Yôgisha X no Kenshin | 容疑者Xの献身 (film)

Yukawa Manabu, le brillant physicien surnommé Galileo, paraît décidé à truster tous les fronts puisqu’après une première saison et un épisode spécial, il revient sur le devant de la scène avec un film intitulé Yôgisha X no Kenshin. Ce long-métrage sorti dans les salles obscures le 4 octobre 2008 dure un peu plus de deux heures et adapte le roman du même nom de Higashino Keigo ; à noter que, pour une fois, ce livre est disponible en français sous le titre Le Dévouement du suspect X. Il existe également une version cinématographique sud-coréenne datant de 2012 : Yonguija X (Perfect Number). Aucun spoiler.

Le cadavre d’un homme est découvert sur un terrain de base-ball, étranglé, nu, avec les empreintes digitales effacées. Qui est-il et, surtout, qui l’a tué ? Avec la quasi-intégralité de son service, la jeune inspectrice Utsumi Kaoru se lance dans l’enquête et se voit épaulée par son ex-supérieur, Kusanagi Shunpei, mais malgré leurs multiples atouts, ils s’enlisent. Les deux décident alors de demander son aide au méthodique professeur avide de logique. S’il se dit au départ peu intéressé par cette affaire au demeurant triviale, il change d’avis en apprenant l’hypothétique implication de l’un de ses anciens camarades d’université, le rationnel et féru de mathématiques Ishigami Tetsuya. Rapidement, Yukawa réalise qu’un élément imprévisible s’immisce dans l’équation et revêt le costume de la passion amoureuse.

La filiation de Yôgisha X no Kenshin avec Galileo est indiscutable, mais le film en lui-même diffère assez de la série télévisée et a de quoi surprendre, voire décevoir ceux attendant une recette similaire. Effectivement, ces presque deux heures ne ressemblent pas réellement à ce qui nous avait déjà été montré, ne serait-ce qu’en raison de l’ambiance qui, ici, se veut nettement plus sombre. La forme gagne aussi au passage et l’on sent davantage de moyens financiers. Qui plus est, il n’est pas question de résoudre des faits quelque peu étranges à l’aide des sciences physiques puisque le scénario s’attache à une sorte de partie d’échecs où la psychologie et le maquillage de preuves se taillent la part du lion. Le personnage d’Utsumi reste bien plus effacé que par le passé et l’accent est davantage mis sur Ishigami ainsi que sur sa relation avec Yukawa. En d’autres termes, en dehors de quelques visages connus et du registre policier, il ne subsiste pas foncièrement grand-chose du j-drama. Est-ce une tare ? N’ayant guère adhéré à la saison une, je serais tentée de dire que non, d’autant plus que le récit s’avère rondement mené et parvient à s’affranchir de plusieurs écueils préalablement soulevés. Ah, et quid de l’ordre de visionnage ? Quand doit-il être regardé ? Dans l’idéal, il s’intègre après le premier renzoku, mais il ne paraît en réalité pas nécessaire d’avoir testé la série pour s’y plonger tant il se révèle assez indépendant. N’ayant pas lu le livre, je ne suis pas en mesure de préciser s’il s’agit d’une adaptation fidèle.

