Borgia (saison 2)

Pour une fois, Canal+ n’aura pas trop traîné pour mettre en chantier la continuation d’une de ses productions. Effectivement, seuls seize mois séparent la première saison de Borgia de la deuxième. Cette dernière est constituée de douze épisodes diffusés sur la chaîne française en mars et avril 2013. Rappelons que l’œuvre de Tom Fontana s’est conclue lors de sa troisième année d’existence. Aucun spoiler.

En se montrant aussi didactiques et descriptifs, les débuts de Borgia perdaient en chaleur humaine et souffraient de leur absence d’impact émotionnel. La surenchère de violence et de sexe ne plaidait pas non plus en leur faveur et laissait parfois assez circonspect. À ce sujet, cette suite persiste dans cette approche assez racoleuse et multiplie des moments totalement gratuits desservant plus le scénario qu’autre chose. L’utilisation de la poire d’angoisse sur un homosexuel représente sûrement l’exemple le plus abject et concret. Au risque de faire preuve de fatalisme, il semblerait presque qu’il faille de toute manière composer avec ces séquences typiques des séries actuelles. Bref. En dehors de ça, cette saison opère un changement visuel positif, probablement apporté par l’augmentation du budget. Effectivement, les scènes d’extérieur sont beaucoup plus nombreuses, tournées pour certaines en Italie, et le résultat gagne immédiatement en authenticité. La fiction donne moins l’impression de se dérouler en huis clos et sort ses personnages de leur microcosme étouffant. Par ailleurs, les vues d’ensemble sur Rome et autres villes sont très appréciables d’autant plus que les effets spéciaux parfois un peu trop visibles de l’année passée sont plus ténus. Toujours en ce qui concerne la forme, la musique d’Éric Neveux se fond également davantage dans les décors soignés. Pour résumer, ces épisodes s’avèrent esthétiquement satisfaisants, à condition de ne pas craindre les ambiances tamisées et assez froides. La structure narrative se solidifie aussi au passage. Utiliser les fêtes et cérémonies catholiques comme la Pentecôte ou le mercredi des Cendres articule la saison d’une façon certes assez schématique, mais convenant parfaitement à la série en tant que telle. Il en ressort alors une même thématique, un fil rouge conducteur rondement mené.

Huit mois se sont écoulés depuis la mort de Juan. Rodrigo commence une longue et vertigineuse chute vers la dépression. Inconsolable, il noie son chagrin dans ce qui est nommé vitriol, une drogue concoctée par un alchimiste. Alors que la puissance du personnage était incontestable au sein de la première année, celle-ci le plonge dans la déchéance la plus totale. Misérable, pathétique et écœurant, il se laisse en plus influencer par tous et ne réussit pas à quitter cette torpeur. Le pape voit ses proches se détacher de lui, à l’exception de son fidèle Gacet qui s’avère également attaqué de toute part. Les ennemis de Rodrigo n’ont jamais été si nombreux et tentent de profiter de son passage à vide pour le manipuler ouvertement, avancer, voire renverser ce Catalan qu’ils exècrent tous. Que l’écriture cherche à bouleverser les forces en place et rendre son protagoniste aussi nuancé est une excellente chose. Toutefois, avouons que ce Saint-Père pitoyable est presque détestable et ses désirs enfouis mettent vraiment très mal à l’aise. Naturellement, l’audience se doute que celui-ci finira par remonter et s’affranchir de ses démons, mais la question est de savoir s’il ne perdra pas des plumes au passage. Sa relation avec Giulia Farnese ne se montre que sporadiquement intéressante avec cette constante manie de se haïr avant de s’aimer passionnément. Il faut par ailleurs admettre que voir les deux ensemble ne fait pas rêver… La dynamique de cette maîtresse avec son frère, le plaisant Alessandro, lui redonne des couleurs. À ce propos, ce dernier se bat avec les problèmes de trésorerie du Vatican dont les caisses sont bel et bien vides. Des stratagèmes doivent être régulièrement instaurés pour les alimenter, ce qui induit une valse d’emprisonnements et moult détournements. Effectivement, le climat à Rome est toujours autant délétère et tous les coups sont légitimes pour asseoir le pouvoir du pape. Cependant, Rodrigo reste finalement plutôt en retrait tout au long des épisodes, la caméra se focalisant davantage sur son fils le plus illustre, Cesare.

