Shôkôjo Seira | 小公女セイラ

Il existe une histoire ayant marqué plusieurs générations et qui continue toujours de le faire ; une histoire que tout le monde connaît. Ce sont sur ces mots que Shôkôjo Seira débute. Si, intitulée de la sorte la série ne dit pas forcément grand-chose au grand public, il va de soi que si l’on parle de Princesse Sarah, il y a fort à parier que l’ampoule dans votre tête s’allume. Shôkôjo Seira est effectivement l’adaptation du roman A Little Princess de Frances Hodgson Burnett publié en 1905. Plusieurs d’entre vous ont probablement regardé l’anime des années 1980, Princesse Sarah en France donc, mais Shôkôjo Seira au Japon. Ce fut mon cas. Je sais ne pas avoir tout vu, n’ayant aucune idée de la fin par exemple, mais je pense avoir visionné la première moitié. Par contre, je n’ai jamais lu le roman. Du fait du succès du roman, de nombreuses adaptations ont été réalisées. Celle dont nous allons parler aujourd’hui est certainement la première série télévisée japonaise sur ce sujet. Composée de dix épisodes, elle fut diffusée sur TBS entre octobre et décembre 2009. Le premier épisode dure quatre-vingt-dix minutes et les suivants cinquante ; ils sont donc plus longs que la normale. C’est Okada Yoshikazu (Zeni Geba, Churasan, Saigo Kara Nibanme no Koi, Ohisama) qui s’est chargé du scénario. Aucun spoiler.

Kuroda Seira est une jeune fille japonaise extrêmement riche, très gentille, ayant le cœur sur la main et vivant en Inde. Sa mère n’étant plus de ce monde, Seira désire à tout prix étudier dans l’ancien pensionnat dans lequel celle-ci était scolarisée afin de fréquenter les mêmes lieux qu’elle. Or, il se trouve au Japon. Tant pis, elle quitte son père ainsi que ses riches mines de diamant et s’inscrit dans cette nouvelle école. Comme la vie est tragique, son père décède et la laisse sans le sou et sans tuteur légal. Sans rien. C’est incroyable mais si, c’est possible. La directrice qui la hait de tout son être décide alors de l’utiliser jusqu’au trognon, tout en piquant crise d’hystérie sur crise d’hystérie. Pas de chance, une élève ayant abusé du blush et des nœuds sur la tête la déteste aussi viscéralement et le lui fait bien sentir. La jolie jeune fille souffre et son avenir semble bien noir. Elle est tellement brave qu’elle ne baisse pas les bras. Elle peut compter sur le soutien sans failles d’un autre larbin, d’une amie pas très intelligente et de deux souris exceptionnelles. Elle ne déteste pas ses bourreaux. Non, elle les aime. Elle les comprend. Oh Seira, que tu es parfaite, humble et bonne. Oh Seira, comme j’ai envie de te couper la tête et les bras avec un couteau mal aiguisé pour voir si moi, tu me haïras.

   

Hmm. Si je devais m’exprimer en langage de djeunz, je pense que cet article pourrait être d’abord un gros WTF puis un immense LOL. C’est quand même fou de passer à côté d’une œuvre à ce point. Il est vrai que je ne m’attendais pas spécialement à un chef-d’œuvre mais là, ce fut encore pire que ce que j’imaginais. Pour être honnête, je ne garde pas un souvenir particulièrement bon de l’anime. Disons qu’avec une pauvre fille se retrouvant dans une mauvaise posture, on sait qu’il y aura pas mal de misérabilisme et et de bons sentiments. Mouais. Mais d’un côté, j’avais quand même envie de voir ce qu’il en était surtout que je n’avais lu aucun avis à ce sujet sur la toile. Les gens sont certainement plus futés que moi ! À la base, le roman se déroule au XIXè siècle, en Angleterre. Contre toute attente, le j-drama se passe au Japon actuel. Pour des raisons de crédibilité, c’est préférable d’être en Asie, nous sommes d’accord. Il est aussi logique de déplacer l’intrigue dans le temps. Ce qui est franchement bizarre est qu’en dépit de cette délocalisation spatio-temporelle, tout le cadre soit gardé. Il n’y donc aucune adaptation. Vous en connaissez beaucoup, vous, des pensionnats nippons où l’éducation se déroule comme en Angleterre au XIXè siècle ? Il n’est pas nécessaire d’avoir mis les pieds dans le pays pour se douter quelque peu de la réalité. Dans Shôkôjo Seira, les mentalités sont par conséquent les mêmes que dans le roman originel mais c’est aussi le cas pour les attitudes, les vêtements, etc. C’est d’un ridicule sans nom. En revanche, toute la dimension sociale a disparu et pas une seule fois la misère et la difficulté des orphelins ne sont exploitées. C’est pourquoi il est fondamentalement impossible de prendre la série au sérieux. Rien qu’avec ça, on ne peut s’empêcher d’écarquiller grand les yeux tant il existe des incohérences incroyables. Dans la série nous sommes en 2010 au Japon et le scénariste tente de nous faire avaler que la vie peut être celle de l’Angleterre de l’époque victorienne.

