Supernatural (saison 10)

Soyons honnêtes quelques secondes. Qui, en 2005, aurait parié que Supernatural s’installerait dans le paysage télévisuel durant au moins une décennie ? Pas grand monde, non ? Eh bien, si, elle l’a fait et, encore mieux, elle paraît inarrêtable. Sa dixième saison, composée de vingt-trois épisodes, fut diffusée sur The CW entre octobre 2014 et mai 2015. Aucun spoiler.

En se montrant redondante, mécanique et en omettant d’injecter un minimum de surprise et d’étincelles, la saison précédente ne parvenait que trop rarement à impliquer ses téléspectateurs. Sans être mauvaise ou ennuyante, elle laissait surtout un sourire poli sur le visage et s’oubliait rapidement une fois le poste éteint. Abbadon y était abattue, Crowley retrouvait sa place de roi de l’Enfer et Metatron semblait parti pour vivre des siècles, voire des millénaires dans sa prison céleste. Malgré les principales menaces écartées, les Winchester ne s’en sortaient pas tout à fait indemnes, car Dean se réveillait avec les yeux… noirs. C’est donc en tant que démon qu’il commence ces épisodes inédits. La marque de Caïn l’a profondément transformé et il paraît embrasser sa nouvelle nature. Son quotidien se résume à tuer des créatures fantastiques l’ayant plus ou moins mérité, manger des hamburgers et boire de la bière dans des bars miteux en compagnie de son supposé souverain, et passer la nuit avec quelques femmes esseulées. Il s’amuse et se fiche royalement de tout. Sam, lui, cherche à le retrouver, et quand il réalise l’ampleur de la tâche qui l’attend, il ne baisse pas les bras. Au moins, ils se parlent enfin et sortent sensiblement de leur relation tournant jusque-là en boucle. Voir Dean en monstre pouvait se révéler, sur le papier, intéressant, mais à l’écran, le résultat se veut surtout fastidieux et peu exaltant. Contre toute attente, l’écriture choisit d’ailleurs de s’en détacher rapidement. Le fil rouge est en réalité celui de la marque de Caïn et la tentative des frères de l’éradiquer. Bien que cet enjeu soit techniquement important, il reste tout de même peu enthousiasmant ou intense, et poussivement mis en scène. Dans la grande partie des épisodes, Dean capitule, Sam s’entête, répète que son aîné va de plus en mal et… c’est tout. La saison délivre par conséquent un désagréable sentiment de surplace, voire de flou narratif. L’irruption en fin de parcours d’un danger redoutable ne change guère la donne et fait surtout ressembler ce chapitre laborieux à une introduction peu pensée en amont, une sorte de transition bancale.

Autrefois, Supernatural s’attardait sur l’Apocalypse, la découverte de léviathans et moult luttes susceptibles de ravager la planète entière. Les chasseurs se lançaient corps et âme dans ces batailles vraisemblablement perdues d’avance. Cette année, la menace n’en est pas une à proprement parler. Cette absence totale de souffle épique et d’arc majeur nuit grandement à ces aventures qui semblent ne jamais vouloir vraiment démarrer d’autant plus qu’elles multiplient les récits classiques et prévisibles. Les semaines se suivent, les protagonistes agissent chacun dans leur coin et les éléments mettent de surcroît beaucoup de temps avant de se connecter ensemble. Déjà que la galerie de la production est restreinte, alors si en plus elle ne prend pas la peine de les faire communiquer ou d’ajouter de nouvelles figures, la catastrophe paraît proche. Le thème de la marque de Caïn n’est pas dénué d’intérêt, mais rien, en dehors peut-être du 10×22, The Prisoner, n’est fait pour asseoir ses retombées ou montrer directement ce qu’elle implique. Dean souffre de ses pulsions meurtrières, de ses actes en tant que démon, serait sur le fameux point de rupture, et croit son issue inéluctable. Que reste-t-il à part ça ? Rien. Sam lui cache ses recherches et, sans aucune surprise, arrive un moment où ses secrets presque compréhensibles lui explosent en plein visage et induisent la disparition d’un des rares survivants de la série. À ce sujet, le sort de l’individu en question est d’une platitude effroyable en s’avérant aussi expédié et privé d’émotion. Quelle honte. Bref, cet enjeu n’en porte que le nom et les tentatives d’intrigues parallèles ne sauvent pas l’ensemble, bien au contraire, car elles s’embarrassent de défauts tout autant similaires.

