The Borgias (saison 1)

2011 semble avoir été l’année des Borgia puisque deux séries différentes les ont mis à l’honneur au cours des derniers mois. Si nous n’allons pas – encore – nous attarder sur la version franco-allemande de Tom Fontana, Borgia, nous parlerons aujourd’hui de The Borgias. Pour information, je n’ai pas regardé Borgia donc je serai bien incapable de comparer les deux productions, mais il est prévu que je lui donne également sa chance. The Borgias n’est pas une série américaine comme on (ou seulement moi ?) pourrait le croire. Non, il s’agit d’une coproduction internationale, le Canada, l’Irlande et la Hongrie ayant œuvré main dans la main. L’équipe est assez similaire à celle de The Tudors, la série reprenant d’ailleurs sa place sur la chaîne à péage. Michael Hirst, le créateur et scénariste de The Tudors, n’est toutefois ici qu’un producteur. The Borgias comporte à l’heure actuelle une saison de neuf épisodes passés entre avril et mai 2011 sur Showtime. Le premier est double et dure une heure et demie au lieu des cinquante minutes habituelles. Une saison deux est déjà prévue pour avril 2012. Le créateur, Neil Jordan, a précédemment dit qu’il envisageait de développer sa série sur quatre années. Reste évidemment à voir ce qu’en pensera la chaîne. Concernant la diffusion française, sachez que c’est Canal+ qui l’a achetée. Oui, c’est bien aussi elle à l’origine de Borgia. Elle a procédé ainsi de manière à ne pas court-circuiter sa propre version… Aucun spoiler.

La famille Borgia est connue depuis des générations pour avoir empoisonné, manigancé, comploté et fait tout ce qu’il fallait pour demeurer dans les hautes sphères du pouvoir au cours du XVè siècle. Étant de très mauvaise réputation, on lui a imputé des fratricides, des meurtres ou encore des relations incestueuses. En bref, ce n’est donc pas du tout étonnant que de nombreuses productions – sous différents médias – s’y soient attardées avec plus ou moins de réussite. D’origine espagnole, elle s’est installée en Italie, ou plutôt, à Rome. La série débute par la montée sur le trône papal de Rodrigo, devenant ainsi Alexandre VI. Cette intronisation ne plaît pas du tout à une grande majorité d’ecclésiastiques, dont le cardinal Della Rovere qui décide alors de parcourir ce qu’on appelle désormais l’Italie. Son but est simple, il espère trouver des alliés susceptibles de l’aider à renverser les Borgia.

Pour ma part, j’ai déjà eu l’occasion de le dire et je le répéterai sûrement, j’ai un gros faible pour les fictions historiques et je sais être plus conciliante lorsque je me retrouve devant l’une d’entre elles. Si j’avoue sans honte que mes connaissances sur l’Italie du XVè siècle et a fortiori sur les Borgia sont assez minces, il n’empêche pas moins que c’est un pan de l’Histoire qui m’intéresse. En plus, j’ai visité assez récemment Rome et certains décors (oui, bon, ajoutés à l’ordinateur) me furent ici familiers. Les amateurs d’histoire de l’art auront aussi repéré un grand nombre de peintures. J’ai par ailleurs eu raison de lire Le Prince de Machiavel fin 2010 qui traînait sur mes étagères depuis que j’étais supposée l’avoir étudié en cours de philosophie il y a… hmm, pas si longtemps que ça – laissez-moi mes illusions d’éternelle jeunesse ! Tout ce petit paragraphe pour vous placer le contexte qui, je pense, est important quant à mon propre ressenti.

Avec une équipe créative plus ou moins similaire et une approche analogue à celle de The Tudors, il est normal de se trouver en terrain connu lors du visionnage de The Borgias. Esthétiquement parlant, la série est une réussite bien que certains paysages en synthèse fassent un tant soit peu faux et perdent donc en saveur. Cela dit, ne boudons pas notre plaisir puisque l’on sent sans mal l’opulence dans laquelle vécurent les papes et leur cour. Évidemment, cette explosion de richesse est malvenue de leur part et écœurante, mais elle garde ici un côté sarcastique agréable. Showtime a le budget qu’il faut pour proposer de superbes costumes et tout ce qui est nécessaire pour éblouir le téléspectateur. De ce point de vue là, la série ne déçoit pas une seule seconde tant on s’y croirait. La réalisation est également soignée et la photographie y est extrêmement chatoyante. Le générique est, tout bonnement, une véritable merveille. Pour terminer sur ce fond abouti, la bande originale composée par Trevor Morris (The Tudors, The Pillars of the Earth, Moonlight) est empreinte de tonalités religieuses sans pour autant en donner la nausée. Subtile et maîtrisée, elle accompagne parfaitement ce qui se vit à l’écran.

