Skins (saison 7)

Longtemps évoquée et annoncée sous diverses formes, l’ultime conclusion – du moins, a priori – de Skins vient d’être diffusée cette année sur E4, en juillet et août. Cette septième et dernière saison dispose d’un format original puisqu’elle se divise en réalité en trois parties distinctes : Skins Fire, Skins Pure et Skins Rise. Chacune d’entre elles comporte deux épisodes de quarante-cinq minutes et se consacre à un personnage phare de l’univers, alors qu’il a définitivement quitté le monde de l’adolescence. Aucun spoiler.

Comme son nom l’indique à merveille, Skins Fire a pour héroïne la flamboyante Effy. Désormais âgée de vingt ans, elle travaille dans des bureaux de fonds spéculatifs à la City, à Londres. Se bornant à photocopier, préparer le café et répondre aux exigences de sa supérieure directe incarnée par la toujours aussi séduisante Lara Pulver (Robin Hood, Sherlock, True Blood), elle rêve de réussir à gravir les échelons. Pour cela, elle est prête à manipuler un gentil jeune collègue ayant un faible pour elle. En d’autres termes, la petite sœur de Tony a beau avoir gagné quelques années, elle n’a pas foncièrement changé et continue d’utiliser les hommes, consciemment ou non. C’est comme si sa stupéfiante plastique lui était toxique et entravait littéralement son propre développement. Quoi qu’il en soit, tout en cohabitant avec Naomi passant toutes ses journées à ne rien faire, elle charme rapidement le grand dirigeant de la société. Il est d’ailleurs tristement amusant de constater à quel point son interprète, Kayvan Novak, partage de nombreuses caractéristiques physiques avec Luke Pasqualino. Ces deux épisodes se déroulent sur plusieurs saisons et relatent le cheminement d’Effy et de Naomi alors qu’elles bataillent toutes deux pour des raisons différentes. N’évitant pas quelques maladresses, des éléments improbables et un drame qui aurait gagné à être densifié, ce double épisode se suit assez agréablement, surtout si l’on apprécie l’ancienne mutique aux yeux bleus. Il laisse tout de même une curieuse impression une fois terminé, car il aurait mérité un impact émotionnel plus prononcé.

     

Avec un titre tout aussi bien trouvé que le précédent, Skins Pure s’attarde sur la douce et innocente Cassie alors qu’elle se perd à Londres dans sa solitude et son isolement. Visiblement blessée par une relation amoureuse dont les stigmates sont encore vivaces, elle découvre avec horreur qu’un individu prend des photos d’elle. Tandis qu’elle cherche de quelle façon donner un sens à sa vie qui ne lui convient pas, son père ressurgit et la plonge davantage dans ses doutes et angoisses. Cette seconde partie est probablement la plus faible des trois. Sans être mauvaise, elle est malgré tout marquée par un rythme extrêmement lent où les épisodes tentent avant tout de créer une ambiance. Le risque est alors à double tranchant puisque l’on est soit susceptible d’y adhérer et de ressortir fasciné par ce voyage psychologiquement éprouvant pour son héroïne, soit, au contraire, être quelque peu ennuyé par ce que l’on assimilera à une torpeur rébarbative. Cassie ne partageant en plus que peu ses pensées, il est assez complexe de la comprendre et de ressentir une franche empathie à son égard, à moins d’avoir à l’origine un faible pour elle. Assez approximatif et longuet, Skins Pure n’est dès lors que peu convaincant. Qui plus est, si le but de la saison sept n’est pas de multiplier les clins d’œil, on ne peut s’empêcher de trouver dommage qu’aucun personnage de Skins autre que celui de la jeune femme ne soit aperçu.

