Shikei Kijun | 死刑基準

Shikei Kijun ou le tanpatsu que je souhaitais voir depuis un petit moment mais entre le temps que les sous-titres arrivent et celui où je parvienne à le caser en raison de l’animation de Noël, il a fallu que je sois patiente. C’est fin décembre 2011 que j’ai enfin pu me mettre devant. Il s’agit donc d’un tanpatsu en un seul épisode de 114 minutes qui fut diffusé sur WOWOW le 25 septembre 2011. Le titre signifie approximativement « le critère de la peine de mort ». L’épisode est une adaptation apparemment assez libre du roman du même nom de Kamo Takayasu. Aucun spoiler.

Mito Yûsuke est professeur de droit et enseigne à l’Université. Bien qu’il ait passé avec succès l’examen du barreau, il n’a jamais cherché à devenir avocat. Lors de ses études, il s’est lié d’amitié avec Ôtomo Kôjirô, un avocat désormais surnommé « M. anti-peine de mort », et Nagase Mariko, désormais procureur. Tous trois sont donc liés par le même domaine de spécialisation mais y exercent de manière différente. Suite à l’assassinat de Mirei, l’épouse de Kôjirô, ils se retrouvent avalés dans une spirale infernale dont le thème n’est autre que celui de la peine de mort.

Rappelons qu’au Japon, la peine de mort est effective. Elle s’exécute uniquement par pendaison. Il y a régulièrement des débats quant au sujet de l’abolir ou pas. En 1995, peu de temps avant l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tôkyô par la secte Aum Shinrikyô, elle était d’ailleurs sérieusement discutée. Cet acte terroriste a changé la donne. En février 2010, les résultats d’un sondage ont montré que plus de 85% des Japonais se disaient favorables à la peine de mort. Ces chiffres seraient parait-il à prendre avec des pincettes car les questions auraient été volontairement orientées. Quoi qu’il en soit, la peine de mort est bel et bien réelle au Japon. 2011 fut marquée par une absence d’exécution, une première depuis 1992. Shikei Kijun aborde par conséquent de manière frontale ce sujet épineux et toujours d’actualité. En France, la peine de mort a été abolie comme vous le savez. Un parti politique semble pourtant vouloir retourner à cette pratique… Chaque individu sur Terre a ses propres convictions et il est probable que tout le monde s’est un jour posé cette question qui est de savoir si oui ou non, il est pour la peine de mort. Même si l’on est contre, que se passe-t-il si quelqu’un tue, violente ou martyrise un être proche ? Ne voudra-t-on pas que ce quelqu’un subisse les pires châtiments ? Qu’il meure alors qu’en théorie, on est contre la peine de mort ? Peut-on demeurer rationnel ? Sans avoir vécu cette expérience, une réponse définitive est impossible. De même, du côté de la justice, comment dire quel crime justifie la peine capitale ? Existe-t-il un ou plusieurs critères ? Le tanpatsu lance de nombreuses interrogations intéressantes mais malheureusement, reste assez vague dans ses réponses.

