Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi | 空から降る一億の星

Comme un grand nombre de téléspectatrices assidues de j-dramas, je ne peux concevoir la découverte de cet univers sans en regarder plusieurs avec Kimura Takuya. Je ne devrais pas avoir besoin de rappeler que KimuTaku est monsieur Dieu Vivant au Japon, que ses séries explosent presque toujours les taux d’audience, qu’il est adulé depuis plus de quinze ans avec toujours autant de ferveur, etc. Bref, c’est une star. Sa renommée n’est pas volée parce qu’il est clairement charismatique. Je n’ai pas mis longtemps à tomber sous le charme et pourtant, jusqu’à maintenant, je n’avais regardé que deux séries avec lui : Engine tout d’abord, puis l’excellent Pride. De ce fait, j’envisage de visionner la plupart de ses séries. C’est ainsi que tout récemment, j’ai terminé Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi. Sur Internet, on l’appelle plus communément par un de ses intitulés anglais : A Million Stars Fall from the Sky, A Million Stars Falling from the Sky ou encore One Million Stars Falling from the Sky ; ce que c’est compliqué tout ça alors qu’il suffit de garder le titre original ! En français, on pourrait le traduire approximativement par une centaine de millions d’étoile tombant du ciel. Composée de onze épisodes, la série fut diffusée entre avril et juin 2002 sur Fuji TV. Le premier dure une heure, le dernier soixante-dix minutes et tous les autres la quarantaine de minutes habituelles. Le scénario a été écrit par Kitagawa Eriko, très réputée au Japon, et connue pour certaines de ses séries comme Orange Days, Aishiteiru to Itte Kure, Tatta Hitotsu no Koi, Beautiful Life ou plus récemment, Sunao ni Narenakute. Aucun spoiler.

Une jeune étudiante optimiste et n’ayant a priori aucun réel souci se suicide en sautant de son balcon. Rapidement, la police chargée de l’enquête découvre qu’il s’agit d’un meurtre déguisé en suicide. L’inspecteur Dôjima Kanzô soupçonne alors Ryô, un mystérieux cuisinier au passé trouble ayant justement fréquenté la jeune femme auparavant. Plus il rencontre Ryô et plus le policier ne peut se détacher de cette curieuse impression que ce dernier lui inspire. Une chose en amenant une autre, Ryô se rapproche de Yûko, la sœur de Kanzô, et étrangement, il ne la traite pas comme les autres femmes qu’il fréquente.

   

Comme je l’ai écrit dans le premier paragraphe, c’est donc la présence de Kimura Takuya qui m’aura donné envie de lancer cette série. Cela dit, le synopsis semble à première vue très intéressant et assez original par rapport aux productions nippones habituelles. Effectivement, le ton est bien plus sombre que ce que l’on a l’habitude de voir sur les chaînes et cela fait un bien fou, surtout lorsque l’on apprécie la noirceur. Si l’on a l’impression que Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi est une série policière où l’inspecteur cherche à découvrir ce qu’il s’est passé et pourquoi une étudiante est morte, ce n’est pas du tout le cas. L’enquête n’est que le point de départ de l’histoire, celle-ci offrant un développement complexe des personnages et des dynamiques les unissant. Par conséquent, certes il est possible de parler de j-drama policier mais il paraît évident que quand bien même on ne soit que peu guère friand de ce genre, il ne faut clairement pas hésiter à se lancer. En réalité, le renzoku est un thriller hypnotique axé sur la psychologie de ses protagonistes, définitivement ambivalents pour certains, et jouant beaucoup sur les symboles. Preuve est que quand ils veulent, les Japonais savent sortir du schéma habituel de la comédie sans prétention. Les audiences furent en plus bonnes ce qui démontre que le public est aussi demandeur, même s’il est clair que la présence de KimuTaku est probablement un facteur non négligeable.

