Spooks | MI-5 (saison 2)

Pour attendre cinq ans avant de reprendre le chemin de Spooks – plus connue en France sous le titre MI-5 –, on peut dire que je ne me serai pas dépêchée. Je vais dorénavant tâcher d’accélérer le mouvement et de ne pas traîner de la sorte. En attendant, place à la seconde saison de cette production britannique. Celle-ci fut diffusée entre juin et août 2003 sur BBC One et comporte dix épisodes d’une heure, soit deux de plus que la précédente. Aucun spoiler.

Minimaliste et efficace, la saison une de Spooks plongeait son public dans le monde froidement féroce du service des renseignements. Les réjouissances débutent exactement là où l’on nous avait quittés, autrement dit devant la porte de la maison d’Ellie. À l’extérieur se trouve Tom ; de l’autre côté se situent cette femme, sa fille, et une bombe. Le résultat final ne laisse guère de doute d’autant plus que la série a prouvé par le passé son sadisme envers ses personnages, n’hésitant pas à tuer quiconque, qu’il s’agisse d’un héros ou non. Ces épisodes inédits démarrent ainsi avec une tension allant crescendo et celle-ci ne faiblira que peu au long cours tant l’atmosphère létale perdure. Effectivement, la saison ne déçoit aucunement à ce niveau puisqu’elle continue d’immerger ses téléspectateurs dans des intrigues diaboliques, bien que profondément réalistes. L’austérité, l’absence totale de sensationnalisme et la volonté de placer ses protagonistes face à des choix moraux reviennent sur le devant de la scène, et aident la production à se forger une véritable identité éloignée des codes des fictions apparentées. En d’autres termes, si l’on a apprécié les débuts de Spooks, cette suite devrait satisfaire tout autant, voire davantage tant elle s’avère convenable en dépit de quelques épisodes en deçà du reste, la faute à un rythme sensiblement approximatif et à quelques facilités. Dans tous les cas, encore et toujours, les intrigues ne cherchent pas l’esbroufe et le spectaculaire, préférant privilégier la dimension humaine.

Le quatuor de choc persévère et tente de concilier vie intime et aléas professionnels. La saison désire clairement les développer et réussit, dans la majorité des cas, à les densifier correctement. Il est toutefois dommage que l’affable Danny Hunter ne soit pas davantage exploité et se contente plutôt d’interagir avec les autres, seul le 2×04, Blood and Money, le plaçant au centre du scénario. L’implacable et rigide Harry Pearce gère au mieux son équipe, n’hésite pas à prendre des décisions délicates et prouve à plusieurs reprises qu’il se permet pourtant de briser le protocole lorsqu’il est directement concerné. Cet homme n’est pas foncièrement antipathique, mais il est difficile de dire qu’il attire une franche sympathie. Cela étant, son rôle est ingrat, et derrière son bureau, il donne des ordres en agissant comme le meneur qu’il est supposé être. Encore plus que précédemment, Spooks axe ses propos sur Tom Quinn et Zoe Reynolds. La deuxième jouit d’une caractérisation plus nuancée et, surtout, vectrice d’émotions et d’une grande finesse. Le jeu tout en subtilité de Keeley Hawes participe grandement au personnage souffrant de sa condition d’agent fantomatique et de son absence de réelle identité. À force d’endosser différentes personnalités et de mentir, ne finissent-ils par se perdre au passage ? Bien qu’elle soit psychologiquement anéantie à plusieurs reprises, Zoe garde toujours la tête haute et fait preuve d’une maîtrise d’elle-même assez troublante. Celui sur qui tous les regards sont posés n’est autre que Tom Quinn. Outre la délicieuse voix de son interprète, cet homme se retrouve confronté à moult situations mettant ses valeurs à rudes épreuves. Perpétuellement testé et malmené, il perd peu à peu pied, jusqu’à parvenir à un point de non-retour édifiant dans l’ultime chapitre. Brillant et ombrageux, ce personnage est fascinant malgré sa propension à charmer toutes les femmes qui bougent. Ses relations romantiques sont d’ailleurs quelque peu le maillon faible de la saison, tout du moins celle avec la doctoresse plutôt caricaturale. Quoi qu’il en soit, la force des épisodes est de créer une véritable alchimie entre le trio sur le terrain, d’injecter une once humoristique et d’offrir une unité soudée bien que souvent sur la brèche. La distribution de Spooks se renouvelant sans cesse en raison des morts, disparitions et écartements divers, il n’est pas étonnant que des visages inédits apparaissent.

