Remote | リモート

À ses débuts, le scénariste Sakamoto Yûji s’est attelé à un certain nombre d’adaptations d’œuvres déjà connues comme Tôkyô Love Story, mais aussi, onze ans plus tard, à Remote. Il s’agit effectivement à la base d’un seinen manga en dix tomes d’Agi Tadashi et de Koshiba Tetsuya, publié entre 2002 et 2004 au Japon. La déclinaison télévisée se constitue de dix épisodes diffusés sur NTV entre octobre et décembre 2002 ; le premier dure un quart d’heure de plus que les quarante-cinq minutes habituelles. Agi Tadashi est un nom de plume derrière lequel se cachent une sœur et un frère, Kibayashi Yukô et Shin. L’aîné des deux s’est partagé le travail avec Sakamoto Yûji pour cette transposition à l’écran et en sachant cela, la logique voudrait que celle-ci demeure fidèle à l’esprit princeps. À noter que ces auteurs sont aussi, ensemble ou séparément, à l’origine du médiocre Bloody Monday et de Kami no Shizuku (Les Gouttes de Dieu). Aucun spoiler.

Voilà, le petit ami d’Ayaki Kurumi vient de lui demander sa main donc il ne lui reste plus qu’à donner sa démission et elle pourra enfin s’occuper de son futur mari. C’est qu’elle rêve de ça depuis tellement, tellement longtemps ! Sauf que ses supérieurs décident subitement de la promouvoir à la section des affaires criminelles. Elle doit ainsi faire équipe avec Himuro Kôzaburô, un inspecteur brillant si ce n’est qu’il refuse catégoriquement de sortir d’une sombre pièce qu’il a aménagée chez lui. La jeune femme se lance alors dans des enquêtes tarabiscotées en suivant les directives de cet individu imperméable passant toutes ses journées les yeux rivés sur un écran d’ordinateur.

Difficile de le nier, si Sakamoto Yûji ne s’était pas chargé du scénario de Remote, je ne lui aurais jamais offert sa chance. Malheureusement, cette série n’a fait que confirmer mes doutes, voire s’est révélée franchement irritante par moments. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer, je ne suis pas une grande amatrice de fictions policières. Je n’accroche guère au genre, sans pour autant être incapable d’y adhérer lorsque les qualités existent. Or, ici, les défauts supplantent largement le reste et transforment le visionnage en une expérience peu mémorable. Sans surprise, la forme n’a rien d’exceptionnel et se contente du strict minimum, avec une réalisation classique, une photographie guère satisfaisante et une musique de Nakanishi Toshihiro très convenue. Son âge maintenant avancé ne joue pas non plus en sa faveur, c’est certain. Remote emprunte au long cours un schéma redondant montrant tout aussi vite ses limites puisque les récits se bornent à un ou deux épisodes et suivent perpétuellement une mécanique similaire. Ceux tolérant cette approche récurrente n’en tiendront peut-être pas rigueur, mais les autres auront rapidement la sensation de tourner en rond d’autant que l’ambiance rate totalement le coche. La série ne paraît pas vraiment savoir quel ton choisir en alternant autant entre l’humour ridicule et le côté sordide de certaines affaires. En donnant presque l’impression de s’autoparodier, elle ne convainc jamais et provoque plutôt des soupirs de consternation. Les enquêtes ont beau être dramatiques, des personnes étant par exemple assassinées, l’incompétente police agit de manière loufoque et improbable, l’héroïne gesticule en minaudant et les blagues poussives se répètent à l’infini. Parce qu’évidemment, la section de police, campée notamment par Ibu Masatô (Warui Yatsura) et Ôkura Kôji (Shiawase ni Narô yo), ne comporte que des bras cassés. Seul le protagoniste phare garde un masque impassible en bon individu mystérieux au passé torturé qu’il est.

