Skins (saison 1)

Puisque la série arrive très bientôt sur Canal+ – si je ne me trompe pas, au début du mois de décembre –, il est temps d’en parler. Skins est une production anglaise comportant, pour le moment, une unique saison de neuf épisodes de quarante-cinq minutes passés entre janvier et mars 2007. La seconde devrait commencer sur E4 dès 2008. Au cours de sa diffusion, et même un petit peu avant, elle a défrayé la chronique en Angleterre pour la simple et bonne raison qu’elle montre des adolescents, et cela sans a priori aucune concession. Est-elle est aussi sulfureuse que ce qu’écrit la presse ? Je serais tentée de dire que non, mais il est indiscutable qu’elle donne un sacré coup dans la fourmilière et ne repose pas sur des valeurs propres aux fictions étasuniennes. Les Camden feraient une attaque si leurs enfants étaient comme cela ! Aucun spoiler.

Skins suit la vie d’un groupe d’individus proches de la majorité alors qu’ils sont scolarisés dans une sorte d’école entre le lycée et la fac – je crois, ce n’est pas très clair dans la série et je ne connais pas le système éducatif britannique. Cette bande se compose de huit personnages principaux : Tony, Sid, Cassie, Chris, Michelle, Maxxie, Anwar et Jal. Étant la figure de proue des épisodes, il est préférable de s’attarder rapidement sur chacun d’entre eux. Tout d’abord, il y a Tony, le parfait représentant du jeune à qui tout réussi et que tout parent rêve d’avoir. Sauf qu’il est un fieffé manipulateur et prend un malin plaisir à se moquer, mentir et tricher. Inversement, son meilleur ami, Sid, n’est pas du tout sûr de lui et vit quelque peu dans son ombre. Il est justement fou amoureux de Michelle, la petite amie de Tony. La blonde et lunaire Cassie est de son côté une fille perturbée ayant de gros problèmes alimentaires. Souvent déconnectée de la réalité, elle n’en reste pas moins lucide sur ce qui se passe autour d’elle. Le dynamique Maxxie est un excellent dessinateur et danseur de claquettes ; gay, il ne cache aucunement sa sexualité et tente d’en profiter au maximum. Toujours chez les garçons, Chris, lui, est la plupart du temps défoncé – et ce à n’importe quoi comme au Viagra –, et est attiré par sa prof de psychologie qui ne paraît en plus pas insensible aux charmes de son élève. Compte tenu de sa nationalité pakistanaise et de sa religion musulmane, Anwar est régulièrement partagé entre ce qu’il aime faire et ce que sa foi lui inculque, surtout que sa famille ne voit pas d’un bon œil ses fréquentations. Enfin, Jal, la meilleure amie de Michelle, est sans aucun doute la figure la plus terre-à-terre de la bande. La première saison de Skins croque dès lors ses huit personnages. Au programme : fêtes, alcool, sexe, drogues. Heureusement, toutes les intrigues ne tournent pas uniquement autour de ces divertissements souvent débridés. La caméra illustre ses héros au quotidien, qu’ils se trouvent à l’école, en voyage scolaire, etc. À vrai dire, les rebondissements sont plus ou moins similaires à n’importe quelle fiction de cet acabit, si ce n’est que le traitement est différent, plus réaliste – sans pour autant l’être non plus totalement –, et définitivement à fleur de peau pour sa propension à capter les angoisses d’une génération perdue.

