The Borgias (saison 3)

Bien que prévue pour se développer sur quatre saisons, The Borgias a été contrainte de s’arrêter au terme de la troisième, composée de dix épisodes diffusés sur Showtime entre avril et juin 2013. La chaîne a effectivement annulé la série pour des raisons budgétaires et, pour des faits analogues, n’a pas non plus souhaité élaborer un double téléfilm se basant sur le script déjà écrit de Neil Jordan. De quoi être frustré ? Probablement. Quid de la France ? Rappelons que c’est Canal+ qui détient les droits de cette œuvre et, puisqu’elle produit sa propre version, Borgia, il est évident qu’elle ne risque pas de mettre sa concurrente à l’antenne d’ici un certain temps. Pour la petite information, sachez sinon qu’est actuellement édité chez Ki-oon un seinen manga de Sôryô Fuyumi, Cesare, s’attardant comme son titre l’indique sur le fameux fils prodigue ; il existe également le shôjo manga Cantarella de Higuri Yû, mais sa publication a été stoppée dans nos contrées. Aucun spoiler.

Tandis que le Pape échappe de peu à la tentative de meurtre initiée par le cardinal Della Rovere et s’efforce de retrouver ses esprits, les Sforza s’allient à d’anciennes familles rivales dans le but de faire plonger leur ennemi commun. Seuls contre tous, les Borgia demeurent soudés et cherchent à garder la mainmise sur leur destin pourtant vacillant.

Après une première saison assez décevante à cause d’une superficialité irritante, la deuxième se montrait davantage convaincante, notamment grâce à l’illustration d’une fratrie toxique et ambiguë. À l’instar des précédentes, la nouvelle se dote d’une réalisation très soignée où la photographie, les décors, les costumes, la musique de Trevor Morris et l’ambiance sont travaillés. Naviguer dans The Borgias est un plaisir visuel et auditif constant. Juan est mort des mains de Cesare. Rodrigo le sait désormais et, alors qu’il vient seulement d’éviter le pire avec cet empoisonnement à la cantarella, il n’a de cesse de se rappeler des souvenirs de son aîné et de l’amour qu’il lui porte. Naturellement, il ne peut pardonner au cadet son acte terrible, mais il lui accorde un de ses souhaits : l’évincer de la vie ecclésiastique. Cesare n’est plus cardinal, il devient militaire. Toutefois, si cette situation devrait réjouir ce dernier, ce n’est pas tout à fait le cas, car son père ne lui donne pas le commandement de l’armée papale, et la confiance n’est plus réciproque. La reconnaissance paternelle est l’un des principaux fils conducteurs de cette troisième salve d’épisodes. Depuis toujours, Cesare et Juan se sont disputé l’intérêt de leur père. Maintenant que l’un d’entre eux a disparu, celui qui reste ne peut que perdre, surtout lorsque l’on se remémore le contexte. Tout au long de cette saison, Cesare cherche donc à prouver à Rodrigo ses compétences en tant que stratège, sa dévotion, sa fidélité et, bien sûr, l’amour qu’il lui porte. Il ne fait aucun doute que le fils vénère le père et est prêt à tout pour lui, même si cela lui coûte. Il l’a d’ailleurs manifesté maintes années en demeurant pieds et poings liés au sein de la religion. Encore une fois, la série s’avère réjouissante dès qu’elle touche aux dynamiques en cours dans cette famille dysfonctionnelle et définitivement atypique. Le pape, de son côté, s’assagit quelque peu, probablement secoué par la tentative d’assassinat. Jeremy Irons propose de nouveau une interprétation susceptible d’être critiquée, bien que son cabotinage soit davantage mesuré. L’homme est plus en retrait cette année et la religion n’est guère vue qu’en filigrane, avec des histoires somme toute correctes, dont celles en lien avec un vol, le culte des reliques, les Juifs et l’irruption d’un jeune cardinal aux idées particulières. Dans tous les cas, Rodrigo, plutôt que de s’occuper des plaisirs charnels, préfère fomenter dans son coin et veiller à ce que personne ne vienne troubler la quiétude de son Vatican. Et, justement, à ce sujet, il ne peut guère se reposer.

