Supernatural (saison 9)

Alors que nous savons déjà depuis plusieurs semaines que Supernatural dépassera les onze années au compteur, il est l’heure de revenir sur sa neuvième saison. Constituée de vingt-trois épisodes, elle fut diffusée sur The CW entre octobre 2013 et mai 2014. Aucun spoiler.

Malgré une première moitié assez maladroite et redondante, la saison huit de la série se voulait assez agréable, probablement parce qu’elle apportait un vent de fraîcheur plus que bienvenu. Effectivement, ce n’est pas tant son histoire de tablette démoniaque supposée fermer les portes de l’Enfer qui marquait, mais plutôt son renouvellement mythologique, avec l’irruption des Hommes de Lettres. Qui plus est, la conclusion en apothéose illustrant les anges tombant littéralement du ciel fascinait comme attristait au plus haut point. Il s’avérait donc naturel de commencer ces épisodes inédits de manière plutôt enjouée, dans l’espoir que Supernatural enraye son aspect mécanique parfaitement huilé. Malheureusement, nos vœux ne s’exaucent aucunement et la saison ne parvient guère à effacer sa prévisibilité, répétant inlassablement une formule éprouvée. Pire, son arc majeur reposant sur Metatron n’impose pas le souffle épique attendu de pied ferme. Les aventures défilent les unes à la suite des autres, comme si de rien n’était, et la tension ne va jamais crescendo. Le public en vient presque à se demander si le récit compte décoller à un moment donné. Et quand survient la conclusion, il réalise que la deuxième partie du tout ne semble être que le terreau de la future saison, avec ce réveil aux yeux noirs. Fondamentalement, cette année n’est pas une seule seconde mauvaise ou même passable, mais elle ne surprend pas et après avoir cru à un possible bouleversement des forces en place, il y a de quoi être un petit peu déçu. Demeure bien sûr toute l’affection que l’on peut porter à la série, ce qui n’est déjà pas si mal.

Suite aux manigances et manipulations de Metatron, les anges ont perdu leurs ailes et sont tombés sur Terre. Castiel, lui, n’a plus sa grâce et doit apprendre à vivre en tant qu’humain, ce qui paraît très compliqué pour de multiples raisons. Cet arc au long cours possède un incroyable potentiel et s’inscrit en parallèle de la quête de la première lame et d’une lutte intestine en Enfer, avec Crowley et Abbadon. Pourtant, en dépit d’excellentes idées et d’un récit aux ramifications solidement amenées, l’ensemble ne convainc pas en intégralité. Au lieu d’asseoir les tenants et aboutissants des principaux concernés, d’explorer les tourments de quelques figures tel un Castiel en proie aux doutes, et de provoquer par la même occasion une réelle implication du téléspectateur dans ce qui s’annonce comme une guerre aux enjeux inouïs, la saison accumule les épisodes indépendants. Pire, elle ne délivre pas au grand méchant de l’année un charisme suffisant, le faisant plus ressembler à un faible et ridicule ange mégalomaniaque. L’autre ennemi portant les traits de Bartholomew (Adam J. Harrington – Whistler) est encore plus insipide, d’ailleurs. L’irruption du supposé Ezekiel, campé par Tahmoh Penikett (Battlestar Galactica, Dollhouse), se veut davantage consistante, nonobstant un développement encore une fois déficitaire. Ce dernier permet à Sam – ou plutôt, à Jared Padelecki – de changer sensiblement de registre, ce qui est toujours appréciable. En revanche, les rebondissements liés à ce nouvel être ailé poussent les frères dans leurs retranchements habituels, avec les cachotteries, fuites en avant, absences de confiance et réconciliation sur le tard, avant une énième probable future altercation du même acabit. En bref, il s’agit là du Supernatural trop classique où l’effet de surprise est nul, malgré des scénaristes qui s’amusent des faiblesses inhérentes. Si le constat en devient assez plat chez les anges, les démons s’arrogent les pleins pouvoirs.

