Kaneko Misuzu Monogatari | 金子みすゞ物語

Certains traducteurs effectuant un travail d’orfèvre, il est presque normal de surveiller leurs choix en matière de séries. C’est justement pour cette raison que Kaneko Misuzu Monogatari s’est retrouvé sur mon écran. Sans la caution de la EarthBuri Team, je n’aurais peut-être jamais eu vent de ce tanpatsu. Composé d’un unique épisode de deux heures, il fut diffusé sur TBS le 9 juillet 2012. Aucun spoiler.

Printemps 1920, Kaneko Teru, dix-sept ans, vient de terminer le lycée. Passionnée de poésie, elle espère un jour pouvoir publier quelques-uns de ses travaux dans un magazine. En attendant, elle se plaît à rêver. Elle est loin de se douter que son souhait se verra réalisé, mais qu’elle finira par progressivement s’étioler…

À la lecture de son titre signifiant l’histoire de Kaneko Misuzu, les plus cultivés d’entre vous auront peut-être immédiatement compris quelle était la thématique de ce tanpatsu. Effectivement, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une biographie puisque Kaneko Misuzu a réellement existé et, d’ailleurs, a marqué un grand nombre de personnes. Ce n’est pas la première fois que sa vie est transposée de la sorte ; le film Misuzu sorti en 2001 – avec Tanaka Misato, Kase Ryô et Terajima Susumu – et l’unitaire Akarui hô e Akarui hô e de 2008 – avec, cette fois, Matsu Takako, Miyake Ken et Watabe Atsurô – s’en sont également occupée par le passé. Lorsque l’épisode débute, elle n’est encore qu’une adolescente innocente. Tout en écrivant des poèmes dont elle n’ose pourtant parler à qui que ce soit, elle réside chez sa grand-mère qu’elle chérit grandement. Son cousin, Masasuke (le Johnny’s Imai Tsubasa), lui rend régulièrement visite et semble éprouver des sentiments amoureux pour elle. Il convient de préciser qu’au Japon, le mariage entre cousins est toléré. Or, en réalité, ce dernier n’est pas le fils de son oncle comme il en est persuadé. Il n’est autre que le propre frère de Teru. Tout le monde le lui cache et continue comme si de rien n’était, supposément pour le préserver. La vérité est sensiblement différente. Si Masasuke n’a aucune idée de ce qui se trame, c’est surtout parce que son père adoptif, Ueyama Matsuzô (Saigô Teruhiko), souhaite que sa librairie perdure envers et contre tout. Pour cela, il lui faut un héritier. Il a décidé, ce sera Masasuke, qu’il le désire ou non. Il contraint ses proches au silence, précisant qu’il lèvera le voile sur ce mensonge lorsque le temps sera opportun. Sauf que ce fameux moment ne semble jamais arriver… La situation est d’autant plus malsaine que la mère de ces deux enfants, Michi (Takashima Reiko – Kekkon Dekinai Otoko, Atashinchi no Danshi), a justement épousé en secondes noces cet homme à la mort de sa sœur, la femme que Masasuke prend pour compagne. Ce mélimélo confus donnerait presque l’impression de sortir tout droit d’un mélodrame sirupeux, ce qui ne serait donc pas du tout le cas.