Dès le début du film, le meurtrier et son mobile sont apparemment connus. Hanaoka Yasuko (Matsuyuki Yasuko – Suna no Utsuwa, Mother) est une mère célibataire divorcée ayant enfin réussi à sortir la tête de l’eau, après plusieurs années de galère. Son adolescente de fille s’épanouit tranquillement et, de son côté, elle gère convenablement son commerce. Malheureusement, son ancien mari l’a retrouvée et la harcèle, cela jusqu’au jour où elle le tue afin de protéger son enfant. Son voisin, le bizarre et asocial Ishigami Tetsuya ayant entendu ce qui s’est passé, il lui propose de régler la situation. Ne se laissant pas impressionner, il dissimule le moindre des indices dans le but de couvrir les traces de cette femme pour qui il entretient visiblement des sentiments non platoniques. Avec son talent et sa rationalité, le pari semble gagné d’avance, mais c’est sans compter sur la participation du pugnace Yukawa Manabu réalisant vite qu’il y a anguille sous roche. Pour autant, la vérité doit-elle toujours éclater même quand elle ne rendra personne heureux ? Pour une fois, le physicien voit ses jugements troublés parce qu’il ne saisit pas pourquoi Ishigami accepte d’aller aussi loin pour une personne qu’il n’a jamais réellement fréquentée. Les deux plongent alors dans un duel intellectuel où la logique prend ses aises. Le scénario avance consciencieusement et dévoile progressivement ses cartes, tout en choyant la sphère psychologique. Le long-métrage lance des pistes de réflexion sur le fait de savoir s’il se veut plus facile d’élaborer un problème insoluble ou de le percer à jour. Dans tous les cas, la construction narrative est pertinente et, malgré un rythme moyennement lent et quelques longueurs, la production parvient à régulièrement captiver le spectateur qui, pour cette fois, est capable de comprendre les réponses – pas comme dans la fiction télé !

La série a la désagréable idée d’associer un humour bancal à des drames. Dans Yôgisha X no Kenshin, la tonalité comique est pratiquement oubliée et le film a donc l’occasion d’injecter une atmosphère assez lourde. Utsumi est vite laissée pour compte, ce qui n’est pas un mal. Ishigami est professeur de mathématiques dans un lycée. Avec son allure assez négligée et son regard fuyant, il n’attire pas les foules et manque singulièrement de charisme. Sa vie, il la subit au lieu d’y participer activement. Il n’est pas heureux depuis maintes années et cela se ressent. Cet individu n’est pas un mauvais bougre et, sans forcer le trait, l’écriture amène à le prendre en pitié. La solide interprétation en finesse de Tsutsumi Shinichi (Yamato Nadeshiko) apporte juste ce qu’il faut pour induire une véritable empathie avec le public. L’enseignant est brillant, c’est un fait indéniable, mais ses sentiments sont susceptibles de venir enrayer la machine dans cette enquête criminelle qu’il cherche à étouffer. De même, la dynamique entre lui et Yasuko reste en retrait et plaît pour sa quiétude plutôt amère. Les émotions y sont croquées tout en douceur, avec la pudeur régulière des fictions japonaises. Tandis que les non-dits s’installent au sein de ce puzzle ingénieux, Yukawa s’efforce de démêler le faux du vrai, doute, et se remet en question. Il est agréable de voir ce héros méthodique perdre un peu de sa superbe et s’humaniser. Les deux personnages se connaissent parfaitement bien et ne sont d’ailleurs pas dénués de points communs. Chacune de leur conversation est ponctuée de tournures à première vue anodines, mais recelant en définitive de maints détails. Qui sortira vainqueur de cette joute intellectuelle où chacun sait que l’autre sait ? Ishigami a beau manipuler la vérité d’une main de maître, il devient compliqué de ne pas souhaiter qu’il parvienne à ses fins.

Pour conclure, Yôgisha X no Kenshin s’apparente à un polar nippon convaincant ne jouant pas la carte du suspense, mais plutôt celle de la confrontation entre deux génies de la logique implacable alors que des sentiments amoureux viennent parasiter la situation. Bien que les principales clés de décryptage de cette sordide affaire soient illustrées au préalable, le cheminement de l’enquête s’avère plutôt enthousiasmant et se permet même quelques rebondissements inattendus. Avec son ambiance pudique teintée d’une tristesse lancinante, ce film mesuré se détache fortement de la série télévisée qu’il suit, ce qui ne l’empêche pas d’apporter des facettes plus subtiles à son héros cartésien. Le résultat final se révèle par conséquent agréable et a en plus pour lui de pouvoir être regardé indépendamment du reste.

