Heimsendir | World’s End (mini-série)

Après nous être attardés sur les Vikings la semaine dernière à travers la série du même nom, continuons donc notre exploration de la Scandinavie grâce à Heimsendir. Derrière ce titre signifiant vraisemblablement la fin du monde se cache une mini-série islandaise de neuf épisodes d’une trentaine de minutes diffusés sur Stöð 2 en novembre et décembre 2011. Aucun spoiler.

1992, un petit hôpital psychiatrique perdu quelque part dans la campagne islandaise. Suite à certaines circonstances, Einar, un professeur d’histoire a priori bien sous tous rapports, se retrouve interné d’office dans cette institution où tous les patients semblent plus malades les uns que les autres. Entre ceux qui entendent des voix, ceux qui se prennent pour quelqu’un qu’ils ne sont visiblement pas et les apathiques, il ne parvient pas à se sentir à sa place dans ce qui s’apparente à une prison. Son refus de se traiter est d’autant plus amplifié par le fait qu’il n’est en aucun cas conscient de ses propres troubles. Révolté par le comportement des soignants et par cette situation qu’il juge inappropriée, voire dégradante, il met le feu aux poudres et distille un climat révolutionnaire au sein de l’établissement. En éveillant la lucidité de ses comparses, il bouleverse totalement la mécanique bien huilée de l’hôpital et s’en suivent des répercussions dont il est loin de se douter.

     

C’est encore une fois grâce à un billet passionné de Livia, férue de fictions télévisées scandinaves, que j’ai découvert l’existence de Heimsendir. Jusqu’à l’année dernière, je n’en avais effectivement jamais entendu parler. Outre la critique dithyrambique, ma curiosité a surtout été piquée par le cadre ambiant : celui de la psychiatrie. Il se trouve que quand je ne suis pas en train de regarder la télévision et écrire pour Luminophore, je passe la plupart de mes journées parmi des personnes souffrant de troubles psychologiques et psychiatriques divers. Il s’agit par conséquent d’un domaine que j’estime connaître et maîtriser davantage que la moyenne. Qui plus est, j’en suis tout naturellement friande puisque j’ai choisi cette voie somme toute très particulière. Des séries se déroulant dans un hôpital de ce genre ne sont pas légion, il est donc normal de ne pas en écarter. Ce petit paragraphe pour placer le contexte et expliquer que face à ce type de production, je suis forcément quelque peu biaisée ; je ne peux pas m’empêcher de laisser parler une fibre professionnelle qui parasite parfois l’appréciation que l’on aurait pu ressentir en tant que néophyte.

Mettre en scène le monde psychiatrique est loin de s’avérer évident et de nombreuses histoires se sont d’ailleurs justement déjà fourvoyées. Les écueils sont multiples et il est dès lors peu surprenant que certaines optent pour une vision fantasmée de maladies mentales, tandis que d’autres sombrent dans la surenchère et la caricature omniprésentes. En résumé, peu de séries télévisées peuvent se vanter de réussir à dépeindre de manière plutôt crédible et réaliste ce qui se déroule entre les quatre murs de ces institutions imprégnées de ce que l’on qualifie volontiers de folie, terme hautement sensationnaliste et vendeur. Sans être dénuée de défauts, Heimsendir transmet une peinture somme toute solide de la température régnant dans ces hôpitaux psychiatriques, souvent montrés du doigt et comparés à l’antichambre de la honte, là où sont enfermés les fameux aliénés et dégénérés. Un des atouts de cette mini-série islandaise est de privilégier l’authenticité et de ne généralement pas chercher à rendre glamour des situations et des personnalités qui ne le sont pas. La galerie de protagonistes est plutôt importante et fait état de nombreuses pathologies différentes, tout en essayant de ne pas résumer ces figures à leurs propres troubles. Cette approche leur offre par la même occasion une véritable humanité et ne les limite pas à des cas amusants, oppressants, ou les deux à la fois. À ce propos, ce sont surtout les premiers épisodes qui marquent grâce à une tonalité parfaitement retranscrite. Elle devrait sans aucun doute rappeler des souvenirs à ceux ayant fréquenté ces établissements. En effet, les visages entraperçus sont plus vrais que nature et il en ressort un climat émotionnel ne laissant pas indifférent. La série se déroulant astucieusement aux débuts des années 1990, les médicaments psychotropes y ont une place de choix et représentent justement l’un des points clés du principal fil rouge du scénario. Les journées passent, se ressemblent et sont rythmées par la prise de ces cachets multicolores où, chacun son tour, reçoit son cocktail supposément miraculeux. Cette camisole chimique est vivement critiquée par le nouvel arrivant, Einar (Halldór Gylfason), qui ne comprend pas pourquoi tout le monde serait contraint d’ingérer ce lourd traitement abrutissant ayant pour conséquence la plus visible la déambulation fantomatique de ses victimes dans les couloirs. C’est pourquoi il profite d’un moment de faiblesse du personnel pour séquestrer les soignants, s’arroger les pleins pouvoirs et transformer l’hôpital en ce qu’il espère être une utopie pour les malades. Outre sa dimension humaine dans un univers régulièrement déshumanisé, Heimsendir s’apparente à une allégorie politique dans la lignée du maître en la matière, le roman Animal Farm (La ferme des animaux) de George Orwell que, normalement, quiconque connaît même sans l’avoir nécessairement lu.