Que l’acariâtre et totalitaire Matsuzô impose sa loi à tout le monde aurait pu être tolérable si ce lourd secret familial n’était pas venu littéralement pulvériser les principaux concernés. Teru sait que Masasuke est son frère, mais elle n’a pas le droit de le lui révéler. Elle se comporte avec lui comme s’il était un proche cousin et tente de réfréner au maximum ses ardeurs. En effet, le jeune homme aime sincèrement Teru et imagine déjà l’existence qu’il pourrait mener auprès d’elle, lorsqu’ils seront plus âgés. Son père, se doutant immédiatement de la situation, cherche par tous les moyens à les séparer et, pour cela, il n’hésite pas à les utiliser tels des pions. Cet individu n’est pas foncièrement mauvais ; il ne comprend pas sur le moment ce qui est important à ses yeux, et est aveuglé par son désir de voir son entreprise prospérer des années après sa mort. Quoi qu’il en soit, à cause de ce climat fort complexe, Teru finit par se retrouver pieds et poings liés, obligée de suivre un chemin douloureux. Débuter Kaneko Misuzu Monogatari en n’ayant aucune idée de la trame scénaristique fait grandement peur compte tenu de cette famille empêtrée dans les mensonges proches de la surenchère. Heureusement, le traitement du tanpatsu est tout autre. Le but n’est absolument pas de dépeindre une romance incestueuse. Même si la dynamique entre Teru et Masasuke est prépondérante, elle se veut pudique, innocente et à l’image de ce frère et de sa sœur emportés dans un maelström incontrôlable. Non, il est principalement question de l’héroïne, de son amour pour la poésie et de ce désir de liberté qu’elle ne pourra jamais obtenir. À noter que le tanpatsu insère à plusieurs reprises le texte des œuvres de Misuzu, ce qui lui confère une légitimité appréciable.

Interprétée par la jolie Ueto Aya (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite, Kôkô Kyôshi (2003), Nagareboshi), Teru est pétillante, enjouée et passe tout son temps libre à écrire des poèmes, puisant son inspiration dans les paysages maritimes de la préfecture de Yamaguchi. Plutôt que d’utiliser son prénom, Teru, elle opte pour un pseudonyme, Misuzu. Derrière ce visage souriant se cache néanmoins une certaine sensibilité qui sera mise à rude épreuve tout au long du tanpatsu. Quoi qu’il advienne, elle fait du mieux qu’il peut et n’hésite pas à tout risquer pour garder les siens en sécurité. C’est un joli portrait évolutif d’une femme attachante que Kaneko Misuzu Monogatari propose. L’épisode souligne avec tristesse et mélancolie la condition du supposé sexe faible à cette époque, ainsi que toutes les lois ridicules en vigueur, comme le fait qu’en cas de divorce, l’homme obtenait forcément le droit de garde des enfants s’il le souhaitait. Nonobstant le malheureux parcours de cette artiste, le ton n’est jamais au pathos. Au contraire, la fiction garde une atmosphère assez sereine, presque optimiste, proche de la coloration douce-amère régulièrement employée dans les œuvres nippones. Il est un tant soit peu dommage que l’écriture par moments maladroite ne permette pas d’être pleinement emporté par ce récit, d’autant plus que l’interprétation générale souffre d’une approximation. Cependant, en dépit de l’enchaînement assez rapide des évènements, le rythme tranquille laisse justement à l’ensemble le soin de s’avérer globalement convaincant. Enfin, sur la forme, la musique demeure discrète et la réalisation somme toute classique ; la reconstitution du début du siècle se limite au minimum, surtout que la plupart des scènes se déroulent à l’intérieur.

En définitive, Kaneko Misuzu Monogatari illustre la vie fort cruelle d’une poétesse japonaise qui ne demandait qu’à profiter de sa passion et conserver sa vivacité d’esprit. Un lourd secret familial et des choix dictés par la morale bouleversent son existence et l’empêchent de déployer ses ailes comme elle le mérite. Bien que le tanpatsu n’ait pas toute la portée émotionnelle qu’il aurait pu posséder – notamment parce que l’interprétation s’avère parfois assez empruntée –, il effectue correctement son travail qui est de divertir tout en enrichissant son public. Avec son ambiance mélancolique, son héroïne cheminant progressivement et ne baissant pas les bras malgré les nombreux obstacles, il offre deux heures intimistes et touchantes prônant l’importance de concrétiser ses rêves.