Menées par une indomptable et charismatique Caterina Sforza, les hostilités envers les Borgia sont multiples et, surtout, elles ne se limitent pas à deux clans. Non, c’est bien toute l’Italie, voire l’Europe, qui doit payer le prix de cette lutte incessante pour le pouvoir. Dans son fief, à Forlì, la femme à poigne continue d’échafauder ses plans ingénieux et sait également quand elle doit faire des concessions pour mieux atteindre son objectif. Pour cela, elle accepte notamment de se rapprocher des Orsini, des Baglioni – dont l’un est joué par Björn Hlynur Haraldsson (Hamarinn) – ou encore des Vitelli – avec le Français Abraham Belaga. Les dissensions sont perpétuelles et chacun ne peut s’empêcher d’imaginer se retrouver avec un couteau planté dans le dos dès que l’occasion se présentera. Le cardinal Della Rovere reste davantage en retrait, ce qui n’est pas forcément un mal. La saison s’offre dès lors une atmosphère délétère tant tous les coups semblent permis. La caméra voyage à travers le royaume, se rend en France et illustre la géopolitique complexe de l’époque, injectant par la même occasion une tonalité épique galvanisante. Cesare, pour sa part, œuvre dans l’ombre, manipule à sa guise, torture, tue et essaye de contrer les attaques insidieuses des Sforza. Les échanges sont plutôt bien retranscrits à l’écran et sont rythmés, car les pions sont régulièrement bouleversés, ce qui réduit fortement l’aspect parfois répétitif des intrigues préalablement rencontrées dans The Borgias. Personne n’est épargné et c’est le cœur brisé que le mercenaire de Cesare, le condottiere Micheletto, le découvre. Si les premiers épisodes laissent craindre que ce personnage taiseux et dans l’ombre ne soit pas exploité, ce n’est heureusement pas le cas. Son homosexualité, déjà amorcée précédemment, est davantage mise en avant et l’écriture sur focalise sur la relation qu’il entretient avec un jeune homme ambivalent. Naturellement, le lien presque fusionnel avec son maître n’est pas non plus occulté et, à travers quelques réactions et regards, il se veut toujours aussi magnétique et intéressant. Il faut avouer que la prestation de Sean Harris, électrisante à souhait, confère beaucoup de sa prestance au personnage discret, mais efficace. En définitive, l’intelligent Cesare se trouve sur tous les fronts, montant littéralement en puissance. Entre son père, les guerres intestines de pouvoir et, sa sœur, il bataille régulièrement pour voir ses désirs réalisés. Toutefois, même lui ne peut toujours obtenir gain de cause…