Ôtomo Kôjirô, interprété par Ozawa Yukiyoshi, est un avocat à qui tout semble sourire. Convaincu de la nécessité d’abolir la peine de mort, il bataille ferme afin d’obtenir juste cause. Les médias le suivent à la trace et lors de ses affaires pouvant mener à la peine capitale, il réussit toujours à retourner la situation de manière à sauver la vie de ses clients. En raison de ses convictions et de son attitude un tant soit peu cavalière, il s’est fait de nombreux ennemis. Plusieurs d’entre eux portent les traits des familles des victimes, espérant trouver un semblant de réconfort dans l’exécution du criminel ayant perturbé à jamais leur vie. À cause d’Ôtomo, ils pensent alors que la justice n’a pas correctement fonctionné, la condamnation à perpétuité n’étant suffisante à leurs yeux. L’un d’entre eux, Sabae Shinzô, joué par Kashiwabara Takashi (Gotaisetsu, Itazura na Kiss, Hachimitsu to Clover, Byakuyakô) a perdu sa petite fille quelques années plus tôt, tuée par un homme ayant profité de son innocence. Sa femme et lui désiraient que cet être abject soit condamné à mort. En raison de la plaidoirie d’Ôtomo, il y échappa. Shikei Kijun débute par ce procès et y présente les menaces de Sabae envers l’avocat de la défense. Les paroles de ce père brisé sont compréhensibles tant de toute manière, n’importe quel châtiment ne lui ramènerait son enfant. Les années passent et un soir, en rentrant, Ôtomo découvre sa femme assassinée dans la cuisine. Les soupçons portent immédiatement sur Sabae bien qu’il nie l’évidence-même puis se fait mutique. Rapidement mis sous les verrous, il attend son procès médiatisé. Comme souvent, Kashiwabara Takashi est ici très bon et tout en nuances. En dépit des années, son personnage n’a jamais réussi à apprendre à vivre avec la douleur et n’a pas fait le deuil de sa fille. Plutôt que d’essayer d’avancer, il se terre dans le passé. Lorsqu’il se fait arrêter, il ne cherche pas à prouver son innocence ou à s’expliquer, persuadé que de toute façon, personne ne l’écoutera. Finira-t-il exécuté, lui qui voulait justement que l’homme qui a détruit sa famille le soit ? Il ne peut qu’en rire jaune. Shikei Kijun met en avant les deux côtés de la balance. Le présumé coupable hait les avocats. Un avocat, désormais victime, hait tout autant le présumé coupable. L’épisode dresse le portait de ces deux hommes que tout oppose mais qui sont reliés par un dénominateur commun qui n’est autre que l’application de la justice.

Alors que Sabae est à l’ombre, Ôtomo est au grand jour car les caméras, et plus particulièrement la journaliste Iijima Noriko interprétée par Kyono Kotomi (Suna no Utsuwa), braquent leur attention sur lui. Tout le monde souhaite savoir si ce fameux M. anti-peine de mort va changer et se ranger du côté des pro peines capitales. Ne voudra-t-il pas que Sabae soit exécuté ? Comme si cela ne pouvait être encore plus dur pour lui, ses deux camarades d’étude se retrouvent mêlés à cette affaire. Suite à certaines circonstances, Mito Yûsuke quitte en effet son poste de professeur et décide de devenir avocat. L’ironie du sort est telle qu’il intègre les rangs de la défense commise d’office dans le procès Sabae. Quant à Nagase Mariko, elle doit occuper les bancs de l’accusation en tant que procureur. En plus d’avoir perdu sa femme qui venait de découvrir qu’elle était enceinte, Ôtomo voit deux anciens camarades se battre sur une même affaire. Comment réussir à garder un esprit sain dans ces conditions ? L’épisode distille donc un sentiment d’objectivité et l’importance de réussir à mettre ses sentiments et ses convictions personnelles de côté lorsqu’il est question de justice. Seuls les magistrats jugent. Chacun a son rôle. Cela n’empêche pas que les avocats sont humains et ont aussi des doutes. Au final, un avocat peut-il accepter tout client ? Ou plutôt de pouvoir, allons-nous plutôt parler de devoir ? Les coupables méritent-ils de toute manière d’être défendu bec et ongles ? Le tanpatsu amorce à ce sujet plusieurs interrogations et y répond de manière assez satisfaisante.