Par |2017-05-01T13:58:49+02:00décembre 3rd, 2014|Kaneko Misuzu Monogatari, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire

Hanayome no Chichi | 花嫁の父

Si la très majorité des productions télévisées japonaises ont pour cadre Tôkyô, quelques-unes d’entre elles n’hésitent pas à déplacer leurs caméras afin d’illustrer des régions bien plus isolées. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que le tanpatsu Hanayome no Chichi s’est retrouvé dans mes cartons virtuels. Découvrir des lieux méconnus peut se révéler grandement agréable, surtout lorsque cela se fait en sympathique compagnie. Cette très courte fiction – dont le titre se traduit approximativement en le père de la mariée – est composée d’un unique épisode de 104 minutes ayant été diffusé sur TBS le 8 janvier 2012. Aucun spoiler.

Veuf depuis de très nombreuses années, Hoshino Satoshi a élevé seul sa fille, Mine, dans une commune de la préfecture de Niigata. Son travail fut d’autant plus difficile que celle-ci est sourde-muette. La surprotégeant vraisemblablement un peu trop, il accepte assez laborieusement de la voir fréquenter un jeune homme entendant habitant en ville…

     

Les histoires traitant de la relation entre un père et sa fille sont finalement assez rares au sein du petit écran nippon. Qui plus est, lorsqu’elles sont mises en avant, elles sont souvent dysfonctionnelles et sources de véritable malheur. Le fait que dans Hanayome no Chichi, celle liant Satoshi à Mine soit saine et touchante symbolise l’un des nombreux bons points de ce joli tanpatsu. Pourtant, l’ensemble pouvait justement tomber dans les écueils inhérents à la situation d’invalidité, si chère aux yeux des Japonais. Ne nions pas l’omniprésence de séries surfant sur ces impotences ou, dans un sens plus large, sur les maladies – qu’elles soient incurables ou non. Quoi qu’il en soit, le handicap de l’héroïne n’est ici qu’un élément parmi d’autres et s’il n’est pas une seule seconde oublié, il est surtout employé pour densifier la caractérisation des personnages et de la relation les unissant. Mine n’est nullement vue à travers son infirmité, il s’agit tout simplement d’une partie d’elle-même comme cela pourrait être n’importe quoi d’autre. Le scénario dépeint malgré tout toutes les difficultés propres au fait de ne pas entendre et de ne pas pouvoir parler, via notamment le regard de tiers, l’obstacle dans une dynamique romantique et le sentiment d’être différent de ses voisins. Plus que de s’avérer misérabiliste et de chercher l’emphase facile, Hanayome no Chichi fait preuve d’une grande tendresse, d’une candeur reposante et d’une humanité attachante. Sa réalisation accentue une atmosphère pittoresque grâce à des paysages naturels de toute beauté et une musique délicate composée par Watanabe Toshiyuki. L’épisode utilise à bon escient de multiples particularités culturelles du Japon, ce qui fait régulièrement plaisir. En outre, l’ensemble montre un profond amour pour cette région au climat rude.

Mine vit dans son monde depuis toujours. S’il est indiscutable que sa déficience sensorielle la parasite grandement, celle-ci n’explique pas tout. Elle est surtout marquée par un évènement tragique s’étant déroulé alors qu’elle n’était encore que très jeune, et ayant radicalement modifié l’unité familiale. Communiquant avec peu de personnes, elle entretient presque exclusivement une relation fusionnelle avec son père. Contre toute attente, elle est fiancée à un autochtone, Kosugi Itta (Chô Tamiyasu), mais elle ne ressent rien pour lui. Tout ce qu’elle souhaite, c’est arrêter d’être un fardeau et, par conséquent, de réussir à quitter Satoshi afin qu’il puisse reprendre le cours de son existence. En effet, ce dernier a laissé tomber ses rêves d’animation et de dessins lorsque son épouse est décédée. S’occupant dorénavant de taureaux – la région étant réputée pour la tauromachie, sans mise à mort –, il partage son domicile avec Mine, donc, mais aussi avec son propre père, l’attachant Kôichirô (Hashizume Isao – Fumô Chitai), avec qui il entretient également un bien beau rapport. C’est l’éminemment sympathique Yanagiba Toshirô (Fumô Chitai, Karei Naru Ichizoku) qui offre ses traits à cet homme inquiet prêt à tout pour ses proches, même si du fait de sa réserve, il ne le montre que trop rarement. Bien que le lien entre Satoshi et Mine soit fort, les deux sont empêtrés dans des non-dits. Chacun n’ose pas se soulager d’un lourd poids et, sans grande surprise, progressivement des incompréhensions, puis des rancœurs s’installent insidieusement. Satoshi souffre que sa fille ne lui parle guère et, elle, elle n’entend pas pourquoi il n’a, par exemple, jamais fait l’effort d’apprendre le langage des signes. Malgré leurs disputes, ils s’aiment profondément, mais ne savent peut-être plus se le montrer. Après sa rupture avec son prétendant, Mine part à Tôkyô où elle perd son téléphone portable. Là-bas, elle rencontre par hasard Tanaka Maru, un gentil garçon travaillant au sein de l’entreprise familiale de transport touristique fluvial, dans un funayado. Ce dernier, rapidement charmé par ce joli brin de fille assez farouche, décide de lui faire la cour nonobstant les embûches.

