Anata no Tonari ni Dareka Iru | あなたの隣に誰かいる

Avec Anata no Tonari ni Dareka Iru, poursuivons les fictions japonaises scénarisées par Sakamoto Yûji (Saikô no Rikon). Pour le coup, il n’adapte aucun travail préexistant et propose sa propre histoire. Cette œuvre, dont le titre peut être approximativement traduit par il y a quelqu’un à côté de vous, fut diffusée sur Fuji TV pendant dix épisodes entre octobre et décembre 2003 ; le premier d’entre eux dure une dizaine de minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Matsumoto déménagent dans un joli petit quartier résidentiel tout ce qu’il y a de plus banal. Alors que la routine commence à s’installer, de curieux évènements se produisent et induisent un sentiment progressif de malaise. Entre les voisins fort particuliers, une vieille femme s’érigeant en prophétesse pessimiste et l’irruption d’un homme dangereusement séduisant, rien n’est fait pour rasséréner cette petite famille bien sous tous rapports. Mais justement, ce masque affable ne dissimule-t-il pas de nombreux squelettes dans les placards ?

Assez rares sont les séries japonaises à aborder un registre à suspense et aux tonalités potentiellement surnaturelles. Et quand c’est le cas, elles n’ont pas pour cadre l’univers supposément doux et rassurant du cocon familial. Rien que par son ambiance, Anata no Tonari ni Dareka Iru sort du lot et vaut le détour. Elle ne ressemble pas à ce qui se fait d’ordinaire et si elle ne manque pas de défauts, elle parvient à garder la tête haute et à ne pas dévier de son chemin ambigu, pittoresque et presque inqualifiable. Ses premiers pas sont classiques avec l’arrivée des Matsumoto dans leur nouvelle maison, héritée du récemment décédé père du mari qu’il ne côtoyait plus vraiment depuis plusieurs années. Le domicile en lui-même n’est pas très accueillant et nécessite un bon coup de rafraîchissement, mais une fois l’opération effectuée, tout devrait bien se passer. Sauf que décidément, l’atmosphère n’est pas à la tranquillité. Les voisins à la coloration volontairement caricaturale dévisagent, s’invitent à n’importe quel moment de la journée, se montrent intrusifs et… bizarres. Quelque chose dans l’air ne paraît pas habituel aux yeux de la mère au foyer, Azusa. Elle ne réussit pas à mettre le doigt sur ce qui la travaille surtout que son époux lui répète que tout est normal, mais rien à faire, elle a un mauvais pressentiment. Est-ce qu’elle est saine d’esprit, d’ailleurs ? Peut-être qu’elle hallucine, non ? Or, le téléspectateur ressent aussi cet insidieux trouble progressant crescendo, amplifié par la musique avec ses bruitages dignes d’un film d’horreur, l’utilisation de filtres de couleurs et les effets brusques de caméra. Le montage et la structure narrative n’y vont justement pas avec le dos de la cuillère pour bien appuyer le côté énigmatique de cette production non dénuée d’un humour un peu excentrique, décalé. Les éléments insolites s’y multiplient et petit à petit, la paranoïa s’installe. La série en devient par moments presque surréaliste, comme si tout ce qui s’y déroulait sortait d’un conte fantastique, là où tous cachent de lourds secrets…

Parler d’Anata no Tonari ni Dareka Iru sans enlever tout ce qui fait sa surprise relève un peu de la gageure. C’est typiquement le genre de fiction méritant d’être lancée vierge de toute information. Mais puisque je suis ici, autant essayer d’aiguiser votre curiosité, tout en me montrant un minimum vague. De toute manière, une fois l’écran de fin arrivé, de nombreuses interrogations demeurent volontairement en suspens, laissées à la libre interprétation de l’audience. L’ensemble s’attelle à plusieurs registres, le familial en premier lieu, mais aussi le thriller, le surnaturel, le policier et même le sulfureux. La sexualité y occupe en effet une place assez prédominante, qu’elle concerne les hommes comme les femmes. Les personnages ont des envies, des fantasmes, mettent parfois tout en œuvre pour les combler et s’en mordent ensuite amèrement les doigts. En dehors du cadre plus global avec les Matsumoto, un fil rouge s’étend tout au long des épisodes et ne paraît pas vraiment connecté au reste. Il est effectivement question d’une vieille affaire criminelle datant d’il y a plus de trente ans, avec un duo d’enquêteurs atypiques incarnés par Satô Aiko (Itazura na Kiss) et feu Ikariya Chôsuke, chapeauté par un policier sous les traits de Kashiwabara Takashi (Hakusen Nagashi). Bien sûr, cette histoire ne sort pas de nulle part et finit par rejoindre l’intrigue principale, mais pendant longtemps, elle maximise cette impression d’un scénario partant un peu dans tous les sens. Car finalement, Anata no Tonari ni Dareka Iru ne divulgue pas d’emblée ses enjeux et se limite surtout à travailler son ambiance suspicieuse. Cette approche représente autant une de ses forces qu’une de ses faiblesses. En papillonnant de la sorte, elle plaît à ceux appréciant d’être baladés en n’y comprenant pas grand-chose, mais elle risque de perdre au passage plusieurs téléspectateurs qui souhaiteront plus de constance et de crédibilité. Son dernier tiers plonge en plein domaine ésotérique, avec en sus des développements improbables proches du ridicule comme le cheminement de Juri, la meilleure amie d’Azusa (Toda Naho – Lunch no Akko-chan). Mais si l’on accepte ce parti pris très clivant, ces écueils participent au charme incongru de cette série.