En débutant The Borgias, la question que se posait probablement une grande partie des téléspectateurs était de découvrir de quelle façon serait amenée la liaison entre Cesare et Lucrezia. Connus pour avoir été amants, nous ne saurons très certainement jamais ce qu’il en fut en réalité. Jusqu’à cette saison, la série jouait avec les limites, sans réellement les franchir. Réunis dans une même pièce, les deux enfants Borgia dégageaient une alchimie assez incroyable et, bien que l’idée qu’il se trame autre chose qu’un amour fraternel répugne, les scénarios réussissaient aisément à toucher. Cette nouvelle salve d’épisodes passe à la vitesse supérieure et n’hésite pas à dépasser certaines lignes. Contre toute attente, la fiction historique ne sombre aucunement dans la surenchère et préfère opter pour la subtilité intimiste, voire la pudeur. Finalement, ce parti pris suit l’approche opérée précédemment au sein de ce duo tendancieux. Attirés l’un par l’autre comme l’abeille l’est avec le miel, épris d’une liberté qu’ils ne possèdent pas, ils savent qu’ils n’ont pas le droit de fauter ; or, ils réalisent leur isolement, et qu’en réalité, seul un Borgia, peut vraiment aimer un Borgia. Cesare protège sa sœur, brave les interdits et se brûle les ailes au passage. La saison continue par conséquent d’explorer leur relation empreinte de non-dits et s’illustre via des scènes absolument terribles par la palette d’émotions dont elles se colorent. Le public, mal à l’aise, est partagé entre l’horreur et, presque, l’acceptation implicite de cette union étrangement pure et innocente. François Arnaud et Holliday Grainger sont, encore une fois, fantastiques tant ils habitent leur rôle. Lucrezia, après avoir subi une valse de soupirants assez poussive, s’apprête de nouveau à se marier. L’heureux élu n’est autre qu’Alfonso d’Aragon, ce qui permet dès lors à la série d’approfondir la question de Naples, région où les dirigeants sont fascinants et inquiétants. Quoi qu’il en soit, la rupture est définitivement consommée chez Lucrezia. La petite fille candide s’est transformée en femme intelligente maniant le poison comme personne. Impressionnante, magnifique et lumineuse, la caractérisation de cette héroïne insaisissable évite les clichés et stéréotypes redoutés. Il est dommage que The Borgias ait été annulée, surtout au vu de la dernière séquence et de tout ce qu’elle est supposée inférer. Cependant, la conclusion répond dans l’ensemble aux interrogations et symbolise l’identité de la série et de ses protagonistes évolutifs aux diverses facettes.

Pour résumer, c’est avec efficacité que The Borgias tire sa révérence. Si la fiction n’a pas toujours été constante et n’est clairement pas dénuée de défauts, sa qualité sera allée crescendo. À travers ce portrait fantasmé d’une famille réputée pour ses pires vices, elle sait se montrer divertissante, stimulante et enrichissante. Cette troisième saison se constitue ainsi de chapitres suffisamment solides pour convaincre, cela grâce à l’illustration d’un conflit aux multiples ramifications et complots, de la quête incessante de l’amour d’un fils pour son père, et d’une relation hypnotique entre un frère et sa sœur. Entre émotions, trahisons, violence, tragédies et partie d’échecs humains, les épisodes disposent de nombreux éléments pour plaire. Bien sûr, le romantisme latent est préféré à la véracité factuelle, mais l’écriture se veut bien plus maîtrisée et moins artificielle qu’auparavant. Avec le faste de sa forme, la beauté de ses décors et de ses costumes, son ambiance létale et le rythme soutenu qu’induit cette course au pouvoir, l’ensemble séduit et fait regretter sa fin prématurée. Il semble qu’il est dorénavant grand temps d’aller regarder l’autre version de cette période trouble et toxique, Borgia.

Vikings (saison 1)

C’est sans grande surprise que Luminophore finit par s’attarder sur la dernière création en date de Michael Hirst : Vikings. Cette série canado-irlandaise comporte à l’heure actuelle une unique saison de dix épisodes diffusés sur History en mars et avril 2013. Une suite est d’ores et déjà prévue et devrait arriver à l’antenne courant 2014. Quid de la France ? La fiction est passée sur Canal+ dès le mois de juin 2013. Aucun spoiler.

VIIIè siècle, Scandinavie. Ragnar Lothbrok est un jeune Viking avide de découvertes espérant plus que tout parcourir les mers afin de conquérir les territoires inconnus de l’Ouest. Toutefois, il se doit de réfréner ce désir en raison de la politique plus sage et sécuritaire du chef local, lui qui impose de se contenter d’explorer l’Est et ses lieux parfois désolés et sans richesse. Or, bravant l’interdit, Ragnar décide malgré tout de quitter son confort personnel et de désobéir ouvertement aux ordres. Découvrant l’Angleterre et commençant des pillages, il se lance dans un conflit aux multiples ramifications.