Tessa ayant été poussée précédemment vers la sortie, la section de MI-5 se dote de fraîches recrues, toutes deux féminines. Sam Buxton (Shauna MacDonald) demeure principalement dans les bureaux, aiguille de son mieux Tom et les autres, et, finalement, ne sert pas à grand-chose. Son espèce de relation avec Danny tombe littéralement à plat. En revanche, Ruth Evershed (Nicola Walker) est un ajout considérable disposant d’un fort potentiel. Du moins, si la fiction lui offre la possibilité de rester un tant soit peu vivante ! Mal à l’aise, vraisemblablement névrosée, elle officie en tant qu’analyste et se révèle tout particulièrement intelligente. Derrière ce visage innocent se cache néanmoins quelques surprises. Elle paraît fascinée par Harry et souhaite travailler avec et pour lui du mieux qu’elle peut. À côté d’elles gravitent d’autres figures agréables comme Malcolm Wynn-Jones (Hugh Simon) et son humour anglais irrésistible, ou encore le fournisseur de gadgets et techniques avancées Colin Wells (Rory MacGregor). En dehors du MI-5, l’agent de liaison Christine Dale (Megan Dodds) officiant pour la CIA détient une place de choix et est surtout traitée par rapport à sa dynamique avec Tom, les deux mettant leurs propres supérieurs en colère pour maintes raisons. Si les conséquences sont tragiques et parfaitement dépeintes, il flotte comme un soupçon de prévisibilité assez irritant, avouons-le. Dans tous les cas, ce microcosme œuvre pour la sécurité de l’Angleterre et se voit confronté à maintes menaces aussi diverses que variées. Terroristes islamistes, hacker de génie, traders en déroute, venue du président américain, trafic d’armes, mafia russe, relations tendues entre les différentes sections du gouvernement britannique, arcanes du pouvoir, mutinerie, etc. les complots et machinations sont, comme d’habitude, omniprésents et étudiés avec un doigté souvent glaçant. À l’instar de la saison une, les affaires ne se suivent pas, mais il existe un aspect sensiblement feuilletonnant à travers la psychologie des protagonistes. C’est aussi l’occasion d’apercevoir plusieurs visages connus tels que le charmant Alexander Siddig (Primeval), Benedict Cumberbatch (Sherlock) dans un minuscule rôle, Santiago Cabrera (Empire, The Musketeers, Merlin) avec un terrible accent, ou encore Philippe Caroit – oui, oui – illustrant la sensible aversion que les Anglais ont pour nous. L’épisode le plus réussi est probablement le dernier, Smoke and Mirrors, se terminant sur une superbe et dramatique note.

Pour conclure, la deuxième saison de Spooks suit le chemin lancé par celle qu’elle succède en narrant les affaires d’une section spécialisée dans l’antiterrorisme. S’armant d’une sobriété redoutable et plaçant ses personnages au centre de ses intrigues, elle se regarde agréablement, à condition d’être en mesure de supporter une ambiance parfois étouffante. Qui plus est, sa volonté d’éviter la surenchère d’action et de rebondissements éculés fonctionne toujours aussi efficacement, preuve indiscutable que le réalisme peut se montrer tout autant réussi et divertissant. Bien que quelques épisodes s’avèrent inférieurs aux autres, la construction narrative se révèle correcte et démontre le savoir-faire britannique. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite persévère de la sorte et ne devienne pas trop routinière.