Azusa et Ôtarô sont mariés depuis six ans et ont une petite fille, Suzu (Yamada Natsumi), d’à-peu-près du même âge. Bien qu’ils ne forment pas un couple modèle et qu’ils traversent une période un peu plate, ils ont l’air de s’aimer. Pendant que la première s’occupe de la maisonnée, le second dirige son entreprise et cherche à recruter un nouvel employé. Natsukawa Yui (Kekkon Dekinai Otoko) et Yûsuke Santamaria (Binbô Danshi) campent avec solidité ces époux souriants de face et arborant un visage hypocrite de dos. Si le mari se révèle bien plus méprisable et pleutre, la femme n’est pas non plus dénuée de reproches. Entre adultère, mensonges et faiblesses, ils n’inspirent guère confiance, mais restent agréables à leurs manières. La malchance d’Ôtarô et les désirs inconscients d’Azusa les rendent surtout très humains, normaux. Le déménagement dans cette grande bâtisse n’est que le catalyseur de tout ce qui ne va pas avec eux. Et quand un autre voisin s’installe avec sa conjointe à côté, le vase déborde. Ce Sawamura Kazuma ressemble trait pour trait à quelqu’un qu’Azusa a fréquenté jadis. Sauf qu’il est censé gésir six pieds sous terre. Est-ce un sosie ? La similarité est tellement déconcertante… Dès sa rencontre, l’héroïne se remémore de vieux souvenirs enfouis, panique et retourne consulter un psychothérapeute qui connaît bien la famille, pour verbaliser ses peurs. Mais même là, elle tait ce qui la ronge. Seule Juri, sa fidèle confidente, est au courant de la situation, de ce passé cryptique occupant la majeure partie du scénario. Kitamura Kazuki (Neko Zamurai) apporte à cet homme tout ce qu’il faut pour le rendre ambivalent, magnétique et diaboliquement dangereux. Peu à peu, il s’installe dans la vie des Matsumoto et avec ses yeux bleus d’une froideur glaciale, il semble omnipotent et omniprésent. Son épouse interprétée par la sympathique Shiraishi Miho (Densha Otoko) finit par prendre du galon et se révéler d’une force de caractère insoupçonnable. Outre quelques figures récurrentes s’ajoute aussi à cette galerie l’envahissante belle-mère d’Azusa (Kaji Meiko), apparemment à la recherche d’une sorte de trésor et devant laquelle Ôtarô s’efface et accepte les remarques acerbes à l’encontre de sa femme. Décidément, personne ne joue franc jeu dans ce microcosme.

Pour conclure, avec son ambiance paranoïaque et parfois sensuelle, ce thriller inquiétant sur fond de duperies familiales ménage habilement le suspense et donne envie d’enchaîner les épisodes. Malgré toute sa bonne volonté et un potentiel évident, Anata no Tonari ni Dareka Iru s’étiole un peu en fin de parcours à force de trop vouloir en faire. Son mélange des genres avec les voisins proches de la parodie, les éléments fantastico-mystiques et les éventuelles fausses impressions d’une héroïne sur la brèche manque par moments de fluidité et de cohérence. La fin plonge d’ailleurs dans des développements improbables susceptibles de perdre une partie de l’audience. Il n’empêche que cette série ressemblant à un insolite puzzle aux divers mystères propose un divertissement original et souvent enthousiasmant pour qui a un faible pour ce style à mi-chemin entre le cocasse haletant et les bizarreries surréalistes.

