leurs propres défauts. Le boulanger, Jérôme, se montre extrêmement sympathique bien que son portrait soit légèrement idéalisé, à l’image du reste d’ailleurs. Courageux, intelligent, plutôt novateur et dévoué aux siens, il donne le meilleur de lui-même et se bat pour que Jeanne lui revienne. Il adopte deux orphelins comme lui et en fait ses apprentis. Honoré et Sébastien ont beau posséder des tempéraments plus que distincts, ils s’entendent à merveille et apprécient leur nouvelle vie. À eux de découvrir le métier de maître du pain, de trouver leurs marques et de grandir peu à peu. La mini-série commence tout doucement, prend son temps et plaît initialement pour sa désarmante sincérité. Les maladresses du scénario et la naïveté d’ensemble ne gênent nullement surtout que l’interprétation se révèle convenable. L’alchimie du couple principal, assez moderne dans sa caractérisation, avec Wladimir Yordanoff et Anne Jacquemin (Entre terre et mer), fait rapidement mouche. Les gamins aussi s’avèrent mignons à leur façon et voir ce quatuor devenir une famille n’a rien de désagréable, bien au contraire. Sauf que progressivement, le récit s’empêtre dans des rebondissements éculés.

Les deux premiers épisodes demeurent tout à fait corrects en dépit des faiblesses du script. La maladie, les femmes du coin cancanant plus que de raison et l’ombre d’une couturière rêvant de Jérôme n’agacent pas et se fondent dans le décor de ce petit village de Corrèze où tout le monde se connaît. Dommage toutefois que le pain ne soit pas davantage le héros et que le quotidien du boulanger ne bénéficie de plus d’exploration, même si l’évolution des progrès est finement retranscrite. Les figures hautes en couleur, dont La Fatigue (Paul Crauchet) ayant toujours un discours intelligent et bienveillant ou la mère adoptive de Jérôme, l’extraordinaire boute-en-train énergique Astérie (Françoise Seigner), se situent sur le rang des personnages les plus distrayants de la série. Contre toute attente, la dernière partie se déroule dix années plus tard. Les plus grands ont à peine vieilli, mais les enfants, si. Et c’est là que le bât blesse. Leur version adulte n’a rien de celle d’autrefois, physiquement comme psychologiquement parlant. Les vicissitudes de ces vingtenaires laissent au mieux indifférent. Le chapitre s’oublie en sus dans des drames peu spontanés hautement ridicules et souvent trop expédiés avec des amours contrariées, des rencontres fortuites préfabriquées, le retour d’une femme sulfureuse franchement pathétique et des déchirements à ne plus savoir qu’en faire. L’authenticité d’antan échange sa place avec des intrigues poussives dépourvues de subtilité. L’époque le veut, la Seconde Guerre mondiale approche et une fois de plus, la production botte en touche en exploitant ce conflit de manière caricaturale.

Pour résumer, la nostalgique mini-série française Les Maîtres du pain joue le registre du terroir avec cette immersion au sein d’un petit village corrézien du début du XXè siècle. À travers le parcours d’un boulanger passionné rêvant de transmettre ses valeurs, ces épisodes promeuvent le travail, l’assiduité, le respect de chacun, l’abnégation, le sens de la famille et, bien sûr, le sens de la ruralité. Les amateurs du genre apprécieront certainement cette fiction non dénuée d’intérêt d’autant plus qu’elle s’arme à son commencement d’un naturel chaleureux et de personnages parfois savoureux, mais les autres pourront passer sans regret leur tour. Effectivement, bien que l’ensemble ne manque pas d’atouts, il ne sort pas des sentiers battus, comporte plusieurs longueurs, se contente d’une recette éprouvée se nourrissant trop régulièrement d’artifices scénaristiques stéréotypés et, de surcroît, oublie d’offrir un véritable épilogue. En fait, seules les deux premières parties se suffisant à elles-mêmes méritent un visionnage.

By |2017-05-01T13:57:55+01:00février 22nd, 2017|Les Maîtres du pain, Mini-séries, Séries françaises|0 Comments