Enfin, avec Skins Rise, Cook est de retour. Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’assassiner de colère le meurtrier de Freddie. En fuite, il s’est depuis construit un semblant de vie où il deale de la drogue et suit les ordres de Louie (Liam Boyle), un homme au demeurant respectable bien qu’en réalité, glaçant. Portant son passé à bout de bras, il essaye malgré tout d’avancer et de ne pas réitérer ses erreurs. Jusque-là autodestructeur, excessif et parfois pénible, Cook a changé et les deux épisodes l’illustrent à merveille. Perpétuellement confronté à des histoires de filles ou, plutôt ici, de femmes, il paraît ne jamais pouvoir trouver un certain repos. Le premier chapitre est davantage réussi que le suivant dans le sens où celui-ci aurait gagné à raccourcir la scène dans les bois. Il est également dommage que l’actrice jouant Charlie (Hannah Britland) soit aussi peu naturelle. Cela étant, l’atmosphère délétère, le rythme haletant et la rédemption sous-jacente font mouche. En prime, le monologue de Cook est électrisant et parfaitement trouvé. Ces deux épisodes amènent à se rappeler à quel point le personnage avait pu être détestable durant ses débuts alors que là, son charisme magnétique ne fait aucun doute. L’intitulé de ce chapitre, rise, est plus qu’adapté ! De surcroît, Jack O’Connell y est tout simplement extraordinaire.

Si les trois parties sont distinctes l’une de l’autre, elles possèdent de nombreux points communs. La réalisation en est la principale pièce maîtresse. La fiction a déjà prouvé qu’elle savait solidement créer une atmosphère avec son jeu de lumières et de couleurs, son cadrage soigné, son alternance entre séquences intimistes et panoramas époustouflants, et son judicieux choix de musique. Cette saison ne dément pas cette affirmation et propose peut-être un résultat plus intéressant et saisissant de beauté que lors des années précédentes. Dommage en revanche que le générique ait disparu et que la troisième génération soit totalement occultée. La série parvient à croquer les affres de ses héros toujours aussi tourmentés avec sincérité, authenticité et justesse. Sa mélancolie, son spleen si particulier sont de retour et ce n’est pas parce que tout le monde a quitté l’adolescence que cela signifie pour autant que la vie leur est plus aisée. Tout en dépeignant les principaux traits de caractère de ses personnages, la saison n’opte pas pour la solution de la facilité en surfant sur une vague nostalgique. Le trio de tête a changé depuis la dernière fois que nous l’avions vu, bien que ce qu’ils ont été ne disparaît aucunement, et tous les trois n’ont parfois pas eu d’autres choix que d’avancer et de progressivement évoluer. Confrontés à de nouvelles embûches, ils essayent encore et encore de se construire. Après tout, n’est-ce pas ce que l’on fait toute sa vie ? Notre identité n’est-elle pas en perpétuel mouvement ? Les thématiques sont tout simplement plus adultes tout en gardant leur aspect fédérateur.

Au final, cette septième saison de Skins prend à contrepied le téléspectateur en ne cherchant aucunement à conclure ce qu’elle avait laissé en suspens, ou à jouer la carte de la nostalgie et de l’attachement en discutant de ses personnages. À la place, elle met seulement en avant trois histoires indépendantes ressemblant presque à de banales tranches de vie. Le résultat s’avère alors assez étonnant bien qu’il demeure globalement correct, notamment grâce à une troisième partie de bien meilleure facture que les précédentes. Plus sombre, cette saison n’hésite pas à se montrer désabusée, mais aussi, optimiste. En fait, elle joue de nouveau sur son registre doux-amer où la tendresse côtoie la cruauté. L’ensemble n’est clairement pas indispensable et il est tout à fait possible de s’arrêter à chaque fin de génération, mais ces vignettes prolongent une dernière fois le plaisir de fréquenter ces figures mémorables.

By |2017-05-01T13:59:12+01:00septembre 12th, 2013|Séries britanniques, Skins|0 Comments

Skins (saison 6)

Alors que la fin de Skins est communiquée depuis quelques mois – la série revenant à l’antenne pour une septième et dernière saison très spéciale –, la sixième a mis un point plus ou moins définitif à la troisième génération. Composée de dix épisodes, elle fut diffusée entre janvier et mars 2012 sur E4. La suite s’annonce donc assez particulière, car la future saison sept comportera trois téléfilms eux-mêmes divisés en six parties. Il devrait s’agir d’une sorte d’épilogue commémoratif, les anciens personnages croiseraient ainsi les nouveaux. Pour le moment, peu d’informations concrètes circulent à ce sujet. Aucun spoiler.