Par |2017-08-12T15:25:40+02:00août 16th, 2017|Anata no Tonari ni Dareka Iru, Séries japonaises|0 commentaire

Miyamoto Musashi (2014) | 宮本武蔵

Demandez à des Japonais quel est le meilleur escrimeur de tous les temps, et il y a de fortes chances que la plupart d’entre eux nomment Miyamoto Musashi. Cette figure emblématique du pays est, sans grande surprise, à l’origine de nombreuses légendes, spéculations et histoires plus ou moins fidèles. L’illustration de la vie de cet homme la plus connue est probablement le roman Musashi, publié en 1935 et écrit par Yoshikawa Eiji ; en France, il est disponible en deux livres résumés sous les titres La Pierre et le Sabre et La Parfaite Lumière. Sinon, toujours en littérature, le seinen manga Vagabond d’Inoue Takehiko, en cours depuis 1998, est édité dans nos contrées chez Tonkam. Un très long billet – non exhaustif, en plus – pourrait être entièrement dédié aux références de Miyamoto Musashi dans les médias, c’est dire à quel point il continue de fasciner. Bien sûr, la télévision n’est pas en reste. D’ailleurs, 2003 fut marquée sur NHK par le taiga Musashi, avec Ichikawa Ebizô dans le premier rôle. Plus récemment, dans le but de fêter son 55è anniversaire, TV Asahi s’est attaqué à la tâche en lançant son tanpatsu sobrement intitulé Miyamoto Musashi. Composé de deux épisodes de deux heures chacun, il fut diffusé les 15 et 16 mars 2014, et s’inspire justement très fortement de la biographie romancée rédigée par Yoshikawa. Aucun spoiler.

1600, la bataille de Sekigahara change profondément le Japon et fait progressivement entrer le pays dans une longue période de shogunat, celle des Tokugawa. Son issue scelle la fin de l’époque Sengoku et le début de l’époque Edo. Parmi les nombreux combattants se trouve Shinmen Takezô, un simple fantassin aux grandes aspirations. Alors qu’il voit l’armée de l’ouest dont il fait partie perdre, il remarque un formidable sabreur dans le camp adverse. Il a seulement le temps d’entendre son nom, Kojirô, avant de s’évanouir suite à un coup porté par un ennemi. Contre toute attente, une fois la bataille terminée, il se réveille et, en compagnie d’un de ses compères, le pleutre Hon’iden Matahachi, il décide de retourner dans son village natal, Miyamoto. Du fait de son caractère tempétueux et de son arrogance, il y est très mal accueilli et se retrouve rapidement emprisonné. Qu’importe, Takezô ne se laisse pas abattre et se fait la promesse de devenir quelqu’un d’indispensable et de marquer l’Histoire à l’encre indélébile. Pour cela, il est prêt à tout.

     

À ma grande honte, je dois avouer qu’avant de débuter cette production, je ne connaissais que de nom Miyamoto Musashi. Naturellement, je savais très bien qui il était et l’empreinte qu’il a transmise, mais je ne détenais aucune information concernant sa vie, son tempérament, ses désirs. Il est indiscutable que ce tanpatsu romance forcément beaucoup d’éléments, ne serait-ce que parce que les sources sur l’homme se contredisent parfois et sont, finalement, plutôt minimes. La néophyte que je suis sera donc totalement incapable de spécifier si l’ensemble se veut fidèle puisque je me suis contentée de le regarder d’un œil totalement neuf. Pour ne pas trop me rabaisser, je tiens à préciser que, depuis que je visionne beaucoup de séries se déroulant aux alentours de l’époque Sengoku, je commence à maîtriser quelques clés de décryptage. Heureusement, vous me direz ! Il est très agréable de se sentir légèrement en terrain connu, nonobstant de terribles lacunes toujours omniprésentes. Pour terminer cette logorrhée, je souhaite ajouter que le manga Vagabond se trouve sur ma liste de ceux à tester un jour, mais le fait qu’il soit encore en cours ainsi que le nombre et le prix de ses volumes me freinent quelque peu. Il semblerait que le tanpatsu s’inspire non officiellement du physique des personnages de l’édition à bulles. Dans tous les cas, en dépit de son horrible affiche photoshopée, ce Miyamoto Musashi me paraissait indispensable tant je suis friande de jidaigeki, mais aussi parce qu’il dispose d’une distribution enthousiasmante.