À première vue, Einar est ainsi un individu tout ce qu’il y a de plus banal. À son arrivée à l’hôpital, la caméra s’amuse volontairement de la situation en ne révélant pas immédiatement ce qui l’y amène. Rapidement, le téléspectateur réalise qu’il y a certainement sa place tant il croit voir des choses – ou plutôt, un animal – qui ne se trouvent pas là. Il va de soi que lorsque l’on n’est pas conscient de ses propres troubles, autrement dit quand on souffre d’anosognosie, il est très compliqué d’accepter les soins et d’essayer d’avancer vers le chemin de la guérison. Or, un grand nombre des patients psychiatriques ne disposent justement pas de cette conscience de leur état pathologique. Sans surprise, Einar est donc réfractaire à toute prise en charge, d’autant plus qu’elle paraît se limiter à une pharmacopée souvent invasive, et à quelques groupes de paroles fondamentalement idiots et ne servant vraisemblablement qu’à accentuer davantage les difficultés psychiques sous-jacentes. La mini-série aborde son cadre de manière satirique, voire absurde, et permet ainsi à l’ensemble de gagner en critique et en férocité. Les traitements psychotropes ont fait des ravages par le passé et si d’aucuns affirment que c’est encore le cas, l’évolution est tout de même relativement positive, et plusieurs courants théoriques tendent justement à restreindre leur consommation. Quoi qu’il en soit, Einar, lui, refuse d’ingérer une quelconque pilule, harcèle les soignants et se heurte à un mur. Face à ce système bien cadré et conformiste où les règles ne doivent en aucun cas être outrepassées, la moindre de ses revendications se transforme en affront et lui vaut seulement des contentions physiques et psychologiques. Pour appuyer son propos, le scénario n’hésite pas à s’amuser de quelques clichés en vigueur dans le monde de la psychiatrie comme l’infirmière revêche ne voyant même plus l’humain derrière le patient, le directeur totalement déconnecté de la réalité ayant oublié le sens de l’éthique, ou encore le thérapeute calme, doux, et empathique qui, comme par hasard, essaye de son côté d’améliorer le confort des malades non pas via un remède chimique, mais à travers d’autres moyens plus écologiques. L’écriture aurait peut-être gagné à être davantage nuancée dans leur caractérisation et à les rendre attachants tant ils n’inspirent pas foncièrement grand-chose ; ils ont au moins le mérite de disposer, à l’instar de ceux dont ils s’occupent, d’une humanisation en bonne et due forme. Le constat est surtout positif concernant la fille du thérapeute et de l’infirmière qui se trouve à passer le week-end à l’hôpital – certes, il s’agit là d’un élément assez étrange de l’histoire et peu crédible –, elle qui, étonnamment, se prend d’affection pour les âmes en peine qu’elle y découvre. Elle symbolise probablement l’esprit du téléspectateur face à toutes ces personnalités, cabossées de la vie pour des raisons aussi diverses que variées, susceptibles de toucher du fait de leur triste authenticité malgré une sensible tonalité manichéenne.