Au-delà de cette adaptation étrange, le j-drama a un autre problème majeur : son ton. Étrangement, il n’y a pas trop de pathos. Certes, on sent une réelle volonté de montrer à quel point les méchants personnages font du mal à Seira en la privant de nourriture, en l’humiliant ou en la faisant vivre dans une pièce insalubre, mais il est difficile de prendre tout cela au sérieux. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup d’humour insipide. Le mélange entre l’aspect dramatique de la vie de l’héroïne et les délires hallucinants de certains protagonistes – comme la sœur surexcitée et totalement stupide de la directrice – ne fonctionne pas du tout. Au contraire. Si tant est que le drama n’était pas déjà crédible, cette fois-ci, il n’y a aucun doute possible. On regarde donc les épisodes et on ne peut s’empêcher d’être consterné par tant de bêtises. Oh cela se laisse visionner sans trop de souci. L’ennui n’est pas si souvent que cela présent, sauf lors des premiers épisodes qui sont très répétitifs notamment en raison des crises identitaires de cette fameuse sœur, puérile et exaspérante. Forcément, le tout est arrosé de surjeu constant et  horripilant pour la majeure partie de la distribution. N’oublions pas de parler des souris (ou plutôt de gerbilles) qui, je crois, étaient aussi présentes dans l’anime, et qui viennent régulièrement voir Seira. Elles sont moches au possible et ont été ajoutées via l’ordinateur. Dans le rayon ratage complet, le passage en Inde est hilarant car pas crédible pour un sou. On y voit des Indiens qui ne parlent certainement pas japonais et qui ont été doublés faut voir comment.

Ce qui sauve Shôkôjo Seira est son interprète principale, Shida Mirai. Elle nuance un petit peu son personnage mais en dépit de ses compétences probables, l’actrice ne peut pas trop en faire en raison de ce qu’on lui propose. En substance, Seira est d’un irréalisme incroyable. Si de telles personnes existent elles sont probablement niaises. Seira quitte très vite son monde de petite princesse heureuse et doit alors éplucher les pommes de terre, nettoyer les salles, repasser le linge et c’est dur. Vous comprenez, elle n’est pas du tout habituée à lever ne serait-ce que le petit doigt. On lui reproche à tout moment qu’elle n’est qu’une princesse, elle acquiesce sans broncher et finit la série en remerciant la directrice de lui avoir donné du caractère. Mais oui bien sûr. Quelle parfaite compréhension du caractère humain. Dit ainsi, on a vraiment envie de secouer Seira si ce n’est que comme écrit plus haut, son actrice permet de supporter les épisodes. Jusque-là, je ne connaissais pas du tout Shida Mirai qui semble avoir pas mal d’admirateurs. Elle a d’ailleurs reçu un prix pour son interprétation ici.

Côté personnages, la série met surtout en avant les élèves du pensionnat féminin. Il y a les pestes comme celle qui a abuse du blush et qui finira par se révéler un brin intéressante, les silencieuses, les insipides, les simplettes… Aucune ne tire réellement son épingle du jeu. Mimura Chieko, la directrice (Higuchi Kanako), est irritante car si l’on comprend plus ou moins la raison de sa haine, elle n’en demeure pas moins bien légère et superficielle. Cette femme aigrie pique par ailleurs de grosses colères et se ridiculise, le summum étant tout de même lorsque Seira l’excuse. Sa sœur professeur est une surexcitée passant son temps à manger des biscuits et geindre dans son coin. Quant aux autres professeurs, on n’en voit qu’un seul, celui du cours de français incarné par Tanabe Seiichi (Soratobu Tire, LIAR GAME : The Final Stage). Eh oui,  nous entendons énormément parler notre langue dans la série. Il y a des passages entiers et il faut l’avouer, c’est assez rigolo bien que l’on remercie souvent les sous-titres ! Du côté des méchants, les deux employés dans la cuisine sont juste bêtes et fatiguent plus qu’autre chose. Il reste Miura Kaito (Hayashi Kento – Arakawa Under the Bridge, QP, Party wa Owatta), le bon à tout faire apprenant dans son coin la littérature anglaise et qui en pince pour Seira. Il y a en effet un petit peu de romance, on n’évite pas une éternelle rivale, mais cela reste relativement léger. Autrement, la mère de Seira, bien qu’elle soit décédée, est souvent vue en flashbacks et son actrice, Kurokawa Tomoka (Bloody Monday 2) fait extrêmement vieille pour jouer une collégienne. À l’inverse, celle qui porte les traits de la directrice jeune est parfaitement trouvée et attachante. Enfin, Kaname Jun (Ashita no Kita Yoshio, Atashinchi no Danshi, Taiyô no Uta) incarne un personnage important qui permettra à Seira d’avancer.
À côté de tout cela, la jolie musique composée par Muramatsu Takatsugu (Madonna Verde) permet de digérer quelque peu les épisodes d’autant plus que la photographie et les décors demeurent relativement soignés. La chanson du générique de fin, Kanashimi wa Kitto d’UVERworld, n’est pas non plus particulièrement désagréable.

Au final, Shôkôjo Seira est une série passant quasi certainement totalement à côté de l’esprit de l’œuvre originale ; et il n’est même pas nécessaire d’avoir lu le roman pour le réaliser ! Il en ressort des moments hallucinants car hors propos et ne possédant aucune crédibilité. Le surjeu est perpétuel, on est toujours dans l’outrancier voire le burlesque alors qu’il est question des brimades et du harcèlement d’une jeune fille venant de tout perdre. Le résultat est en d’autres termes assez consternant. Tous les sujets ne se prêtent décidément pas à la comédie, surtout lorsque l’ensemble est amené de manière aussi bancale. Si les épisodes se laissent regarder, cela s’explique en grande partie par Shida Mirai qui est agréable et plutôt sympathique. Elle arrive à ne pas rendre le personnage de Seira trop fade et sans saveur. Quoi qu’il en soit, ce j-drama est raté et ne mérite pas vraiment que l’on s’y attarde car il est insipide, irréaliste et franchement exagéré.