Si les débuts donnent l’impression d’accumuler tous les clichés propres au genre, la suite rassure très rapidement. Effectivement, en dépit de caractérisations à première vue stéréotypées et de relations tout aussi classiques, Skins possède une authenticité et une sincérité appréciables, ne cherchant jamais à sublimer ou à dramatiser les affres de cette période confuse. Tour à tour pudique et excessive, elle s’arme d’une justesse troublante dans ce tableau des tourments de l’adolescence, notamment grâce à une écriture plutôt fine et une réalisation soignée. Les choix musicaux, le cadrage et la photographie symbolisent plusieurs de ses forces. Sa forme est d’ailleurs atypique dans le sens où, à l’exception du dernier, chaque épisode suit spécifiquement un personnage. Ce parti pris est une qualité comme un défaut. En effet, la caméra montre les évènements se déroulant dans la vie dudit adolescent, les autres étant par conséquent parfois nettement mis de côté. Si cette immersion permet de creuser la psychologie du héros de la semaine, elle ne donne qu’une vision lacunaire du reste de la distribution. Pour l’instant, ce procédé n’est pas dérangeant, mais il est possible qu’il prouve ses faiblesses par la suite. Dans tous les cas, les protagonistes ont la chance d’être interprétés par des acteurs quasi inconnus et ne s’apparentant en rien à des gravures de mode. Enfin une série ressemblant plus que sensiblement au public qu’elle vise ! Nous sommes loin des fictions d’outre-Atlantique où les comédiens ont dix ans de plus que ceux qu’ils incarnent. Grâce à cette proximité, il est tout naturel que le processus d’identification se fasse plus aisément, quand bien même notre propre jeunesse fût davantage sage et posée. Pour la petite anecdote, Tony est joué par Nicholas Hoult que plusieurs doivent connaître depuis le film About a Boy avec Hugh Grant. Je dois dire que je suis tombée des nues lorsque j’ai vu sa métamorphose !

Skins a fait autant parler d’elle en Angleterre en raison de sa liberté et de son illustration d’adolescents sans fard, une fois que les parents ne sont pas là. Fait assez étrange pour être noté, les rares adultes sont dépeints de manière quelque peu particulière et ne paraissent guère responsables, voire névrosés et psychologiquement instables. Il est ainsi tout naturel que devenir grand fasse peur, ne donne pas envie et soit vu comme une étape terrible, surtout qu’elle est tristement inéluctable. Quoi qu’il en soit, cette progéniture fume, boit, se drogue, couche et invente tout et n’importe quoi afin d’expérimenter et aller jusqu’au bout de ses désirs. Bien que le ton favorise une certaine surenchère, cette peinture n’est pas pour autant racoleuse et facile. En prime, il est tellement rare que les séries se permettent de franchir ce pas qu’il convient de saluer cet effort assez audacieux. Ne nions malgré tout pas que si Skins a la réputation d’être extrême, elle ne l’est pas non plus vraiment et ne devrait pas choquer grand monde. Personnellement, je retiendrais surtout le côté vulgaire des dialogues m’ayant parfois posé problème tant je ne comprenais rien à toutes ces expressions typiquement anglaises. Urban Dictionnary fut d’une grande aide !

Au final, ces neuf épisodes constituant la première saison se révèlent solides et plus qu’efficaces. Bien sûr, la production possède quelques défauts, comme le fait que les protagonistes aient presque tous une vie familiale sacrément perturbée, mais ils sont aisément contrebalancés par les points forts du tout. En cette fin d’année, il s’agit pour moi d’un coup de cœur télévisuel et je ne regrette pas de lui avoir donné sa chance. Encore une fois, les Anglais frappent fort et n’hésitent pas à bouleverser un petit peu ce qu’on a l’habitude de voir. Skins est une série sonnant plutôt juste, avec des personnages attachants dont la carapace se craquelle et qui, donc, imitent n’importe quel ado de notre époque. En revanche, j’ai un peu de mal avec Tony ; ses agissements finissent toutefois par être compréhensibles et il prouve qu’il n’est pas aussi retors que ce qu’il laisse paraître. A contrario, j’aime beaucoup Maxxie, Cassie, Chris et Sid. Malgré leurs faiblesses, il n’empêche que par certains aspects, ils sont émouvants. En tout cas, avec un cliffhangher déroutant et énervant, je ne peux qu’attendre avec une très grande impatience la saison deux. En résumé, Skins s’annonce vraisemblablement comme une série crédible brossant le portait de jeunes Anglais alors qu’ils tentent tout simplement de se construire une identité. Par sa mélancolie, sa tendresse parfois cruelle, l’isolement de ses héros et sa tonalité souvent douce-amère, elle est bien plus qu’une énième fiction outrancière et mérite un visionnage en bonne et due forme.