Bien que la série s’attarde sur une galerie mettant en avant plusieurs personnages, trois d’entre eux se partagent l’affiche. Suite au meurtre maquillé en suicide, l’inspecteur Dôjima Kanzô, incarné par Akashiya Sanma que je ne connaissais pas du tout, s’occupe de l’affaire. Méticuleux et jouant beaucoup avec les apparences de manière à laisser croire qu’il est plus stupide qu’il ne le laisse paraître, il est en réalité excellent dans son travail et définitivement pugnace. En-dehors de ses occupations professionnelles, il s’occupe et chérit sa petite sœur, Yûko, jouée par la jolie Fukatsu Eri, avec qui il vit. Les deux se disputent régulièrement, tout comme frère et sœur qui se respectent, mais s’apprécient énormément. Si les deux paraissent sans histoire, le renzoku prouvera à de nombreuses reprises que personne n’est jamais tout blanc. Dynamique, quelque peu garçon manqué sur les bords, Eri souffre d’être très proche de la trentaine et de ne pas être encore mariée. Passionnée et ne se laissant pas marcher sur les pieds, elle est vraiment attachante et touchante. Si elle le voulait, elle pourrait entrer dans le moule de la société japonaise en acceptant n’importe quelle union mais elle ne le fait pas, par choix, tout en essayant de ne blesser personne qui l’entoure et dont elle se sent proche. Lorsqu’elle rencontre le personnage incarné par Kimura Takuya (Engine, Karei Naru Ichizoku, Pride, Tsuki no Koibito, Nemureru Mori, Nankyoku Tairiku), son existence mais également celle de Kanzô, est bouleversée à tout jamais. Katase Ryô est un homme ambigu utilisant les femmes comme de véritables chaussettes sales. Froid et distant, il ne parle que peu voire est parfois quasi mutique. S’il est indubitable qu’il dégage une force magnétique et charismatique, il se révèle par moments assez agaçant car on ne sait vraiment pas ce qu’il pense au fond de lui. C’est une partie de son caractère et Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi en joue assez mais il faut avouer que la frustration du téléspectateur n’est jamais très loin. Il est assez difficile de savoir ce qui le motive et il faudra attendre la toute fin extrêmement douloureuse pour saisir l’ampleur de cet être. À vrai dire, ce défaut est valable dans une moindre mesure pour les autres personnages car leurs réactions, ou plutôt l’absence de réaction est assez étrange car c’est comme si tout coulait sur eux et qu’ils n’en prenaient pas réellement note. Au moins, cela permet à la série de ne pas trop en faire et de ne jamais chercher à émouvoir artificiellement le public. Dans tous les cas, on ne peut nier que voir le Johnny’s dans un rôle quelque peu ingrat est intéressant. Il a souvent tendance à interpréter des hommes sympathiques et définitivement cools alors qu’ici, ce n’est pas du tout le cas. Ryô est au contraire inquiétant, glacial, manipulateur et plus que difficile à cerner surtout qu’il veille toujours à ne jamais se salir les mains. Ses regards en disent long et il est ardu de ne pas être attiré par lui car en dépit de ses actes plus que discutables, il dégage une force intense quasi animale. Kanzô le pourchasse donc, au départ sans trop savoir pourquoi, et s’installe entre les deux un jeu du chat et de la souris vivifiant et fascinant. Il en va de même entre Ryô et Yûko si ce n’est que l’alchimie est ici sexuelle et incroyablement étouffante.

D’autres personnages gravitent autour d’eux et tout comme le trio, eux aussi sont nuancés de gris et plus que complexes. Ainsi, Ryô est suivi par Miyashita Yuki (Shibasaki Kô – Orange Days), une jeune psychologiquement instable que Kanzô finira par prendre sous son aile. Ryô toujours, s’amuse à jouer avec les sentiments de la belle et riche Nishihara Miwa (Igawa Haruka – Woman’s Island, Good Life) qui comprend aisément ce qu’il fait mais qui le laisse, pour des raisons diverses. Compte tenu de sa personnalité, ce n’est guère étonnant que cet homme ait de nombreux squelettes dans son placard et que son passé ressurgisse de multiples manières. Néanmoins, tout le monde n’est pas définitivement torturé dans Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi puisque certains sont joyeux et sympathiques comme le prétendant de Yûko incarné par Yashima Norito (Binbô Danshi, Water Boys, Kaibutsu-kun).

Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi n’est pas une série se laissant approcher de but en blanc. Elle joue beaucoup avec ses mystères et les liens particuliers entre les personnages. Alors que l’on croit que l’enquête n’a rien à voir avec Kanzô, sa sœur et Ryô, ce n’est pas du tout le cas. Entre les mensonges et les passés cachés, les deux mondes évoluent en parallèle. Ce n’est qu’au terme du voyage que les pièces du puzzle se mettent en place et que l’on commence à comprendre l’ampleur de l’histoire. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un second visionnage paraît nettement conseillé afin de voir l’ensemble d’une toute autre manière. Plusieurs énigmes sont difficiles à décoder mais d’autres sont évidentes bien qu’intérieurement, on se plaise à penser que non, on se trompe tant cela nous paraît tragique et morose. Malheureusement, il y a peu de chance que notre esprit nous joue des tours car s’il y a bien une chose dont on peut être sûr, c’est que ce j-drama possède une atmosphère très lourde et noire. Bien sûr, il y a quelques pointes d’humour souvent amenées par Kanzô et sa collègue amoureuse de lui, jouée par Morishita Aiko (Ikebukuro West Gate Park, Kisarazu Cat’s Eye, Tiger & Dragon), mais la comédie ne prévaut en aucun cas. L’ambiance est alors désespérée et de longs silences parfois pesants, des situations à la limite du malsain ou encore des évènements très malheureux, ne font que maximiser cet état. Avec un rythme parfois très lent mais intense, la tension et le suspense montent alors progressivement pour arriver à un point de non-retour dont le summum apparaît dans le tout dernier épisode. À ce sujet, la fin est magnifique en dépit de sa tragédie bouleversante. Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi est une série difficilement classable étant donné qu’elle aborde de multiples thèmes et genres, comme si elle obscurcissait les frontières et troublait les codes en vigueur. Naturellement, n’oublions pas non plus les belles histoires d’amour qu’elle met en avant d’autant plus que là aussi, elle fait preuve d’une certaine originalité en distillant un climat sensuel et chargé en étincelles. Par chance, puisque Kimura Takuya se trouve dans la distribution et que le j-drama est désormais assez daté, les scènes de baiser  – voire plus – font réalistes et ne s’apparentent pas à un banal contact. 

Enfin, sur une note plus technique, avec Yoshimata Ryô (Pride, Bara no nai Hanaya, Long Love Letter) aux commandes de la bande-son, on se doute bien que l’on a là de bien belles musiques. Petit bémol toutefois concernant la chanson du générique de fin, à savoir Smile d’Elvis Costello qui jure par rapport à l’ambiance de la série. Ceci dit, cela peut être pris comme un effet de style et il est évident que les paroles sont ici tout à fait adaptées…

Au final, Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi est une véritable tragédie presque sordide jouant avec son aspect puzzle intrigant. S’éloignant des standards habituels de la télévision japonaise, la série ne se dirige pas vers une fin consensuelle où chaque rebondissement ne surprend guère. C’est même plutôt tout le contraire. Grâce à une écriture solide mettant en avant l’humanité dans ses bons comme dans ses pires moments, l’ensemble dispose d’une réelle tension voire d’une angoisse sourde. La lenteur du rythme en devient alors insoutenable car elle n’accentue que davantage l’intensité et l’oppression transpirant des épisodes. Par ailleurs, grâce à une interprétation de qualité, les personnages se permettent d’être réellement complexes, fascinants et parfois en lutte intérieure. Kimura Takuya montre ainsi qu’il est bien plus qu’une simple idole et a tout à fait les épaules pour jouer un homme à la personnalité ambiguë bien qu’il soit légèrement trop énigmatique. C’est pourquoi le spectateur est parfois laissé sur le bord de la route puisque le tout sonne parfois sensiblement détaché, ce qui est presque dommage. De même, le manque de réaction de quelques protagonistes s’avère quelque peu étrange. Que l’on se rassure, cela n’empêche nullement Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi d’être un  j-drama original, bouleversant et parfaitement maîtrisé. Fascinant et terriblement noir, il ne laisse clairement pas indifférent. C’est donc avec grand délice que je me prépare à visionner un nouveau KimuTaku et une autre série écrite par Kitagawa Eriko.