Contre toute attente, Heimsendir utilise son cadre hospitalier pour y injecter une dimension allégorique à travers un récit politico-artistique. Le contestataire Einar réussit à convaincre les patients de l’importance de se rebeller contre le système en place et de prendre de nouveau les rênes de leur existence. Profitant que le personnel est peu nombreux, les malades renversent la situation et enferment leurs soignants qui n’ont plus que le choix d’attendre et, peut-être même, de subir un effet sacrément pervers de leurs traitements de choc. Dans le but d’oublier toutes les règles en vigueur et de prôner la liberté envers et contre tout, Einar propose d’écrire une constitution. Au départ, les esprits s’échauffent, l’exaltation se fraye un chemin, les réunions entre anciens patients se multiplient, chacun a son mot à dire sauf que, progressivement, certains réalisent les limites d’une telle manœuvre. Après tout, il y a les malades moins malades qui dirigent et, les autres, qui suivent. La liberté n’est-elle au final pas relative ? L’utopie se transforme rapidement en totalitarisme, la faute à un pensionnaire, l’ambivalent Margeir. Souffrant du supposé trouble dissociatif de l’identité, il change donc de personnalité lorsque l’on s’y attend le moins et fait preuve d’une grande dangerosité du fait d’une mégalomanie évidente. C’est avec ce protagoniste que la mini-série voit malheureusement sa force décliner dès sa seconde partie. En effet, Margeir a beau être solidement interprété par Jörundur Ragnarsson, il tombe au fur et à mesure dans une vraie caricature et peine à se montrer convaincant. De surcroît, l’ultime épisode devient moyennement ridicule, voire grotesque, notamment en raison du personnage incarné par Björn Hlynur Haraldsson (Hamarinn). S’il est indiscutable que la production s’amuse de l’absurde afin d’amplifier la satire, elle en fait parfois un peu trop et perd en chemin de sa puissance. L’image de cette sorte d’essai politique s’épuise et aurait probablement gagné à être davantage condensée. En tout cas, si les actions d’Einar et de ses compères sont au départ sincères et que le mouvement se cherche une vraie dimension idéologique, les envies de pouvoir viennent très rapidement envenimer une situation qui court droit à la catastrophe. Il faut avouer que dans cette galerie de personnages, les points de vue diffèrent forcément et tous ne sont pas prêts à donner de leur personne au même titre que d’autres. Les premiers épisodes de Heimsendir illustrent d’ailleurs à merveille cette ambiance de chaos permanent où la tension va crescendo et semble ne pas pouvoir atteindre son point culminant. L’anarchie est telle que le scénario paraît de prime abord ne pas être maîtrisé, ce qui n’est pas le cas. L’utopie, l’idéalisme et les rêves de liberté sont oubliés pour laisser place à une instrumentalisation de la peur, à un culte du meneur, à des mensonges et à la manipulation. Paradoxalement, chacun finit par empiéter sur l’autonomie du voisin dans son propre intérêt, et plusieurs n’hésitent pas à chercher à éliminer leurs concurrents potentiels. En bref, à la fin, les patients et les soignants se confondent dans leurs pensées, mais aussi dans leurs manières de procéder. Seul compte le dirigeant. L’allégorie ne s’arrête pas à la dimension politique en tant que telle puisqu’elle s’offre la capacité de multiplier les références à la Révolution française, étendard hautement symbolique d’une lutte pour les libertés. Entre des images évidentes comme le bicorne napoléonien ou des termes forts – thermidor, principalement –, et d’autres plus discrètes telles que des reconstitutions métaphoriques de certaines scènes historiques, Heimsendir démontre son soin du détail. Elle le confirme d’autant plus à travers sa réalisation, son choix de couleurs évolutives et plus qu’évocatrices, ou encore via sa bande-son employant de nombreuses compositions de musique classique et délivrant par la même occasion une tonalité par moments fascinante.