Les fidèles lecteurs de ce blog doivent probablement connaître depuis le temps mon appétence pour les fictions historiques, les légendes scandinaves et l’ambiance moyenâgeuse. Qui plus est, j’ai déjà eu l’occasion par le passé d’exprimer ma grande sympathie pour le travail de Michael Hirst (The Tudors, Camelot). Si, en plus, Vikings s’équipe d’une bande originale composée par Trevor Morris (The Tudors, The Borgias, The Pillars of the Earth, Moonlight, Kings, Mental) dont j’ai vanté les louanges à de multiples reprises, il paraît clair que je n’allais pas la mettre de côté. Pourtant, malgré tous ses points gagnés d’avance, j’étais assez dubitative en la démarrant, la faute à son acteur principal et à la terrible impression qu’il m’avait laissée quelques années auparavant. Le héros de Vikings, le grand et imposant Ragnar Lothbrok, est effectivement incarné par Travis Fimmel qui, dans mes souvenirs, était un bellâtre plus que fade ne dénotant pas face aux qualités transparentes du médiocre Tarzan. En d’autres termes, je craignais d’être irritée par son interprétation et qu’il me gâche les possibles atouts de la série. C’est avec surprise que j’ai presque envie d’écrire que cette première saison doit beaucoup à celui-ci !

Les Vikings, issus de peuples germaniques et scandinaves, ont de tout temps eu la réputation de s’apparenter à des créatures assoiffées d’hémoglobine, sans limites et ne reculant devant rien. Arrivant sur leurs drakkars capables de naviguer à la fois en eaux douces comme en pleine mer, ils s’attaquaient à tous dans le but de piller leurs richesses. Ne faisant que peu de survivants, ils n’hésitaient pas non plus à tuer, violer, brutaliser et torturer quiconque croisait leur chemin ensanglanté. Dans ces lieux victimes de leur piraterie, ils offusquaient d’autant plus par leur culture atypique, leur paganisme et leurs rites sacrificiels. Il est par conséquent assez amusant de réaliser qu’avec Vikings, le point de vue du téléspectateur se situe pour une fois dans le camp des supposés ennemis et non pas parmi ceux normalement davantage susceptibles d’attirer la sympathie. Si les premiers épisodes ne choquent pas réellement, c’est lorsque les personnages commencent réellement à laisser des traces barbares sur leur passage, et cela sans aucun remords, que le malaise s’installe insidieusement, tout en en gardant tout de même une grande once de fascination. Cette première saison de Vikings parvient ainsi à insuffler une tonalité finement nuancée et non manichéenne faisant grandement plaisir. Brouillant les cartes, elle illustre des individus ciselés en perpétuel mouvement capables d’inspirer simultanément de la crainte, de l’émotion, de l’horreur ou encore de la tendresse.

La première saison de Vikings repose sur deux arcs totalement classiques qui pourraient se révéler rébarbatifs et convenus, mais qui finissent rapidement par divertir et convaincre. La conquête de l’Ouest est le principal fil rouge de ces neuf épisodes. La caméra montre alors les préparatifs des Vikings, leurs doutes quant à l’existence de ces fameux territoires inconnus, leurs difficultés à s’y rendre et, surtout, leurs réactions quand ils y mettent enfin pied. Les autochtones, les Anglo-Saxons donc, ne sont aucunement oubliés, eux qui sont les témoins d’une évangélisation de plus en plus présente et qui peinent face à des colosses du Nord ne parlant pas leur langue et se battant tels des démons. Afin d’établir une sorte de pont entre les Anglais – et le public, finalement – et les Nordiques, le scénario ajoute la figure du moine Athelstan (George Blagden) à laquelle il est aisé de s’identifier. Si la bataille fait ainsi rage entre deux peuples que tout oppose, il en va de même également parmi les Vikings. L’ambition de Ragnar déplaît au chef local, Earl Haraldson joué par Gabriel Byrne (In Treatment), et permet à l’ensemble de se doter d’une lutte de pouvoir somme toute basique où l’ego de l’un est malmené par celui de l’autre. Bien que les Vikings vivent au sein d’une société assez libertaire, ils se doivent ici de répondre à une certaine hiérarchie qui porte les traits de cet Haraldson. Assez âgé, profondément meurtri par le destin funeste de deux de ses fils, il se retrouve rapidement confronté à l’appétit insatiable de Ragnar le blessant dans sa vanité et l’obligeant à le mater s’il souhaite garder son assise sur ce peuple préférant toujours l’action aux paroles. La saison croque la rivalité entre ces deux hommes au fort tempérament qui, en dépit de leurs divergences, se respectent mutuellement. Leurs congénères y sont tout aussi impliqués et les relations se complexifient, se densifient et offrent l’opportunité de redistribuer régulièrement les cartes dans ce qui s’apparente à un conflit d’orgueil. La galerie est justement plutôt fouillée et recèle de faciès intéressants et, parfois même, intimidants.

