Supernatural (saison 6)

À mon goût, Supernatural aurait dû s’arrêter en fin de saison cinq, comme c’était le choix du créateur Eric Kripke. Mais évidemment, rien ne fonctionne comme on le voudrait et la production a eu le droit à une sixième, et une septième débute même cette semaine. Kripke a quitté son poste de showrunner et c’est ainsi Sera Gamble qui le remplace depuis l’année dernière. La saison six, composée comme d’habitude de vingt-deux épisodes, fut diffusée sur The CW entre septembre 2010 et mai 2011. Aucun spoiler.

La cinquième année de Supernatural était un peu trop ambitieuse et peinait à convaincre quant à son arc principal, à savoir celui de Lucifer. Le grand méchant ne paraissait justement pas si cruel que cela et ne donnait pas envie de se terrer au fin fond de son fauteuil. Le season finale offrait une superbe porte de sortie à la série, Sam étant envoyé on ne sait où en Enfer, mais réapparaissait, laissant l’aîné profiter de la vie telle qu’il l’espérait au fond de lui-même depuis bien longtemps. La boucle était bouclée, il n’était pas forcément nécessaire de rouvrir l’histoire. Ne nous lamentons pas plus que de raison puisque cela ne servira désormais à rien. La saison six débute de manière très laborieuse. Les Winchester sont réunis et ce, presque au complet. Dean a souffert de l’absence de son frère cadet et quand il le retrouve, il est quelque peu différent. Après tout, ça se comprend, où était-il déjà ? Ah oui, en Enfer. Qu’y faisait-il ? On peut avoir une petite idée sur la question. Lors de la première partie de ce chapitre, une des quêtes majeures de Dean tourne autour de son benjamin. Comment est-il revenu et que lui manque-t-il ? Car oui, il n’est pas entier, quelque chose de prépondérant lui fait défaut. Si cette caractéristique ayant disparu représente un retournement de situation presque ubuesque – bon, après tout, nous sommes dans Supernatural –, il permet à Jared Padalecki de se diriger vers un registre inédit. Sam est effectivement dénué de toute émotion, ne se prend pas la tête et fait tout ce qui lui traverse l’esprit, sans remords. Le Sam rafraîchi est assez drôle et Dean ayant quelque peu mûri au fil des mois passés, il paraît être le plus raisonnable et le plus sage. Si les frères ont toujours eu une cote de sympathie très élevée, ensemble comme séparément, il faut attendre plusieurs semaines avant d’avoir la sensation de les côtoyer en bonne et due forme. Au départ, ils donnent plus l’impression d’être des inconnus et c’est limite si l’on ne se demande pas si la série est définitivement cassée. C’est en partie pour cela que les premiers épisodes sont très moyens, car on ne retrouve pas ce qui faisait jusque-là la recette de Supernatural, l’humour étant par ailleurs bien trop en retrait. Une fois que l’on a réussi à adopter cette nouvelle méthode de fonctionnement, le tout prend bien mieux, même si la saison ne peut se départir de plusieurs défauts.

Du côté des facéties en tous genres, l’année fait assez fort à plusieurs reprises. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, c’est dans ce genre d’aventures que j’apprécie le plus la fiction. Cette fois-ci, on peut noter celui dédié au phénomène Twilight, le 6×05, Live Free or Twihard, qui, mine de rien, amène une grande partie mythologique. Le 6×09, Clap Your Hands If You Believe…, monte d’un cran dans le délire avec cette histoire d’extraterrestre et de conspiration, et est un véritable délice pour qui a baigné dans The X-Files. Et puis il y a Robert Picardo (Stargate SG-1, Stargate Atlantis). Mais assurément, le point culminant de ces épisodes comiques est sans conteste le 6×15, The French Mistake. Dean et Sam se voient plongés dans un monde où ils sont Jensen Ackles et Jared Padalecki. Rien que ça. La série se lance alors dans de l’autodérision et ne lésine pas sur l’humour une seule seconde. Les acteurs s’amusent, et nous aussi. Il s’agit là d’une vraie réussite.

Si l’on essaye de faire le bilan de la mythologie de la saison, on se retrouve en peine. Il y a des idées, mais elles dérivent dans tous les sens et elles sont rarement abouties. Entre l’arrivée de celle que l’on croit être la grande méchante, à savoir Eve, la recherche de ce fameux Purgatoire, Crowley qui vient, qui part et qui revient, une partie de la famille Winchester qui ramène ses fesses – dont notamment Corin Nemec (Stargate SG-1, Parker Lewis Can’t Lose) –, des anges omniprésents se battant pour des raisons parfois obscures, et un Castiel qui, petit à petit, se transforme en on ne sait quoi, le public a de quoi être perdu. Si l’on n’était déjà pas satisfait avec l’arc de Lucifer de la saison passée, là c’est le pompon. Rien ne tient et l’on ne voit jamais où les scénaristes veulent nous emmener. C’est d’autant plus dommage parce qu’il y a quelques aventures réussies capables de singulièrement remonter le niveau, comme celle se déroulant au Far West, le 6×18, Frontierland, ou encore le 6×17, My Heart Will Go On, qui, comme son nom l’indique, fait bien référence à Céline Dion.

Au final, cette sixième année démarre de manière plus que médiocre bien qu’elle parvienne à se rattraper au bout de quelques épisodes. Malheureusement, essentiellement dès sa seconde partie, les intrigues se multiplient, essayent de se densifier sans que l’émotion et le suspense ne montrent jamais leur nez, ou alors bien trop rarement. On ne sait ainsi plus où Supernatural veut en venir, mais on sent que cela ne colle pas. Ce n’est pas tant que l’ensemble soit mauvais, les cartes ont seulement été redistribuées, les personnages ont quelque peu changé et il y a d’excellentes idées comme le Sam et ce qui lui fait défaut, ou la mise en avant de Castiel, si ce n’est que la saison manque probablement de liant, de consistance et de profondeur. Espérons que la suite rattrape le tout et que cette fois, la conclusion soit définitive.