Le héros incontestable de la saison n’est autre que le génial Crowley, le roi de l’Enfer. Tout du moins, s’il parvient à conserver son trône, car la vile Abaddon cherche à le lui ravir. Naturellement, tous les coups sont permis, surtout lorsqu’ils sont les plus retors possible. La démone à la chevelure roux flamboyant est un visage fort de ces épisodes et laisse une trace enthousiasmante sur son passage. Qui plus est, l’univers de la série étant très masculin, retrouver une touche plus féminine se montre agréable. Quoi qu’il en soit, Crowley et elle se lancent dans une bataille acharnée dont nous voyons assez peu les retombées directes, mais cela ne gêne pas. À la place, le scénario préfère se pencher sur celui régnant encore pour l’heure sur ses sujets fidèlement terrorisés. Crowley doit certainement beaucoup à son interprète, Mark Sheppard, qui réussit toujours à mêler humour acide, piques irrévérencieuses et un soupçon délicieusement inquiétant. Le personnage gagne à son grand regret en humanité, en souffre, et se rapproche dangereusement de Dean avec qui il entretient désormais une relation ambiguë. Supernatural persévère dans les références à la religion puisqu’elle apporte sur un plateau une figure tristement connue, à savoir l’illustre Caïn, le fils aîné d’Adam et Ève ayant assassiné son jeune frère, Abel. Il est campé ici par le sympathique Timothy Omundson (Psych) qui, avec l’aide de l’écriture, délivre un individu nuancé. S’en suivent la recherche d’une lame supposée anéantir Abaddon, une marque inscrite à l’encre indélébile sur Dean, un fardeau extrêmement lourd à assumer et des conséquences à venir probablement néfastes. Dans tous les cas, ce segment démoniaque se veut le plus réjouissant de l’année, ce qui n’empêche pas des épisodes indépendants de tirer leur épingle du jeu.

Si Sam et Dean passent une bonne partie de l’année à se disputer froidement et à ne pas communiquer, ils travaillent comme d’habitude et sillonnent les États-Unis dans leur Impala. En dehors du fort plaisant Kevin, c’est l’occasion de retrouver la pétillante Charlie dans un univers sortant tout droit du monde d’Oz avec Slumber Party, le réussi 9×04. L’épisode postérieur, Dog Dean Afternoon, se doit par contre d’être oublié avec cette immersion profondément idiote dans la psyché canine. Alex Annie Alexis Ann, le 9×19, n’est pas foncièrement mémorable, mais il permet de suivre Jody Mills et de la découvrir sous un jour nouveau. Le constat est similaire avec le 9×12, Sharp Teeth, revenant sur le pourquoi de la disparition de Garth et sur ses fréquentations poilues. Le retour de plusieurs anciennes figures ne s’arrête pas non plus là, car les ghostfacers diminués de moitié prennent leurs aises dans le 9×15, #THINMAN, qui n’est pas dénué d’intérêt, mais parasité par une écriture métaphorique artificielle et poussive. D’ailleurs, ce n’est rien comparé à Bloodlines, le 9×20, le backdoor pilot censé amorcer une série dérivée. Sans évoquer cette idée saugrenue, l’épisode est médiocre et semble paraphraser The Originals avec cette dissension entre des familles de monstres à Chicago. Comme d’habitude, la saison permet de découvrir plusieurs invités : Steve Valentine (Crossing Jordan), Erin Karpluk (Being Erica), Tom McBeath (Stargate SG-1), Lindy Booth (Relic Hunter, The Librarians), Kavan Smith (Stargate Atlantis), Sean Faris (Life As We Know It)…

En définitive, la saison neuf de Supernatural poursuit son chemin tranquillement, en ne sortant jamais des sentiers battus et en continuant d’utiliser des procédés narratifs en vigueur depuis les débuts de la production. Les mensonges, non-dits et la culpabilité prennent rapidement leurs quartiers pour parasiter la relation principale qui souffre quelque peu de cette absence de surprise, malgré une alchimie toujours efficace. Tristement, le fil rouge dédié à la chute des anges ne se révèle pas aussi stimulant qu’escompté, probablement parce que son exploitation patine et qu’il ne dispose pas de suffisamment d’ampleur émotionnelle. Dans l’ensemble, les épisodes demeurent conventionnels et ne marquent que sporadiquement, sans pour autant en devenir désagréables ou insipides. Effectivement, avec ces guerres internes au sein des arcanes célestes et démoniaques, la série prouve de nouveau ses difficultés à s’oxygéner. Savoir qu’elle soufflera prochainement une onzième bougie n’est pas des plus réjouissants, même si l’on a une grande sympathie pour elle et que sa capacité à user d’autodérision atténue régulièrement ses écueils.