Par |2020-04-03T17:51:19+02:00juin 12th, 2015|Films, Galileo, Séries japonaises|0 commentaire

Kamen Rider OOO | 仮面ライダーオーズ/OOO

Si le kitsch vous effraye et que nous n’êtes pas en mesure de mettre de côté vos préjugés, évitez ce billet, car vous risquez de frôler l’apoplexie. Fin 2011, j’expliquais penser continuer mon exploration des tokusatsu et, plus particulièrement de la franchise Kamen Rider, en testant une seconde fiction de cette trempe. Effectivement, à l’époque j’avais donné sa chance à Kamen Rider Den-Ô. Comme je n’y connais pas grand-chose, je ne savais absolument pas pour laquelle opter, mais j’ai suivi les conseils d’un de l’entre vous en jetant mon dévolu sur la vingt et unième du genre : Kamen Rider OOO ; le OOO se prononce ôzu. Elle comporte quarante-huit épisodes d’une petite vingtaine de minutes et dispose également de quelques films dont nous parlerons plus tard. Pour l’heure, il est uniquement question de la série à proprement parler, diffusée entre septembre 2010 et août 2011 sur TV Asahi. Aucun spoiler.

Après plus de huit siècles de sommeil, des créatures monstrueuses appelées les Greeeds se réveillent et s’apprêtent à détruire l’humanité en se nourrissant des désirs des habitants de la planète. Seul un banal jeune individu se laissant porter par ses pas, Hino Eiji, paraît capable de les stopper. Grâce à une ceinture fort particulière dotée de trois médailles lui ayant été prêtée par Anhk, un Greeed incomplet en marge de ses congénères, il peut se transformer en Kamen Rider OOO.

Avant toute chose, évoquons la partie esthétique qui a de quoi donner des sueurs froides à la très grande majorité du public âgé de plus de dix ans. Kamen Rider OOO est un tokusatsu et s’adonne donc plus que de raison aux effets spéciaux, mais aussi aux personnages dans des costumes souvent farfelus, colorés et semblant sortir tout droit d’un ridicule bestiaire vieillot. Il convient de ne pas trop se focaliser sur cet aspect afin d’y adhérer un minimum. D’ailleurs, personnellement, je n’ai eu aucune difficulté pour être convaincue par ce que je voyais et je me demande si ce n’est pas parce que j’avais déjà testé auparavant Kamen Rider Den-Ô. En d’autres termes, je savais à quoi m’attendre et que je ne devais pas espérer un résultat digne de la dernière superproduction américaine. Pour autant, ce côté éminemment kitsch offre un charme suranné non désagréable à cet ensemble et démontre que, peu importe l’emballage, tant que l’histoire et les protagonistes se montrent suffisamment persuasifs, les écueils liés à la forme passent en arrière-plan. Il faut en plus admettre que la créativité et l’inventivité dont font preuve les designers se révèlent assez stimulantes puisqu’ils réussissent à régulièrement se renouveler. En bref, oui, Kamen Rider OOO n’est pas la série la plus à la pointe de la technologie. Les trucages numériques, les parures monstrueuses et les grosses ficelles ont de quoi faire ricaner, mais à condition d’y mettre un peu de bonne volonté, il est facile d’en faire abstraction. La musique rythmée et entraînante composée par Nakagawa Kôtarô aide d’ailleurs à s’immerger dans cet univers fantasque plus profond qu’à première vue.