Outre la relation paternelle croquée avec une bienveillance élégante, Hanayome no Chichi délivre également une histoire romantique avec Mine et Maru. Respectivement interprétés par l’adorable Kanjiya Shihori (Buzzer Beat, Love Shuffle, H2, Fûrin Kazan) et Mukai Osamu (Atashinchi no DanshiHachimitsu to Clover, Futatsu no Spica), les deux dégagent une très grande alchimie et mettent des papillons dans le ventre. Jamais ridicules, ils sont surtout mignons comme tout à se tourner autour, Maru faisant son possible pour charmer au maximum celle pour qui il a eu immédiatement le coup de foudre. Ses premiers pas devant Satoshi sont également drôles et attendrissants à leur manière. La romance n’est pas visible que chez les jeunes, le père de Mine ayant un faible pour Sakamaki Yukiko, jouée par la fantastique Yo Kimiko (Warui Yatsura, Churasan, Yankee Bokô ni Kaeru, Aishiteiru to Itte Kure). Les deux flirtent régulièrement, boivent ensemble au bar, et ne poussent jamais très loin les choses en raison du mariage certes branlant de cette femme, mais toujours bel et bien effectif. Dans tous les cas, les dialogues entre eux deux sont absolument délicieux et souvent à l’origine de sous-entendus piquants. D’ailleurs, le ton du tanpatsu est à maintes reprises source d’humour et de bonne humeur, laissant le téléspectateur en grande forme. Plusieurs figures secondaires comme les parents de Maru prolongent le côté quelque peu truculent. Du fait de sa durée, cette fiction ne peut développer à outrance l’intégralité des pistes évoquées, ce qui peut s’avérer un tant soit peu frustrant ; néanmoins, elle remplit sans conteste son contrat de divertissement prônant la simplicité naturelle.

En définitive, à travers la chaleureuse relation entre un père et sa fille, Hanayome no Chichi offre une bien jolie promenade familiale alternant entre un cadre citadin et, surtout les régions enneigées et absolument magnifiques de la préfecture de Niigata, à Yamakoshi. Distillant un climat reposant bien que non dénué de bouleversements intimistes, cet épisode propose une histoire touchante, innocente, drôle, rafraîchissante et définitivement humaine par la tendresse qu’elle dégage au long cours. La sobriété de l’écriture, l’amour filial et parental, la solidité de la distribution principale ainsi que la romance latente caractérisent ce tanpatsu plus qu’agréable à suivre. Pour peu que l’on soit amateur de fictions subtiles et pudiques favorisant les personnages et les dynamiques les unissant, celle-ci semble tout  à fait conseillée tant elle met du baume au cœur.

Par |2018-07-06T17:45:47+02:00novembre 27th, 2014|Hanayome no Chichi, Séries japonaises, Tanpatsu|2 Commentaires