Remote est avant tout l’association atypique entre Kurumi et Kôzaburô. Ils n’auraient jamais dû travailler ensemble, mais suite à certaines circonstances, la jeune femme se retrouve à suivre les directives de l’inspecteur agoraphobe. En fait, ses supérieurs n’en peuvent plus de cet homme arrogant imposant ses quatre volontés et faisant fuir tout le monde. Comme il excelle et résout des affaires insolubles, impossible de le renvoyer ! La série essaye de favoriser la carte cryptique avec ce personnage supposément insondable. Il est souvent cassant et méchant, mais c’est parce qu’il souffre. Il faut par conséquent excuser son comportement méprisable et sa tendance à utiliser n’importe qui tel un larbin. Kôzaburô ne sort donc plus de sa cave et n’a de contact qu’avec l’affable Bob (Konishiki) dont le poids à trois chiffres apporte maintes répliques versant honteusement dans la grossophobie. Une femme ambiguë finit ensuite par apparaître et tente encore de prolonger une atmosphère décidément voulue comme énigmatique. Outre les clichés caractérisant ce protagoniste, il a surtout pour tare de se montrer extrêmement fade. Il ne suffit pas de seriner qu’il est ténébreux et torturé pour que ce soit le cas. Non, il est seulement insipide et le jeu monolithique du Johnny’s Dômoto Kôichi (Bokura no Yûki) n’arrange pas du tout la situation. Dans chaque épisode, il lance des ordres à son acolyte puisque pendant qu’elle court dans Tôkyô, il pianote devant son ordinateur, émet des théories fumeuses et use de son intelligence vraisemblablement incroyable. Les affaires sont résolues d’une telle façon qu’elles laissent pantois, avec des rebondissements parachutés et un coupable évident. Rien n’est fait pour densifier quoi que ce soit, le cheminement du froid Kôzaburô se voulant surtout sans queue ni quête. Et Kurumi, elle, obéit au doigt et à l’œil de son nouveau patron qui ne la laisse pas totalement indifférente…

En dehors de ses intrigues ampoulées dissimulant vainement leur pauvreté scénaristique, Remote table sur les attraits physiques de son équipière phare et de son interprète, Fukada Kyôko (Mirai Kôshi Meguru), parfaite dans le rôle de cette écervelée immature, intrusive et envahissante. Jusqu’alors, la policière aux mimiques constantes se limite à donner des contraventions tout en arborant un uniforme et cancanant avec ses collègues. Cette vie l’ennuie assez, mais peu importe, elle n’attend que de rencontrer le prince charmant et de pouponner. La série rappelle de plein fouet la différence de traitement entre les hommes et les femmes au Japon, car Kurumi est supposée quitter son emploi dès son mariage. Son futur époux, le simplet Ueshima Shingo (Tamaki Hiroshi – Nodame Cantabile), compte bien là-dessus. De toute manière, l’héroïne n’imagine aussi que ce chemin. Ce sexisme transpire du début à la fin de la fiction, mais ne gêne absolument pas Kurumi ou qui que ce soit d’autre. Dans chaque épisode, Shingo râle parce qu’il souhaite qu’elle laisse tomber fissa Kôzaburô et par malchance, à chaque fois qu’il s’apprête à passer aux choses sérieuses, sexuellement parlant du moins, elle reçoit un coup de fil de ce satané détective qui la télécommande à distance. Le conjoint en devenir vit donc toute la production frustré, mais fou amoureux de sa belle qui, elle, ne donne pas du tout l’impression de ressentir grand-chose pour lui. Cela ne l’empêche pas de continuer de préparer son mariage tout en se pâmant sur les qualités de l’inspecteur hikikomori. Dans le drama, quasiment tous les acteurs sont en totale roue libre et accentuent le caractère affligeant de cette mascarade sentimentale où rien n’est développé. Avec cette ribambelle d’histoires indépendantes sauvagement écrites, c’est toutefois l’occasion d’y retrouver plusieurs visages familiers comme Eita, Sakai Miki, Aoi Yû, Kimura Yoshino et Waki Tomohiro.

Pour conclure, Remote s’annonce à l’origine comme une succession d’enquêtes policières alliant le cerveau d’un stupéfiant détective aux jambes graciles d’une jeune recrue énergique. Qu’elle veuille conjuguer les péripéties rocambolesques, les traits d’humour et les affaires intrigantes n’est en aucun cas dérangeant, mais pour cela, il importe de s’en donner les moyens et de ne pas se montrer aussi changeante. En versant autant dans la caricature et la facilité, cette série survoltée se prend les pieds dans le tapis et ne fait ni rire ni se remuer les méninges, car les récits ne s’avèrent jamais bien ficelés ou menés. Même le supposé charisme de ses héros tombe à l’eau tant ils ne possèdent aucune alchimie et se résument à des stéréotypes falots, voire horripilants. À moins d’être un grand amateur d’un acteur, cette production confondante de ridicule de la première à la dernière image ne mérite clairement pas un quelconque visionnage.