Orgueilleux et égoïste, Shinmen Takezô est convaincu de son talent et de sa supériorité sur les autres. Sa soif de sang l’amène à multiplier les combats et il ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Son rêve, qu’il estime à sa portée, est de se faire un nom, une réputation, une carrière. Avide de victoires et de prouver à quiconque qu’il est le meilleur, il espère intégrer les rangs du gouvernement le plus rapidement possible. Toutefois, en rentrant de Sekigahara, il est pris à son propre jeu et constate qu’il est somme toute capable d’altruisme. À cause de Takuan (Kagawa Teruyuki), un prêtre aux méthodes efficaces, il démarre sans le vouloir une longue quête empreinte d’humilité, de philosophie et de réflexion sur lui-même et sur le monde qui l’entoure. Obligé de porter le nom de Miyamoto Musashi en raison de ses actions passées répréhensibles, l’épéiste décide de parcourir le Japon et d’affronter les grands de l’époque. Avant toute chose, le tanpatsu est l’aventure d’un homme s’engageant corps et âme sur la voie du sabre. Au moyen d’un fort labeur, d’une pugnacité à toute épreuve et d’un sang-froid assez incroyable, celui-ci se lance dans une quête vraisemblablement interminable. Malgré leur courte durée, les deux épisodes illustrent son évolution avec nuances et une subtilité appréciable. Jadis coléreux, sauvage et peu réfléchi, il devient presque taciturne, posé, impressionnant, et définitivement humain. De prime abord presque détestable, Musashi crée avec le public un lien non négligeable. Gouverné par une violence qu’il finit par exécrer, ce sabreur se cherche, doute grandement, désespère et injecte par la même occasion une tonalité mélancolique à l’ensemble, voire une sorte de spleen baudelairien où la douceur côtoie l’amertume. Cela étant, si l’atmosphère se dote d’une once de réflexion et d’une quête de sérénité, Miyamoto Musashi est également un périple intense où voisinent brutalité, tension et suspense tant les combats se suivent et se veulent impitoyables.

Face à ce genre de récit, une des principales craintes pourrait être liée à l’aspect répétitif du scénario. Effectivement, le héros, Musashi, traverse le Japon de part et d’autre, défie de fameux guerriers, et poursuit sa route inlassablement. Heureusement, cet écueil est habilement évité. Déjà, outre la peinture psychologique de l’individu en tant que tel, le tanpatsu injecte d’autres éléments avec plus ou moins de succès, dont l’entourage du protagoniste. Ainsi, Hon’iden Matahachi est un homme paresseux et plutôt cupide. Après Sekigahara, au lieu de rentrer dans son village où l’attendent sa mère et sa fiancée, Otsû, il préfère demeurer auprès d’une femme rencontrée peu de temps auparavant vivant avec sa fille (Kaho – Otomen, Hitori Shizuka), et mener une vie oisive. Il charge alors son compagnon d’armes, le futur Musashi, d’avertir sa famille de son non-retour à Miyamoto. Grâce à ce personnage joué par Yûsuke Santamaria (Binbô Danshi), la série allège considérablement son registre qui se révèle dès lors, par moments, truculent et amusant. Matahachi n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, mais comme il se veut sympathique en dépit de son attitude critiquable, il ne dérange pas. Le constat est similaire pour sa mère (Baishô Mitsuko), persuadée que Takezô n’est qu’un bon à rien ayant perverti son fils et racontant des sornettes, car, pour elle, il est impensable que sa chair ait préféré rester ailleurs plutôt que de revenir auprès d’elle. Probablement afin d’humaniser Musashi et de romancer le tanpatsu, le scénario instaure une dynamique amoureuse compliquée entre ce dernier et Otsû, la promise laissée pour compte de Matahachi. Lors de leur première rencontre, naissent immédiatement de forts sentiments. Malheureusement, la réalité les frappe rapidement et, en dépit d’une sincère volonté de vivre ensemble, ils doivent attendre, sans assurance de profiter l’un de l’autre. Otsû est un peu trop vue à travers le prisme de sa relation avec l’émérite sabreur, mais l’interprétation de Maki Yôko (Shûkan Maki Yôko, Saikô no Rikon, Tôkyô Friends) et l’alchimie du couple phare atténuent ces faiblesses somme toute minimes. Maints scénarios auraient joué la carte de la tragédie et de la tristesse dépressive ; celui-ci opte pour une approche en retenue prônant la pudeur et la finesse des sentiments. De toute manière, les combats font oublier toutes les lacunes puisqu’ils marquent littéralement le téléspectateur et propulsent littéralement ce tanpatsu dans le haut du panier des fictions du genre.