Le vrai héros de la saison n’est autre que Cesare qui, progressivement, s’élève pour mieux conquérir le monde et unifier les États pontificaux. L’interprétation de Mark Ryder permet justement au personnage de gagner en charisme et en prestance. Notons que la ressemblance de l’acteur avec les portraits de l’époque n’a jamais été aussi saisissante qu’au cours de cette année. Maintenant que Juan a été définitivement écarté, le cadet espère bien pouvoir quitter le clergé et embrasser ses véritables ambitions. Une fois libéré de ses entraves, il voyage à travers l’Italie puis l’Europe. L’intrigue florentine avec Girolamo Savonarola, parfaitement incarné par Iain Glen (Game of Thrones), approfondit l’aîné encore vivant des Borgia et injecte un minimum de rythme à une série qui en a régulièrement besoin. En effet, la saison se perd parfois dans des scènes arides, quelque peu redondantes et manquant singulièrement de souffle. Le résultat se révèle plus concluant qu’aux débuts de la fiction, mais davantage d’homogénéité et d’allant transcenderaient clairement l’ensemble. Quoi qu’il en soit, le prédicateur habité par la foi illustre par la même occasion tous les vices de la famille papale qu’il méprise avec vivacité, et trouble momentanément Cesare qui, pourtant, doit le condamner. Après cet arc où il fait la connaissance de Machiavel (Thibaut Evrard), le jeune homme part en direction de la France, y rencontre Charles VIII et son successeur, Louis XII (Joseph Beattie – Hex). Si le développement autour de la cour de Carlotta est rébarbatif, il a au moins le mérite de prouver que Cesare demeure envers et contre tout un fieffé manipulateur. Son insatisfaction permanente, ses désirs de conquêtes et d’héritiers l’animent plus que de raison et il ne peut se contenter d’une simple place de mortel. Sa mégalomanie le rend à la fois fascinant et détestable. Au fil de ce chapitre, il papillonne tel un électron libre, échafaude maints plants pour parvenir à ses fins et, la grande majorité du temps, il l’emporte haut la main. Mais jusqu’à quand ? À force de chercher à côtoyer le soleil, ne va-t-il pas finir par se brûler les ailes ? Sa passion inaliénable et sa vigueur nourrissent cet individu retors laissant difficilement indifférent. Le contraste avec les autres membres de sa famille est d’autant plus saisissant, car eux, sont traités avec moins de soin et peinent à attirer un minimum de sympathie.

La première saison de Borgia se terminait notamment par l’irruption de sentiments incestueux entre Cesare et sa sœur, Lucrezia. Ce développement paraissait quelque peu incongru tant il sortait vraisemblablement de nulle part, les deux n’ayant en plus partagé que peu de scènes. Ces épisodes inédits continuent dans cette direction, mais s’y adonnent avec plus de subtilité. Pour autant, le résultat est profondément dérangeant même si la série ne montre techniquement pas grand-chose. Cette impression malsaine est peut-être un choix délibéré des scénaristes souhaitant ainsi dépeindre la perversité de cette famille qui, malgré les défauts l’animant, sait faire front contre tous ses antagonistes. L’importance de ces liens sacrés est encore une fois croquée à l’écran et apporte par la même occasion de jolis moments, car tout en pudeur et en humanité. Derrière ces masques de dépravés et ce népotisme perpétuel, les Borgia restent des individus faibles en proie aux doutes. Cela n’empêche nullement Lucrezia de s’émanciper de l’ombre de son père et de tenter de prendre un certain pouvoir. L’écervelée égocentrique se transforme en une mère ne voulant pas être utilisée comme un vulgaire pion sur une partie d’échecs. Puisqu’elle est de nouveau célibataire, le pape envisage de lui octroyer un second mari et étudie consciencieusement toutes les propositions. Ses amours avec les Alfonso ne s’avèrent pas des plus palpitantes, probablement parce qu’elles sont assez creuses et redondantes. La jeune femme irrite toujours autant avec sa moue boudeuse et ses caprices, mais progressivement, elle s’affirme, grandit et se nuance. À défaut de se révéler attachante, elle plaît par sa capacité à fédérer les siens. Du fait de sa condition, le personnage se place légèrement en retrait des intrigues les plus majeures, sans que cela en devienne foncièrement dérangeant. Les épisodes souffrent toutefois de l’éclatement du récit même si l’intrication d’évènements historiques se montre plus maîtrisée que jadis. L’académisme descriptif ne disparaît pas totalement, mais demeure tolérable. Le traitement de quelques situations subit néanmoins des approximations, voire des modifications discutables, et une absence de vraie intensité comme, par exemple, le passage à Forli. Cela étant, il est probable que ce soit plus la comparaison avec The Borgias qui parle tant cet arc y était franchement intéressant. Quoi qu’il en soit, des figures comme Della Rovere se veulent bien trop transparentes compte tenu de leur supposé développement passé, présent comme futur.