Hino Eiji est de retour au Japon après avoir traversé plusieurs pays. Profondément affable et souriant, il se lie rapidement d’amitié avec les personnes qu’il côtoie sur son chemin. Pourtant, derrière sa bonne humeur se cachent plusieurs meurtrissures, notamment car il a vu les ravages de la guerre et n’a pu que constater son impuissance face à la barbarie humaine. Tandis qu’il arpente la région avec ses vêtements singuliers, il effectue des petits emplois dans l’espoir de renflouer un peu ses caisses. Il ne se fait guère de soucis à partir de l’instant où il a au moins des sous-vêtements propres pour le lendemain. Ce sont dans ces conditions qu’il rencontre pour la première fois Ankh, un Greeed morcelé ne disposant plus que d’un bras, mais étant capable d’investir le corps de n’importe quel quidam. Contre toute attente, cet être particulier ne fraye pas avec les siens et décide, pour diverses raisons, de pactiser avec Eiji. En lui délivrant une ceinture originale, il lui offre ainsi l’opportunité de se transformer en OOO. Grâce à ses pouvoirs récemment acquis, Eiji se lance dans une vaste bataille contre les Greeeds dont l’unique objectif est de s’alimenter des désirs des humains, tout en semant la panique sur leur passage. La relation entre Ankh et Eiji est le point d’ancrage de toutes ces aventures et les deux ont beau être, techniquement, des ennemis, ils s’allient pour atteindre leurs buts ultimes. Cela dit, celui du premier reste pour l’instant fort mystérieux… La situation se complique davantage quand Ankh choisit de manipuler le corps d’Izumi Shingo, un policier sérieusement blessé par un Yummy – une créature mineure initiée par les Greeeds – et de ne pas s’en séparer tant qu’il n’aura pas retrouvé le sien. À leurs côtés s’ajoutent principalement la sœur dudit homme de loi, l’ambiguë fondation Kôgami aux maintes ressources et la sympathique propriétaire (Kai Marie) du restaurant CousCoussier apportant une grande touche de fraîcheur avec les décorations exotiques de son établissement.

Comme souvent avec des séries de cette trempe, Kamen Rider OOO ressemble sur le papier à un univers complexe à appréhender. Puisqu’elle est à destination des enfants, il est évident que la réalité diffère. En effet, le principe de cette production est simple et repose sur un schéma mécanique. Les épisodes fonctionnent par paire et racontent à eux deux une même histoire plus ou moins indépendante. Toutefois, progressivement s’installent plusieurs éléments étayant une sorte de fil conducteur en lien avec Ankh et les autres Greeeds. La fiction joue beaucoup sur son format répétitif pour asseoir une comédie de situation ayant, certes, assez rapidement ses limites, mais ne se révélant pas réellement irritante. De même, l’aspect redondant des intrigues parallèles ne se veut pas foncièrement ennuyant, peut-être parce que les personnages et les relations les unissant sont en mesure de contrebalancer ces défauts typiques des Kamen Rider. Tout de même, plusieurs aventures sont totalement dispensables, n’apportent rien du tout et voir les grands ennemis être battus à plates coutures à maintes reprises n’aide pas à les prendre au sérieux. Le scénario ne s’embarrasse pas des facilités, des hasards arrangeants et des coïncidences ridicules, ce qui symbolise également une marque de fabrique de la franchise. À partir du moment où l’on connaît un tant soit peu les tokusatsu, des caractéristiques communes sautent aux yeux et c’est à la production d’utiliser ces codes attendus, tout en les détournant ou s’en amusant sensiblement pour étonner et divertir le téléspectateur. À noter que Kamen Rider OOO fête en milieu de parcours le millième épisode de Kamen Rider et offre une sorte de rigolote mise en abîme totalement excessive rendant hommage aux combattants décimés depuis le début. La série illustre sans mal qu’elle ne se prend jamais au sérieux et assume totalement ses faiblesses, ce qui empêche de se montrer trop virulent à son égard.