Au final, Heimsendir propose à la fois une plongée satirique froidement féroce dans le monde désabusé de la psychiatrie, tout en se permettant d’offrir avec clairvoyance un récit politique allégorique désillusionné où un régime totalitaire prend progressivement place. Grâce à une inventivité et une richesse indubitables, elle se montre dès lors fine et bien plus dense que ce que l’on aurait pu imaginer en la débutant. S’il est ainsi évident qu’elle fait preuve d’intelligence à travers sa peinture cynique des révolutions perpétuellement amenées à échouer, elle se dilue sensiblement vers sa fin et perd en subtilité en dépit d’une causticité appréciable. Le constat s’avère plus mitigé pour la sphère médicale puisqu’elle n’évite pas les écueils souvent liés au trop fameux trouble dissociatif de la personnalité, et souffre par la même occasion d’approximations, voire d’un aspect parfois presque poussif. Cependant, que l’on se rassure, cela n’enlève pas l’ambition et les forces de la mini-série, que celles-ci concernent la dimension psychiatrique où l’ambiance des débuts reflète avec malaise l’atmosphère au sein de ces institutions, mais aussi un récit métaphorique de l’installation au pouvoir d’un système despotique. Sans se révéler fondamentalement indispensable, cette fiction islandaise délivre un divertissement de qualité, ludique et éveillant les consciences – ce qui est déjà plus que satisfaisant, non ?

By |2017-05-01T13:59:10+02:00septembre 30th, 2013|Heimsendir, Mini-séries, Séries islandaises|0 Comments

Hamarinn | La Falaise – The Cliff (mini-série)

Au vu de la température ambiante, vous voulez probablement de la chaleur et des paysages ensoleillés. Eh bien ce n’est pas aujourd’hui que vous en aurez avec Luminophore puisque nous partons pour la première fois en Islande ! Au programme : du froid, un environnement quasi lunaire et plus que rigoureux, des couleurs glaciales, du lopapeysa à ne plus savoir que faire, des meurtres étranges et un soupçon de folklore scandinave. Parlons donc de la mini-série Hamarinn diffusée courant octobre 2009 sur l’état insulaire. Elle est composée de quatre épisodes d’environ cinquante-deux minutes et a été réalisée par Reynir Lyngdal. On peut la retrouver sous l’intitulé international The Cliff (qui veut dire falaise en anglais pour ceux qui auraient quelques lacunes). En France, la mini-série devient La Falaise et passera sur Eurochannel dès samedi 3 novembre 2012. Rappelons que la chaîne est accessible via SFR – chaîne 89, Virgin Mobile – chaîne 194, Free – chaîne 39 et qu’il existe désormais un service de VOD via DailymotionAucun spoiler.

Helgi Marvinsson, un inspecteur de police de Reykjavik, est envoyé dans une petite ville islandaise afin d’aider la police locale à faire la lumière sur un accident suspect. Alors que celui-ci paraît n’être qu’une banale affaire, il réalise rapidement qu’il va devoir composer avec les croyances insulaires et les habitants peu enclins à parler.

   

Leurs productions prouvent régulièrement que les pays scandinaves sont friands de polars ; c’est donc sans grande surprise qu’Hamarinn en fait la part belle. Pour autant, si son but premier est de mettre en avant une investigation, elle imprègne son climat d’une ambiance très particulière mêlant à la fois les énigmes à l’imaginaire islandais. C’est d’ailleurs ce qui lui offre tout son charme et qui lui permet de sortir quelque peu de son enquête, au final, assez classique voire consensuelle.