Pour terminer, la deuxième saison de Borgia se libère de quelques-uns des écueils de la précédente et propose de la sorte une montée en puissance correctement mise en scène. Alors que le pape s’affaiblit de jour en jour et perd de son influence, ses enfants s’en détachent et gagnent en prestance. L’ascension fulgurante d’un Cesare décidément très complexe représente sans aucun doute possible le maillon fort de ces épisodes qui, bien que non dénués de longueurs, se révèlent plutôt satisfaisants. En effet, l’historique s’insère cette fois de manière bien plus homogène et se mêle à une approche sentimentale et, simultanément, davantage propice à un impact émotionnel. Même s’il lui manque encore un peu de chaleur pour se montrer totalement concluante, la série atténue son côté désincarné qui lui faisait jusqu’à présent sévèrement défaut. Maintenant qu’elle semble lancée sur une bonne voie, croisons les doigts pour qu’elle persévère et se termine en beauté.

Par |2017-05-01T13:58:15+02:00janvier 27th, 2016|Borgia, Séries allemandes, Séries françaises|0 commentaire

Borgia (saison 1)

Simple coïncidence ou non, les Borgia ont récemment bénéficié d’un traitement plus que privilégié au sein du petit écran. Effectivement, outre The Borgias dont nous avons déjà discuté par ici, une seconde série a tenté d’illustrer le destin de cette famille continuant de fasciner les foules : Borgia. Cette fois, il s’agit d’une production franco-allemande créée par Tom Fontana à qui l’on doit Oz. Bien qu’elle soit terminée et constituée de trois saisons, c’est la première qui nous intéresse aujourd’hui. Ses douze épisodes de cinquante-deux minutes furent diffusés sur Canal+ en octobre et novembre 2011 ; à noter que le dernier dispose d’un quart d’heure additionnel. Aucun spoiler.

Italie, années 1490. Au Vatican, le pape Innocent III est assez âgé et montre des signes de faiblesse. Les cardinaux savent que son heure est proche et plusieurs s’affairent dans l’idée d’obtenir la tiare pontificale. L’un d’entre eux, l’Espagnol Rodrigo Borgia, ne recule devant rien pour arriver à ses fins, déjoue des complots, en manigance d’autres et, progressivement, gagne en pouvoir. Même s’il se dit homme de foi, il ne parvient jamais à taire son goût immodéré pour les plaisirs charnels et est déjà père de plusieurs enfants. Il veille d’ailleurs à ce que chacun d’entre eux continue d’asseoir la réputation et la toute-puissance de sa famille.