Par |2018-07-06T17:57:53+02:00septembre 20th, 2011|Séries étasuniennes, Supernatural|1 Comment

Supernatural (saison 5)

Après avoir parlé de la saison neuf de Smallville la semaine dernière, il est temps de traiter une autre série fantastique de The CW, à savoir Supernatural et sa cinquième année à l’antenne. Composée comme toujours de vingt-deux épisodes, elle fut diffusée aux États-Unis de septembre 2009 à mai 2010. À noter que son créateur, Eric Kripke, avait dit dès le départ que Supernatural ne comporterait que cinq années. Pour des raisons que l’on ne comprend que trop, ce ne sera pas le cas puisque la sixième débute fin septembre. D’ailleurs, Kripke quitte son poste de showrunner. Aucun spoiler.

Contre toute attente, la saison quatre fut plutôt bien maîtrisée, dépassant le cadre de simple divertissement. Même si elle n’était pas parfaite, elle mettait en place de bons éléments davantage aboutis et travaillés. C’est donc avec une joie évidente que l’on pouvait commencer les aventures inédites. Malheureusement, la fiction est tombée dans des travers dispensables et gâchant assez les épisodes. Ce n’est pas tant qu’elle soit mauvaise, mais le potentiel n’est pas exploité à son maximum, et l’on a facilement l’impression de se faire avoir sur la marchandise. Par ailleurs, Supernatural n’arrive décidément pas à enrayer ses défauts qui deviennent de plus en plus agaçants. Ainsi, la série tourne régulièrement en rond. Toute la saison revient à savoir s’il faut dire oui/non à Lucifer et quand exactement ce sera fait. Au bout d’un moment, on sature d’autant plus que le supposé grand méchant n’a pas autant de charisme que ça, même s’il est campé par Mark Pellegrino (Dexter, Lost). Les Winchester ne font pas grand-chose et sont finalement assez passifs, ce qui accentue la lenteur générale. Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, mais… presque. Les intrigues auraient clairement pu être condensées au lieu de s’étirer indéfiniment. Le fil rouge est l’Apocalypse, source apparente de moments trépidants et riches en tension ; or, aussi incroyable que cela peut paraître, l’ensemble manque d’enjeu à proprement parler. Les épisodes censés faire avancer la mythologie ressemblent plus à des loners qu’autre chose. On ne ressent aucune pression et les véritables loners sont moyens, sauf rares exceptions.

Malgré ce que le deuxième paragraphe de cet article peut laisser penser, non, la saison n’est pas une ignominie insupportable. Il y a de bons, voire de très bons éléments, mais ils sont quand même souvent noyés dans le correct, ce qui s’avère fort dommage lorsque l’on compare à l’année précédente. C’est malin de nous avoir rendus si exigeants, tsss. Une idée pertinente est de ramener le Trickster qui se révèle un excellent protagoniste, décalé comme il faut et absolument délicieux. Il est à l’origine de l’épisode 5×08, Changing Channels, qui, sous couvert d’une parodie de séries télévisées comme CSI ou Grey’s Anatomy, fait avancer la mythologie. On le revoit dans le courant de l’année et l’on a le droit à un plus que sympathique rebondissement à ce sujet. Crowley, un démon interprété par Mark Sheppard (Battlestar Galactica), figure également parmi les réussites les plus notables ; et même s’il semble possible de chipoter sur certains éléments liés à ses actes par rapport aux Winchester, il apporte plus que ce qu’on pourrait lui reprocher. Sinon, le chapitre permet de développer assez ses personnages principaux et les relations existant entre eux. Le résultat est plutôt pas mal, sans être toutefois toujours des plus consistants. Le fossé entre Dean et Sam se creuse, tente de diminuer et paraît parfois insurmontable, et de là en découle beaucoup d’émotion. Le season finale en représente d’ailleurs le summum ; il se veut assez solide, bien qu’il souffre de facilités et eût été excellent en series finale.

Au final, la saison cinq de Supernatural possède un matériel satisfaisant et se montre clairement ambitieuse, mais elle ne va pas jusqu’au bout des choses. De ce fait, elle donne surtout l’impression d’être assez surfaite et de tout simplement effleurer les évènements. Les idées sont présentes, ce n’est pas la question, c’est seulement au niveau du traitement que cela pèche – ce qui est un peu malheureux quand on compare à l’année précédente. L’Apocalypse est bien trop gentillette puisque l’on ne ressent que peu de menaces à son sujet, si ce n’est à quelques rares moments. Par exemple, Lucifer n’est que l’ombre du mythe qu’il inspire depuis maints siècles. Néanmoins, l’univers de la série est toujours là et pour peu qu’on l’apprécie, on ne peut s’empêcher de continuer les épisodes. Il faut ajouter que les personnages, assez développés, sont attachants et pour la plupart agréables. Il est seulement dommage que les scénaristes ne sachent de nouveau pas en écrire des féminins qui tiennent la route, mais ça, hein… Bref, la saison est correcte et se laisse regarder bien qu’elle soit certainement une des plus faibles depuis la création de Supernatural. Il reste à croiser les doigts pour que la sixième ne soit pas celle de trop.

Par |2017-07-22T23:13:48+02:00août 4th, 2010|Séries étasuniennes, Supernatural|3 Commentaires