Lors d’une nuit, Snorri est retrouvé en bas d’une falaise après avoir fait une chute de plus d’une vingtaine de mètres dans sa tractopelle. Que faisait-il là ? Personne ne semble le savoir. Pour cela, il faudra attendre qu’il sorte du coma ; si jamais il ne meurt pas avant. La situation s’annonce délicate car cette falaise est supposée être détruite dans les jours à venir afin d’y construire une centrale hydro-électrique. Plusieurs habitants ne sont pas particulièrement enthousiastes pour de multiples raisons compréhensibles et, certains écologistes ont d’ailleurs entamé de nombreuses manifestations depuis quelque temps. Cet accident s’avère problématique d’autant plus que des explosifs ont été volés sur le site. C’est pour cela qu’Helgi, un inspecteur de Reykjavik, est dépêché sur les lieux de manière à seconder l’enquêtrice en charge de l’affaire, Inga. Inévitablement, celle-ci n’est que peu ravie à l’idée de travailler en duo et tend dans un premier temps à marquer son territoire. S’ils veulent rapidement boucler l’enquête, ils n’ont de toute manière pas d’autre choix que de collaborer.

Si l’investigation en tant que telle demeure conventionnelle, elle a au moins le mérite de se montrer on ne peut plus prenante par son aspect puzzle, sa tension palpable et ses nombreux suspects. Les rebondissements se multiplient, les mystères se corsent, les coïncidences deviennent plus que curieuses et alors que l’on croit avoir deviné ce qu’il s’est réellement passé, ce n’est pas le cas et il faut attendre le dernier épisode pour que les rouages s’imbriquent entre eux. Le tout s’effectue de manière crédible, logique et sans la volonté d’en mettre plein la vue. Compte tenu du rythme assez lent, il aurait peut-être été préférable d’homogénéiser davantage la résolution de l’intrigue surtout que les dernières cinquante minutes précipitent quelque peu la chute, sans que ce ne soit foncièrement désagréable. Quoi qu’il en soit, la mini-série en profite pour y installer des thématiques actuelles telles que la protection de l’environnement et/ou du tourisme, sujets naturellement sensibles chez les Islandais et inévitablement liés aux légendes locales.

Là où Hamarinn ne fait guère preuve d’originalité est dans l’écriture de son tandem. La caractérisation des personnages mais aussi la dynamique s’installant entre les deux auraient clairement mérité un aspect moins stéréotypé. Helgi, incarné par Björn Hlynur Haraldsson que l’on verra prochainement dans la troisième saison de The Borgias, est un homme divorcé ayant perdu son petit garçon assez récemment. Encore endeuillé, il préfère travailler plutôt que de se reposer et de faire le point sur ce qu’il garde au fond de son cœur. S’il lui reste toujours sa fille, il ne s’occupe en réalité qu’assez peu d’elle, peut-être parce que le vide que lui procure l’absence de son fils l’accapare de trop pour penser à quelqu’un d’autre. Du fait de ses compétences et de son expérience, son supérieur l’envoie dans cette petite ville d’Islande qui ne lui est pas inconnue comme il est familier avec plusieurs des locaux. Cela lui permet d’ailleurs de se fondre rapidement dans le décor et d’obtenir certaines informations d’une manière informelle, sans l’aide d’Inga (Dóra Jóhannsdóttir). Celle-ci voit par conséquent son arrivée d’un mauvais œil puisqu’elle aime mener ses enquêtes seule et qu’elle désire montrer qu’elle est tout à fait capable. Encore jeune, elle doit batailler régulièrement pour être prise au sérieux. Son mari n’est pas non plus toujours très empathique et serait volage, ce dont elle en est tout à fait consciente. Autrement dit, l’écriture inspire un vent de déjà-vu et n’est pas particulièrement engageante de prime abord. Le développement de la relation entre les policiers est également de cet acabit étant donné qu’ils finissent par se rapprocher, tournure que l’on pouvait craindre en raison de regards éloquents dès leur rencontre. Cependant, outre l’alchimie et la sympathie pour ces figures principales, le scénario montre par la suite que certains éléments de leur bagage personnel servent l’intrigue et apportent un éclairage assez intéressant sur les croyances populaires. Pour la petite anecdote, les deux acteurs ont déjà joué ensemble dans Heimsendir que j’ai dans l’idée de regarder dans les mois qui viennent. Ce qui permet à la mini-série de véritablement sortir des sentiers battus est son ambiance et le fait qu’elle tire bénéfice du folklore islandais.