Tandis que les frères veulent retrouver un semblant de normalité, Castiel sombre dans un premier temps dans la faiblesse. Puisqu’il ne lui reste presque plus de grâce angélique, il ne dispose d’aucune force et peine grandement. Toute action lui demande un immense effort. Quand il commence enfin à se recolorer, c’est comme si la série occultait son statut d’être céleste parce qu’il utilise peu ses pouvoirs. Au lieu de ça, il se contente de se déplacer dans son horrible véhicule et d’officier en plante verte. La saison cherche à le développer un minimum avec le retour de la famille de son hôte, dont son épouse campée par Leisha Hailey (The L Word), mais malgré quelques séquences assez jolies, le résultat demeure encore une fois plat. Crowley n’est pas beaucoup plus gâté par le scénario, avouons-le. Il s’est ramolli au contact des Winchester et s’approche dangereusement des humains. Pire, il finit par s’ennuyer et se laisse influencer par l’égoïste et manipulatrice sorcière Rowena (Ruth Connell) partageant avec lui une relation inattendue. Heureusement que cette femme réussit à se montrer pertinente en fin de parcours, car jusqu’aux deux tiers de ce chapitre, elle irrite profondément. Entre son horrible accent écossais, son ton affecté, son irascibilité ou ses minauderies en tous genres, elle a de quoi rendre fou. Un des maints problèmes de cette année, c’est qu’elle n’exploite jamais quoi que ce soit, se contente de récits indépendants génériques et, en prime, se dotant d’une métaphore non subtile de la dynamique liant Dean à Sam. Rien de neuf, donc. Seul le deux centième aux nombreux clins d’œil, le 10×05 intitulé Fan Fiction, sort peut-être un peu du lot grâce à cette histoire de comédie musicale menée par des lycéennes passionnées du cycle littéraire de Carver Edlund. Pour la petite anecdote, notons la présence de plusieurs acteurs vus dans Stargate SG-1 et Atlantis : Paul McGillion, David Nykl et Teryl Rothery.

Pour résumer, Supernatural a beau souffler sa dixième bougie avec cette nouvelle année, elle propose surtout sa plus mauvaise salve d’épisodes depuis ses débuts. La sympathie et l’attachement que l’on peut avoir pour ses héros et son univers ne suffisent clairement pas à rendre le visionnage divertissant. C’est bien simple, l’ennui prédomine dans ce chapitre sans surprise ne s’armant ni de tension dangereuse, ni d’enjeu palpable, ni d’impact émotionnel. Avec ce côté redondant, la sous-exploitation des personnages secondaires et une léthargie embarrassante, la série donne l’impression de péricliter doucement, mais sûrement, et provoque surtout une profonde nostalgie. Bien que la conclusion semble vouloir nous diriger vers un grand antagoniste insaisissable, la perplexité l’emporte et laisse peu optimiste quant à l’avenir de cette production devenue bien paresseuse. N’est-il pas sérieusement temps de s’en aller ?

Par |2017-07-22T22:06:22+02:00décembre 22nd, 2015|Séries étasuniennes, Supernatural|0 commentaire

Supernatural (saison 9)

Alors que nous savons déjà depuis plusieurs semaines que Supernatural dépassera les onze années au compteur, il est l’heure de revenir sur sa neuvième saison. Constituée de vingt-trois épisodes, elle fut diffusée sur The CW entre octobre 2013 et mai 2014. Aucun spoiler.

