Shiawase ni Narô yo | 幸せになろうよ

La saison du printemps 2011 proposait deux comédies romantiques cette année. Il y avait ainsi Rebound sur NTV et Shiawase ni Narô yo sur Fuji TV. Vous devez avoir compris le principe, j’ai visionné toutes les séries de cette saison pour Critictoo, à condition qu’elles disposent de sous-titres. C’est pour cela que même si Shiawase ni Narô yo ne me tentait pas particulièrement, elle s’est retrouvée sur mes écrans. La série est composée de onze épisodes de quarante-six minutes, le premier étant allongé d’un quart d’heure. Elle fut donc diffusée sur Fuji TV entre avril et juin 2011. Puisqu’elle est passée le lundi à 21h, une des cases horaires les plus demandées et les plus prestigieuses, on parle de getsuku. Son titre signifie approximativement soyons heureux et peut être transcrit Shiawase ni Narou yo comme on le voit un peu partout sur Internet. Aucun spoiler.

Takakura Junpei travaille avec succès dans une agence matrimoniale. Depuis le début de sa carrière, il a déjà uni des centaines de couples et est persuadé de pouvoir trouver la perle rare à quiconque venant le solliciter. Lorsqu’une nouvelle cliente, Yanagisawa Haruna, lui demande son aide, il est pourtant bien embêté car pour une fois, il ne parvient pas à l’aider. Ne serait-ce pas parce qu’il commence à avoir des sentiments pour elle et qu’il veut la garder pour lui ? Il va pourtant devoir se forcer à lui trouver un prétendant et l’avocat orgueilleux qui l’irrite pourrait être le bon candidat…

   

C’est au moins la seconde fois que le Johnny’s Katori Shingo a le droit de tourner dans un getsuku. Rappelez-vous, en hiver 2008, il y a eu le tranquille et reposant Bara no nai Hanaya. Cette année pour Shiawase ni Narô yo, les audiences furent en dents de scie et elles se sont sacrément effritées au fil des épisodes. On sait tous que cela ne veut pas forcément dire grand-chose. Sauf que dans ce cas précis, on comprend le pourquoi en regardant la série. Le premier épisode qui sert de cadre à l’ensemble est assez sympathique grâce à des personnages relativement plaisants. Certes, on se doute bien que le renzoku restera probablement classique et multipliera les situations convenues mais l’humour et la bonne humeur pourraient contrer le manque d’originalité. Malheureusement, le léger soufflet retombe dès le second épisode. L’ingrédient probablement le plus important dans une comédie romantique est l’alchimie qui se dégage du couple phare. S’il n’y en a pas, il est alors difficile de se sentir totalement concerné. Le héros, Junpei, tombe rapidement sous le charme de Haruna si ce n’est que pas une seule fois on ne sent des étincelles ou des papillons dans le ventre. On ne peut réellement blâmer les acteurs mais plutôt l’écriture très plate et sans émotions. La caractérisation des personnages est effectivement dénuée d’intérêt. De ce fait, il est quasi impossible d’insuffler un minimum de sentiments et d’attachement. Naturellement, si le duo romantique ne convainc pas, le reste, quand bien même il soit agréable, peine à assurer un divertissement satisfaisant. Il est ainsi question de Takakura Junpei, un trentenaire célibataire travaillant dans l’agence matrimoniale B-ring et vivant toujours chez sa mère (Harada Mieko – Karei Naru Ichizoku). Prenant son emploi très à cœur, il est convaincu de pouvoir trouver l’âme sœur de tous ses clients. Il est dommage que la série prône le mariage envers et contre tout, comme s’il fallait systématiquement se passer la bague au doigt ou même être en couple pour être véritablement heureux. Le j-drama ne cherche en aucun cas à être un minimum moderne ce qui est assez usant. Quoi qu’il en soit, Junpei est l’archétype de l’homme gentil bien sous tous rapports. Il n’a rien de plus que la moyenne mais est assez naturel bien qu’il aurait gagné à posséder un tant soit plus de personnalité et de peps. Il est d’ailleurs difficile de comprendre ce que toutes les femmes de la série lui trouvent car elles tombent toutes à ses pieds. Avouons tout de même que sa droiture et son honnêteté doivent y être pour beaucoup. C’est donc Katori Shingo qui l’interprète et si l’acteur n’est pas désagréable, il prouve encore une fois qu’il est nettement plus à l’aise dans le registre humoristique pur et dur.

