ST: Keishichô Kagaku Tokusôhan | ST: 警視庁科学特捜班 (Épisode spécial)

Les fictions policières et les Japonais vivent une belle et longue histoire d’amour – à l’instar d’une multitude de pays, d’ailleurs. Après l’interminable j-drama Hanchô, un autre roman à succès de Konno Bin a été transposé assez récemment à la télévision : ST: Keishichô Kagaku Tokusôhan. Ce livre datant de 1998 comporte également plusieurs suites, mais aucun de ces récits n’est disponible pour l’heure en France. Quoi qu’il en soit, il est aujourd’hui question du tanpatsu du même nom ; composé d’un unique épisode de 117 minutes, il a été diffusé sur NTV le 10 avril 2013. À noter que depuis l’été 2014, il existe un prolongement sous la forme d’un renzoku de dix épisodes, portant le sous-titre Aka to Shiro no Sôsa File ; qui plus est, un film est prévu pour le courant de l’année 2014. Je me suis lancée dans l’aventure alors que cet unitaire ne devait justement rester qu’un banal tanpatsu. Aucun spoiler.

L’équipe ST est une section fort particulière de la police métropolitaine de Tôkyô constituée de membres aussi excentriques les uns que les autres. Lorsqu’une fusillade se déroule en plein centre-ville, elle est dépêchée sur les lieux de l’enquête et se doit d’aider au plus vite à arrêter le criminel. La tâche s’annonce ardue en raison de la personnalité des individus de cette fameuse unité, mais également compte tenu de l’absence totale d’appui et de coopération de la part du reste des forces de l’ordre. Le jeune inspecteur Yurine Tomohisa est bien décidé à mener à bien sa mission et tirer profit de ses nouveaux collègues de travail.

     

Ne nions pas que si l’on a déjà regardé BOSS, ST: Keishichô Kagaku Tokusôhan semble familier. Précisons néanmoins que celui qui nous concerne aujourd’hui est antérieur… Il n’empêche qu’il s’agit encore une fois d’une équipe de bras cassés méprisés par leurs comparses et, qui, comme par hasard, souffre de non-reconnaissance et a du mal à se faire entendre. Ses membres passent donc tout l’épisode à être critiqués, moqués, voire renvoyés, pour mieux resplendir en toute fin de parcours. Ça sent le réchauffé ? Oui, totalement. En prime, l’affaire sur laquelle ils s’échinent n’a rien de trépidant et se révèle même prévisible puisque le coupable est devinable dès sa première apparition. Une fusillade a par conséquent lieu à Tôkyô. Si elle paraît être l’œuvre d’un déséquilibré s’étant amusé au hasard, les indices prouvent rapidement qu’au contraire, tout a été parfaitement calculé. Un cadavre est de nouveau retrouvé, les yakuzas seraient liés de très près et la tension augmente au sein de la police. Les pièces de ce puzzle sont distillées au compte-gouttes et sont annoncées de manière bien trop ostentatoire et ridicule pour s’avérer convaincantes. Disons que les personnages les connectent ensemble et tirent des conclusions sans queue ni tête, comme si tout était parfaitement logique – ce qui n’est pas du tout le cas. Après tout, que le scénario de l’intrigue criminelle soit peu engageant pourrait ne pas être trop gênant, à condition que des éléments contrebalancent ces écueils. Le rythme soutenu couplé à la musique énergique permet justement d’atténuer sensiblement le peu d’originalité flagrant. En revanche, la galerie de protagonistes tend plutôt à accentuer cette curieuse impression de déjà-vu.