Malgré une première moitié assez maladroite et redondante, la saison huit de la série se voulait assez agréable, probablement parce qu’elle apportait un vent de fraîcheur plus que bienvenu. Effectivement, ce n’est pas tant son histoire de tablette démoniaque supposée fermer les portes de l’Enfer qui marquait, mais plutôt son renouvellement mythologique, avec l’irruption des Hommes de Lettres. Qui plus est, la conclusion en apothéose illustrant les anges tombant littéralement du ciel fascinait comme attristait au plus haut point. Il s’avérait donc naturel de commencer ces épisodes inédits de manière plutôt enjouée, dans l’espoir que Supernatural enraye son aspect mécanique parfaitement huilé. Malheureusement, nos vœux ne s’exaucent aucunement et la saison ne parvient guère à effacer sa prévisibilité, répétant inlassablement une formule éprouvée. Pire, son arc majeur reposant sur Metatron n’impose pas le souffle épique attendu de pied ferme. Les aventures défilent les unes à la suite des autres, comme si de rien n’était, et la tension ne va jamais crescendo. Le public en vient presque à se demander si le récit compte décoller à un moment donné. Et quand survient la conclusion, il réalise que la deuxième partie du tout ne semble être que le terreau de la future saison, avec ce réveil aux yeux noirs. Fondamentalement, cette année n’est pas une seule seconde mauvaise ou même passable, mais elle ne surprend pas et après avoir cru à un possible bouleversement des forces en place, il y a de quoi être un petit peu déçu. Demeure bien sûr toute l’affection que l’on peut porter à la série, ce qui n’est déjà pas si mal.

Suite aux manigances et manipulations de Metatron, les anges ont perdu leurs ailes et sont tombés sur Terre. Castiel, lui, n’a plus sa grâce et doit apprendre à vivre en tant qu’humain, ce qui paraît très compliqué pour de multiples raisons. Cet arc au long cours possède un incroyable potentiel et s’inscrit en parallèle de la quête de la première lame et d’une lutte intestine en Enfer, avec Crowley et Abbadon. Pourtant, en dépit d’excellentes idées et d’un récit aux ramifications solidement amenées, l’ensemble ne convainc pas en intégralité. Au lieu d’asseoir les tenants et aboutissants des principaux concernés, d’explorer les tourments de quelques figures tel un Castiel en proie aux doutes, et de provoquer par la même occasion une réelle implication du téléspectateur dans ce qui s’annonce comme une guerre aux enjeux inouïs, la saison accumule les épisodes indépendants. Pire, elle ne délivre pas au grand méchant de l’année un charisme suffisant, le faisant plus ressembler à un faible et ridicule ange mégalomaniaque. L’autre ennemi portant les traits de Bartholomew (Adam J. Harrington – Whistler) est encore plus insipide, d’ailleurs. L’irruption du supposé Ezekiel, campé par Tahmoh Penikett (Battlestar Galactica, Dollhouse), se veut davantage consistante, nonobstant un développement encore une fois déficitaire. Ce dernier permet à Sam – ou plutôt, à Jared Padelecki – de changer sensiblement de registre, ce qui est toujours appréciable. En revanche, les rebondissements liés à ce nouvel être ailé poussent les frères dans leurs retranchements habituels, avec les cachotteries, fuites en avant, absences de confiance et réconciliation sur le tard, avant une énième probable future altercation du même acabit. En bref, il s’agit là du Supernatural trop classique où l’effet de surprise est nul, malgré des scénaristes qui s’amusent des faiblesses inhérentes. Si le constat en devient assez plat chez les anges, les démons s’arrogent les pleins pouvoirs.