Par |2017-10-22T10:58:16+02:00mai 5th, 2015|Séries étasuniennes, Supernatural|0 commentaire

Dinotopia (mini-série)

Bien que Noël soit passé, on continue quand même la semaine lui étant dédiée quelques jours. Sweetpasta le voulait, Sweetpasta l’a donc, son article sur Dinotopia.

Retour sur une mini-série que je suivais avant de me considérer comme sériephile. Cette époque remonte à un petit moment, mais finalement, pas tant que ça. Dinotopia est comme vous l’avez deviné une mini-série. Néanmoins, fort du succès de celle-ci, une série hebdomadaire rapidement annulée a aussi vu le jour. L’ayant dans mes cartons, elle sera certainement traitée en 2009 puisque je me suis replongée dans l’univers pour ce billet. Plusieurs autres adaptations sous divers formats ont également été réalisées. Aujourd’hui, il ne sera question que de la courte production télévisée. À l’origine figurent les livres d’illustrations de James Gurney, les romans pour enfants étant apparus plus tard. Vous pouvez admirer sur le site de l’auteur de nombreuses images très réussies concernant Dinotopia. La mini-série, reprenant le microcosme dépeint par l’artiste, fut diffusée aux États-Unis en mai 2002 sur ABC et a reçu un Emmy Award pour les effets spéciaux. Elle comporte trois épisodes d’une heure et demie chacun. En France, elle est arrivée pour la première fois sur M6 fin décembre 2002 et la chaîne la repasse justement demain, dimanche 28 décembre 2008, dès 15 heures : cet article tombe à pic ! Aucun spoiler.

Karl et David Scott accompagnent leur père au cours d’un voyage en avion. Pendant qu’ils survolent l’océan, une étrange tempête s’abat sur eux et ils s’écrasent en pleine mer. Tandis que l’épave de leur engin coule, les deux frères réussissent à en sortir, mais leur père y demeure prisonnier. Une fois remontés à la surface, le temps s’est calmé. Épuisés et désespérés, ils aperçoivent des côtes au loin et parviennent à les rejoindre. Perdus au milieu de nulle part, ils vont alors de surprise en surprise, car ils découvrent qu’ils viennent de mettre les pieds sur une terre inconnue où les dinosaures vivent encore, peuvent parler et cohabitent pour certains avec la population locale. Les voilà arrivés à Dinotopia.

Lorsque Dinotopia démarre, le soin apporté aux effets spéciaux saute aux yeux. Il y en a beaucoup puisque 75 % de la production en comporterait, et ils sont parfaitement intégrés. Pourtant, il ne s’agit ici que d’une mini-série, pas d’un film à budget illimité. Quand bien même les années ont passé depuis et malgré les contraintes du format, ils demeurent d’une qualité plus que supérieure pour de la télévision. Le nombre de ces mythiques animaux aperçus tout au long de ces quatre heures s’avère également assez incroyable. Rares sont les scènes à ne pas en posséder et ils semblent vraiment réels. Impossible de ne pas évoquer l’un de ces héros, l’adorable Zippo, qui ressemble à une attachante créature plus vraie que nature. Ce dernier parle l’anglais et le français. Tout ce qui est robotisé est géré par The Jim Henson’s Creature Shop, une compagnie que les amateurs de Farscape connaissent forcément. Ainsi, 26, le petit dinosaure extrêmement mignon, est entièrement en animatronique. En résumé, d’un côté purement technique, la mini-série n’a pas lésiné sur les moyens et le résultat s’apparente sans aucun doute à une franche réussite. Si les animaux désormais disparus paraissent crédibles, les décors et maints paysages ne sont pas non plus oubliés. Par exemple, la capitale de Dinotopia, Waterfall City, est à couper le souffle avec ses cascades dévalant les différents monuments tous plus beaux les uns que les autres surtout que s’y ajoute une photographie légèrement fantasmagorique grâce à une image comme floutée. Outre une esthétique potentiellement artificielle, l’utilisation de maints effets spéciaux impose un sérieux handicap aux acteurs. Effectivement, parler à un reptile qui se borne en réalité à un écran vert ne doit pas être évident, mais dans l’ensemble, l’interprétation reste satisfaisante. Énième preuve que Dinotopia a décidément mis les petits plats dans les grands, elle s’offre le compositeur de musique Trevor Jones (Merlin) qui propose en l’occurrence une bande originale exaltante, presque épique, et délivrant un souffle aventureux plus qu’agréable.