By |2017-07-29T11:19:42+01:00août 2nd, 2017|Remote, Séries japonaises|2 Comments

Namae wo Nakushita Megami | 名前をなくした女神

Quelques-uns d’entre vous se souviennent peut-être qu’il y a presque cinq ans, dans le cadre d’un billet pour Critictoo, je me suis occupée de regarder toutes les séries japonaises sorties au printemps 2011. Malheureusement, l’absence de sous-titres fut rédhibitoire pour la plupart, mais cela ne m’a pas empêchée d’en récupérer plusieurs, dans l’attente de les visionner une fois traduites en intégralité. Namae wo Nakushita Megami fait partie des retardataires et, j’avoue, j’aurais pu m’y mettre bien avant 2016. D’ailleurs, j’envisage encore de tester les autres productions de cette période. Celle nous concernant aujourd’hui, scénarisée par Watanabe Chiho (Papa to Musume no Nanokakan, Akai Ito), se constitue de onze épisodes diffusés sur Fuji TV entre avril et juin 2011 ; comme souvent, le premier dispose de quinze minutes supplémentaires. Son intitulé signifie approximativement la déesse ayant perdu son nom. Aucun spoiler.

Suite à leur déménagement dans un quartier assez aisé, les Akiyama essayent de se créer de nouvelles habitudes et connaissances. Yûko profite d’envoyer quotidiennement son fils à l’école pour intégrer un groupe de quatre mamans à première vue très affables. Avec leur sourire éclatant et leurs discours bienveillants, elles pourraient toutes devenir ses amies. Or, les apparences sont trompeuses, car ces femmes cachent derrière ce masque des secrets et de sérieux problèmes, voire une fieffée malveillance…

Honnêtement, sans l’objectif de regarder toutes les séries de cette saison télévisuelle, je n’aurais jamais jeté un œil sur Namae wo Nakushita Megami. Elle ne me tentait absolument pas et je craignais les crêpages de chignon ridicules, les leçons de morale assénées à coups de marteau et les héroïnes stéréotypées. Contre toute attente, elle ne sombre pas trop dans ces écueils et si elle n’évite pas une certaine mièvrerie, ses qualités rendent le visionnage satisfaisant. Pourtant, elle commence laborieusement avec cette scène de kidnapping multipliant les clichés sous fond de Mozart et sa Sonate pour piano n° 11. Dans un parc, un enfant est enlevé par une inconnue, provoquant immédiatement la panique de sa mère. Au lieu de poursuivre son récit, la fiction retourne en arrière. Cette approche narrative peu originale ne sert pas à grand-chose, mais essaye sûrement de créer une tension sidérante chez les spectateurs qui se doutent alors que dans ce microcosme normalement dénué d’animosité, tout peut arriver. Et c’est justement ce qui s’apprête à se dérouler devant nos yeux, car les personnages trébuchent, fautent, se perdent au passage et croient ne jamais pouvoir se relever dignement. La série délivre un regard pertinent sur la maternité, la féminité, l’amitié et plusieurs thématiques fédératrices apparentées. En dehors de son universalité, elle reflète aussi le fonctionnement de la société japonaise et de ses dérives comme cette compétitivité extrême, ces non-dits phagocytant les relations et ce sens du conformisme. Namae wo Nakushita Megami s’avère donc clairement ambitieuse. Si les bonnes idées ne manquent pas, l’écriture les désavantage avec son mélodrame permanent et sa volonté de finir par lisser les aspérités de ses principales figures. La réalisation accentue d’ailleurs cette caricature parfois gênante en raison d’effets de style au goût douteux et les envolées de violon d’Izutsu Akio (Bloody Monday). De manière à injecter du suspense et des catastrophes, le montage se veut nerveux, haché, et les filtres de couleurs pullulent, probablement pour offrir vainement une identité originale. Au contraire, cette forme amplifie l’artificialité de cet univers semblant par moments factice. L’héroïne bien trop parfaite le symbolise à merveille, elle qui se jette à corps perdu dans cette bande de mères au foyer presque désespérées.