Le héros incontestable de la saison n’est autre que le génial Crowley, le roi de l’Enfer. Tout du moins, s’il parvient à conserver son trône, car la vile Abaddon cherche à le lui ravir. Naturellement, tous les coups sont permis, surtout lorsqu’ils sont les plus retors possible. La démone à la chevelure roux flamboyant est un visage fort de ces épisodes et laisse une trace enthousiasmante sur son passage. Qui plus est, l’univers de la série étant très masculin, retrouver une touche plus féminine se montre agréable. Quoi qu’il en soit, Crowley et elle se lancent dans une bataille acharnée dont nous voyons assez peu les retombées directes, mais cela ne gêne pas. À la place, le scénario préfère se pencher sur celui régnant encore pour l’heure sur ses sujets fidèlement terrorisés. Crowley doit certainement beaucoup à son interprète, Mark Sheppard, qui réussit toujours à mêler humour acide, piques irrévérencieuses et un soupçon délicieusement inquiétant. Le personnage gagne à son grand regret en humanité, en souffre, et se rapproche dangereusement de Dean avec qui il entretient désormais une relation ambiguë. Supernatural persévère dans les références à la religion puisqu’elle apporte sur un plateau une figure tristement connue, à savoir l’illustre Caïn, le fils aîné d’Adam et Ève ayant assassiné son jeune frère, Abel. Il est campé ici par le sympathique Timothy Omundson (Psych) qui, avec l’aide de l’écriture, délivre un individu nuancé. S’en suivent la recherche d’une lame supposée anéantir Abaddon, une marque inscrite à l’encre indélébile sur Dean, un fardeau extrêmement lourd à assumer et des conséquences à venir probablement néfastes. Dans tous les cas, ce segment démoniaque se veut le plus réjouissant de l’année, ce qui n’empêche pas des épisodes indépendants de tirer leur épingle du jeu.

Si Sam et Dean passent une bonne partie de l’année à se disputer froidement et à ne pas communiquer, ils travaillent comme d’habitude et sillonnent les États-Unis dans leur Impala. En dehors du fort plaisant Kevin, c’est l’occasion de retrouver la pétillante Charlie dans un univers sortant tout droit du monde d’Oz avec Slumber Party, le réussi 9×04. L’épisode postérieur, Dog Dean Afternoon, se doit par contre d’être oublié avec cette immersion profondément idiote dans la psyché canine. Alex Annie Alexis Ann, le 9×19, n’est pas foncièrement mémorable, mais il permet de suivre Jody Mills et de la découvrir sous un jour nouveau. Le constat est similaire avec le 9×12, Sharp Teeth, revenant sur le pourquoi de la disparition de Garth et sur ses fréquentations poilues. Le retour de plusieurs anciennes figures ne s’arrête pas non plus là, car les ghostfacers diminués de moitié prennent leurs aises dans le 9×15, #THINMAN, qui n’est pas dénué d’intérêt, mais parasité par une écriture métaphorique artificielle et poussive. D’ailleurs, ce n’est rien comparé à Bloodlines, le 9×20, le backdoor pilot censé amorcer une série dérivée. Sans évoquer cette idée saugrenue, l’épisode est médiocre et semble paraphraser The Originals avec cette dissension entre des familles de monstres à Chicago. Comme d’habitude, la saison permet de découvrir plusieurs invités : Steve Valentine (Crossing Jordan), Erin Karpluk (Being Erica), Tom McBeath (Stargate SG-1), Lindy Booth (Relic Hunter, The Librarians), Kavan Smith (Stargate Atlantis), Sean Faris (Life As We Know It)…

En définitive, la saison neuf de Supernatural poursuit son chemin tranquillement, en ne sortant jamais des sentiers battus et en continuant d’utiliser des procédés narratifs en vigueur depuis les débuts de la production. Les mensonges, non-dits et la culpabilité prennent rapidement leurs quartiers pour parasiter la relation principale qui souffre quelque peu de cette absence de surprise, malgré une alchimie toujours efficace. Tristement, le fil rouge dédié à la chute des anges ne se révèle pas aussi stimulant qu’escompté, probablement parce que son exploitation patine et qu’il ne dispose pas de suffisamment d’ampleur émotionnelle. Dans l’ensemble, les épisodes demeurent conventionnels et ne marquent que sporadiquement, sans pour autant en devenir désagréables ou insipides. Effectivement, avec ces guerres internes au sein des arcanes célestes et démoniaques, la série prouve de nouveau ses difficultés à s’oxygéner. Savoir qu’elle soufflera prochainement une onzième bougie n’est pas des plus réjouissants, même si l’on a une grande sympathie pour elle et que sa capacité à user d’autodérision atténue régulièrement ses écueils.

Par |2017-10-22T10:58:16+02:00mai 5th, 2015|Séries étasuniennes, Supernatural|0 commentaire