Ring of the Nibelungs | L’Anneau sacré (mini-série)

De façon assez étonnante, beaucoup ne connaissent pas les légendes nordiques et autres épopées allemandes ayant fortement inspiré les œuvres de J. R. R. Tolkien pour sa fameuse trilogie The Lord of the Rings. Pourtant, elles disposent généralement d’un souffle épique et tragique susceptible de passionner, voire de fédérer. Étant une grande amatrice de mythologies scandinaves, je ne me voyais donc pas laisser de côté la mini-série Ring of the Nibelungs, également disponible sous de multiples appellations telles que Dark Kingdom: The Dragon King, Die Nibelungen, Kingdom in Twilight, Curse of the Ring, Sword of Xanten ou encore L’Anneau sacré en France. Pourquoi tant d’intitulés pour ce travail réalisé par Uli Edel ? Probablement parce qu’il s’agit là d’une coproduction entre l’Afrique du Sud, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie. Elle fut diffusée pour la première fois chez nos voisins teutons en 2004 et dans nos vertes contrées, elle est passée lors des dernières fêtes de fin d’année 2007 sur TMC. Si elle comporte deux épisodes d’une heure et demie chacun, elle est souvent condensée en une unique partie. Aucun spoiler.

Alors que le dragon Fáfnir terrifie la couronne de Burgondie depuis des décennies, le jeune forgeron Siegfried prend son courage à deux mains et combat la bête. Il est loin de se douter que son succès inattendu risque de bouleverser à la fois sa propre existence, mais aussi celle de tout un pays et de la belle Brunhild, la reine d’Islande. Malédictions, trahisons, jalousie, vengeances, manipulations, fabuleux trésors et fatalisme représenteront désormais ses compagnons de voyage.

Adapter des légendes ne se fait jamais sans heurts et, malheureusement, Ring of the Nibelungs semble n’en avoir pas grand-chose à faire du matériel original, oubliant d’ailleurs tout un pan de l’histoire. La mini-série s’inspire de la Völsunga saga et de la Chanson des Nibelungen, mais n’hésite pas à saccager ces héros, simplifier à outrance et se contenter de réutiliser très grossièrement les grandes lignes de ces mythes mêlant amours, aventures et tragédies. À la rigueur, d’aucuns pourraient répliquer que le but est surtout de divertir et qu’il n’est donc pas nécessaire de respecter le canon. Certes. Sauf que c’est en partie là que le bât blesse, car cette production ne dispose pas d’une écriture suffisamment subtile, de personnages charismatiques ou d’une forme travaillée pour convaincre de bout en bout. Le potentiel semble indiscutable, mais le traitement approximatif lèse trop régulièrement l’ensemble malgré une certaine sobriété appréciable. Quel dommage. La réalisation s’avère effectivement moyennement engageante avec, notamment, des incrustations numériques ôtant toute crédibilité à des séquences ayant déjà du mal à enthousiasmer plus que de raison. Ne nous montrons tout de même pas trop critique en ce qui concerne ces effets spéciaux puisque, après tout, le budget ne doit pas être extraordinaire. En revanche, les costumes et décors restent assez corrects, à condition de tolérer les erreurs factuelles et maints anachronismes. De même, la musique composée par Ilan Eshkeri et les jolies chansons figurent au rang des réussites les plus notables.

L’Europe commence progressivement à quitter le paganisme pour adopter le christianisme. Les anciennes croyances sont délaissées alors que les luttes de pouvoir et autres guerres intestines se multiplient. Siegfried est d’ailleurs une des victimes de ces batailles, car ses parents issus de familles nobles sont assassinés, le laissant orphelin. Avant de brutalement disparaître de ce monde, ils parviennent toutefois à sauver leur enfant. Quand Ring of the Nibelungs débute, le héros s’appelle Erik, prénom donné par le forgeron (Max von Sydow) l’ayant pris sous son aile. Sa vie aurait pu se dérouler plutôt tranquillement si une météorite n’avait pas touché le sol et provoqué dans sa chute un cratère. En allant voir ce curieux phénomène, le jeune homme y découvre pour la première fois une femme resplendissante, l’implacable reine Brunhild. Le coup de foudre est immédiat et intense. Les deux se jurent un amour éternel, mais doivent se séparer pour diverses raisons. Les mois s’écoulent et Siegfried rêve de se rendre en Islande pour y retrouver sa dulcinée qui, de son côté, ne peut non plus oublier le seul individu ayant réussi à la battre en duel. Pendant ce temps, dans le royaume, la tension est à son comble. Les dissensions entre pays empêchent toute idée de paix et, de surcroît, le dragon Fáfnir fait sa loi. Après s’être approché du souverain de Burgondie, Gunther, et avoir rencontré la sœur de ce dernier, Kriemhild, Siegfried choisit de partir combattre cet animal gigantesque où il met la main sur le trésor des Nibelungen, jadis caché par les nains. Des montagnes de richesse s’offrent à lui et il décide de porter un bijou, un anneau, en dépit de messages provenant d’outre-tombe lui suggérant de passer son chemin. Voilà sa perte. Tandis que la première partie s’attache surtout à la création du mythe, avec une ambiance plus aventureuse et magique, la seconde favorise le huis clos à travers des intrigues bien plus intimes.