L’étendard viking, Ragnar Lothbrok, est la figure de proue de cette fiction tant il y est magnétique, glaçant, stupéfiant et sans aucun doute, totalement mégalomaniaque. Intelligent, fin stratège, excellent observateur, il n’élève jamais la voix et inspire une crainte létale, surtout lorsqu’il arbore un petit sourire narquois en coin et que son regard s’allume d’une fureur contrôlée. Découvrir que le personnage a véritablement existé lui donne une dimension d’autant plus impressionnante et appréciable, là où la légende se mêle au factuel. Quoi qu’il en soit, il est loin d’être le seul méritant un concert de louanges. Son épouse, la superbe guerrière redoutable Lagertha (Katheryn Winnick) n’a pas à rougir et dispose d’une caractérisation affirmée. Tout aussi implacable et téméraire que son mari, elle représente toutes les valeurs des femmes scandinaves de cette période où les exploits des Valkyries étaient encore glorifiés. Elle sonne donc résolument moderne parce qu’à l’époque, le sexe dit faible ne l’était clairement pas. La dynamique entre Ragnar et Lagertha est tout simplement excellente et plaît par son naturel et par l’osmose sensuelle dont elle s’arme. De plus, leur fils, Bjorn (Nathan O’Toole), est sympathique et dispose de moments méritant le détour. Le constat est moins positif pour le frère de Ragnar, Rollo (Clive Standen — Camelot, Robin Hood), lui aussi inspiré de faits réels. S’il finit par prendre son envol, ses premiers pas sont légèrement trop clichés pour convaincre. Gouverné par l’amour et la loyauté qu’il ressent pour celui avec qui il partage son sang, il ne peut s’empêcher de le jalouser, de voir d’un mauvais œil sa rapide ascension et être de surcroît attiré par Lagertha. Il va de soi que leur relation complexe s’annonce parsemée de multiples embûches. Autrement, parmi les Vikings, Floki (Gustaf Skarsgård ; oui, oui, l’un des nombreux fils de Stellan – et donc, un petit frère d’Alexander) est probablement celui qui tire le plus son épingle du jeu grâce à son excentricité, ses mimiques, son talent pour les nouveautés technologiques, son rire et sa marginalité. Pour l’anecdote, il est possible d’y découvrir Jessalyn Gilsig (Nip/Tuck, Glee) dans le rôle de Siggy, la femme d’Earl Haraldson aux ressources étonnantes.

En profitant pleinement de son cadre et de l’exotisme apportés par le peuple viking, cette saison une parvient à se montrer pédagogique et éclairée de manière convenable et non académique. Effectivement, tout en demeurant divertissante et musclée, elle s’attarde au cours de chaque épisode sur une thématique spécifique et dépeint le mode de vie de ces Nordiques. D’ailleurs, l’homme de religion qu’est Athelstan permet de renseigner sur cette existence souvent rude et empreinte de mysticisme tant, lui, a tout à découvrir et à comprendre. Le choc des croyances y est également retranscrit grâce à ce personnage. History, la chaîne diffusant la série aux États-Unis n’est pas anodine et reflète parfaitement cette envie que d’inculquer quelques fondements de la culture viking. Entre leurs multiples dieux, les rites d’initiation, leurs us et coutumes, les diverses fêtes, l’influence des oracles ou encore l’allégeance au souverain, les connaissances y sont pléthores ; si l’on ne peut nier que l’écriture fait parfois sensiblement preuve de maladresse, le résultat est satisfaisant pour l’effort instauré et la contribution plutôt passionnante, surtout pour qui a toujours eu un faible pour les peuples nordiques. En revanche, le rythme n’est pas aussi trépidant que ce que l’on aurait pu imaginer. Les premiers épisodes s’accordent du temps pour dresser la situation et il est nécessaire d’attendre la moitié de saison pour que l’allure soit plus soutenue. Il ne s’agit aucunement d’un reproche bien que ce parti pris puisse déstabiliser ou déplaire à quelques-uns désirant avant tout de l’action vive et sans relâche.