Shikei Kijun bénéfice d’une écriture solide et propose ainsi de nombreuses thématiques comme la peine de mort, l’importance d’une justice équitable mais qui demeure tout de même limitée, la nécessité d’avoir des avocats, la notion de conscience, etc. Le tanpatsu démarre très fort en mettant littéralement les pieds dans le plat. Donnant l’impression au départ d’être anti-peine de mort, il finit toutefois de manière assez molle et reste totalement neutre. C’est peut-être pour des raisons personnelles ou en raison de ma culture française que je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue par cette absence de prise de risque. On pouvait espérer voir en Shikei Kijun une production osant traiter un sujet difficile tout en prenant parti. Ce ne fut pas le cas. Cela ne la rend assurément pas médiocre mais on ne peut s’empêcher d’avoir un goût de trop peu dans la bouche, d’autant plus que la chaîne n’est autre que WOWOW qui se montre généralement peu consensuelle. Le tanpatsu se perd par ailleurs quelque peu dans ses propos. Si au départ il était question des critères menant à la peine de mort, ils sont rapidement écartés et l’on n’obtient encore une fois, qu’une très vague réponse. Néanmoins, est-ce qu’il existe réellement une liste pré-établie de points nécessitant une sommaire exécution ? Le nombre de crimes ? La violence ? La cruauté et la barbarie ? L’âge de ou des victimes ? Bien qu’une liste ait été établie depuis le procès de Nagayama Norio (vous pouvez la retrouver sur la page Wikipedia), il est évident que l’on ne peut l’appliquer de manière aussi tranchée .

Outre la peine de mort qui est le moteur de fond de Shikei Kijun, les presque deux heures mettent en avant le procès de Sabae ainsi que l’investigation menée par Tsushima, un policier opiniâtre proche de la retraite, convaincu que le travail a été bâclé. Il est aidé par Mito Yûsuke qui, en dépit de son aversion pour celui qui aurait tué la femme de son ami, réalise qu’il n’est peut-être pas si coupable que ce qu’il en a l’air. Ce dernier est joué par Yamamoto Kôji (Atashinchi no Danshi) qui propose ici une interprétation plus que correcte. Alors que Mito aurait pu rester professeur de droit, il décide de changer de chemin et de devenir avocat. Il s’est intéressé depuis toujours à la question de la peine de mort, en grande partie parce que son père (Yamamoto Kei – Zeni Geba, Zettai Kareshi) fut juge. Il a vu chez lui la difficulté à juger des êtres humains, surtout lorsque la question de la peine de mort était soulevée. Le tanpatsu alterne par conséquent entre le tribunal et l’enquête de terrain. Au fil des minutes, les personnages se rendent compte que la réalité est toujours plus complexe qu’elle n’en a l’air et qu’il est important de prendre son temps et de ne pas jeter des conclusions hâtives, surtout lorsqu’il est question de la peine capitale. La machine judiciaire est régulièrement pointée du doigt et montre surtout que l’ensemble de ses faiblesses est due à l’homme en tant que tel.

Sur une note plus terre à terre, une grande partie des acteurs est connue dans le monde du petit écran japonais. On peut ainsi y voir, en plus de ceux déjà nommés, Satô Jirô (JIN, Gokusen 3), Mitsuishi Ken (BOSS, Zeni Geba), Yajima Kenichi (Hagetaka) ou encore Hirooka Yuriko (Shôkôjo Seira). Sinon, la musique est simple, bien choisie et utilisée à bon escient.

En définitive, Shikei Kijun aurait gagné à se limiter à quelques thèmes comme justement, les critères pour la peine de mort, mais finit par diluer sa puissance dans son discours. À force de vouloir trop en dire, elle ne peut suffisamment approfondir quoi que ce soit comme on pouvait l’espérer et reste un peu trop en surface. Il ne faut tout de même pas bouder son plaisir car si le résultat est par ailleurs légèrement lisse, il se montre sans conteste intéressant. Le tanpatsu pousse effectivement à la réflexion et dispose d’une interprétation impeccable et en finesse, d’une mise en scène sobre sans en devenir soporifique ainsi que d’un scénario constant. Il s’agit là d’un épisode à voir pour peu que l’on apprécie le genre mais il est préférable d’en connaître les limites avant de se lancer de manière à ne pas en sortir quelque peu déçu.