Nous sommes en 1492, à Rome. Rodrigo Borgia accède au titre de pape après plusieurs manigances ayant pour but de lui offrir en grandes pompes la fameuse tiare. Alors que les ennemis ne font que s’accroître autour de lui et de sa famille, il tente de multiplier les alliances afin de protéger son assise. Les Borgia ont, de tout temps, été réputés pour leur aspect sulfureux. Accusés des pires ignominies, qu’elles soient véridiques ou non, ils sont considérés comme étant l’un des symboles de la décadence de la société qui quitte le Moyen Âge pour entrer dans la Renaissance. Il n’est donc pas étonnant que cette première saison soit assimilable à une lutte de pouvoirs politiques et religieux, mêlée aux affres de la vie pétrie de vices. Chacun cherche à s’approprier les rênes de la puissance et de la richesse, quitte à braver tous les interdits. Les enjeux de cette période sont clairement établis et les personnages naviguent entre les différents points chauds que sont Rome, Florence, Naples ou encore, la France. Si ces thématiques sont plaisantes et plutôt bien amenées, elles souffrent cependant d’une certaine approximation, voire d’une superficialité par moments irritante. Ceci se ressent surtout vers le milieu de la saison. C’est d’autant plus frustrant que les dynamiques géopolitiques de l’époque sont complexes, saisissantes et donc porteuses d’un potentiel évident. En outre, si certes des figures connues comme Machiavel sont bel et bien visibles, elles n’ont assurément pas un rôle digne de ce nom et un approfondissement suffisant. C’est même le contraire tant elles peuvent parfois se résumer à une présence obligatoire afin d’authentifier les propos et les actions mis en avant par les scénaristes. En somme, The Borgias manque d’implication et ne donne pas l’impression de profiter de la famille dont elle tente de tirer le portait. Il est vrai que la saison est surtout celle de l’introduction, il faut peut-être alors lui laisser le temps de poser les tenants et les aboutissants avant de passer à la vitesse supérieure. Mais… difficile de ne pas éviter l’insatisfaction quand on sait que la série peut mieux faire. Par ailleurs, quelques épisodes donnent l’impression d’être une succession de séquences sans réel liant et elles en deviennent presque répétitives. Par exemple, le cardinal Della Rovere cherche des moyens, envers et contre tout, dans le but de renverser celui qu’il juge obscène et non fidèle à la religion. Pour cela, il visite les confins de l’Italie, mais est suivi de près par Cesare Borgia et quelques autres disciples de manière à contrecarrer ses plans. Outre le fait que les personnages paraissent posséder des ailes vu la vitesse à laquelle ils se déplacent, on ne peut pas dire que l’on puisse être profondément captivé par la mise en avant de ces pourparlers manquant singulièrement de rythme. La saison souffre dès lors d’un ventre mou qui n’est pas suffisamment compensé par le dernier arc, avec l’arrivée des troupes françaises menées par Charles VIII, un roi intéressant interprété par… Michel Muller. Oui, oui, celui auquel vous pensez ; il se trouve être particulièrement bon et propose un portrait nuancé et, au final, attachant. La manipulation, la corruption et les manigances ont donc beau être présentes, elles ne réussissent pas à convaincre pleinement et à passionner.