Junpei travaille d’arrache-pied et sa conscience professionnelle va quelque peu se retrouver bouleversée lorsqu’une sublime femme, Yanagisawa Haruna, rejoint l’agence. Haruna est incarnée par Kuroki Meisa (Aru Ai no UtaByakkotai) qui sait être bien plus inspirée. Elle donne en effet l’impression de s’ennuyer tout au long des épisodes et garde sempiternellement une moue presque boudeuse. Son personnage est également bien peu intéressant. Ce qu’il y a de presque irritant est que la série montre quelques membres de B-ring qui cherchent l’amour avec un grand A mais qui n’y arrivent pas pour des raisons franchement détestables. Ces personnes sont toutes moches et/ou handicapées socialement, comme si cela les empêchait de trouver leur âme sœur. Bien sûr, nous sommes d’accord, cela est plus facile de trouver chaussure à pied lorsque le physique suit mais la série fonce droit dans le mur avec ces clichés et stéréotypes alors qu’elle aurait justement pu en jouer. De ce fait, Junpei est embêté par Haruna car il ne peut pas trouver quelqu’un qui lui corresponde tant elle est belle. Sérieusement ?! Heureusement, ou malheureusement pour lui comme il réalise qu’il a un petit faible pour elle, un nouveau client intègre B-ring et il correspondrait aux bons critères pour Haruna. Il s’agit de Yashiro Hidehiko, un avocat pédant et égocentrique portant le visage de Fujiki Naohito (Kôkô Kyôshi 2003, Shukumei, Ichi Rittoru no Namida, Hana Yori Dango 1995). Presque marié, Hidehiko semble jouer avec le feu mais cache plus qu’il ne le laisse paraître. Entre les trois s’en suit alors un triangle amoureux ennuyant et ne décollant jamais. Si Yashiro se montre un poil plus humain vers la fin de la série, on ne peut pas dire qu’il soit particulièrement sympathique.

Shiawase ni Narô yo ne sort pas une seule minute des sentiers battus et propose une romance convenue qui a en plus la tare de tirer en longueur et de ne pas se montrer crédible. Pourquoi les deux héros tombent-ils amoureux l’un de l’autre ? Difficile à dire. En cela, le j-drama est décevant car il passe totalement à côté de son sujet. Heureusement, on peut toutefois compter sur quelques personnages secondaires insufflant un semblant d’énergie à l’ensemble. Le plus attachant est probablement Komatsubara Susumu (Ôkura Kôji – Kôkô Kyôshi 2003), un client de B-ring désespéré et très timide. N’étant pas doté d’un physique d’éphèbe, il perd totalement pied lorsqu’il rencontre une femme. Il s’accroche à Junpei comme s’il était sa bouée de secours et passe plus de temps aux toiletettes lors des rendez-vous arrangés plutôt qu’à faire du charme. En étant aussi attendrissant et drôle, il est la lumière de la série. On passe les épisodes à espérer qu’il finisse heureux. À côté de ça, les autres personnages ne sont pas foncièrement passionnants. Entre le père de Haruna (Kobayashi Kaoru – Shinya Shokudô) qui a arrêté de travailler et qui pompe l’air à tout le reste de sa famille, la dynamique et presque surexcitée collègue amoureuse de Junpei jouée par Naka Riisa (Binbo Danshi) qui en fait trop, le meilleur ami de Junpei (Ayabe Yûji) attiré par les gros seins, l’ancien grand amour de Junpei (Kuninaka Ryôko – Churasan, Kekkon Dekinai Otoko) ou le frère insipide de Haruna (Tamamori Yûta – Ikemen desu ne), on n’a pas grand-chose de franchement palpitant à se mettre sous la dent. En définitive, ce n’est pas mauvais mais tellement classique que l’on ne peut que rarement s’enthousiasmer face à ce que l’on voit. Sinon, ceux ayant déjà regardé BOSS auront reconnu sans aucune hésitation les personnages incarnés par Nukumizu Youichi et Tamayama Tetsuji venus faire un petit tour à B-ring. Fuji TV semble faire de plus en plus de mini clins d’œils de ce genre, ce fut le cas également avec Marumo no Okite / Hanazakari no Kimitachi e (2011) cette saison. À noter que BOSS 2 était diffusé sur la chaîne le mardi soir.

Enfin, la réalisation est assez intéressante en raison d’une jolie photographie. Les décors bénéficient assez régulièrement de couleurs très chaudes et d’un rayon de soleil permettant d’illuminer le visage des personnages. Il n’y a rien de particulièrement exaltant mais on sent un certain soin derrière la caméra ce qui fait toujours plaisir. La musique composée par Flagship est sympathique sans forcément mériter que l’on s’y attarde dessus une fois la télévision éteinte. Il en va de même concernant la chanson phare, not alone ~Shiawase ni Narô yo~, interprétée évidemment par le groupe de Katori Shingo, SMAP, bien qu’elle soit plutôt entraînante.

Au final, Shiawase ni Narô yo est une romance banale, prévisible et sans réelle saveur partant d’un postulat de base bien trop consensuel et à la limite des bons sentiments dégoulinant de bienveillance. Elle n’est pas mauvaise mais les étincelles font cruellement défaut et il manque cette alchimie et ces étoiles dans les yeux que l’on est supposé avoir et ressentir devant une série de ce genre. En outre, pour une comédie romantique, elle aurait mérité plus d’instants humoristiques mais elle préfère maximiser les rebondissements dramatiques qui finissent par la rendre assez ennuyante et laborieuse. En d’autres termes, il existe des romances bien mieux écrites et agréables que celles-ci et Shiawase ni Narô yo ne mérite donc pas spécialement que l’on s’attarde sur elle.