Le perfectionniste et gentillet Yurine Tomohisa (Okada Masaki – Otomen, Mirai Nikki) a obtenu ses galons d’inspecteur depuis peu et peine à faire ses preuves. Quand son supérieur hiérarchique (Watabe Atsurô – Koi ga Shitai x3, Gaiji Keisatsu), secondé par un autre (Tanaka Tetsushi – Bloody Monday), lui demande de prendre la tête de l’équipe ST, il le voit comme un échec. Effectivement, cette section est réputée pour son absence de résultats. Bien qu’elle existe depuis deux ans, elle demeure transparente même si ses membres se veulent tous hauts en couleur et impossibles à gérer. Yurine ne baisse pourtant pas les bras et cherche à les stimuler et, surtout, à coopérer avec eux. De la sorte, il espère ainsi montrer à l’un de ses anciens camarades de classe (Hayashi Kento – QPArakawa Under the Bridge, Shôkôjo Seira), désormais promu à un haut poste, que lui aussi est compétent. La ST, dont l’acronyme signifie scientific task force, est composée de personnes lambda disposant d’aptitudes spécifiques. Malheureusement, certaines d’entre elles ne parviennent pas à communiquer avec les autres, plusieurs ne le veulent tout simplement pas, et toutes sont socialement inadaptées et souffrent d’une phobie handicapante. Suite à une affaire ayant très mal tourné dans le passé, ces membres sont en plus traités comme des parias par le reste de la police. Leur chef, Akagi Samon (Fujiwara Tatsuya – Ojîchan wa 25-sai, Kimi ga Oshiete Kureta Koto), est un spécialiste de la médecine légale n’osant pas sortir de chez lui ; Aoyama Shô (Shida Mirai – Shôkôjo Seira, 14 Sai no Haha, Himitsu) est une redoutable très jeune profiler abhorrant l’ordre ; Kurosaki Yûji (Kubota Masataka – Keitai Sôsakan 7, Summer Nude) détient un incroyable odorat, mais il ne parle à personne si ce n’est au moine Yamabuki Saizô (Miyake Hiroki – Kaibutsu-kun) ; et Yûki Midori (Ashina Sei – Barairo no Seisen, Bloody Monday, Tsugunai), entendant le moindre son à plusieurs mètres, se pavane dans des tenues affriolantes parce qu’elle ne supporte pas d’être enfermée. Ce petit monde peu exploré se serre les coudes et, au départ, n’écoute pas une seule seconde le pauvre Yurine qui en voit de toutes les couleurs. Sans grande surprise, l’écriture joue beaucoup sur les excentricités de ses protagonistes, s’amuse du décalage avec le drame de l’affaire en cours, et peine à trouver une vraie tonalité convaincante. En dépit d’une certaine alchimie entre les acteurs et de quelques séquences réussies, l’ensemble ne dégage pas grand-chose de novateur ou de trépidant. En effet, si le début est drôle et laisse augurer de bons moments, le traitement devient rapidement pataud et peu inspiré.

Au final, ST: Keishichô Kagaku Tokusôhan illustre le retour sur le devant de la scène d’une équipe d’individus farfelus bien que possédant d’incroyables capacités leur permettant de résoudre de multiples crimes. Le tanpatsu en lui-même ne s’avère pas foncièrement mauvais, d’autant plus qu’il se regarde aisément grâce à une réalisation rythmée. Cependant, l’enquête extrêmement convenue et le ressort éculé d’ajouter de l’excentricité à ses principaux personnages le font sombrer dans un classicisme assez poussif. L’association entre drame et humour tend également à se révéler bancale, démontrant que le juste milieu est toujours délicat à mettre en œuvre. Sans être déconseillée, cette fiction ne nécessite pour autant pas d’être visionnée, sauf si l’on apprécie grandement l’un des acteurs de cette distribution plutôt sympathique. Malheureusement, il y a de fortes chances que le renzoku suivant soit dans la même veine et ne parvienne pas à se sortir de ce carcan peu original.

By |2017-05-01T13:58:44+01:00janvier 9th, 2015|Séries japonaises, ST, Tanpatsu|0 Comments

Nô-hime | 濃姫

Oda Nobunaga étant peut-être l’une des figures historiques japonaises les plus représentées dans des récits de toutes sortes, il est fort possible que plusieurs scénaristes ne sachent plus de quelle manière l’aborder. Afin de changer sensiblement d’approche, pourquoi ne pas se focaliser sur sa femme ? Le tanpatsu Nô-hime y travaille donc à travers un unique épisode de deux heures diffusé sur TV Asahi le 17 mars 2012. Il est suivi d’une seconde partie, sortie en 2013, et dont nous parlerons d’ici peu de temps sur Luminophore. Aucun spoiler.

Au XVIè siècle, le Japon traverse le sengoku jidai, l’âge des provinces en guerre, période trouble où de multiples seigneurs et vassaux bataillent continuellement. La princesse Nô, de Mino, s’apprête à épouser Oda Nobunaga, l’aîné du chef d’Owari. Cette union se veut, comme souvent à l’époque, principalement politique ; s’il dit souhaiter créer un terrain d’entente entre les deux clans, le but du père de la jeune femme, Saitô Dôsan, est plutôt de finir par disposer à la longue des richesses de la région de son beau-fils. Effectivement, Nobunaga a la réputation d’être un idiot et un incapable. Dès que l’occasion se fera sentir, Nô a par conséquent pour mission de s’en débarrasser. La réalité s’avère finalement différente puisque le futur dirigeant n’a rien de stupide et se révèle finement intelligent et rusé. Entre complots visant à le destituer et luttes entre différents daimyô – les gouverneurs féodaux issus de familles nobles –, les premiers pas de Nô sont difficiles, surtout qu’elle doit gérer un époux à la personnalité assez particulière.