Au-delà de la dimension diplomatique assez marquée, mais traitée de façon trop légère, un des principaux axes est évidemment la religion. Elle est d’ailleurs liée de manière intrinsèque à la politique, ou plutôt, à la géopolitique de l’époque. Que l’on se rassure, si l’on voit régulièrement l’intérieur d’édifices de culte, de confessionnaux ou que l’on déambule dans les couloirs du Vatican, elle n’est pas ubiquiste. Ou tout du moins, les protagonistes sont tellement à mille lieues de la représentation puritaine supposée être en vigueur qu’elle n’en devient pas étouffante, même pour un athée. Cependant, encore une fois, la thématique est assez superficielle et aurait mérité d’être approfondie. Le plus farouche opposant des Borgia n’a jamais une réelle occasion que d’expliciter ce qui le travaille et donne l’impression de parader à la recherche d’aide. Quant au fait que les Borgia auraient pu être tiraillés entre leur envie d’être envers et contre tout en haut du pouvoir et leur foi prétendument absolue en la religion, il n’est pas la peine d’espérer quoi que ce soit. Heureusement, le traitement de ces protagonistes est davantage abouti, sans pour autant permettre à la saison de devenir particulièrement satisfaisante. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans cette saison de The Borgias, c’est qu’elle travaille le portrait de personnages soudés à leurs devoirs, qu’ils le veuillent ou non. S’il est clair que la totalité ou presque d’entre eux sont pourris jusqu’au tréfonds de leur âme, elle parvient à les rendre sympathiques et agréables. Il est compliqué de savoir que penser d’eux, et cette multidimensionnalité s’avère l’un des atouts de la série. Cette dynastie a beau posséder plusieurs figures individualistes, elles sont au final toutes liées, et l’amour qui les unit est plus que palpable comme le montre la scène de fin.

Distillant quelques éléments quant à leur futur, la saison commence à développer les Borgia et s’y emploie plutôt sobrement et avec une certaine finesse. Le chef familial, Rodrigo est un homme assez ambivalent. Capable de trahir et de manigancer afin d’être élu pape, accueillant chez lui Giulia Farnese – la probable dame à la licorne ! – son amante, tout en choyant ses enfants, il semble pourtant croire en Dieu. À la réflexion, il paraît croire en Dieu lorsque cela l’arrange et de la manière qui l’arrange. Il en va de même concernant sa famille qu’il souhaite protéger, mais qu’il n’hésite pas à utiliser une fois le besoin ressenti. L’interprétation de Jeremy Irons est plutôt maîtrisée. En fait, si quelques membres de ce foyer dysfonctionnel sont intéressants, ils le sont d’autant plus quand ils interagissent entre eux. Passons sur Juan et ses histoires de sexe, de lubricité et d’incompétence qui sont insipides et venons-en à l’autre religieux, Cesare. Appartenant aux ordres par obligation paternelle, il est prisonnier de son propre statut qu’il ne souhaite que quitter. Il ne le fait pour le moment pas parce qu’il aime son père, et qu’il désire l’aider dans sa volonté de demeurer pape. Le jeune homme, interprété par le particulièrement charmant Québécois François Arnaud, est touchant et en plein conflit intérieur. Les actions qu’il mène finissent peu à peu par le rapprocher malgré lui du portrait de son géniteur et il en souffre ainsi grandement. Cesare est un fils dévoué et la relation qui le lie à son père est assez troublante et contradictoire. Elle n’est par contre pas du même niveau que celle qu’il entretient avec sa petite sœur, Lucrezia. Celle-ci est jouée par Holliday Grainger (Robin Hood, Merlin) qui est, tout simplement, parfaite. Candide, naïve et rayonnante, Lucrezia est une jeune fille bien plus déterminée qu’elle ne pourrait le laisser croire au premier abord. Tout en conservant une grande once d’innocence, elle montre savoir ce qu’elle veut et apprend très rapidement les rouages du monde. Son évolution au cours de la saison est stupéfiante tout en demeurant crédible et tristement malheureuse. L’Histoire raconte que Cesare et elle furent amants. Difficile de dire ce qu’il en a été en réalité, ces rumeurs auraient été selon certaines sources colportées de manière à détruire davantage la réputation des Borgia. Quoi qu’il en soit, les scénaristes jouent beaucoup avec cette tension qui, sans mettre réellement mal à l’aise, titille l’esprit du téléspectateur. Le temps nous révélera s’ils oseront aller jusqu’au bout de leurs idées ou non. Outre les Borgia, la saison s’attarde sur peu de personnages. Le tueur de Cesare, Micheletto (Sean Harris), est captivant et à l’origine de scènes tout aussi saisissantes. Giulia Farnese (Lotte Verbeek) est également à ranger dans les éléments positifs de cette fiction tant elle réussit à contrôler Rodrigo, et cela, l’air de rien. Dans des rôles plus anecdotiques, mais généralement importants, on peut reconnaître Luke Pasqualino (Skins), Elyes Gabel (Game of Thrones) ou Emmanuelle Chriqui (Entourage) qui n’a pas fini de mettre Rome sens dessus dessous.