Akiyama Yûko apprécie de jongler entre sa vie professionnelle et personnelle. Elle commence à s’épuiser, mais s’accroche. Quand son époux, Takumi (Tsuruno Takeshi), est muté, elle est plus ou moins forcée de quitter son emploi. Plutôt que d’en chercher un nouveau, elle choisit de demeurer à la maison et de s’occuper de sa petite famille. Cette décision est mûrement réfléchie et prise conjointement, preuve de la modernité de ce couple pensant avant tout à leur bien-être et celui de leur fils unique, Kenta (Fujimoto Kanata). Yûko laisse place à une légère mélancolie tant ranger sa carrière au placard ne s’apparente pas à un acte anodin. Elle s’interroge sur son futur, craint de ne pas s’en accommoder, bien que l’attrait de l’apparente simplicité de ses tâches au sein du foyer gagne le dessus. En commençant cette vie dans cet appartement ensoleillé, l’optimisme prévaut et son tempérament positif l’aide à affronter ce qui l’attend. En déménageant, Kenta doit aussi changer d’école et Yûko a justement davantage de temps à lui consacrer et s’y adonne pleinement. Dans cette maternelle, quatre mères semblent former une sorte de société attirant les regards envieux. Par chance, elles s’intéressent rapidement à la nouvelle arrivée et lui proposent d’intégrer leur club très fermé. Lorsque la jeune femme est invitée chez Motomiya Reina à l’allure rigide, elle constate que ce groupe s’impose des règles tacites et un code de conduite bien spécifique. En réalité, chacune veille scrupuleusement à son image et utilise son bambin non pas comme un individu à part entière, mais plutôt comme s’il s’agissait d’un accessoire susceptible de la faire rayonner aux yeux de ses pairs. La sérénité dont Yûko rêvait n’est plus qu’un lointain souvenir, car sous leur façade, ces personnes se révèlent superficielles, condescendantes et malgré une apparente solidarité, celle-ci n’est qu’une notion abstraite. D’ailleurs, ces mères au foyer ne s’interpellent pas par leur patronyme tel que le veut l’usage, mais par un Mama suivi du prénom de l’enfant ; par exemple, Yûko devient Mama Kenta. Cette manière de discuter prouve qu’au bout du compte, elles ne sont que des mamans, pas des amies, et détiennent encore moins une identité distincte de leur douce progéniture. À force d’étouffer leur nature et d’arborer un bien-être permanent, elles souffrent en silence, sans jamais s’imaginer demander le soutien de qui que ce soit. L’arrivée de Yûko cristallise les difficultés ambiantes et pousse ce désormais quintet à commencer à accepter ses propres faiblesses.

Un excellent point de Namae wo Nakushita Megami est de chercher à déculpabiliser les mères de famille et de faire taire ce mythe d’épouse et maman parfaite. Cette approche se révèle d’autant plus agréable en se remémorant la nationalité de cette fiction. Nonobstant quelques changements, la société nippone préfère que les femmes quittent leur emploi dès le mariage et s’occupent jour et nuit de leur entourage. Est-ce mieux de satisfaire cette pression constante ou, au contraire, de favoriser également sa vie professionnelle ? Aucune réponse n’est ici donnée puisque, finalement, il n’en existe pas. Les avantages et les inconvénients ne manquent pas pour chacune de ces situations et l’idée n’est pas de juger l’une ou l’autre. Une piqûre de rappel répète que se comparer à sa voisine ne rime à rien surtout que personne ne sait jamais ce qui se déroule réellement lorsque les portes sont fermées. Pour son message bienveillant et totalement inattendu dans une série de cet acabit, elle fait oublier temporairement ses maladresses narratives, ses drames préfabriqués et cette succession horripilante de coups bas. La gentille Yûko a mis les pieds dans un nid de vipères et doit batailler pour ne pas être avalée. L’héroïne incarnée par une fade An (Gochisô-san) n’inspire pas grand-chose. Jolie, pondérée, intelligente et brillante, elle multiplie les qualités. Cette idéalisation du personnage le dessert, surtout que la voix off assénant un peu trop de lapalissades lui ajoute une dimension encore plus mièvre et naïve. Quoi qu’il en soit, Yûko décide de ne pas baisser les bras et d’aider de son mieux ses nouvelles camarades, tout en s’interrogeant sur l’éducation de son fils. La série en profite effectivement pour illustrer notamment ces terrifiants concours d’entrée dans les écoles. Même en maternelle, il importe de penser au primaire ! Les enfants sont instrumentalisés, doivent oublier leur insouciance et refléter la réussite envers et contre tout. Bien que le scénario force le trait, les principales idées s’avèrent crédibles puisqu’il n’est pas rare que des mères japonaises adoptent des comportements excessifs envers leur innocente progéniture et rentrent dans une spirale infernale. Les persécutions psychologiques de la trempe de l’ijime, les menaces déguisées, les rivalités inexprimées et les couteaux dans le dos alimentent la routine de ces mamans cachant bien leur jeu.