Malgré les audiences en érosion et les critiques assez négatives à l’encontre de la saison cinq, j’ai beaucoup apprécié l’arrivée de cette troisième version d’adolescents presque adultes. Plus posée et moins dans la surenchère, elle a aisément su s’installer en dépit de quelques lacunes de-ci de-là. Bizarrement, c’est moyennement motivée que j’ai pourtant repris le chemin de Bristol, ayant peut-être peur de ne pas être satisfaite. Le premier épisode de cette nouvelle saison balaye très rapidement les craintes tant il est rythmé, drôle, fun et immerge le téléspectateur dans l’ambiance en deux secondes. C’est avec plaisir que l’on retrouve cette bande d’amis, car c’est bien ce qu’elle est devenue au fil des épisodes. Et si tous ne sont pas intéressants ou particulièrement attachants, il en ressort une bonne humeur et une impression de cohésion. Pour ce retour, l’intrigue est déplacée au Maroc et le cadre permet d’offrir un peu d’exotisme avant de remettre les pieds en Angleterre, dans la grisaille, où la morosité est de vigueur en raison d’un évènement tragique s’abattant sur les jeunes. Dès son arrivée à l’antenne, Skins a injecté un drame dans chaque génération. Pour la première, il y a eu le traumatisme crânien de Tony, mais surtout la mort de Chris, dans la seconde ce fut le massacre de Freddie et ici, ça ne rate pas. Cette année, on évite le ridicule de la saison quatre et ce qui s’y passe est tristement plausible. La bonne idée est de le mettre en place dès le début de manière à montrer le cheminement des protagonistes, eux qui tentent de reprendre le cours de leur vie ou qui, au contraire, préfèrent se laisser plonger. Sans grande surprise, le fil rouge est par conséquent celui du deuil. Deuil revêtant de nombreuses formes comme celui d’un proche disparu, d’une amitié s’étant brisée en mille morceaux, d’un amour volé en éclats, etc. Le gang subit dès lors de multiples difficultés et communique maladroitement, certaines dynamiques étant totalement bouleversées. Les voir aussi blessés fait mal, surtout lorsque certains d’entre eux se lancent dans des relations toxiques. À l’instar des générations passées, l’idée principale est de laisser les personnages faire des erreurs pour mieux apprendre, de manière à ce qu’ils puissent prendre leur envol. La fin est d’ailleurs bizarrement optimiste, voire un tant soit peu malvenue pour la toute dernière scène, celle avec Franky.

 

Qualitativement, le seul épisode nettement en dessous des autres est le second, celui sur Rich. Le protagoniste était probablement à l’origine du meilleur lors de la saison précédente, mais ici, ce n’est malheureusement pas le cas. Ce n’est pas tant que Rich ne soit pas intéressant ou attachant, c’est même tout le contraire. Non, c’est parce que l’épisode est bien trop maladroit, car on réalise dès le départ ce qui s’y déroule réellement, que tout n’y est pas particulièrement vrai, mais tout comme le métalleux plus si chevelu que ça, on ne veut guère le croire. La fin rattrape heureusement le tout, avec cette magnifique scène sur les escaliers. Sinon, tous les autres chapitres sont franchement sympathiques, voire extrêmement enthousiasmants. Le meilleur est peut-être le 6×04, sur Franky, qui aborde sans demi-mesure la violence dans un couple et qui met très mal à l’aise tant certains passages sont crus et osés. Le personnage de Luke fait d’ailleurs froid dans le dos et ce phénomène est amplifié par le regard dérangeant de son acteur. Ce qu’il y a de quelque peu décevant, c’est justement l’écriture de Franky. Difficile de blâmer l’interprétation de Dakota Blue Richards tellement elle y fait preuve d’un sacré magnétisme, mais son héroïne est par moments assez agaçante, elle qui avait tout pour fasciner par son originalité jusque-là. Sa caractérisation est assez surprenante tant la Franky de cette saison est différente de la précédente. La voir jouer ainsi avec certains, devenir aussi égocentrique et devoir subir ce triangle romantique bancal ne fait pas plaisir. Et en plus, tout cela dure trop longuement. Pourtant, il y avait moyen de composer une jolie histoire avec celui qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. En d’autres termes, ce qui dessert la jeune femme est qu’elle passe beaucoup de temps à papillonner, et si ses doutes et convictions quant à une relation amoureuse peuvent résonner avec ceux du téléspectateur, ils finissent par la rendre presque antipathique. Il en va de même concernant sa quête identitaire et ses névroses qui tirent en longueur. Elle méritait mieux. Ce n’est pas non plus la fin avec Mini et cette petite virée qui la feront remonter en selle. En dépit d’un personnage abouti, on ne peut qu’y voir comme un gâchis. La saison marque autrement l’arrivée d’un nouveau membre, Alex. À première vue agréable, il déçoit un peu parce qu’il préfère passer plus de temps à s’amuser qu’à réellement prendre en considération certains de ses amis comme Liv. Quoi qu’il en soit, il se déroule de nombreux évènements et si certains sont plus pertinents que d’autres, ils demeurent globalement bien mis en scène et écrits avec une certaine finesse, bien qu’on puisse parfois espérer davantage de profondeur comme celui concernant le petit problème de légalité d’Alo. Une chose est toutefois sûre, c’est qu’on ne ressent que davantage les limites du format de Skins au fil des épisodes.