Quoi qu’il en soit, outre ce cadre dont Michael Hirst cherche à pleinement tirer profit, la forme de l’ensemble tente elle aussi de communiquer toutes ses forces. Le fait que la production essaye d’éviter au maximum les incrustations numériques et qu’à la place, elle utilise ses spectaculaires paysages – elle a majoritairement été tournée en Irlande –, qu’elle ne se borne pas à présenter ses personnages dans des intérieurs et qu’elle illustre moult batailles constitue l’un de ses multiples et solides atouts malgré des figurants discrets. Aux frileux du sanguinaire, qu’ils ne s’inquiètent pas de trop, car la barbarie est généralement surtout suggérée ; de même, les scènes de sexe désormais habituelles à ces fictions sont assez rares. Naturellement, les caractéristiques propres aux séries de cet acabit comme les costumes, armes, coiffures et autres méritent d’être passées au crible et pour le néophyte, le résultat est saisissant par son authenticité. Ajoutons-y des visages burinés, des acteurs très grands et des accents franchement particuliers et l’immersion se voit facilitée. Qui plus est, Trevor Morris compose encore une fois une bande originale percutante par sa beauté et sa capacité à alterner les registres. Enfin, la production peut se targuer de disposer d’un générique léché empreint d’un mysticisme latent et d’une lourde ambiance distinguant les épisodes. Valhalla, le paradis viking, est toujours proche et l’atmosphère se charge en mystères où le brouillard n’hésite jamais à tout recouvrir pour mieux dissimuler les dangers. D’un point de vue technique, le seul point noir se trouve peut-être dans la langue, car les Vikings parlent évidemment anglais dans la série, ce qui n’est pas foncièrement dérangeant. A contrario, cela se complique sérieusement lorsqu’ils rencontrent justement des étrangers – qui eux vont, par exemple, employer du saxon – et qu’ils se mettent à utiliser du vieux norrois, pour revenir ensuite à l’anglais. La situation devient ainsi paradoxale et moyennement heureuse.

En définitive, la première saison de Vikings représente une réussite plutôt enthousiasmante pour quiconque étant attiré par ces fictions mâtinées d’historique. Entremêlant les légendes, la petite et la grande Histoire, elle plonge ses héros ambivalents dans un tourbillon empreint d’une rage tempétueuse tandis qu’ils cherchent à profiter des richesses voisines et combler leurs nombreux désirs redoutables. À grand renfort de décors naturels parfaitement mis en valeur dans une ambiance parfois pétrifiante, elle immortalise avec un soin consciencieux une société finalement assez méconnue à travers ses traditions, superstitions, coutumes locales et sa vie quotidienne. Bien sûr, les intrigues et rebondissements gardent une certaine prévisibilité et se veulent très classiques, voire stéréotypés, mais l’identité et l’authenticité de la production, le charisme des protagonistes, le souffle d’aventures épiques et la puissance insufflée permettent aisément de passer outre cet aspect plus convenu. En se dotant d’un potentiel évident, les efficaces débuts de Vikings augurent ainsi d’un futur éminemment excitant. Vivement la suite !
Bonus : une courte bande-annonce

Par |2018-07-06T17:57:57+02:00septembre 24th, 2013|Séries canadiennes, Séries irlandaises, Vikings|0 commentaire