Les légendes nordiques et allemandes disposent de nombreuses ramifications et personnages, ce qui ne les rend pas toujours aisées à appréhender ou, en ce qui nous concerne, à transposer à l’écran. Ring of the Nibelungs parvient malgré tout à proposer un récit facile à suivre et à comprendre, probablement parce que cette production n’approfondit pas grand-chose. Résultat, le public ne connaissant pas un minimum du matériel original a de grands risques de trouver cette histoire profondément simpliste et progressant de manière bien brutale. Par exemple, le couple phare vient à peine de se rencontrer qu’ils sont déjà fusionnels. Les dialogues assez indigents et niais, le manichéisme latent, le manque d’alchimie et l’absence de caractérisation propre des protagonistes ne font qu’accentuer les lacunes scénaristiques. Mais finalement, ce qui dessert peut-être le plus la mini-série n’est autre que son héros falot. Dans les mythes, Siegfried est un individu viril, puissant et le seul capable de tenir tête à la féroce et insaisissable Brunhild qu’il désire conquérir. Benno Fürmann l’incarnant n’est rien de tout ça. Outre son allure peu engageante issue directement d’une publicité aseptisée, il se révèle mauvais, peu concerné et le voir évoluer devient pénible. La magnifique Kristanna Loken (Painkiller Jane, The L Word) s’en sort un peu mieux en souveraine islandaise, notamment en raison de ses atouts physiques, mais elle ne déplace pas non plus des montagnes. C’est pourquoi s’attacher à ces personnages maudits paraît compliqué et qu’ils affrontent maintes adversités n’émeut pas. Pourtant, cette production souhaite clairement distiller un climat de tragédie shakespearienne à travers cette romance impossible entravée par les humains et les forces de la nature.

Le porteur de l’anneau est condamné à supporter de nombreux malheurs. Cela n’arrête pas Siegfried qui choisit de l’arborer dès qu’il terrasse Fáfnir. En tuant le dragon, il solidifie son amitié avec le roi Gunther (Samuel West) qui, toutefois, ne peut s’empêcher de ressentir une certaine jalousie à l’encontre de ce brave combattant. Sa sœur, la princesse Kriemhild (Alicia Witt), s’entiche immédiatement de ce héros modeste et cherche désespérément à remporter son cœur. Sauf que Siegfried rêve d’ailleurs, de l’Islande et de la superbe Brunhild. Ring of the Nibelungs dresse finalement une sorte de carré amoureux tortueux où les coups bas et traîtrises se taillent la part du lion. La magie s’en mêle et l’atmosphère fataliste laisse augurer une funeste conclusion pour l’ensemble des individus qui tentent à leurs manières de voir leurs désirs se concrétiser. Au sein des légendes scandinaves, les épilogues ne sont jamais heureux. Les protagonistes naissent et meurent dans la douleur. Ces régions ont beau se montrer arides, glaciales et presque désertiques, les sentiments ne s’en révèlent que plus ardents, s’engouffrant dans un maelström affectif. Avec l’illustration des conflits intérieurs des héros, l’épopée est normalement flamboyante, mais ces deux épisodes au rythme inconstant peinent à la tâche, rendant le visionnage assez laborieux. Apporter plus de cohérence et d’épaisseur aux personnages aurait justement permis de densifier le récit qui n’est pas avare en rebondissements. Des figures plus secondaires comme Giselher, joué par Robert Pattinson (Harry Potter et prochainement Twilight), méritaient mieux que d’être assimilées à des faire-valoir. À noter sinon Julian Sands (Stargate SG-1) en Hagen, un antagoniste devenant fort caricatural.

Pour résumer, bien que la mini-série Ring of the Nibelungs possède un terreau riche en émotions, en fureur et en drames désenchantés, elle ne réussit que trop partiellement à en tirer parti. Au lieu d’injecter un souffle épique bienvenu bouleversant ses téléspectateurs plus que de raison, elle l’ennuie surtout tant elle manque de vigueur et d’approfondissements. Les discordances, maladresses et approximations de l’écriture ne font qu’appuyer l’interprétation souvent hasardeuse d’autant plus que l’illustre héros, Siegfried, n’en a clairement pas l’étoffe et s’avère insignifiant, voire ridicule. Ce n’est donc pas encore ici que les amateurs de mythes scandinaves seront ravis, car outre l’adaptation incomplète et grossière, le divertissement demeure peu concluant. Il reste la majesté de certains paysages, quelques musiques et chansons plutôt envoûtantes, et l’ambiance funeste surgissant de-ci de-là, ce qui est trop peu pour satisfaire.
Bonus : la bande-annonce en anglais