Gwaith/Cartref | Home/Work (pilote)

Lorsque que l’on pense séries britanniques, on fait généralement quasi exclusivement référence aux séries anglaises. Pourtant, que ce soit l’Écosse ou le Pays de Galles, eux aussi peuvent proposer quelque chose typiquement de chez eux. Grâce à Eurochannel, chaine spécialisée dans les médias européens, il est possible de faire de multiples découvertes comme ce fut le cas avec Gwaith/Cartref. Derrière ce titre se cache une série galloise toujours en cours. Après tout, que la série soit galloise ou anglaise, on pourrait ne pas y voir de différences surtout lorsque l’on regarde déjà des productions comme Torchwood qui sont basées à Cardiff. Sauf que Gwaith/Cartref n’est pas en anglais mais en… gallois ! Elle est composée pour le moment de deux saisons dont la dernière vient de se terminer assez récemment au Pays de Galles. Dans ce billet il ne sera question que de son premier épisode passé le 18 septembre 2011 sur S4C. La saison une de dix épisodes est actuellement diffusée sur Eurochannel, qui, rappelons-le, est visible via SFR (89), Free (39) et Virgin Mobile (194). Gwaith/cartref signifie en anglais work/home mais l’appellation internationale a inversé l’ordre pour qu’elle devienne Home/Work. Aucun spoiler.

Le cadre de Gwaith/Cartref se situe à Cardiff, à Ysgol Gyfun Gymraeg Bro Taf, une petite école publique où professeurs et élèves ont pour particularité de ne parler qu’en gallois. La caméra suit les péripéties des enseignants, les difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien, qu’elles concernent leur profession mais aussi leur vie personnelle. Une des particularités de la série, outre sa langue, est d’être effectivement divisée en deux parties bien distinctes. En fait, le titre l’annonce dès le départ avec le slash, il sera bien question du travail mais aussi de tout ce qui touche au domaine du privé, de toute manière souvent plus ou moins en lien avec le premier. C’est ainsi que ce pilote, et probablement les épisodes suivants, sont segmentés dans leur milieu en deux moments théoriquement distincts, un écran noir affichant par ailleurs que nous allons passer dans l’un ou l’autre domaine. Ce découpage se révèle par conséquent plutôt original et bien pensé, la série prenant forcément le temps de développer d’un même accord ses deux angles d’approche. Avec ce premier épisode, on débute par le travail, Gwaith/Cartref nous entraînant immédiatement dans ses salles de classe et dans la fameuse salle des professeurs où certains récupèrent d’une soirée arrosée tandis que d’autres essayent de ne pas craquer nerveusement. L’accent est véritablement mis sur les profs et non pas sur les adolescents ce qui permet d’avoir un ton plus adulte sans être non plus dénué d’une légèreté quelque peu amusante. Ce qui est un petit peu déroutant au départ est que cette entrée en matière ne s’embarrasse pas d’explications et nous plonge dans un quotidien en mouvements. On apprécie le fait de ne pas être pris par la main et d’éviter une plus ou moins longue période d’exposition pouvant se montrer fastidieuse mais ce n’est au final que dans les dernières minutes que l’on réussit à réellement intégrer l’ambiance. La faute en partie à une galerie de protagonistes assez conséquente et de nombreuses thématiques diverses et variées.

 