Pour conclure, si le ton de ce billet peut paraître très désabusé et critique, la première saison de The Borgias n’est pas déplaisante à regarder. Il est par contre frustrant de constater le potentiel de la production sans que celle-ci réussisse à profiter de ces fascinants jeux de pouvoir. L’écriture des scénarios est effectivement quelque peu laxiste et l’absence de profondeur des intrigues se fait trop souvent ressentir. Quant à la lenteur du rythme, tout particulièrement vers le milieu de saison, il n’est évidemment d’aucun secours. Les personnages, et plus particulièrement le trio Rodrigo/Cesare/Lucrezia, aident heureusement à combler un minimum les lacunes, car ils possèdent une palette de nuances variées et l’on pressent les horreurs qu’ils finiront pour certains par perpétrer. Victimes de leur propre destin, ils ne peuvent y échapper malgré tout ce qu’ils tentent d’entreprendre. Quant à la forme, elle est tout particulièrement aboutie, voire fastueuse, et fait donc plaisir ; bien qu’elle ne soit évidemment pas suffisante pour faire passer les défauts du fond. En somme, la série a toutes les possibilités de devenir bien plus maîtrisée, en espérant qu’elle réussisse à apprendre de ses erreurs…

Camelot (série complète)

C’est avec beaucoup de retard par rapport à ce que j’avais prédit que Camelot est de retour sur Luminophore. De toute manière, ce n’est pas plus mal puisque nous sommes dorénavant fixés sur le futur de cette production. Sous ce titre équivoque se cache une des nouvelles séries de Starz de 2011. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’est pas américaine mais canado-irlandaise. Elle a notamment été écrite par Michael Hirst (The Tudors). Prévue pour durer quelques années, elle fut toutefois annulée au terme de sa première saison. Les raisons officielles sont brumeuses, la production évoquant notamment une incompatibilité d’emploi du temps des acteurs principaux. Officieusement, ce sont probablement les taux d’audience qui ont précipité la chute de la série. Elle n’a pas de fin et se termine sur un cliffhanger. Constituée de dix épisodes d’une cinquantaine de minutes, la saison est passée entre février et juin 2011. Le premier épisode a été diffusé en exclusivité sur la chaîne un mois avant la suite. Aucun spoiler.

Ayant regardé le premier épisode lors de sa diffusion, j’avais dans l’idée d’entamer le reste en direct des États-Unis. Finalement, étant occupée ailleurs, j’ai laissé le temps passer et je n’ai repris le chemin de Camelot qu’en septembre dernier. L’annulation étant alors connue, cela m’a certainement permis d’aborder la série sous un autre angle. Descendue en flèche par de nombreuses personnes, j’en attendais peu en dépit d’un début honnête bien que largement perfectible. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je suis une grande férue de mythologie arthurienne. J’estime pouvoir réussir à accepter à peu près n’importe quelle réécriture du canon, même lorsque cela est effectué à la sauvage comme dans Merlin (BBC).
Un des gros problèmes de Camelot est qu’elle fût diffusée en même temps que Game of Thrones. Le téléspectateur ne peut parfois s’empêcher de les mettre en concurrence. Quand bien même leurs thématiques et leur fond soient sensiblement différents, la forme est plutôt similaire. Starz ne fait clairement pas le poids face à HBO, que ce soit dans le contenu mais aussi dans le contenant. Camelot et Game of Thrones sont deux séries de fantasy, genre très cher à mes yeux. 2011 fut donc particulièrement intéressante de ce côté-là. Rassurez-vous, l’analogie entre ces séries s’arrête là, mon but n’est pas du tout de les comparer. Je trouve toutefois important de nuancer certains propos lus ça et là. Je suis persuadée que si Camelot était passée en 2010, elle n’aurait pas autant été décriée.