By |2017-05-01T13:58:47+01:00décembre 21st, 2014|Séries britanniques, Spooks|2 Comments

Spooks | MI-5 (saison 1)

Cela faisait un sacré moment que ce billet était supposé arriver ici, mais, comme d’habitude, j’ai un petit peu trop traîné les pieds avant de m’atteler à l’écriture. Bref. Bien que je sois complètement sous le charme de l’accent anglais et de tout ce que les contrées outre-Manche ont à nous offrir, je remarque que je ne rends pas régulièrement visite à leurs productions télévisées. En tout cas, j’accumule les énormes lacunes à ce niveau, même si je tente d’essayer de les combler progressivement. C’est dans ce cadre que j’ai commencé l’année dernière – je vous ai dit que j’avais traîné avant la publication ? oui ? hum. – un incontournable britannique : Spooks. J’avoue, ce n’est jamais évident de se lancer dans une série ayant autant de saisons à son actif et, qui plus est, toujours en cours. Non, cette fiction n’a rien à voir avec les fantômes ou autres créatures apparentées comme son titre pourrait le suggérer. Si l’on précise qu’elle est connue en France sous son appellation MI-5, il est de suite plus aisé de comprendre quelle en est la thématique principale. D’ailleurs, outre la notion de spectres et apparitions, spooks signifie également espions. Débutée en 2002, Spooks comporte pour l’instant neuf saisons plutôt courtes puisqu’elles ne dépassent pas les dix épisodes chacune. Pour aujourd’hui, il ne sera question que de la première d’entre elles ; composée de six épisodes d’une heure, elle fut diffusée en mai et juin 2002 sur BBC One. À noter que la fiction passe assez régulièrement sur le réseau de France Télévisions – en version française uniquement, si je ne me trompe pas. Aucun spoiler.

MI-5, écourté en Five, est le service de renseignement britannique se chargeant notamment de la sécurité intérieure et du contre-espionnage. En son sein, la section D s’occupe de l’antiterrorisme. Ses membres tentent avec parfois beaucoup de difficultés de conjuguer vie professionnelle très mouvementée, et personnelle empreinte de secrets et de mensonges non volontaires.

Encore une série s’engouffrant dans le monde de la police, du respect des lois et d’un genre quelque peu similaire ?! Certes. Toutefois, Spooks n’a rien à voir avec la pléthore envahissant nos écrans. En tout premier lieu, ce qui marque et lui permet clairement de se détacher de la masse est son atmosphère particulière. Froide et sobre, elle étonne par son minimalisme presque dérangeant. Ici, point d’explosion à tout va, de démonstration de bravoure patriotique exacerbée, ou d’agent sauvant la planète vingt-quatre fois en vingt-quatre heures. La nationalité de la fiction y est pour beaucoup tant les codes américains devenus monnaie courante ne sont pas une seule seconde en vigueur lors de ces six petits épisodes. La subtilité est préférée à la surenchère, ce qui fait beaucoup de bien, même s’il faut avouer que les débuts sont déconcertants quand on est autant habitué à une emphase permanente. Dans tous les cas, cela ne signifie pas pour autant que Spooks s’avère moins intense ou moins violente qu’une consœur étasunienne. Loin de là. Elle est tout simplement différente et, rien que pour cette raison, elle se révèle intéressante et mérite l’investissement. L’atmosphère donne l’impression de souhaiter coller au mieux à la vérité, de rendre l’ensemble crédible et d’éviter les écueils usuels. Ainsi, le téléspectateur n’a aucune difficulté à croire que plusieurs évoluent en Angleterre en ayant des objectifs analogues à ceux du protagoniste masculin, Tom Quinn, et de ses collègues. Toutefois, ne nions pas le revers de médaille qui est que ce réalisme quasi austère fera assurément reculer un certain nombre de personnes. Ceux qui, à l’inverse, apprécient l’aspect plus glaçant et plus en retenue seront davantage charmés, voire fascinés par cette absence d’un quelconque artifice. La violence est omniprésente, bien qu’elle demeure suggérée, ce qui rend le résultat à l’écran peut-être plus ardu à digérer, comme le prouvent des scènes absolument édifiantes que l’on n’aurait jamais imaginé retrouver alors que les bases de la série tentent encore de s’installer. Il est en revanche dommage que la saison se contente d’histoires indépendantes et ne disposant pas d’un véritable fil rouge. Espérons qu’à la longue, ce côté routinier ne devienne pas trop ennuyant et que l’ensemble parvienne à se renouveler régulièrement. Dans tous les cas, au-delà du traitement des intrigues, les sujets abordés sont eux aussi bien plus réalistes qu’en règle générale. Leur principal atout est leur aspect fédérateur et intemporel. Si le contexte change, les troubles et dynamiques subsistent toujours, que l’on se trouve dans une Angleterre du XXIè siècle ou pas.