Bien que les personnages soient présents en nombre, il y a une réel volonté de leur offrir à chacun une caractérisation propre. Celui qui marque peut-être le plus est Simon Watkins (Rhys Ap Trefor), le prof de géographie opportuniste. Ambitieux et n’hésitant pas à pousser la chance, il souhaite devenir le directeur un de ces jours. En attendant, il tente de gravir les échelons un à un. S’il a les dents longues, il n’est en aucun cas antipathique car son envie est mise en avant de manière assez humoristique, lui qui essaye de tirer parti de n’importe quelle situation et qui n’hésite pas non plus à penser à ses amis. Le pilote est en effet marqué par les premiers pas dans le corps enseignant de Dan James, un autre prof de géo et ami de fac de Simon. À l’inverse de son collègue, il apparaît plus détendu et se montre détaché sans n’être pour autant désabusé ou inintéressé par sa propre profession. Sa personnalité s’explique partiellement par le fait qu’il ait déjà voyagé et qu’il possède une vision de la vie plus terre-à-terre. Chez les hommes, Wyn Rowlands (Richard Elis) complète le trio, et semble passer une grande partie de son temps à multiplier les candidatures pour d’autres emplois sans résultat probant puisqu’à son grand regret il demeure toujours scotché à sa salle de cours. Et enfin, plus ou moins en orbite de ces enseignants se trouve le petit jeune Aneurin Rees (Arwyn Jones), qui n’est pour le moment qu’une sorte d’étudiant-prof stagiaire de mathématiques ayant du mal à s’affirmer et à prendre ses marques. Il est chapeauté par Grug Matthews (Rhian Blythe), compagne de Simon à la ville qui tranche assez avec lui car elle paraît bien moins expansive, davantage dans la retenue et sérieuse. Elle donne l’impression d’être celle sur qui tout le monde peut compter, élèves comme professeurs. Sa sœur, Beca (Hannah Daniel), fait également partie du corps enseignant mais est bien plus libérée et profite à fond de sa jeunesse. En revanche, Gwen Lloyd (Rhian Morgan), prof de géographie, est au bout du rouleau. Il y a vingt ans elle aussi était enjouée et motivée mais les années ont passé et elle souffre au travail, elle qui ne réussit pas à surmonter cette nouvelle génération d’élèves probablement plus dure et cruelle. Ajoutons-y d’autres visages comme le directeur, la secrétaire, la prof d’arts plastiques ou encore une mère d’élève remontée. Au final, oui, il y a définitivement beaucoup de personnages et il est donc assez normal d’être quelque peu perdu ou en tout cas, pas forcément enthousiaste d’emblée. Une fois les clés en main, quelques visages repérés et les dynamiques amorcées, l’intérêt arrive et Gwaith/Cartref démontre alors tout son potentiel. Mine de rien, ce premier épisode dresse un joli panel plutôt représentatif d’une petite école. Entre les nouveaux arrivants tout frais et énergiques, les apprentis encore effrayés et se demandant s’ils ne se trompent pas de voie, ceux qui ont pris leurs marques et qui veulent dépasser leur statut ou malheureusement ceux qui se sentent couler, la série a tout pour toucher un large public et se révéler universelle. Tout le monde a un jour été scolarisé et chacun reconnaîtra probablement certains de ses professeurs parmi ceux de cette production galloise on ne peut plus crédible.

Dans un premier temps, les personnages se trouvent donc au travail et il y est question d’enseignements, de changement de classe, de cours à mener, d’élèves à supporter dans tous les sens du terme tout en y injectant de manière assez régulière des éléments en lien avec la vie en dehors. Dans une seconde période, les professeurs finissent par sortir des murs de l’école et contrairement à ce que l’on peut croire plus jeune, eux ont aussi une existence propre qu’ils tentent de mener du mieux qu’ils le peuvent. Inévitablement, leur vie professionnelle a toujours son mot à dire surtout qu’un prof, en quittant l’école, doit quand même préparer ses cours ou corriger ses copies. Si dans l’établissement scolaire les profs finissent presque par cohabiter, c’est aussi le cas en-dehors car plusieurs d’entre eux sont amis, amants ou tout simplement amenés à fréquenter les mêmes lieux. C’est donc un petit microcosme imparfait que l’on suit. L’ambiance est assez légère avec des dialogues souvent humoristiques et un parti pris de désamorcer certaines situations dramatiques en les rendant plus drôles voire quasi cocasses. L’idée n’est pas de minimiser ce que l’on voit mais de mettre en relief la vie non-dénuée d’accros des protagonistes avec une certaine tendresse critique assez piquante. Si le mélange n’a fondamentalement rien de nouveau, il fonctionne ici de manière correcte malgré quelques baisses de régime et un côté parfois peut-être stéréotypé.

Ce qui permet à Gwaith/Cartref de sortir quelque peu de son registre est sa langue et la culture qu’elle y insuffle. À l’exception de quelques phrases en anglais, tout y est en gallois. La langue est plutôt jolie à entendre et à moins de la parler, il est évident que l’emploi de sous-titres est nécessaire car elle ne ressemble vraiment pas à l’anglais mais plutôt au breton. D’ailleurs, d’autres Celtes, à savoir les Finistériens auront peut-être un sentiment de familiarité face à cette école assez particulière qui partage de nombreux points communs avec les écoles Diwan que l’on trouve en Bretagne, et donc plus particulièrement dans le Finistère. Au lieu du gallois, une grande partie des cours se font en breton. (Et à l’instar de Gwaith/Cartref, il existe des séries bretonnes – si, si-). Inévitablement, avec une école où sa langue maternelle est prohibée, de nombreuses épreuves ou de véritables conflits peuvent naître et être sources d’inspiration pour les scénaristes.

En définitive, ce premier épisode de Gwaith/Cartref demeure certes assez quelconque voire convenu mais il montre un potentiel certain qui ne demande qu’à être développé. De toute manière, ce genre de série démarre souvent tranquillement et finit par la suite par montrer ce qu’il vaut véritablement. En tout cas, celle-ci possède suffisamment de charme et d’entrain pour réussir à être globalement divertissante avec ses personnages ne demandant qu’à devenir plus qu’attachants. Le fait qu’elle soit en gallois et que son approche soit légèrement décalée lui confèrent par ailleurs une bonne dose d’originalité qui contrebalance avec son classicisme.