Comme le paragraphe précédent le laisse transparaitre, cette unique saison de Camelot fut à mes yeux un agréable divertissement. S’inspirant de Le Morte d’Arthur de Thomas Malory, la série adapte ainsi le mythe arthurien à sa manière. (Si vous souhaitez vous délester de l’édition française désormais introuvable de cet ouvrage, n’hésitez pas à me contacter ; je crains ne pas avoir le courage de lire plus de 1000 pages en vieil anglais.) Si des changements sont notables par rapport à ce qui existe dans la mémoire collective, ils sont parfaitement insérés par rapport à ces connaissances de base et certains s’avèrent même être de très riches idées. La réécriture d’Excalibur et de toute la symbolique qui s’y cache est par exemple tout particulièrement bien trouvée. De même, Merlin n’est pas un vieillard sage, bien au contraire. Dans l’ensemble, cette version des légendes arthuriennes demeure plutôt aboutie et réfléchie. Cela ne signifie pas que tout y est parfait mais il est toujours difficile de partir d’une histoire légendaire et de réussir à faire résonner ce qui est justement connu avec ce qui se veut davantage original, sans pour autant dénaturer le canon. Camelot y parvient.
L’intérêt des épisodes est assez fluctuant bien que l’écriture soit généralement maîtrisée. La saison souffre d’un ventre mou et aurait gagné à être davantage condensée ou à proposer d’autres intrigues plutôt que de diluer autant la fameuse menace qu’est Morgan.

Au début de la série, Arthur ne sait pas qu’il est un Pendragon. Vivant avec sa famille adoptive, il croit partager le sang de ceux qui l’entourent. Ce n’est qu’à la mort d’Uther, empoisonné par Morgan, qu’il découvre ses nobles origines. Avec son frère adoptif, Kay (Peter Mooney), il quitte sa campagne et par là même, l’insouciance. Interprété par Jamie Campbell Bower (The Prisoner – 2009), Arthur est un jeune homme naïf, volage et irréfléchi. Intrépide et fougueux, le chemin est encore long avant qu’il ne soit le roi Arthur imaginaire, celui qui lie les foules et dirige sa société de manière la plus juste possible. S’il est clair que nous sommes loin de cette mouture mûre et adulte, les épisodes le font évoluer et il gagne ainsi en profondeur. Campbell Bower propose d’ailleurs un Arthur plutôt fin et atypique. Malheureusement, il faut avouer que le jeune roi de Camelot n’est pas la pièce maîtresse de la série. Le personnage ne se montre que rarement charismatique et passionnant. Il en va de même pour Guinevere (Tamsin Egerton). Seule, elle a du potentiel car elle est moderne tout en étant tiraillée entre son devoir et sa passion. Là où la série trébuche, c’est sur la relation entre les deux. En plus d’être fade, elle est surtout peu convaincante. Si la notion de coup de foudre est toujours possible, il y a besoin de davantage d’exploration avant de donner l’impression que l’on se trouve face au couple mythique. S’il est clair que cette première saison était supposée lancer la machine et que le reste allait pouvoir être développé par la suite, il est toutefois vital de poser les fondements de cet amour. Ce n’est pas le cas. Si la série comporte d’autres défauts, c’est probablement celui-ci qui est le plus regrettable car cette romance prend inévitablement un certain temps d’antenne.

Arthur, en acceptant d’endosser son rôle d’héritier, entre dans le jeu de Merlin. Bien que ce dernier dispose de pouvoirs extraordinaires, il ne les utilise que très rarement. Mystérieux et perturbé, Merlin est un homme sans âge avec le crâne rasé. Joseph Fiennes est celui qui porte ses traits et le moins que l’on puisse dire est que cet acteur peut être vecteur de réactions épidermiques. Comme à son habitude, c’est une interprétation assez excessive qu’il propose, cabotinant en plus par moments. Certains en seront irrités, d’autres devraient au contraire apprécier ou en tout cas ne pas en être incommodés. Quoi qu’il en soit, la caractérisation de Merlin est assez inédite. Victime de ses propres pouvoirs, il en a peur et lorsqu’il se laisse aller, il ne parvient plus à s’arrêter tel un véritable drogué. Sa relation avec Igraine, jouée par Claire Forlani, est également intéressante. Les deux sont d’ailleurs un des points forts de la saison et il est dommage qu’il faille attendre aussi longtemps avant que la femme d’Uther prenne du galon. À vrai dire, c’est un peu le cas de plusieurs personnages qui méritaient davantage de travail et qui ne furent que partiellement survolés. C’est le cas de Kay, le frère d’Arthur, ou encore de Gawain (Clive Standen – Robin Hood). Leontes (Philip Winchester) aurait gagné à être un peu plus nuancé et moins présenté comme l’obstacle entre le roi et Guinevere. Arthur s’entoure d’hommes forts, certains étant évidemment les futurs chevaliers de la fameuse table ronde.