Il est toujours agréable de constater qu’en dépit du jeune public qu’ils visent, les récits Kamen Rider cherchent à alimenter un univers foncièrement riche, avec une mythologie en bonne et due forme. Si les ressorts scénaristiques de base souffrent d’une simplification extrême et n’hésitent pas à choyer une morale sentimentale bienveillante, le ton demeure suffisamment pédagogue et enlevé pour être tolérable. Dans tous les cas, ici, les propos se focalisent sur les Greeeds – comme greed en anglais signifiant cupidité –, des individus dangereux reposant à l’origine sur une coquille vide, ce qui explique leur appétence à se nourrir des envies et de la convoitise des autres. Ils sont constitués de milliers de médailles et peuvent revêtir une apparence humaine. Mine de rien, la série aborde de manière assez pertinente des thématiques presque philosophiques comme l’importance du désir, des rêves, de savoir ce que l’on souhaite au plus profond de soi-même et de ce qui fait que l’on est doué d’esprit et non pas un contenant banal et sans saveurs. Un juste milieu doit être trouvé afin de ne pas être insipide ou cupide. Au nombre de cinq, les Greeeds possèdent tous une personnalité propre et se montrent pour certains finement croqués. Pour être honnête, c’est plutôt Ankh qui tire sans aucun doute possible son épingle du jeu, mais d’autres comme le manipulateur Kazari (Hashimoto Taito) ou la maternelle Mezool (Miki Honoka – Itazura na Kiss 2013) ne sont pas dénués d’intérêt. Uva est trop caricatural et a le malheur d’être incarné par le médiocre Yamada Yûsuke (TEIÔ), et Gamel (Matsumoto Hiroyuki) souffre de son absence d’intelligence. Ils représentent surtout les antagonistes à abattre, fomentent dans leur coin et mettent quelques bâtons dans les roues d’Eiji et de ses amis. Ces Greeeds ont la particularité de créer des Yummys, d’autres monstres chargés de collectionner des médailles, sortes de cellules permettant de densifier l’enveloppe corporelle, car rappelons qu’après leur long sommeil et ce qui les a amenés à hiberner durant presque un millénaire, les Greeeds ne disposent plus de leurs pleins pouvoirs. Les médailles forment le nerf de la guerre de Kamen Rider OOO. Ce sont elles qui alimentent les batailles et, plus particulièrement, ce sont les médailles noyaux qui transforment l’humain Eiji en Kamen Rider OOO.

Le OOO, évoquant le signe de l’infini, est le nom de la ceinture qu’arbore Eiji. Pour utiliser ses facultés, le jeune homme doit y insérer trois médailles noyaux correspondant à la tête, au torse et aux bras, et aux jambes. Ces espèces de pièces sont colorées et appartiennent aux Greeeds. Par exemple, Kazari a les jaunes, Ankh les rouges, etc., et ils cherchent tous à récupérer les dix leur étant propres. La quête de ces médailles s’apparente à la lutte la plus évidente de Kamen Rider OOO et il n’est pas rare que celles-ci tournent régulièrement au sein des différents groupes. Dans tous les cas, Eiji les emploie et, pour faire fonctionner sa ceinture, il jouit de diverses combinaisons lui offrant des habiletés plus ou moins redoutables. C’est l’occasion de voir des chorégraphies et de retrouver des gimmicks du style TaToBa, ToraTah… Les médailles peuvent se mélanger entre elles, mais quand OOO utilise trois d’une même couleur, il dispose alors de pouvoirs surpuissants requérant une incroyable énergie susceptible de l’épuiser. Pour s’aider, le Kamen Rider détient également des petits gadgets et une moto, propriétés de la fondation Kôgami. Cette société menée par un homme amateur de gâteaux d’anniversaire (Ukaji Takashi) joue le mystère et soulève progressivement ses cartes. Quelques-uns de ses membres comme le très sérieux Gotô (Kimijima Asaya) investi par son envie de sauver le monde, la pétillante assistante du directeur (Arisue Mayuko) ou le docteur Maki (Kamio Yû) ne se séparant jamais de sa poupée chauve figurent parmi les principaux personnages de la série. Au sujet de ce dernier, il faut avouer qu’il est profondément ridicule et ses réactions dès qu’il perd sa babiole reposant perpétuellement sur son épaule ont de quoi laisser plus que perplexe. Malgré une caractérisation parfois branlante, le scénario essaye à plusieurs reprises de pallier ses faiblesses. Le boute-en-train Date Akira (Iwanaga Hiroaki) revêtant le costume de Kamen Rider Birth est également un élément non négligeable. Les charmants Gotô et lui proposent d’agréables passages favorisant l’amitié et le respect mutuel. C’est que, mine de rien, la série sait injecter un souffle presque épique avec ces combattants contre les forces ennemies ! Pour l’anecdote, l’adorable Suzuki Fuku (Marumo no Okite) fait une minuscule apparition dans le dixième épisode. Une chose est en tout cas certaine, c’est que Kamen Rider OOO réussit à se montrer un minimum distrayante grâce à la dynamique instaurée entre Eiji et le Greeed Ankh.