 

Une des particularités de la série a toujours été de dédier un épisode à un personnage en particulier. On le suit donc au cours de ses pérégrinations, ne voyant que ce qui lui arrive à travers ses yeux. Si cette pratique a eu ses faiblesses, elle a vraiment montré cette année qu’elle pouvait diminuer l’impact d’une histoire. Effectivement, c’est la première fois où l’on ressent vraiment un manque ; il s’avère trop fréquent que certains personnages soient totalement occultés durant de nombreux épisodes. Rich, par exemple, devra attendre très longtemps après la fin de son intrigue avant d’avoir un matériel conséquent. Et encore, il se limite généralement à quelques séquences bienvenues, mais peut-être trop minimes. On peut y voir une métaphore de sa solitude, lui qui se retrouve seul, car les autres le fuient consciemment ou non, mais cette explication n’est pas suffisante. Des protagonistes sont bien trop sur le devant de la scène, tandis que d’autres demeurent dans l’ombre. La saison a tendance à privilégier la vision féminine, les garçons étant plus mis sur la touche. L’ensemble se révèle alors peu homogène et pas suffisamment approfondi. Cependant, que l’on ne s’y trompe pas, on se plaît toujours autant à suivre les aventures de ces jeunes. Leurs doutes sont encore une fois parfaitement dessinés, et s’ils passent par de nombreux bas, ils forment un sympathique groupe d’amis quelque peu atypique, mais qui, justement, gagne en authenticité. À noter que les comportements extrêmes sont davantage prégnants que lors de la saison cinq, ce qui devrait faire plaisir à ceux qui trouvaient la génération trop sage. Ajoutons-y la jolie réalisation, la belle photographie, la fantastique bande-son et le côté mélancoliquement désabusé, et sans aucun doute, la recette Skins fonctionne toujours aussi bien.

Au final, la sixième saison de Skins conclut ainsi les aventures de Franky et des autres à l’écran. Si les épisodes souffrent d’un isolement un peu trop présent en raison des contraintes du format, ils se révèlent dans l’ensemble convenables parce qu’ils ne manquent pas de rythme et n’hésitent pas à plonger en profondeur dans les blessures de l’âme de ces adolescents. Après un début très réussi, il est dommage que la saison finisse un peu par s’enliser avec un triangle amoureux assez dispensable et peu satisfaisant. Néanmoins, il en ressort un sentiment positif grâce à une ambiance particulière et toujours aussi hypnotique, des personnages relativement charmants, et une capacité à mettre en scène avec un certain brio cette tranche de la population qui ne tend qu’à se construire. Bien que je doute qu’il s’agisse d’une opinion partagée, ce fut sans conteste ma génération préférée, car en plus d’être équilibrée, elle a su apporter une touche plus adulte en gardant son essence fantaisiste. Croisons les doigts pour que la saison sept ne vienne pas tout gâcher.

By |2017-05-01T13:59:55+01:00août 6th, 2012|Séries britanniques, Skins|2 Comments