La Bretagne gronde, le peuple vit mal et la mort d’Uther n’arrange pas la situation. Arthur dispose certes d’une éducation et apparaît parfois assez conscient de la situation mais, peu de monde le connaît et il a tout à prouver. Souhaitant démarrer sur de nouvelles bases et suivant les conseils de Merlin, il restaure Camelot. C’est une nouvelle ère qui débute. Néanmoins, il doit faire face à de nombreuses menaces. La plus proche mais la plus perfide et insidieuse est sans conteste celle de Morgan. Incarnée par la sublime Eva Green, la demi-sœur d’Arthur est vénéneuse et exploite ses pouvoirs magiques quitte à en souffrir jusqu’aux tréfonds de son âme. Toxique et psychologiquement instable, elle ne se fie à personne jusqu’à l’arrivée d’une nonne presque effrayante jouée par Sinéad Cusack (North and South). Son alliance avec le roi Lot, interprété à l’écran par James Purefoy (Rome), est aussi mauvaise que ce qu’elle le laisse augurer sur le papier. Les premiers pas de Morgan dans la série sont branlants mais au fil des épisodes, le personnage prend de l’épaisseur et l’interprétation d’Eva Green gagne en finesse. Au final, c’est une anti-héroïne que l’on aime détester tout en ne pouvant s’empêcher de la prendre en pitié. Le cliffhanger qu’elle offre est perturbant, tout en sachant en plus ce qui va en découler mais que l’on ne verra pas sur Starz.

Au-delà de ses personnages trop peu développés et de cette réécriture alléchante du mythe, Camelot dispose d’une esthétique aboutie. S’il est indubitable que la série souffre de son budget et que le manque de figurants se fait cruellement ressentir, les paysages sont magnifiques et les décors et vêtements très soignés. Visionner les épisodes donne envie de prendre un billet d’avion ou de ferry pour se rendre immédiatement en Irlande. Outre le générique léché mêlant habilement la magie à l’aspect moyenâgeux, la bande originale composée par les frères Danna se révèle tour à tour mystique, entraînante, lancinante, voire épique.

Pour conclure, les légendes arthuriennes ont toujours été une source d’inspirations inépuisable et ce n’est pas Luminophore qui prouvera le contraire. Camelot est effectivement la troisième série après Merlin (la mini-série) et Merlin (BBC) a être traitée ici. Quand bien même ces productions se basent sur une même histoire, leur angle d’approche est fondamentalement différent. Cette nouvelle version avortée de Starz se révèle être plus adulte que les deux autres mais elle aurait gagné à posséder des thématiques plus complexes. Toutefois, ceci peut être temporisé dans le sens où la série ne se montre jamais prétentieuse et sait pertinemment dans quelle catégorie elle se range. Si visuellement et musicalement il s’agit d’une réussite, le fond souffre de quelques lacunes dispensables. Ainsi, Arthur manque de consistance et d’envergure. De plus, sa romance avec Guinevere est insipide et sans émotions. A contrario, les personnages secondaires qui gravitent autour de ce nouveau roi sont bien plus intéressants. Merlin, Morgan, Kay et Igraine en sont les principales figures. Au final, Camelot est une série correcte et qui atteint convenablement son but de divertissement. Pour peu que l’on soit amateur de fictions médiévales mâtinées de fantasy et que l’on ne soit pas trop regardant, on devrait y trouver largement son compte. Malheureusement, la frustration peut en découler car il n’y aura pas de suite.

Par |2017-05-01T14:00:26+02:00janvier 9th, 2012|Camelot, Séries canadiennes, Séries irlandaises|0 commentaire