Ce serait mensonger que d’affirmer que la comparaison entre les deux fictions télévisées est aisément évitable. Il paraît en effet très compliqué de ne pas s’attarder sur leurs différences et d’avoir, de la sorte, une préférence pour l’une ou pour l’autre. Toutefois, en dehors d’un sujet strictement identique, elles choisissent un angle d’approche opposé. The Borgias offre une vision presque fantasmée de son héroïne, une esthétique lumineuse, voire clinquante, et n’hésite pas à romancer pour mieux appuyer sa tension dramatique ; tandis que Borgia, elle, opte pour un registre plus descriptif et authentique, sans forcément s’avérer historiquement plus fiable. À condition d’apprécier le genre, chacun peut alors trouver chaussure à son pied. Je ne m’appesantirai pas davantage à ce sujet, car l’idée de ce billet n’est pas de mettre ces deux œuvres en parallèle, bien que cet exercice se révèle instructif. Dans ce cas présent, les stupéfiants décors et costumes sont soignés, ce qui, compte tenu du contexte, donne immédiatement le sentiment de se trouver dans cette péninsule italienne habitée par la foi, les luttes intestines et secrets d’alcôves. En dehors de magnifiques plans en plongée de la ville de Rome, les épisodes se dotent d’un cadre souvent fermé, au sein d’édifices religieux, là où la musique se veut moyennement remarquée, mais où la photographie reste sombre, presque lugubre. Ce visuel finalement assez dépouillé d’artifices symbolise à juste titre l’ambiance délétère et pessimiste où le sang coule à flots. En revanche, cette surenchère de sexe et de violence psychologique comme physique n’est clairement pas indispensable, et paraît parfois susceptible de nuire à la qualité de la série. Que l’époque soit décadente et brutale certes, mais il n’est pas essentiel de mettre en scène des moments aussi crus et racoleurs pour le refléter ; la suggestion est d’ailleurs généralement plus efficace. Cela étant, avouons que cette présentation excessive traduit à merveille les péchés habitant plus que de raison les protagonistes.

À la fin du XIVè siècle, l’Italie n’existe pas à proprement parler et est morcelée en plusieurs états, chacun étant gouverné par des ambitieux aux dents souvent très longues. Les guerres sont fréquentes et elles sont d’autant plus complexes que les alliances sont éphémères et que les pays voisins comme la France ou l’Espagne veulent, bien sûr, se développer envers et contre tout. Au centre se trouve le Saint-Siège qui, logiquement, devrait tempérer les ardeurs des uns et des autres. Or, là aussi, les luttes ne sont que plus vivaces. Les grandes familles romaines tentent de conserver la mainmise sur ce qu’elles estiment être leur dû et n’hésitent jamais à manœuvrer et à assassiner. Le cardinal Borgia dont les origines sont espagnoles navigue dans ce climat létal et, en fin stratège qu’il est, dissémine ses pions pour conforter sa place, puis gravir les échelons un à un. Devenir pape est son souhait le plus cher, mais il désire également que le nom des Borgia perdure et pour cela, il instrumentalise sans état d’âme ses enfants. C’est dans cette conjoncture que démarre la série, alors que Rodrigo s’apprête à obtenir ce qui l’anime depuis des décennies. Il dirige l’un de ses aînés, Juan, vers une carrière militaire ; Cesare est forcé d’entrer dans les ordres et d’emprunter le chemin de son père ; quant à son unique fille, Lucrezia, il espère la marier au parti à même de servir au mieux ses intérêts. Malgré un contexte religieux évident, Borgia s’en détache de manière assez notable et délivre plutôt une vision corrompue où chacun ne retient du supposé Dieu que ce qui l’arrange. Les épisodes s’attachent surtout à reconstituer les problématiques géopolitiques de l’époque, au risque d’oublier une dimension humaine.