Outre Yûko dont l’intérêt se veut limité, le récit s’attarde avec soin sur les autres membres de ce club fermé dont la chef de file est la reine du culte de l’apparence, Motomiya Reina (Kimura Yoshino – Hatsukoi). S’il ne fallait qu’un adjectif pour la qualifier, la majorité utiliserait sûrement celui de parfait. Toujours tirée à quatre épingles, préparant des bentô exceptionnels à sa fille, polie en toutes circonstances et jouissant d’une activité de mannequin à ses heures perdues, elle resplendit. Une fois chez elle, elle laisse parfois tomber le masque, après s’être assurée que personne ne la regardait. Sa volonté de tout contrôler cache une grande anxiété et un incroyable manque de confiance en elle. Sa voisine, Shindô Mao, se montre beaucoup plus pétillante et enjouée, mais elle cherche surtout l’aval de Reina qu’elle admire. Elle vit totalement au-dessus de ses moyens et ment sur la profession de son mari qui, en réalité, n’est qu’un banal chauffeur routier. Cette femme est sûrement la plus désagréable de la série, probablement parce que sa personnalité omet la finesse et frise la caricature outrancière. La minauderie de son interprète, Kurashina Kana (dinner), ne joue pas non plus en sa faveur. Yûko se lie davantage avec les deux autres, l’effacée Anno Chihiro (Ono Machiko – Carnation) et la dynamique Sawada Rikako (Ryô – Bitter Sugar). Ces dernières se révèlent d’ailleurs de prime abord moins hypocrites, mais l’audience se doute qu’elles savent surtout mieux cacher leurs intentions… Avec ces portraits évoluant progressivement et sortant alors de leur archétype initial, Namae wo Nakushita Megami développe divers thèmes plutôt originaux à la télévision japonaise comme l’adultère, le chômage, le harcèlement sexuel ou encore le viol conjugal. Malheureusement, le traitement aseptise grandement le contenu légèrement subversif et ne tient pas assez ses promesses sur la longueur. L’innovation aurait justement été d’exploiter totalement cette dimension et de ne pas faire machine arrière en fin de parcours, comme si tout se finissait parfaitement. Au fait, que dire des hommes dans tout ça ? Ils sont presque oubliés. En dehors du mari de Yûko, ils se contentent de toute manière d’une place menaçante ou indifférente. Notons tout de même des visages connus, dont le compétent Takahashi Issei (Fûrin Kazan). Cette absence pèse assez et n’attire certainement pas un quelconque public masculin. Dans tous les cas, l’interprétation demeure honorable pour la majorité de la distribution, enfants compris.

Pour résumer, sous couvert d’un récit à première vue banal illustrant le quotidien d’un groupe de mamans, Namae wo Nakushita Megami choisit de choyer la réflexion tout en injectant une atmosphère électrique. Avec son registre tantôt désillusionné, tantôt décomplexant, cette série aborde le statut de la femme au foyer et veille à démontrer l’importance de s’accepter soi-même, avec ses forces et ses faiblesses. Son inattendu message bienveillant apporte beaucoup de baume au cœur, surtout dans un pays vantant les mérites du dévouement familial et de la réussite sociale. Chacune de ses héroïnes tait ses souffrances et participe à ce cruel jeu vaniteux des faux-semblants, miroir d’une culture assez rigide imposant une constante pression. Cependant, malgré une ambition et un potentiel évidents, les épisodes se perdent un peu au passage en atténuant le caractère mordant et critique de leurs propos ainsi qu’en se dotant d’une tension narrative discutable et de rebondissements excessifs. Finalement, les écueils ne manquent pas, à commencer par ces mouvements de caméra brutaux et autres effets de style handicapants, mais la volonté de sortir des poncifs habituels et de bouleverser quelque peu l’ordre établi inspire une certaine tolérance.

By |2017-05-01T13:58:03+01:00août 3rd, 2016|Namae wo Nakushita Megami, Séries japonaises|0 Comments