Outre une atmosphère létale et une mise en scène prônant la sobriété, une des forces de la première saison de Spooks réside en sa galerie de personnages, profondément humains. En raison de leur condition d’espion, ils se doivent d’être fantomatiques, transparents et de ne jamais être remarquables parmi la foule. Être banal est une nécessité vitale. Cette situation inconfortable est illustrée au cours de ces six épisodes, principalement grâce à l’agent Tom Quinn, parfait représentant de cette section loin de tout repos. Mentir et tricher font partie de leur quotidien, même lorsqu’ils se trouvent en présence d’un proche. Le problème, c’est que l’on se doute bien que rien n’est infaillible et il paraît évident qu’un élément sera susceptible de morceler cette carapace apparemment inébranlable. Les Anglais prouvent encore une fois avec Spooks leur capacité à faire disparaître sans remords leurs héros après seulement quelques heures d’antenne. Cette tension sur le qui-vive est maximisée puisque tout le monde se trouve sur la corde raide. Il n’y pas de sauvetage capillotracté et, par moments, le public doit certainement penser que c’est bien dommage tant le malaise devient envahissant et quasi insupportable. Quand bien même les personnages ne sont pas des plus développés, chaque épisode apporte son lot d’informations finissant par composer un tout pertinent. Parmi eux, le maillon central de l’équipe, Harry Pearce (Peter Firth), n’est pas des plus sympathiques, mais son rôle ingrat implique de grandes responsabilités. La saison met plus l’accent sur deux agents en particulier, à savoir Tom Quinn et Zoe Reynolds. Le premier est incarné par le charmant Matthew Macfadyen possédant une bien belle voix. Quant à Zoe, c’est Keeley Hawes qui porte ses traits. Difficile ne pas être bluffé par Tom s’apparentant à un individu particulièrement ciselé et intéressant. Le cliffhanger final – ne laissant que peu de doutes sur son issue – devrait provoquer de moments particulièrement sombres en début de saison deux. Sinon, fait très amusant, la production se targue de la présence de quelques visages anglais connus et souvent appréciés des amateurs de séries. Ne cachons pas notre joie en découvrant Hugh Laurie (House) en membre important du MI-6, d’autant plus qu’il se montre assez détestable. De surcroît, Anthony Head (Buffy the Vampire Slayer, Merlin) est à l’honneur le temps d’un épisode en tant qu’ancien agent devenu terroriste.

Pour conclure, cette première saison de Spooks se révèle maîtrisée et efficace. En étant aussi éloignée des standards auxquels le téléspectateur de séries américaines est habitué, elle se veut marquante et ne laisse clairement pas indifférent, surtout que son atmosphère et sa violence glaçante injectent une dimension atypique. Dès lors, les six épisodes sont intenses et, s’ils ne se suivent pas réellement, il en ressort une réelle logique et un cheminement parfaitement orchestré. Pour couronner le tout, la distribution impeccable met un point d’orgue à cette sobriété et cette froideur. Si vous n’êtes pas encore convaincus, il faut savoir que Richard Armitage est présent dès la septième saison. Enfin, je dis ça, je dis rien, hein (:P).

By |2018-07-06T17:47:45+01:00septembre 26th, 2010|Séries britanniques, Spooks|2 Comments