Dès le départ, Kamen Rider OOO introduit une relation ambivalente entre ses deux personnages principaux. Eiji (Watanabe Shû) a le cœur sur la main et n’hésite pas à mettre sa vie en danger pour sauver la planète entière. De l’autre côté, Ankh est une créature égoïste soupe au lait capable de tout pour parvenir à ses fins. Malheureusement pour lui, il doit se contenter pour l’heure de son bras puisque le reste de son corps est aux abonnés absents. Il choisit donc d’emprunter celui d’un policier tombé dans le coma. Eiji l’autorise momentanément à agir de la sorte, parce qu’il sait que c’est un mal pour un bien, mais est bien décidé à renverser la situation aussi vite que possible. Après tout, le représentant de la loi a bien le droit de retrouver son existence et sa petite sœur, Hina (Takada Riho). Cette dernière comprend rapidement ce qui se déroule et fait partie intégrante de la lutte contre les Greeeds subsistants. Sans être une figure franchement enthousiasmante, cette jeune fille dotée étrangement d’une force surhumaine plaît par sa ténacité et le fait qu’elle n’hésite pas à se mettre en danger. La fiction instaure un climat légèrement romantique entre elle et Eiji, mais il importe de ne pas attendre quelque chose de plus que de rares séquences connotées. En fait, Kamen Rider OOO propose une jolie histoire amicale qui, bien que non dénuée des poncifs habituels, fait mouche grâce au charme et à l’alchimie des principaux concernés. Tout y demeure profondément classique, mais la recette pourtant éprouvée fonctionne efficacement et permet de passer de très chouettes moments. Ajoutons-y les scènes d’action, l’univers assez étoffé, l’humour perpétuel, de fréquentes doses d’émotions et il y a de quoi avoir envie de suivre Ankh et Eiji. Les deux sont régulièrement en conflit, surtout du fait du caractère tempétueux du Greeed amateur de glaces, mais progressivement, le public sent bien que naissent des sentiments positifs beaucoup plus fins. Miura Ryôsuke interprétant Ankh effectue un travail délicieusement décalé en jouant la carte du poseur à l’eye-liner n’hésitant pas à lancer des piques toutes les secondes. Sous le couvert de ses critiques acerbes incessantes et de son attitude nonchalante, le Greeed chemine pour s’humaniser au passage tandis que l’adorable Eiji voit son cœur s’apaiser. Les deux forment une paire absolument jouissive représentant indéniablement le maillon fort de l’ensemble.

En définitive, Kamen Rider OOO utilise la formule typique des productions de la franchise en proposant un monde fourmillant de détails et un monstre à abattre chaque semaine. S’il s’avère indiscutable que cette série ne manque pas de défauts avec son format mécanique, ses incohérences et facilités scénaristiques, la dilution de son fil conducteur, moult moments de pur remplissage, des développements basiques et une forme ayant de quoi favoriser la moquerie, elle bénéficie d’un humour latent sympathique, d’une exploration pertinente du désir et des rêves, d’un duo phare charismatique et d’un rythme relativement enlevé. Avec l’humilité dont elle se dote et son sens de l’autodérision, elle se laisse donc assez aisément regarder. Bien sûr, à moins de vouloir approfondir sa culture sur le sujet ou d’être un aficionado du genre, elle n’est pas conseillée à la majeure partie des téléspectateurs, mais elle détient des atouts suffisamment solides pour agréablement surprendre. Quant à ceux souhaitant pénétrer dans le monde de Kamen Rider, cette fiction est suffisamment accessible pour être une bonne porte d’entrée. Pour être honnête, je suis presque persuadée qu’enfant ou adolescente, je l’aurais adorée !

Par |2017-05-01T13:58:29+02:00juin 5th, 2015|Kamen Rider OOO, Séries japonaises|6 Commentaires