Hamarinn utilise à bon escient son cadre et se révèle tout particulièrement intéressante par quiconque aspirant à connaître un peu plus la société islandaise. Dans la mini-série, ce sont bien évidemment ses paysages qui marquent avant toute chose. La caméra balaye très régulièrement ses immenses décors naturels composés de vallées, montagnes, roches, cascades qui sonnent définitivement majestueux. Si tant est que l’Islande ne figurait pas déjà en priorité sur vos destinations de voyages rêvées, il y a de fortes chances pour que vous l’y ajoutiez si vous appréciez les terres riches en contrastes et totalement dépeuplées. L’infini et l’ouverture de ses paysages ne s’opposent alors que mieux au microcosme du petit village rural dans lequel Helgi et Inga enquêtent. Tout le monde s’y connaît, tout le monde sait ce que l’autre a fait la veille et tout le monde garde la langue liée, ne cherchant aucunement à faciliter le travail des enquêteurs. Ce n’est pas tant qu’ils soient réfractaires aux forces de l’ordre mais c’est parce qu’une sorte de mainmise quasi mystique s’opère sur eux. La nature particulière de l’Islande participe plus qu’activement aux croyances populaires et offre dès lors une atmosphère poétique inquiétante maximisée par la lenteur des épisodes. En se dotant de couleurs souvent froides et en ne faisant que ponctuellement preuve de clarté, la mini-série plonge littéralement le téléspectateur dans ce qui s’apparente à une véritable expérience. La musique participe d’ailleurs à cette orchestration et se révèle envoûtante par son xylophone et des sons discrets mais toujours présents en arrière-plan. Le prix qu’elle a reçu aux Edda Awards en 2010 ne semble pas démérité. Certains Islandais croient ainsi qu’un peuple caché, les huldufólk, vit dans les roches et qu’il ne faut en aucun cas le déranger. Ou plutôt, beaucoup ne sont pas contre leur possible existence et essayent de ne pas s’en approcher de près ou de loin. Si l’on existe en harmonie avec ces êtres, ils demeurent tranquilles et protègent à leur manière leurs voisins humains. En revanche, si ces derniers commencent à détruire une falaise, par exemple, de malencontreux accidents peuvent se produire. Il est arrivé que des constructions soient réellement déplacées afin de ne pas contrarier la quiétude de ce supposé peuple. Ici, les superstitions ne s’arrêtent pas là puisqu’il est aussi question d’un homme mort vêtu d’un imperméable blanc se promenant autour de la falaise, d’un garçon voyant les fantômes et le futur, d’une vieille femme apercevant de drôles de lumières, etc. Il va de soi que ces croyances imprègnent totalement Hamarinn. Le point particulièrement intéressant est que le scénario n’essaye pas de rationaliser quoi que ce soit et ne s’attarde pas spécifiquement dessus. Il choisit de laisser chacun croire ce qu’on désire, comme si ces croyances n’avaient rien d’irréalistes. En résumé, nous sommes en Islande et tout peut y sembler possible.

En conclusion, Hamarinn est une mini-série méritant que l’on s’y attarde que l’on soit amateur de polars ou non. Effectivement, ce n’est pas tant l’enquête qui se révèle ici passionnante car quand bien même son écriture soit plus que solide, elle demeure classique, mais c’est l’ambiance particulière qui offre une véritable identité à l’ensemble. En y injectant une dominante mystérieuse et des légendes populaires tout en tirant parti de ses paysages époustouflants par leur aspect sauvage, elle en devient intrigante voire littéralement fascinante. Plutôt que d’accentuer son côté surnaturel, elle préfère alors en jouer et troubler les limites entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas parce qu’au final, personne n’a de preuve indiscutable de ce qu’il se passe dans ces roches. La série offre une approche intéressante concernant la culture islandaise et réussit donc à exploiter à la fois un sujet divertissant riche en tension ainsi que les caractéristiques propres de son pays. En d’autres termes, c’est exactement ce que l’on peut attendre lorsque l’on souhaite être dépaysé et que l’on est curieux de découvertes sériephiles.
Bonus : la bande-annonce

By |2017-05-01T13:59:43+02:00octobre 29th, 2012|Hamarinn, Séries islandaises|2 Comments