De nombreux chanbara se veulent plutôt classiques au niveau de la réalisation et, surtout, très codifiés. Les scènes d’action sont filmées de manière très traditionnelle. Ce n’est pas une critique négative, tout simplement une caractéristique susceptible de déplaire à beaucoup, car très rigide. Dernièrement, l’adaptation cinématographique du shônen manga Rurôni Kenshin a changé la donne, et Miyamoto Musashi continue sur cette lancée plus que réjouissante. Les deux parties délivrent en effet un spectacle vibrant au souffle incroyable. Pour cela, il convient notamment de remercier l’acteur offrant ses traits au virtuose du sabre, le Johnny’s Kimura Takuya (Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi, Karei Naru Ichizoku, Pride). Abonné aux rôles de charmeur cool et attachant, il sort de sa zone de confort et, par la même occasion, fait plaisir. Contre toute attente, il s’avère extraordinaire et plus que crédible en sabreur hors pair. Qu’il pratique le kendo depuis son enfance ne minimise en rien son implication. Tout au long de son aventure, Musashi propose divers défis et se retrouve confronté à de réels dangers. La mise en scène participe totalement au divertissement. Effectivement, le montage rythmé offre une efficacité redoutable, d’autant plus que les chorégraphies des combats – élaborées par Tanigaki Kenji ayant officié à Hong Kong, et, justement, sur Rurôni Kenshin – sont lisibles et plus vraies que nature. Certes, quelques actions se veulent probablement exagérées, mais elles entrent aisément dans le cadre du talent du héros. Les plans aériens succèdent aux cadrages resserrés et les accélérations laissent aussi leur chance à plusieurs ralentis – qui auraient pu être moins présents. L’absence de sang et de véritables blessures est légitime, bien que dommage. Quoi qu’il en soit, la musique de Hattori Hatayuki (Nodame Cantabile, Karei Naru Ichizoku), combinant mélodies calmes et d’autres orchestrales, voire électroniques et anachroniques, délivre une identité palpable à l’ensemble et le fait se démarquer du lot. La reconstitution, les costumes, les maquillages, le cadrage et la luminosité parfont le tout de cette balade parmi une société japonaise hétéroclite.

Musashi rencontre moult figures : combattants, moines, seigneurs, simples citoyens, etc. La plupart d’entre eux sont incarnés par des acteurs connus ; par exemple, Takeda Tetsuya (Byakuyakô, JIN) et Nishida Toshiyuki (Tiger & Dragon) s’illustrent en hommes sages aux techniques pointues, Nakatani Miki (JIN) reprend les traits d’une courtisane classieuse, Suzuki Fuku (Marumo no Okite) continue d’interpréter les enfants au charme adorable. Deux tirent toutefois leur épingle du jeu. Matsuda Shôta est Yoshioka Seijûrô, l’héritier d’un clan puissant. Le contraste entre le paraître et la réalité est saisissant. Dragueur invétéré, de prime abord nonchalant, il maîtrise son art à la perfection et, avec son physique gracile et ses longs cheveux, il a tout pour séduire. Cela étant, le protagoniste le plus charismatique du lot est sans conteste le fameux Sasaki Kojirô que Musashi a rapidement entraperçu à Sekigahara. Sawamura Ikki (Doctors, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) campe ce sabreur avec une grâce et une aura incroyable. Posé, tempéré et intelligent, Kojirô représente la réunion du corps et de l’esprit. Sa relation avec Musashi est fascinante, bien qu’ils ne se confrontent que rarement. Dans tous les cas, les deux sont à l’origine de fantastiques séquences, dont celle avec les voleurs dans le village qui a tout pour se graver en mémoire.

En définitive, Miyamoto Musashi s’apparente à un récit initiatique où l’arrogant et violent Shinmen Takezô se transforme au fur et à mesure en une figure légendaire transcendant les siècles. Doté d’une réalisation efficace associant une mise en scène solide, une photographie soignée, une musique exaltante et un rythme enlevé, ce tanpatsu offre quatre heures de pur spectacle vivifiant et fascinant. Qui plus est, fait d’autant plus rare pour être noté, les combats sont multiples, habités par un vrai souffle épique, et orchestrés d’une main de maître. Le résultat se révèle ainsi tout particulièrement passionnant, émotionnellement satisfaisant, et indispensable à partir du moment où l’on apprécie les chanbara. Pour couronner le tout, la plutôt prestigieuse interprétation est de qualité et, Kimura Takuya, incarnant l’illustre bushi, étonnant de maîtrise et d’intensité. Cette production moderne prouve sans conteste que les histoires d’époque ne sentent pas toutes la naphtaline tant, malgré son cadre ancien, elle dispose de sérieux atouts pour convaincre même les plus réfractaires.

Par |2020-04-03T17:52:02+02:00février 6th, 2015|Miyamoto Musashi (2014), Séries japonaises, Tanpatsu|2 Commentaires