 

L’époque Sengoku représente l’un des terrains de jeu favoris des films et séries télévisées historiques. Ces dernières années, j’ai eu l’occasion de notamment regarder l’excellent Fûrin Kazan, le très médiocre Sengoku Jieitai (2006) et le correct Tsukahara Bokuden en faisant la part belle. D’ailleurs, ces trois fictions aident grandement à appréhender cet unique épisode parce qu’il se montre plus que superficiel et approximatif. Pour s’en rendre compte, il n’est nullement nécessaire de s’y connaître tant le rythme va tambour battant et que les évènements se succèdent sans temps mort ou développement. En ça, Nô-hime est extrêmement décevant, voire irritant, car le public en ressort vraisemblablement plus frustré qu’autre chose. Le tanpatsu débute par l’annonce du mariage entre la princesse et Oda Nobunaga, pour se terminer quand ce dernier se lance dans une vaste tentative d’unification du pays. D’après les informations lues sur Internet, il semblerait que huit ans se déroulent sur ces deux heures ; en regardant l’épisode, on a l’impression qu’il ne s’agit que d’une affaire de quelques semaines ! Aucun point de repère n’est donné, les tenants et aboutissants ne sont pas expliqués, et tout s’enchaîne comme si de rien n’était. Ajoutons-y moult personnages et le néophyte a de quoi tout confondre. Tant qu’à simplifier, autant le faire convenablement. Heureusement, en dépit d’une musique intrusive et peu inspirée composée par Andô Yoshihiro, la reconstitution ne se veut pas trop désagréable.

La princesse Nô se retrouve régulièrement confrontée à plusieurs dilemmes. En tant que fille de la Vipère, elle est supposée répondre à ses requêtes et se ranger de son côté. Qui plus est, à Mino, les dissensions sont légion. Le fils aîné, Saitô Yoshitatsu (Takahashi Kazuya – Fûrin Kazan), rêve de prendre le contrôle de la province, persuadé d’être l’enfant illégitime d’un autre puissant daimyô. À Owari, les luttes sont tout aussi prépondérantes une fois le chef de clan, Oda Nobuhide, décédé. L’excentrique Nobunaga a maints ennemis au sein même de sa propre famille et se doit de déjouer nombre complots et alliances. Sa mère (Yo Kimiko – Warui Yatsura, Churasan, Yankee Bokô ni Kaeru), son frère cadet (Hiraoka Yûta), son oncle et d’autres encore paraissent prêts à tout. Il faut dire que Nobunaga s’amuse depuis des années à passer pour un imbécile. Il est campé ici par Shirota Yû (Samurai High School, Arakawa Under the Bridge, Hanazakari no Kimitachi e) qui propose une interprétation absolument désastreuse, proche du risible. Prenant une voix supposément virile, il est en plus barbouillé de fond de teint orange, ce qui rend la situation davantage grotesque qu’elle ne l’est. La psychologie du héros n’a aucune finesse, à l’instar de tous les autres personnages qui demeurent limités à une seule caractéristique. Même la princesse Nô n’est guère mieux lotie tant elle ne dégage rien. Or, le scénario essaye de la montrer intelligente, forte et prétendument belle, mais l’absence de charisme de Mizuki Arisa (Ohitorisama, Tenshi no Wakemae) l’incarnant ne permet pas de transmettre d’émotions. La relation entre les mariés se veut à l’image de ses représentants : insipide et artificielle. Finalement, un des principaux défauts du tanpatsu est sa froideur, sans oublier l’ennui qu’il inspire en dépit d’une courte durée.

 

En définitive, Nô-hime dépeint les débuts de la jeune femme en tant qu’épouse d’un Oda Nobunaga aux portes de l’entrée dans la légende. Superficiel, paresseux, poussif et ne réussissant jamais à créer une quelconque empathie avec les téléspectateurs, ce tanpatsu s’avère inintéressant. Bien que les costumes soient somme toute agréables et que l’on se plaise à découvrir une reconstitution correcte, le fond n’est aucunement approfondi et, pire, les personnages vides de toute substance en plus d’être pour certains horriblement interprétés, l’illustre daimyô en étant l’exemple le plus concret. L’épisode est donc totalement déconseillé. Si cette période passionne, il existe assurément d’autres fictions susceptibles de divertir et d’instruire. Reste à voir si la suite saura résoudre quelques-uns de ces multiples écueils, ce qui s’annonce plus que compliqué !

By |2017-05-01T13:58:47+01:00décembre 24th, 2014|Nô-hime, Séries japonaises, Tanpatsu|0 Comments