Les jeux de pouvoir figurent au programme de cette saison et dressent un portrait peu reluisant de cette Renaissance comportant de nombreux points communs avec la société actuelle. La narration demeure relativement fluide et assez aisée à suivre malgré une impressionnante liste de personnages secondaires et de noms pas toujours facile à mémoriser. Pour l’anecdote, notons la présence de John Bradley-West (Game of Thrones) et de Scott William Winters (Oz) en cardinaux. Connaître quelques clés de décryptage doit toutefois sûrement aider à la bonne compréhension des forces en place. Que ce soit au sein du clergé ou ailleurs, chacun cherche à se tailler la part du lion pour diverses raisons, les péchés se révélant définitivement intemporels. La série illustre à merveille ces guerres d’ego surdimensionné. Jalousie, colère, rivalités et vengeances sont régulièrement au menu des réjouissances de cette époque assez fidèlement croquée. Pour autant, Borgia a la fâcheuse manie d’empiler les faits historiques, respectant très scolairement la chronologie et les dates, sans forcément honorer la réalité. Le rythme est parfois branlant, l’écriture se perd sensiblement dans des intrigues tellement étirées qu’elles endorment. Reprocher à une production de vouloir trop bien faire serait malvenu sauf qu’ici, elle oublie de lier les séquences entre elles, de prendre le temps d’installer ses arcs, d’offrir un vrai fil conducteur et de créer par la même occasion une trame scénaristique enthousiasmante à visionner. Les protagonistes se succèdent, se montrent constamment méprisables, sont assassinés ou écartés, et ainsi de suite. Que retenir de ces épisodes ? Qu’il se passe beaucoup d’évènements, c’est évident, mais, outre les scènes volontairement choquantes, peu demeurent réellement en mémoire surtout que les individus se résument souvent à des éléments narratifs et non pas à des personnes à part entière. Et, tristement, la tentative de Borgia de dépeindre la nature humaine à travers sa famille déliquescente ne contrebalance pas suffisamment cette approche mécanique.

L’orgueil et l’égoïsme sont certainement deux caractéristiques des Borgia dont Rodrigo (John Doman – Gotham) en est le patriarche. Cet homme calculateur et pétri d’ambitions qu’il ne cache pas est capable de patienter maintes années pour obtenir ce qu’il attend. Familier du népotisme, il sait également manipuler ses enfants, les mettre en compétition et se montre lui-même peu enclin aux remords. Bien que le personnage soit intéressant pour son ambivalence, il est compliqué de l’apprécier, notamment en raison d’un charisme insuffisant. Ce constat est d’ailleurs similaire pour la quasi-intégralité de la galerie des personnages en dépit d’une fin amorçant quelques changements. La progéniture du cardinal s’apprêtant à devenir pape est tout aussi peu attachante. Juan (Stanley Weber) n’est que bestialité, couardise et stupidité. Lucrezia est immature, capricieuse et la moue perpétuelle d’Isolda Dychauk, son interprète, n’aide pas ; pour sa défense, elle n’est qu’une adolescente et avec un peu de chance, sa caractérisation s’affinera en grandissant. Malgré son impulsivité et ses actes excessifs, le torturé Cesare s’en sort mieux que ses proches grâce à ses paradoxes, sa sauvagerie contrôlée et ses contradictions ; Mark Ryder lui offrant ses traits effectue un travail tout à fait honorable. La rivalité des frères Borgia est régulièrement au centre des propos tant ils se détestent, mais il manque encore une fois une vraie intensité pour marquer. Les interactions entre tous restent par ailleurs trop superficielles la majeure partie du temps et ne densifient pas suffisamment leurs relations. Au bout du compte, l’absence d’empathie ne permet pas de s’impliquer pour ces figures en proie à leurs propres démons toutes plus atroces les unes que les autres. Très peu sont ceux à se montrer sympathiques en dehors du grand ami de Cesare et frère de la perfide Giulia Farnese (Marta Gastini), la maîtresse de Rodrigo. À ce sujet, la dynamique solide et naturelle unissant ces deux camarades est l’un des atouts dominants de ces épisodes.

En définitive, cette première saison de Borgia a le mérite d’exposer avec minutie le contexte politico-historique de l’époque et, de la sorte, d’illustrer avec talent les motivations de ces individus paraissant tous plus retors et monstrueux. Malheureusement, relater des faits les uns à la suite des autres ne suffit pas à construire une série réellement divertissante, surtout quand le traitement se révèle aussi déséquilibré et peu fluide. Grâce à une ambiance lourde de sens, une esthétique dépouillée, des décors soignés et une interprétation globalement satisfaisante, cet académisme descriptif pourrait presque être tolérable, mais la complaisance de certains passages très glauques ainsi que l’absence d’émotions et d’humanité empêchent d’en ressortir proprement charmé. Pour l’instant, il manque du cœur à cette production au potentiel évident, même si la conclusion pousse à penser qu’elle semble se diriger vers un chemin moins désincarné.

Par |2017-05-01T13:58:19+02:00novembre 3rd, 2015|Borgia, Séries allemandes, Séries françaises|0 commentaire