Le visuel ne fait pas tout comme nous le savons que trop bien, le scénario a toujours son importance. Dans la mini-série, les deux se complètent à merveille. L’histoire de James Gurney est passionnante et l’adaptation, si elle a apparemment pris des libertés, est cohérente et vivifiante. Créer un monde où les dinosaures et les humains cohabitent est une idée intéressante. Dinotopia est en réalité une utopie comme son appellation l’indique clairement. Là-bas, la vie suit tranquillement son cours, il n’y a pas de guerre, le partage existe, une vraie harmonie est en place. Si, certes, les bons sentiments de la fiction sont inévitables, ils demeurent assez discrets et tolérables. De même, bien que les lois régissant la cité paraissent parfois naïves pour les êtres cyniques que nous sommes, on se plaît à penser que si elles étaient en application chez nous, une telle harmonie serait relaxante. En outre, le fait que les animaux soient intelligents et puissent parler est novateur et très sympathique. L’explication de leur présence à Dinotopia est tout à fait pertinente et l’on se met à rêver que quelque chose du même acabit se soit déroulé dans la réalité. On imagine alors ce que serait le monde si les dinosaures vivaient parmi nous. Enfin, pour ma part je n’ai pas attendu Dinotopia pour le faire ! La mini-série offre une vision optimiste et plutôt crédible. Puisque les humains ont évolué au fil des siècles, ces fascinantes créatures auraient aussi suivi leur propre cheminement.

Au début, Karl et David veulent repartir à tout prix chez eux. Encore marqués par la perte de leur père et n’ayant aucunement fait le deuil de leur vie d’avant, ils sont à fleur de peau et ne désirent pas s’immerger dans cette civilisation étrangère. Néanmoins, au fil du temps, leur point de vue change. Les deux frères ne réagissent toutefois pas de la même manière et leurs divergences s’accentuent considérablement tant ils se retrouvent déboussolés. L’un d’eux a beaucoup de mal à trouver de l’intérêt à ce monde peu moderne malgré l’attirance qu’il éprouve pour Marion, la fille du maire, tandis que l’autre finit par se découvrir et se laisser pousser des ailes. Loin de pouvoir se reposer sur leurs lauriers, ils doivent de toute manière aider la population menacée par quelques êtres sournois. Dans le rôle de David, Wentworth Miller (Prison Break) est certainement l’acteur s’en tirant le moins bien et il prouve qu’il s’est nettement amélioré depuis. Tyron Leitso (Being Erica) porte les traits de son frère Karl et Katie Carr (Heroes) celui de la douce et dynamique Marion. David Thewlis, quant à lui, incarne un homme nageant en eaux troubles et est, comme souvent, excellent. À mon grand étonnement, car je ne m’en souvenais pas du tout, on retrouve également Colin Salmon (Hex) en tant que chef de patrouille aérien. Eh oui, il y a aussi des dinosaures volants dans Dinotopia !

Pour conclure, la mini-série Dinotopia sonne presque comme magique aux yeux et aux oreilles. Le téléspectateur se laisse subjuguer par ce système utopique et il devient légitime de rêver s’y plonger un jour. Ne le nions pas, les mondes imaginaires et idéaux sont utilisés dans des livres ou dans d’autres supports depuis la nuit des temps, mais y inclure les dinosaures offre un certain renouveau agréable. Par conséquent, les trois épisodes se détachent de la masse alimentant la télévision. S’il est vrai que cette production ne se montre en rien parfaite, les quelques défauts tels qu’une morale bienveillante se tolèrent aisément au regard de l’aventure et du délice exotique qu’elle procure. Grâce à son rythme assez enlevé, son esthétique extrêmement soignée, son humour et les jolis sentiments qu’elle inspire, la mini-série est un excellent moyen de s’évader et de s’envoler dans un univers au final pas si étranger que le nôtre, et susceptible de parler aux enfants comme aux plus grands.

Par |2017-05-01T14:02:42+02:00décembre 27th, 2008|Dinotopia, Mini-séries, Semaine spéciale Noël, Séries étasuniennes|2 Commentaires